Craco est une commune italienne de 570 habitants située dans la province de Matera, en Basilicate.

Le centre historique ayant été évacué et laissé à l'abandon à la suite d'un glissement de terrain en 1963, elle est devenue une « ville fantôme » ainsi qu'une destination touristique prisée et un célèbre lieu de tournage cinématographique qui apparaît notamment dans Le Christ s'est arrêté à Eboli, La Passion du Christ et Quantum of Solace.

Depuis 2010, Craco entre dans la liste des sites menacés à sauvegarder compilée par le Fonds mondial pour les monuments2010 World Monuments Watch (PDF), sur Comune di Craco..

Histoire

Préhistoire Les régions intérieures de la Basilicate sont peuplées dès l'âge du fer.

Antiquité Le site de Craco fleurit entre les , coïncidant avec l'implantation des premiers colons grecs sur la côte lucanienne, dont ont été retrouvées quelques tombes dans le quartier Sant'Angelo. De la période ancienne, on ne sait pas grand-chose si ce n'est que des habitants de Métaponte y auraient trouvé refuge afin d'échapper au paludisme qui gangrène la côte.

Moyen Âge Les premières informations sûres quant à l'existence de Graculum (« champ peu labouré ») remontent à la période de la conquête normande de la Basilicate et du sud de l'Italie (). En 1060, il est mentionné parmi les possessions de l'archevêque Arnaldo de Tricarico. La présence de religieux suggère que le repeuplement de la colline sur laquelle se dressait l'ancien habitat préromain a été l’œuvre des moines basiliens un siècle plus tôt. Sous les Normands, il est donné en fief à Erberto (1154–1168), son premier seigneur attesté, qui fait édifier le château au sommet de la colline, puis à Roberto de Pietrapertosa (1176–1179) et, sous le règne de Frédéric II de Hohenstaufen, à Goffredo (1239).

Avec l'accession au trône de Charles d'Anjou (1266), Craco, qui s'apprête à connaître un développement spectaculaire, devient le fief de Pietro de Beaumont. Une université y est fondée en 1276 et, révélateur de la croissance de sa population, la tour du château érigée par Giacomo Attendolo quelques décennies plus tôt est transformée en prison en 1293. De puissantes familles médiévales se succédèrent à la seigneurie de Craco : les Monforte (fin du ), les Del Balzo, les Sforza (), les Sanseverino (), sous lesquels elle atteint son apogéeRoberto Vergara Caffarelli, 1667 Carlo Vergara acquista il feudo di Craco (PDF), sur vergaracaffarelli.it, 2016, 1-3.. Craco passe de 450 âmes en 1277 à 655 en 1477, puis en 1532 pour culminer à en 1561.

Temps modernes Au , Craco voit l'apparition de quatre vastes palais - les palazzi Maronna, Grossi, Carbone et Simonetti, - tandis qu'un ordre monastique permanent s'y établit en même temps que la fondation du monastère Saint-Pierre en 1630. À cette époque, la population paysanne vit exclusivement de la culture des céréales et de quelques légumes, ainsi que de la production d'huile d'olive. La croissance prend brutalement fin en 1656 en raison d'une famine qui décime la population, faisant plusieurs centaines de victimes.

Époque contemporaine En 1799, la population adhère aux idéaux de la République parthénopéenne et se soulève contre ses nobles feudataires, mais la révolte est réprimée dans le sang par les troupes du cardinal Ruffo qui la ramènent sous le contrôle étroit des Bourbons jusqu'à son occupation par les Français sous Napoléon. Comme la plupart des bourgades reculées de Basilicate, Craco est en proie au brigantaggio (« brigandage ») et subit plusieurs actes de pillage. Les nobles pro-révolutionnaires sont bien souvent les cibles de ces violences et la plupart finissent par être massacrésGiuseppe Coniglio, Il brigante Cappuccino, Capone, 2003, p. 34.

À la fin de cet intermède napoléonien, en 1815, Craco est suffisamment étendue pour être fractionnée en deux quartiers distincts : Craco Vecchia (« vieux Cracco »), la ville haute dominée par le château, et Chiesa Madre (« église-mère »), autour de l'église San Nicola en contrebas.

Après l'unification de l'Italie, Craco est occupée par les brigands de Carmine Crocco en 1861, plongeant la région dans un état proche de la guerre civileGiuseppe Bourelly, Il brigantaggio dal 1860 al 1865, Osanna, 2004, p. 161 dont les turbulents épisodes sont rapidement suivis par les premières manifestations géologiques qui ont conduit à l'abandon de la vieille ville. De 1892 à 1922, Craco se dépeuple d'environ , qui émigrent presque tous vers l'Amérique du Nord en raison des rudes conditions agricoles qui deviennent plus difficiles à tenir.

Abandon gauche|vignette|Craco en 1960, trois ans avant le glissement de terrain destructeur. C'est en 1959 que commence la fatale série d'éboulements qui, progressivement, fait s'écrouler les vieilles habitations de Craco, probablement déclenchée par les travaux menés sur les réseaux d'assainissement et d'adduction d'eau, quoi qu'il en soit favorisée par l'instabilité de la colline sableuse et argileuse sur laquelle se dresse le village, elle-même reposant sur une faille géologique propice aux secousses.

La frazione de Craco Peschiera voit le jour dans la vallée afin de permettre le relogement des habitants sinistrés du village, qui finissent par tous s'y transférer à partir de 1963. En 1980, les dernières personnes toujours sur place sont contraintes d'évacuer les lieux à la suite du tremblement de terre d'Irpinia.

Depuis lors, Craco, réduite à l'état de « ville fantôme »Vincent Joly, « Dans le cœur vide des villes fantômes », in Le Figaro Magazine, semaine du 13 décembre 2013, ., est devenue une destination touristique : ruelles aux façades délabrées, palais nobiliaires, églises en ruines, couronnés par la tour du château à vue panoramique sur des paysages arides du haut de sa colline escarpée de 400 mètres d'altitude achèvent de faire de ce bourg silencieux un lieu de tournage idéal pour certaines œuvres cinématographiques.

Économie

Culture Cinéma Grâce à sa force évocatrice, l'image de Craco est utilisée comme décor de nombreuses scènes de films, telles que la pendaison de Judas dans La Passion du Christ de Mel Gibson ou Quantum of Solace de Marc Forster, le de la série des films de James Bond .

Autres films tournés dans la ville fantôme : La Louve de Calabre (1953), d'Alberto Lattuada ; Le Christ s'est arrêté à Eboli (1979), de Francesco Rosi ; Le Roi David (1985), de Bruce Beresford ; Saving Grace (1985), de Robert M. Young ; Le Soleil même la nuit (1989), des frères Taviani ; Ninfa plebea (1996), de Lina Wertmüller ; La Nativité (2006), de Catherine Hardwicke ; Basilicata Coast to Coast (2010), de Rocco Papaleo ; France (2021), de Bruno Dumont.

Télévision Craco a été l'un des sites de tournage pour la série télévisée Classe di ferro (1989-1991), de Bruno Corbucci. Craco a été choisi parmi les lieux de tournage de la telenovela brésilienne O Rei do Gado (1996-1997), de Luiz Fernando Carvalho.

Musique Le groupe Ödland a filmé à Craco le clip vidéo de la chanson , extrait de l'album Sankta Lucia (2011). Le compositeur Hauschka a dédié à la ville fantôme la chanson , de l'album Abandoned City (2014). Craco est apparu dans le clip vidéo de (2020), de Meduza avec Dermot Kennedy.

Administration

Hameaux Craco Peschiera. Communes limitrophes Ferrandina, Montalbano Jonico, Pisticci, San Mauro Forte, Stigliano.

Notes et références

Articles connexes

Liste de l'observatoire mondial des monuments (2010) Abandonologie

Catégorie:Commune dans la province de Matera Catégorie:Ville fantôme en Italie