Amantea (en calabrais : Amantia) est une commune de 13 854 habitants située dans la province de Cosenza, sur la côte tyrrhénienne de la Calabre, en Italie méridionale. Vingtième commune de la région en termes de population, cet ancien évêché et siège titulaire catholique est de nos jours une station balnéaire réputée pour son carnaval et son festival international du film La Guarimba.
Géographie
Territoire Le territoire communal d'Amantea s'étend sur 29,46 km2 dont l'altitude varie de 0 à 439 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 43 km au sud-ouest de Cosenza et 308 km au sud de Naples. Elle occupe la plaine côtière située au sud de l'embouchure du Catocastro et s'étire sur 13 km de longueur, enserrée entre la mer Tyrrhénienne et les contreforts de la Catena Costiera (« chaîne côtière »). Le vieux bourg est perché sur une éminence tandis que la ville moderne, muée en station balnéaire, se développe en contrebas, sur le front de mer.
Ses limites administratives sont bordées par la commune de Belmomte Calabro au nord, au sud par celle de Nocera Terinese (située en province de Catanzaro) et le fleuve Savuto, à l'ouest par la mer Tyrrhénienne et à l'est par les montagnes de la Catena Costiera avec les communes de Cleto, Serra d'Aiello et son ancien hameau de San Pietro in Amantea (détaché d'Amantea en juillet 1937).
Hydrographie Divers cours d'eau de nature torrentielle franchissent le territoire d'Amantea en provenance des montagnes de la Catena Costiera, tels que les torrents Santa Maria, Calcato, Colongi, Rubano et Torbido, ainsi que les rivières Catocastro et Oliva. Leur débit, très élevé en hiver, peut provoquer de ruineuses inondations, tandis qu'en été ces torrents et rivières sont souvent à sec.
Climat Le climat d'Amantea est méditerranéen. En été, l'air est souvent rafraîchi par les brises marines ou provenant des montagnes. Les gelées sont rares mais de fortes précipitations ont lieu entre octobre et mars.
Toponymie L'ancienne cité grecque de Clampetia (ou Lampetia, en grec ancien : Λαμπετεία) est probablement fondée par les Krotoniates, soucieux d'étendre leur domination sur la mer Tyrrhénienne, sur le site de l'actuelle commune d'Amantea à l'emplacement de l'ancien établissement bruttien de CleteGabriele Turchi, Storia di Amantea, pp. 10-12.. Alors que la cité antique se dépeuple et disparaît, les Byzantins fondent sur l'actuel centre historique la ville fortifiée de Nepetia, dont le toponyme provient du grec ancien νεος πεδιον (« nouvel habitat ») ou νεος πολις (« nouvelle ville »)Gabriele Turchi, Storia di Amantea, pp. 17.. Les Arabes, après avoir capturé et saccagé la ville, font redresser ses murs et la renomment Al-Mantiah (« la forteresse »), dont dérivent toutes les dénominations ultérieures : le nom italien officiel dAmantea, celui dAmanthea utilisé en latin ecclésiastique ou encore celui d'''Amantia en dialecte local, en sont tous issus. Le toponyme arabe pourrait également dériver dΑμάντια (Amantia), nom d'une cité illyrienne mentionnée dans le Périple du Pseudo-Scylax.
Histoire
Antiquité Des traces de peuplement néolithique sont attestées tant sur le site d'Amantea qu'à Campora San Giovanni par la découverte de poteries de Stentinello, de sépultures et d'autres vestiges.
Les racines antiques d'Amantea sont obscures, possiblement grecques. En effet, c'est dans la localité de Campora San Giovanni, hameau de la commune d'Amantea, qu'aurait été bâtie la cité de Temesa, tandis que Clampetia aurait été située plus proche, sur la plaine actuellement occupée par la ville.
Quoi qu'il en soit, les traces d'un sanctuaire daté du atteste à tout le moins d'une présence grecque à la période archaïque sur la côte, alors que les montagnes environnantes sont plus vraisemblablement occupées par les Bruttiens. En 204 av. J.-C., lAger Clampetinus est mentionné sous les Romains.
Moyen Âge Les Byzantins, renforçant leur présence en Italie méridionale dans leur vaine tentative de reconquête de la péninsule sur les Lombards du duché de Bénévent, transforment le site en forteresse et lui donnent le nom de « Nepetia » (Νεπετία) au .
Vers l'an 800, la Sicile ainsi que le sud de la péninsule italienne sont exposés aux périlleuses incursions arabo-musulmanes, qui prennent souvent la forme d'actes de piraterie. Nepetia est conquise et occupée par les Musulmans en 839, qui en font le siège d'un petit émirat. L'ancienne place forte byzantine est renommée « Al-Mantiah » (« la forteresse » en arabe). Les Grecs parviennent à reprendre la cité en 885 sous l'impulsion de Nicéphore Phocas l'Aîné mais conservent son nom arabophone, qu'ils hellénisent simplement en « Amantea ».
En 1060 au plus tard, elle tombe aux mains des Normands de Robert Guiscard et Roger de Hauteville, qui chassent définitivement les Byzantins de Calabre (1061) en vue de reconquérir la Sicile sur les Musulmans. La ville est alors élevée au rang de siège titulaire jusqu'à sa fusion avec le diocèse de Tropea en 1094 sur ordre de Roger .
En 1269, la cité d'Amantea fait montre de loyauté envers Conradin de Hohenstaufen et se révolte contre les Angevins, mais ces derniers font preuve d'une répression impitoyablePier Fausto Palumbo, Dall'assedio di Amantea all'assedio di Gallipoli (1269), in Studi salentini, vol. 35/36, 1969, pp. 193-206.. Au Moyen Âge, le village de Belmonte Calabro relevait de la juridiction d'Amantea jusqu'à l'érection de son propre château, sanctionnée en 1270 sur ordre de Charles d'Anjou afin de punir la rébellion des habitants d'Amantea l'année précédente. En 1345, cette dernière en appelle à la reine Jeanne de Naples pour régler le litige qui l'oppose à son vassal de Belmonte, Pietro Salvacossa, qui s'approprie illégalement certaines terres censées revenir à Amantea : par un décret du 27 mai, la reine trace pour une première fois les limites de la commune d'Amantea. Mais ce ne sera qu'en 1811, sous le régime napoléonien, que la séparation des territoires de Belmonte et d'Amantea sera reconnue officiellement.
Période moderne En 1495, Amantea s'oppose avec succès à la concession de la ville en fief à Francesco d'Alengre par Charles VIII de France, préoccupé par les guerres d'Italie qui vont le contraindre à se retirer de la région. Et pour cause, elle ne sera jamais inféodée à l'exception d'une courte période de temps troublés au milieu du , lorsque Orazio Battista Ravaschieri, prince de Belmonte, l'achète pour 60 000 ducats en 1630, et que les habitants rachètent leur liberté dès trois ans plus tard pour la même somme, redevenant ainsi des sujets directs du roi de Naples. La ville parvient de ce fait à maintenir fermement son statut de cité-État autonome, avec ses propres institutions. En 1638, elle est dévastée par un tremblement de terre.
Ainsi que le rapporte Lorenzo Giustiniani dans son Dictionnaire géographique du royaume de Naples, la population d'Amantea atteint dans le courant du les 2 187 habitants, occupés principalement par les activités liés à la sériculture, telles que la culture du mûrier dont les feuilles sont nécessaires afin de nourrir les vers à soieLorenzo Giustiniani, Dizionario geografico-ragionato del Regno di Napoli, vol. 1, Vincenzo Manfredi, 2013..
Place forte stratégique, Amantea subit à deux reprises l'occupation des Français lors de la période révolutionnaire, en 1799 et en 1807, la deuxième fois après un siège long d'un mois qui s'est démarqué dans l'histoire de la ville par la résistance acharnée et le dévouement de ses habitants dans la lutte face aux envahisseurs, menée à bien par Rodolfo Mirabelli contre Joseph Bonaparte. La ville, dévastée par les coups de canon, finit par capituler. En juillet 1810, trois navires de guerre britanniques, les frégates HMS Thames, HMS Weazel et HMS Pilot, interceptent au large d'Amantea un convoi de 31 caboteurs en provenance de Naples transportant des vivres et des provisions à l'armée de Murat, à Scilla. Sept grandes canonnières, quatre scampavias et une pinasse armée protégeaient le convoi. À l'approche des navires britanniques, le convoi et son escorte s'échouent devant Amantea, mais les Britanniques parviennent néanmoins à capturer la quasi-totalité des vaisseaux et à en détruire une demi-douzaine, tout en ne subissant que des pertes minimes.
Période contemporaine En 1861, Amantea intègre le royaume d'Italie et se voit dotée de nouvelles infrastructures publiques, notamment des écoles.
Le 20 février 1943, un bombardement allié atteint le Palazzo del Giudice, sur la via Indipendenza, près de l'église San Biagio. Une stèle funéraire à la mémoire des 26 victimes de cet événement meurtrier, parmi lesquelles de nombreux enfants, est érigée sur les décombres du palais.
Après-guerre, la ville d'Amantea accroît son emprise urbaine sur la plaine jusqu'à rejoindre la mer et développe ses attraits touristiques de station balnéaire.
En 1990, le navire Jolly Rosso fait naufrage et s'échoue sur le littoral d'Amantea. Sa cargaison, non identifiée, aurait été enterrée illégalement à proximité de la localité. Une augmentation des cas de cancers dans la ville et les communes voisines dans les années qui ont suivi l'incident ont motivé la conduite d'une enquête, qui a révélé la présence de déchets sur le site du naufrage, correspondant présumément au contenu de la cargaison, et la détection de niveaux élevés de radioactivité ainsi qu'une augmentation de 6 °C de la température au sol.
Monuments et lieux d'intérêt (†) : désigne les édifices abandonnés ou disparus
Architecture religieuse
Collégiale San Biagio (chiesa madre) Église San Bernardino da Siena (1436), exemple exceptionnel d'architecture gothique tardive en Calabre. Église du Carmine Église des Cappuccini Église Sant'Elia Église San Francesco d'Assisi (†) : une communauté de moines basiliens s'est implantée sur les rebords de la colline fortifiée d'Amantea après la reconquête de la ville par les Byzantins. Vers 1030, cette communauté fonde l'église San Basilio, probablement sur le site d'une ancienne mosquée arabe. En décembre 1121, la cénobie des moines basiliens accueille le pape Calixte II, de passage à Amantea sur son voyage vers Reggio de CalabreGabriele Turchi, Storia di Amantea, p. 27., mais elle finit par décliner vers la fin du siècle et le bienheureux Piero Catin, compagnon de saint François d'Assise, s'y installe en 1216 avec d'autres religieux pour fonder un couvent franciscain avec une église attenante. Cathédrale de la Pinta (†) : l'ancienne cathédrale d'Amantea, dite « de la Pinta » (la peinte) en raison de la présence en son sein d'un vieux tableau très vénéré de la Vierge MarieGabriele Turchi, Storia di Amantea, p. 26.. Elle était située dans la vieille ville, dans le quartier Sant'Elia. Église Santa Sofia (†) : ancienne église qui n'existe plus, attestée dans divers actes des . Église San Procopio (†) Église San Nicola del Rimo (†) Église San Nicola dell'Oliva : ancienne grange bénédictine située sur les berges de l'Oliva, près du hameau de Campora San Giovanni, auquel elle a donné son nom après avoir été transformé en lieu de culte dédié à saint Jean. Attestée dès le , sa maçonnerie sert aujourd'hui d'habitation. Église Santa Maria della Calcata (†) : ancienne église, attenante au couvent des Pères Augustins, construite en 1490 et fermée par la suite en raison de la fermeture du couvent adjacent. Couvent des Dominicains (†) : couvent dominicain construit en 1465 et fermé en 1652. Chapelle Furgiuele, dédiée à Sant'Alfonso de' Liguori, annexe du palais Furgiuele, sur la via Dogana. Chapelle Cavallo-Marincola
Architectures civiles