vignette|Affiche « En attente d'un salaire décent » (Royaume-Uni, 1913).
Le salaire minimum, ou salaire minimal, est la rémunération minimale qu'un employeur doit légalement accorder à un employé pour un travail.
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Terminologie
est l'adjectif qualifiant ce qui constitue "un minimum". L'expression est critiquée par certains linguistes selon lesquels elle présente le défaut de juxtaposer deux substantifs (le salaire et le minimum) sur le modèle anglophone. Les formulations correctes seraient ici , ou .
But et histoire
Le salaire minimal ou vise à garantir un niveau de revenu aux employés et ouvriers. Pour ses partisans, il maintient une aussi bien entre employés (dans leur participation au travail) qu'entre employeurs (éviter le ). Il participe à la cohésion sociale d'un pays et à la redistribution des revenus. Même si le principe du salaire minimum est admis dans une majorité de philosophies, la fixation de son niveau fait l'objet de fortes dissensions en leur sein.
Pour les économistes libéraux, le salaire minimal correspond à une interdiction de travailler pour les employés dont le travail ne permet pas de produire cette valeur, et est la source principale de chômage dans les pays développés.... Ces économistes estiment que le coût du salaire minimum (à différencier du revenu final) doit être fixé de manière à n'obtenir qu'un chômage de transition (appelé aussi chômage frictionnel). Ils pensent qu'un coût de salaire minimum élevé est une injustice que subissent les chômeurs. Ils estiment que les salaires définis librement en période de plein-emploi correspondent à la valeur du travail des employés et que, si l'on souhaite opérer une redistribution des revenus ou établir un revenu minimum des travailleurs élevé, il vaut mieux le permettre via un rééquilibrage des impôts et des charges imposées aux plus aisés. Ils estiment que cela crée moins d'injustices et d'exclusions qu'un salaire minimum élevé. Pour assurer un fonctionnement socialement optimal, les salaires doivent être proportionnels à la productivité des employés. Pour les économistes libéraux, le salaire minimum serait un puissant frein à l’embauche, notamment Maurice Allais, Gary Becker., James M. Buchanan, Milton FriedmanMilton Friedman, Capitalisme et liberté, LEDUC.S éditions, 2010, ., Friedrich Hayek, Paul KrugmanPaul Krugman et Robin Wells, Microéconomie, éd., De Boeck, 2013., Edmund Phelps, Paul SamuelsonPaul Samuelson, L'Économique, 2 vols, 1982-1983., George J. Stigler., Joseph Eugene Stiglitz Joseph Stiglitz, Economics, 1993., James Tobin…
Pour les économistes marxistes, le salaire minimal limite l'exploitation ouvrière. En effet, le salaire minimal empêche les forces du marché de fixer les salaires à leur niveau de subsistance, c'est-à-dire un niveau qui permet simplement la reproduction de la force de travail. en 1938, pendant la Grande Dépression, Léon Trotski écrivait : « Sous peine de se vouer lui-même à la dégénérescence, le prolétariat ne peut tolérer la transformation d'une partie croissante des ouvriers en chômeurs chroniques, en miséreux vivant des miettes d'une société en décomposition. Le droit au travail est le seul droit sérieux que l'ouvrier ait dans une société fondée sur l'exploitation. […] Le salaire, avec un minimum strictement assuré, suit le mouvement des prix. Aucun autre programme ne peut être accepté pour l'actuelle période de catastrophes. » Programme de transition - Échelle mobile des salaires et échelle mobile des heures de travail - Léon Trotski, 1938.
Pour les marxistes, le minimum salarial est un instrument de justice sociale. Il permet de rémunérer les salariés les moins qualifiés à un qui assure une subsistance correcte et de rééquilibrer le rapport de force entre patronat et syndicats salariés en faveur de ces derniers. C'est un instrument de pilotage économique d'un pays puisqu'il limite les déséquilibres du marché.
Cependant, le salaire minimal ne permet de suivre le mouvement des prix que pour les salaires les plus bas. Une échelle mobile des salaires permet que tous les salaires suivent l'augmentation des prix.
En Europe
Le salaire minimal, quand il relève d'une loi comme en France, est d'ordre public. Il s'impose aux salaires minimaux prévus par les conventions collectives quand celles-ci prévoient une rémunération horaire inférieure pour les salariés.
Dans l'Union européenne, 22 des 28 États ont un salaire minimumLe Smic dans les pays de l'Union européenne en 2015. Les six pays de l'UE qui n'ont pas de salaire minimum sont l'Autriche, Chypre, le Danemark, la Finlande, l'Italie et la Suède. Ces pays et des pays européens non affiliés à l'UE comme la Norvège et la Suisse laissent le salaire minimum à verser à la discrétion de l'employeur et/ou des syndicats. Dans ce cas, ce sont les salaires minimum négociés entre partenaires sociaux aux niveaux des branches professionnelles qui s'appliquent. Il existe donc autant de salaires minimum que de branches professionnelles, ce qui donne une certaine souplesse à l'économie. Lorsqu'ils ne sont pas étendus par un arrêté ministériel, les accords de branches ne s'appliquent que dans les entreprises membres d'un syndicat professionnel ayant signé l'accord. En défaut de l'extension de la convention collective celle-ci n'oblige le patron qu'envers les salariés membre d'un syndicat signataire. Mais le principe de l'égalité de traitement mène en effet à un rajustement des salaires dans l'entreprise signataire.
Le minimum salarial peut être vu comme une prohibition (l'interdiction de travailler à un salaire inférieur), avec toutes les conséquences de restrictions libertaires et de travail dissimulé. Il est aussi considéré comme un réducteur d'inégalités de revenu.
Inversement, en , dans son discours sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen considère que .
Le proposition de directive du Parlement européen et du conseil relative à des salaires minimaux adéquats dans l’Union européenne considère à la fois le « salaire minimal » et le « salaire minimal légal » .
+Salaire minimum légal par pays en . Pays Montant
Dans le monde thumb|upright=1.2|Salaire minimum mensuel en 2008 Dans les pays développés, les salaires minima (lorsqu'ils existent) peuvent être définis. : soit en taux horaire (Allemagne, Canada, Corée du Sud, États-Unis, France, Hongrie, Irlande, République tchèque et Royaume-Uni) soit sur une base journalière (Japon et Mexique) soit au niveau hebdomadaire (Malte et Nouvelle-Zélande) soit au niveau mensuel (Belgique, Bulgarie, Croatie, Espagne, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie et Slovénie) soit sous forme d'un panachage entre les différentes possibilités.
En 2009, pour 24 pays membres de l'OCDE, le salaire minimal s'élevait, en moyenne et pour les salariés à plein temps, à un peu plus d'un tiers du salaire moyen, avec une tendance à augmenter lentement au cours du temps. Le ratio était le plus faible au Mexique (environ 20 %) et aux États-Unis (27,0 %) et le plus élevé en Nouvelle-Zélande (51,6 %) et en France (48,0 %). Le salaire minimum représentait un peu moins de la moitié du salaire médian qui, n'étant pas affecté par les très hauts salaires, est nettement plus faible que le salaire moyen. Le ratio était le plus bas au Mexique (environ 20 %) et aux États-Unis (37,1 %) et le plus élevé en Turquie (71,3 %) et en France (60,1 %).
Dans chaque pays, le ratio entre le salaire minimum et le salaire moyen – ou le salaire médian – varie quelque peu au cours du temps, tendant à baisser avec la hausse des salaires moyens et médians et à augmenter lors des revalorisations du salaire minimum. Ainsi, en 2000, le ratio entre salaire minimum et salaire moyen était le plus élevé en Irlande (58,5 %), en Australie (50,1 %), en Nouvelle-Zélande (45,2 %) et en France (45,1 %). De 2001 à 2005, l'Australie conservait le ratio le plus élevé, suivie de la France et de la Nouvelle-Zélande, laquelle prenait la tête de 2006 à 2009, suivie de la France, En 2000, le ratio entre salaire minimal et salaire médian était également le plus élevé en Irlande (67,5 %), suivie de l'Australie (58,2 %) et de la France (56,1 %). De 2004 à 2009, on trouve le ratio le plus élevé en Turquie, suivie de la FranceOECD.StatExtracts, « Marché du travail, Revenus, Salaires minimum en proportion du salaire moyen des salariés à plein temps ». Les mesures excluent les paiements pour les heures supplémentaires et les primes, dont l'importance varie entre les pays. Il faut également noter que le pouvoir d'achat du salaire minimal varie très largement entre les pays (voit OECD.StatExtracts, « Marché du travail, Revenus, Salaires minimum horaire en termes réels. En US$ taux de change).
+Salaire minimum légal par pays en . Pays Montant Part des salariés percevant moins de 105 % du SMIC en 2010 Part du revenu moyen en 2014 10,2 % 50,3 % 9,2 % 44,6 % < 5 % 43,2 % < 5 % 40,2 % 44,0 % 9,2 % 46,6 % 19,2 % 52,9 % 0,2 % 36,0 % < 5 % 46,9 % < 5 % < 5 % 44,1 % > 42 % 62,1 % 9,9 % 45,3 % 9,2 % 38,8 % < 5 % 35,4 % 11,8 % 44,1 % < 5 % 32,8 % < 5 % 43,3 % 13,7 % 46,4 % () . < 5 % 38,5 % < 5 % 40,5 % . SMIG et SMAG, Paie Tunisie. () ()
(1) Taux horaire converti sur la base de (2) Taux horaire converti sur la base de (3) Taux horaire converti sur la base de (4) Varie selon les États
Canada
Au Canada, le salaire minimal est sous la responsabilité des provinces et des territoires, conformément au partage des pouvoirs prévu par la constitution canadienne. Au Québec, la Loi du Salaire raisonnable est entrée en vigueur le .
Les différents minimums s'échelonnent (pour le cas général, sachant qu'il peut exister des niveaux plus bas pour certaines catégories de personnel) de . (Nouveau-Brunswick) à . (Territoires du Nord-Ouest).
Démographie Selon une étude, en 2019, au Québec, 62 % des personnes rémunérées au salaire minimum travaillent à temps partiel, et 61 % sont âgées de 15 à 24 ans.
États-Unis Aux États-Unis, quinze États promulguèrent des lois sur le salaire minimum pour les femmes et les jeunes entre 1912 et 1922. Les employeurs à bas salaires s’y opposaient en y voyant une cause d’augmentation des coûts, alors que les employeurs à salaires plus élevés y étaient favorables, y voyant un moyen de contrer la « concurrence déloyale » des premiers. Entre 1923 et 1936, la Cour suprême jugea que ces lois étaient non-constitutionnelles, violant le « droit de libre contrat »Fishback, Price V. et Seltzer, Andrew J. The Rise of American Miunimum Wages, 1912-1968. IZA Discussion Paper No. 12973, IZA Institute of Labor Economics, février 2020, ii + 35 pp.. Ce n’est qu’en 1937 que la Cour changea de positionPar la décision , la Cour Suprême donna raison à Elsie Parrish, une employée d’hôtel et son mari, contre la West Coast Hotel Company qui lui payait un salaire inférieur au salaire minimum de l’État de Washington..
En 1938, le Fair Labor Standards Act établit un salaire minimal applicable au niveau fédéral aux employés travaillant pour une entreprise engagée dans le commerce ou produisant des biens destinés au commerce, sauf exceptions. Ce salaire minimal au niveau fédéral coexiste avec les salaires minima que chaque État, et même chaque subdivision administrative (comté, ville), peut fixer, éventuellement pour certains secteurs économiques (par exemple : spécifiquement pour les contractants publics). C'est toujours le plus élevé des différents salaires minimaux existants qui s'applique (donc au moins le niveau fédéral partout aux États-Unis).
D'après , les États-Unis avaient dans les années 1960, le salaire minimum le plus élevé du mondeFigure 7.12 Minimum wage, 2015 US dollars in Kenworthy, Lane Social Democratic Capitalism, Oxford University Press, 2019, 304 p. ... En 1968-1970, il atteint au niveau fédéral l'équivalent de plus de 10 dollars de 2019 par heure de travail. Thomas Piketty relève que . Il considère que , et souligne que .