Rosarno est une commune italienne de la ville métropolitaine de Reggio de Calabre, dans la région Calabre.
Bâtie sur les ruines du site archéologique de l'ancienne colonie grecque de Medma, elle est complètement détruite lors du tremblement de terre de février 1783, et voit alors sa géographie physique remodelée. Avec la création de marécages qui en résulte, le paludisme s'installe, et la zone se dépeuple. Toutefois des actions sont entreprises pour assainir les terres, et entre la fin du et 1945, Rosarno, épicentre de la plaine de Gioia Tauro, devient une zone agricole relativement prospère, qui se spécialise dans la culture des oliviers et des agrumes.
Des tentatives impulsées par le gouvernement central italien pour y installer des industries se muent en échec. L'abondance des subventions de toutes natures couplée à la forte présence de la mafia calabraise, la 'Ndrangheta, qui souhaite s'accaparer cette manne, freinent finalement le développement socio-économique de la région. Les migrations économiques des paysans qui ne réussissent plus à vivre de leurs terres sont compensées par une immigration équivalente, initialement avec une forte proportion de personnes en provenance du Maroc et de l'Afrique subsaharienne. Ces immigrés, dont l'exploitation permet de compenser la rentabilité insuffisante des ventes d'agrumes, vivent dans des conditions misérables, et une attaque contre l'un d'entre eux conduit à une révolte de leur part. En rétorsion, une chasse à l'homme et des actes de racisme défraient la presse internationale en 2010.
Des tentatives citoyennes se font jour pour résoudre ces problèmes (sort des immigrés, omniprésence de la mafia jusque dans les équipes municipales lui valant sa mise sous tutelle à trois reprises). Ainsi, grâce à l'engagement du maire anti-mafia Giuseppe Lavorato, Rosarno est la première municipalité d'Italie à se constituer partie civile dans un procès anti-mafia pour obtenir réparation des dommages matériels, moraux et d'image causés par elle, et l'une des premières à utiliser les biens confisqués à la 'Ndrangheta pour la communauté. Toutefois il n'est pas certain en 2024 que toutes les tentatives insufflées permettent de renverser la tendance.
Les problèmes de la ville sont considérés par certains chercheurs comme un archétype de ceux rencontrés ailleurs en Italie.
Étymologie Le nom est d'origine byzantine. Il provient du toponyme Rousare, qui signifie « le pays des membres de la famille Rùsari ».
Géographie physique Rosarno est située sur une colline qui surplombe comme un balcon naturel le port de Gioia Tauro et la plaine environnante du même nom.
Il comprend un territoire vaste et très fertile dont les limites sont la rivière Mésima au nord, la rivière Metramo à l'est et les premiers contreforts de la Serre calabraise, la commune de Gioia Tauro au sud, San Ferdinando (qui faisait partie de Rosarno jusqu'en 1977 ) à l'ouest. La ville est située sur une colline à au-dessus du niveau de la mer, d'où elle domine la plaine en contrebas, riche en orangers et oliviers, et le port de Gioia Tauro, à seulement à vol d'oiseau.
Son territoire (dont font partie du Plan Directeur élaboré par l'ASI - Zone de Développement Industriel - pour les installations industrielles) est la porte d'entrée terrestre (ferroviaire et autoroutière) du port de Gioia Tauro et des zones destinées aux installations de production.
Hameaux La commune compte 5 hameaux périphériques : Bosco, Zimbario, Crofala, Scattarreggio et Testa dell'acqua.
Communes limitrophes
Communications Rosarno est desservie par l'autoroute A2 (anciennement A3), qui la relie au nord-est à Naples, et au sud-est à Reggio de Calabre.
Elle dispose d'une gare sur la ligne ferroviaire Battipaglia-Reggio de Calabre, et dessert un tronçon vers le port de Gioia Tauro, destiné au transport de marchandises, inauguré en 1996.
Climat La commune jouit d'un climat méditerranéen. Sur la base de la moyenne historique entre les années 1940 et 2020, la température moyenne du mois le plus froid, janvier, s'élève à ; celle du mois le plus chaud, août , est de . La température moyenne annuelle s'élève à .
Histoire gauche|vignette|Statuette de femme, l'une des nombreuses statuettes de l'Antiquité classique retrouvées à Rosarno et présentées au Musée national de la Grande-Grèce. Les origines de Rosarno remontent à l'ancienne colonie grecque de Medma, fondée par les Locriens à la fin du siècle avant JC. La ville disparait au siècle après JC et est remplacée par Nicotera.
À l'époque médiévale, le toponyme apparaît pour la première fois en 1037 dans un document napolitain. Encore plus tôt, les moines basiliens avaient érigé sur la colline appelée Badia un monastère dédié à Santa Maria del Rovito. Il reste, conservée dans le monastère basilien de Grottaferrata, une croix en argent d'origine byzantine avec une inscription qui révèle son origine.
Depuis le siècle, le fief de Rosarno faisait l'objet de disputes entre les nobles seigneurs féodaux et la couronne. En 1487, le roi Ferrante d’Aragon de Naples, reconnaissant envers Ludovic le More pour l'aide reçue dans la lutte contre la conjuration des Barons, lui accorde la principauté de Rossano et les comtés calabrais de Borrello , Longobucco et Rosarno, qui sont ajoutés au Duché de Bari, déjà en sa possession depuis 1479. Béatrice d'Este, nièce et fille adoptive du roi Ferrante, en est également propriétaire, selon les clauses testamentaires et juridiques prévues par lui lorsqu'il la donne en mariage à Ludovic Le More. À la mort de cette dernière, en 1497, Ludovic (devenu duc de Milan) cède Rosarno avec tout le duché de Bari à leur deuxième fils Sforza Francesco. Ce dernier n'en jouit qu'en 1499, car en raison de l'imminente invasion française du duché de Milan et d'une manœuvre politique confuse et infructueuse de son père Ludovic, Rosarno, avec tout le duché de Bari, est occupé par Isabelle d'Aragon.
Au début du siècle, Ettore Pignatelli reçut le fief du roi Ferdinand le Catholique, que sa famille entretient jusqu'en 1806. Charles III de Bourbon y passa des vacances en 1735 en chassant dans les bois de la région connus pour leur abondance de gibier et de plantes médicaments. droite|vignette|Formation de volcans de sable observés dans la plaine de Rosarno, après les Séismes de février et de mars 1783 en Calabre. Le , la ville est rasée par un tremblement de terre dévastateur qui frappe toute la Calabre, faisant plus de . Rosarno enregistre la disparition de , mais la conséquence la plus grave est géologique, avec l'effondrement de la vallée de la rivière Mesima. Les bouleversements des eaux qui suivent provoquent l'apparition du paludisme et le dépeuplement urbain, situation atténuée par les interventions du marquis Vito Nunziante, général du roi Ferdinand de Bourbon. Celui-ci entreprend une action d'amélioration qui, au fil du temps, transforme la zone désormais marécageuse en territoire fertile.
Au tournant du siècle, Rosarno est le quartier général du cardinal Fabrizio Ruffo, qui libère la ville de l'armée française d'occupation et qui, de là, prend contact avec le roi Ferdinand Ier, qui entre-temps a fui à Palerme. Son successeur Ferdinand II visite la ville en 1833, immédiatement après son couronnement, et revient vingt ans plus tard, recevant un accueil triomphal. Même Giuseppe Garibaldi, lors de son Expédition des Mille, s'arrête à Rosarno en 1860. Les habitants font tout leur possible en faveur de l'armée de Garibaldi, et le témoignage des événements est fourni par le journal de voyage de l'écrivain-soldat français Maxime Du Camp.
Grâce également aux opérations de bonification des terres qui ont duré des décennies, Rosarno est devenue un centre d'attraction économique et commerciale, attirant des milliers de travailleurs de la zone ionienne et de la zone napolitaine, favorisée par la nouvelle ligne ferroviaire qui reliait Eboli à Reggio de Calabre et qui, au début du siècle, se distinguait par son intense trafic de marchandises. L'occupation des terres forestières en 1945 a donné une impulsion à l'évolution du secteur agricole : des centaines de familles paysannes se sont installées sur les terres incultes, donnant lieu au développement de plantations d'agrumes et d'oliviers. Cette installation s'inscrit dans un mouvement plus général concernant toute la Calabre et au-delà, d’occupation des terres domaniales non cultivées.
Aspects économiques et sociaux vignette|Plaine de Gioia Tauro, plantations d'agrumes près de Rosarno. Le développement de l'agriculture depuis 1945 est très profitable à Rosarno, qui est alors synonyme d'emploi : elle est qualifiée d'Americanedda, « petite Amérique », même si les revendications sociales des travailleurs, dont les cueilleuses d'olives, sont prégnantes. Jusque dans les années 1960, la récolte des olives et des oranges assure un revenu suffisant aux agriculteurs, dont aux anciens saisonniers ayant réussi à s'acheter un lopin de terre. La production des agrumes, mandarines et oranges, est destinée principalement aux industriels du jus d'orange. À partir des années 1980, outre les revenus directs des ventes, la région voit se développer un double phénomène : celui des « oranges de papier », fausses déclarations de production afin de bénéficier de subventions européennes à la production, et les escroqueries aux assurances sociales. Lorsque l'Italie s'ouvre à l'immigration et que de nombreux habitants émigrent vers les États-Unis, ils sont progressivement remplacés par des travailleurs africains. Ceux-ci ne sont en général pas déclarés, et ne bénéficient pas des assurances maladie, maternité et surtout chômage. À l'inverse, des locaux paient des cotisations sur des emplois fictifs pour profiter de ce chômage : saisonniers agricoles sur déclarés s'avèrent être de faux-travailleurs.
Un développement freiné par la mafia Rosarno et ses alentours ont bénéficié de fonds importants en vue de leur développement. D'une part à travers les millions du « Paquet Colombo » () dépensés en expropriations pour un projet de construction d'une usine sidérurgique, dont la construction du port de Gioia Tauro constituait le préalable. D'autre part, des coopératives agricoles qui se sont lancées pour redynamiser l'agriculture et autonomiser les petits paysans, ont reçu d'importants fonds européens.
, un natif de la ville, défend l'unicité de la Coopérative Rinascita, créée en 1971 et dont le chiffre d'affaires d'un milliard de dollars et les subventions accordées par l'Europe, excitent l'appétit des membres de la 'Ndrangheta de l'ensemble de la plaine de Gioia Tauro, dont Rosarno est l'épicentre. Ayant rejoint le parti communiste, il milite dans ce sens au sein de la population de Rosarno. Lors de rassemblements militants, il n'hésite à dénoncer, en criant leurs noms, ceux des membres de la 'Ndrangheta tenus pour responsables du déclin d'un territoire dominé par la criminalité. Le , alors qu'il fête les victoires électorales du PCI, dont sa propre élection au conseil municipal, il est abattu par un exécutant. Les commanditaires sont le chef du clan local, Giuseppe Pesce, et Giuseppe Piromalli, chef d'un clan ayant la mainmise sur le port voisin de Gioia Tauro.
En 1980, la revue Paese Sera indique que les deux milliards de lires octroyées sur deux ans par l'État italien pour soutenir l'agriculture locale n'ont en fait profité qu'à , pour la plupart appartenant à des familles de la 'Ndrangheta.
Toutefois, si Rosarno est la ville italienne comportant le plus fort pourcentage de mafieux dans sa population, elle n'est, pour l'ethnologue Cinzia Costa, que le reflet des problèmes existants en Italie, et cette image ne doit pas cacher la multiplicité des mouvements antagonistes des citoyens et citoyennes, tentant de faire échapper la ville à cette situation.
Conflit : la « Révolte de Rosarno »