Le () est une espèce éteinte de la famille des éléphantidés ayant vécu dans les steppes d'Eurasie et d'Amérique du Nord durant le Pléistocène et, pour ses derniers représentants, au cours de l'Holocène, il y a seulement , durant l'Antiquité égyptienne. Le genre Mammuthus était apparu avec Mammuthus subplanifrons au début du Pliocène.

Le Mammouth laineux a divergé du Mammouth des steppes il y a environ dans l'est de l'Asie. Son plus proche parent actuel est l'éléphant d'Asie. L'apparence et le comportement de cette espèce sont parmi les mieux étudiés pour un animal préhistorique du fait de la découverte de carcasses prises dans les glaces en Sibérie et en Alaska, ainsi que de squelettes, de dents, de contenu stomacal, de défenses et de représentations sur les parois des grottes. Des traces fossilisées de mammouths ont été trouvées en Asie bien avant que les Européens n'en prennent connaissance au . Les origines de ces fossiles ont fait l'objet de nombreux débats, et on les a souvent associés à des restes de créatures légendaires. Le mammouth a été identifié comme une espèce éteinte d'éléphant par Georges Cuvier en 1796.

Le Mammouth laineux avait une taille relativement proche de celle de l'éléphant d'Afrique actuel. Les mâles atteignaient une hauteur aux épaules comprise entre 2,7 et et pesaient jusqu'à . La taille des femelles variaient entre 2,6 et pour un poids qui pouvait atteindre . Un nouveau-né pesait environ .

Le Mammouth laineux était bien adapté à l'environnement froid de la dernière période glaciaire. Il était couvert de fourrure, avec de longs poils de jarre et une sous-couche de poils de bourre. La couleur de sa fourrure était plus ou moins sombre. Les oreilles et la queue étaient courtes, limitant les risques de gelure et de déperdition de chaleur. Il avait de longues défenses incurvées, et quatre molaires qui étaient remplacées six fois au cours de la vie d'un individu. Son comportement était similaire à celui des éléphants modernes, et il utilisait ses défenses et sa trompe pour manipuler des objets, se battre et s'alimenter. L'alimentation du Mammouth laineux était principalement composée d'herbe et de cypéracées. Les animaux pouvaient probablement atteindre l'âge de 60 ans.

Le Mammouth laineux était contemporain des premiers Hommes, qui utilisaient ses os et ses défenses pour faire des outils, des objets décoratifs ou des habitations, et cette espèce était également chassée pour la nourriture. Elle a disparu de son aire de répartition continentale à la fin du Pléistocène il y a , certainement du fait du changement climatique et de la réduction de son habitat qui en a découlé, voire de la chasse par l'Homme. Des populations isolées ont survécu sur l'île Saint-Paul jusqu'à il y a et sur l'île Wrangel jusqu'à il y a . Au même moment, en Egypte, la pyramide de Khéops et le sphinx sont bâtis sur le plateau de Gizeh. Après son extinction, les Hommes ont continué à utiliser son ivoire, une tradition qui se poursuit encore de nos jours. La possibilité de récréer cette espèce par clonage a été évoquée à plusieurs reprises, mais cela semble improbable du fait du stade de dégradation important du matériel génétique retrouvé à ce jour.

Dénominations vignette|left|alt=Dessin d'un mammouth sans trompe vu de profil avec des annotations manuscrites.|Copie d'une interprétation de la carcasse du « Mammouth d'Adam » vers 1800, avec l'écriture manuscrite de Blumenbach.

À la suite de l'identification de Cuvier, Johann Friedrich Blumenbach donne au Mammouth laineux son nom scientifique, Elephas primigenius, en 1799, le plaçant dans le même genre que l'éléphant d'Asie. Ce nom signifie en latin « premier éléphant ». Cuvier utilise le nom Elephas mammonteus quelques mois plus tard, mais c'est le premier nom qui est utilisé par la suite. En 1828, Joshua Brookes utilise le nom Mammuthus borealis pour désigner les fossiles de mammouths laineux de sa collection qu'il met en vente, créant ainsi un nouveau nom de genre. On ne sait pas réellement d'où provient le mot « mammouth ». Selon l'Oxford English Dictionary, il viendrait d'un ancien mot mansi, mēmoŋt signifiant « corne de la terre ». Cela pourrait être également une déclinaison de mehemot, le mot arabe pour désigner le « Béhémoth », monstre décrit dans le livre de Job. Une autre origine possible est l'estonien, où maa signifie « terre », et mutt désigne la « taupe ». Le naturaliste Pallas appuie cette hypothèse sur le fait que certaines légendes sibériennes narraient l'existence d'une taupe géante vivant sous la terre, et que le parallèle aurait été fait avec les fossiles de mammouths retrouvés sous terre. Le mot « mammouth » a été utilisé pour la première fois en Europe à la fin du , alors que les termes « mamant » ou « mamont » étaient jusque-là largement usités pour désigner les animaux auxquels appartenaient les fossiles découverts en Sibérie. Thomas Jefferson, qui s'intéressait à la paléontologie, est en partie responsable de la transformation du mot mammouth d'un nom pour décrire les éléphants préhistoriques en un adjectif pour qualifier quelque chose de particulièrement grand. Ainsi la première utilisation connue du mot « mammouth » comme adjectif est une description d'un fromage (le « ») faite par Jefferson en 1802.

Description Apparence générale thumb|alt=Schéma représentant sur une même échelle différentes espèces de mammouths et un homme, afin de se rendre compte de la taille du Mammouth laineux.|Taille du Mammouth laineux (en rouge) en comparaison avec un homme et d'autres mammouths.

L'apparence du Mammouth laineux est probablement la mieux connue de tous les animaux préhistoriques car plusieurs individus aux tissus préservés ont été retrouvés pris dans la glace. De plus cet animal a été très fréquemment représenté par les premiers hommes. Les mâles adultes pouvaient atteindre une taille aux épaules de 2,7 à et pesaient jusqu'à . Il est presque aussi grand que les éléphants d'Afrique modernes, qui atteignent communément 3 à , mais plus petit que les espèces de mammouths plus primitives tels que le Mammouth méridional (Mammuthus meridionalis) et le Mammouth des steppes (Mammuthus trogontherii), ou que son contemporain le Mammouth de Colomb (Mammuthus columbi). La raison pour cette taille inférieure n'est pas connue. Les femelles mesuraient en moyenne de hauteur aux épaules et étaient un peu plus frêles que les mâles, pesant au plus . Un nouveau-né pesait environ . Ces tailles sont estimées à partir de celles des éléphants modernes de taille similaire. Peu de spécimens retrouvés congelés avaient leurs organes génitaux intacts, et le sexe est souvent déterminé à partir du squelette. La meilleure indication pour le déterminer est ainsi la ceinture pelvienne, car l'ouverture qui permet le passage du nouveau-né est toujours plus large chez les femelles que chez les mâles. Bien que les mammouths de l'île de Wrangel aient été plus petits que ceux du continent, leur taille était variable et ils n'étaient pas suffisamment petits pour être qualifiés de « nains ». Il a été dit que les dernières populations de mammouths laineux avaient décliné en taille et présentaient un dimorphisme sexuel plus marqué, mais cela a été contredit par une étude de 2012.

thumb|left|alt=Dessin d'un mammouth vu de profil, en noir sur fond blanc.|Représentation rupestre d'un mammouth datant d'il y a à la grotte des Combarelles, France.

Les mammouths laineux présentent diverses adaptations au froid, dont la plus notable est la robe de fourrure qui couvrait l'intégralité de son corps. Par ailleurs leurs oreilles étaient nettement plus petites que celles des éléphants modernes, mesurant environ de long et entre 18 et de large. L'oreille d'un jeune de 6 à 12 mois retrouvé congelé, « Dima », mesurait moins de de long. Cette petitesse des oreilles permettait de limiter l'exposition au froid et donc les déperditions de chaleur ou les gelures. Pour les mêmes raisons, la queue était courte, mesurant seulement chez le « Berezovka mammoth ». La queue comprenait , tandis que celle des éléphants modernes en présente de 28 à 33. Tous ces points illustrent typiquement la règle d'Allen.

Leur peau n'était pas plus épaisse que celle des éléphants, entre . Ils disposaient d'une couche de graisse pouvant atteindre d'épaisseur sous la queue, qui les aidait à conserver leur chaleur corporelle. Les mammouths laineux avaient de larges lambeaux de peau sous leur queue qui couvraient l'anus, une caractéristique que l'on retrouve chez les éléphants modernes.

thumb|gauche|Extrémités du tronc de différentes espèces d'éléphants. De gauche à droite : éléphant d'Afrique (Loxodonta africana), éléphant d'Asie (Elephas maximus), Mammouth laineux (Mammuthus primigenius). thumb|alt=Reconstitution d'un mammouth laineux sur fond de ciel orageux.|Fresque d'un mammouth laineux au Royal BC Museum. thumb|alt=Reconstitution d'un mammouth laineux à Paris.|Reconstitution paléontologique d'un mammouth laineux devant la galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée du Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

Parmi les autres caractéristiques dépeintes sur les parois des grottes, on note une grande et haute tête, et un dos incliné avec des épaules très hautes. Cette forme résulte des vertèbres du dos dont la longueur diminue du devant vers l'arrière. Ces caractéristiques ne sont pas visibles chez les jeunes, qui ont un dos convexe comme les éléphants d'Asie. Les peintures rupestres ont également permis d'identifier une caractéristique de la trompe des mammouths qui a pu être confirmée par la découverte d'un spécimen pris dans la glace en 1924 et surnommé « Middle Kolyma mammoth », préservé avec une trompe intacte. À la différence de l'extrémité de la trompe des éléphants modernes, le « doigt » supérieur de l'extrémité de la trompe des mammouths a un lobe pointu et allongé mesurant , tandis que le « pouce » inférieur mesure et est plus large. La trompe de « Dima » mesurait de long, tandis que celle du « Mammouth de Lyakhov » (dont le squelette est exposé au Muséum national d'histoire naturelle à Paris) faisait de long. La trompe très bien préservée d'un spécimen juvénile surnommé « Yuka » a été décrite en 2015 ; elle présentait une excroissance de chair un tiers au-dessus de son extrémité. Contrairement au reste de la trompe qui a une section de forme ovale, cette partie a une section ellipsoïdale et un diamètre deux fois plus important. Cette caractéristique a été retrouvée chez deux autres spécimens de différents sexes et âges.

Fourrure

La fourrure est composée d'une couche extérieure de « poils de jarre », qui mesuraient sur la partie supérieure du corps et jusqu'à de long sur les flancs pour de diamètre, et d'une couche dense de poils de bourre plus courts et légèrement bouclés mesurant de long et de diamètre. Les poils du haut de la jambe pouvaient atteindre de long et ceux du pied mesuraient de long, atteignant les orteils. Les poils de la tête étaient relativement courts mais plus longs sous le dessous et sur les côtés de la trompe. La queue était prolongée par des poils grossiers pouvant atteindre de long, qui étaient plus épais que les poils de jarre. Vraisemblablement, les mammouths muaient saisonnièrement et la fourrure la plus lourde tombait au printemps. Comme les carcasses de mammouths retrouvées prises dans la glace l'ont certainement été à l'automne, les spécimens retrouvés portaient probablement tous la fourrure hivernale. Les éléphants modernes ont beaucoup moins de poils, bien que les jeunes aient une couverture pileuse un peu plus développée que les adultes. Des comparaisons entre les poils des mammouths laineux et ceux des éléphants ont montré que leur morphologie était par contre relativement semblable.

Les mammouths laineux avaient dans leur peau de nombreuses glandes sébacées qui sécrétaient des huiles dans leur fourrure, améliorant son isolation, évitant que l'eau ne la pénètre et lui donnant un aspect brillant.