L'École militaire de Cherchell est une école militaire française créée à la suite du débarquement allié du en Afrique du Nord. Elle a pour objectif en Algérie française, de 1942 à 1962, de former des officiers et des sous-officiers en fonction des besoins de la France.
Méconnue, l'école de Cherchell a pourtant permis la survie des écoles d'armes françaises pendant la deuxième partie de la Seconde Guerre mondiale. Elle est également directement à l'origine des deux écoles qui forment aujourd'hui la quasi-totalité des officiers de l'armée de terre française, l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM) et l'École militaire interarmes (EMIA), issues du transfert de l'école de Cherchell à Coëtquidan en .
Historique Dénominations et missions successives Après le ralliement de l'armée française d'Afrique du Nord à la suite du débarquement nord-américain du 8 novembre 1942, suivi des accords Darlan-Eisenhower, les Allemands envahissent la zone libre et occupent l'école militaire d'infanterie de Saint-Maixent (E.M.I.) et l'école spéciale militaire de Saint-Cyr (E.S.M.) sont dissoutes.
La France est dorénavant en mesure de mener le combat, aux côtés de ses alliés, avec de moyens amples. Elle doit donc former rapidement des centaines de chefs de section et de peloton nécessaires à l'ossature de ses unités de toutes armes. C'est le but assigné à l'École de Cherchell pendant la Deuxième Guerre mondiale. L'école est créée par le gouvernement provisoire d'Alger (amiral Darlan et général Giraud) par décision du . D'abord nommée Centre d'instruction d'élèves officiers (C.I.E.O.), elle est chargée de former tous les officiers de l' Armée de terre, aussi bien ceux issus du recrutement direct (rôle de l'E.S.M. de Saint-Cyr avant-guerre) que ceux du recrutement interne (rôle de l'E.M.I. de Saint-Maixent avant-guerre ). Elle prend les appellations suivantes :
1. École des élèves-aspirants (E.E.A.) ()
Le colonel Callies reçoit la mission de créer et d'organiser cette école, le premier stage est partagé entre la ville de Médiouna au Maroc, près de Casablanca. Il prend le commandement de l'école avec pour adjoints le commandant Jannot pour Cherchell et le chef de bataillon Germani pour Médiouna.
2. École militaire Interarmes (EMIA) (décision ministérielle du )
L'École prend en le nom d'École militaire Interarmes (EMIA) et notamment la relève de l'école spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr. C'est à ce titre qu'a lieu le transport à Coëtquidan en . L'École de Coëtquidan prendra l'appellation d'ESMIA (École spéciale militaire interarmes) du au , date à laquelle, elle se subdivise en deux écoles distinctes : l'ESM (École spéciale militaire) qui reprend son rôle d'avant-guerre et la nouvelle EMIA (École Militaire Interarmes).
3. École militaire interarmes de sous-officiers ( - )
Après la guerre, en 1946 l'École assume la formation des sous-officiers destinés à servir en Afrique du Nord.
4. École de cadres d'Afrique française du nord () : même mission de formation de sous-officiers.
5. Annexe de Cherchell de l'École de Sous-officiers de Saint-Maixent ()
Elle ajoute à la mission de formation des sous-officiers celle de l'instruction des élèves officiers de réserve (EOR) de l'infanterie pour les unités basées en Afrique du Nord. Les EOR des unités métropolitaines sont formés à Saint-Maixent.
De 1949 à , elle instruit une partie des EOR de la Métropole.
Le , le ministre de la Défense nationale, René Pleven, cite à l'ordre de l'armée l'École militaire de Cherchell :
Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec palme. Le , le Général Callies remet la Croix de Guerre à l'école.
Le , le général Allard, commandant la militaire et les forces terrestres en Algérie, lui confie la garde d'un drapeau, à la suite d'une décision du ministre des Armées en date du .
6. École militaire d'infanterie de Cherchell (EMIC)
Réorganisée sous cette appellation le elle se consacre exclusivement à la formation des officiers de réserve d'infanterie que l'école (EEA) accueillait déjà partiellement depuis 1942, et depuis 1947 pour la totalité du contingent affecté en Afrique du Nord. Dans le même temps, l'école de Saint-Maixent formait d'abord la totalité des officiers de réserve affectés en Métropole (une partie sera également formée à l'EMI de Cherchell à partir de 1949).
Le le ministre des Armées charge l'écoleÉcole militaire d'infanterie de Cherchell, livre mémorial : Ils venaient de Cherchell, Imprimerie Nationale 30 juin 1962. de former désormais la totalité des officiers de réserve d'infanterie.
En octobre 1962, consécutivement à l'indépendance de l'Algérie, l'École est transférée avec tous ses cadres à Montpellier. Elle fusionne en 1967 à Montpellier avec l'École d'application de l'infanterie et devient l'École de l'infanterie.
Par décret du , l'école se voit décerner la Légion d'honneur :
Promotions et « Morts pour la France » thumb|right|Logo de l'école. Gaufrage sur carton. École d'élèves aspirants (1942-1944) et école militaire interarmes (1944-1945) Nom de la promotionIls venaient de Cherchell, Imprimerie nationale 30 juin 1962, Période de formation de la promotion Nombre d'élèves Morts pour la FranceWeygand - Italie : Île d'ElbeDes 55 anciens élèves de l'école tombés en « Italie-Ile d'Elbe », 3 sont morts dans l'île d'Elbe le 17 juin 1944. (1943 - 1944) : 28 ; France : AllemagneLe livre mémorial considère 160 élèves de l'école tombés en France et en Allemagne, mais en fait c'est la période 1944-1945 dont il s'agit: 126 sont morts en France, 26 en Allemagne, 2 en Autriche, 2 en Italie en 1945, 3 dans le « Cherchellois », et un capitaine pilote de l'armée de l'air en Angleterre en mai 1944. (1944 - 1945) : 29 ; Indochine - Madagascar - Corée (1945 - 1954) : 7 ; Tunisie - Maroc - Algérie (1954 - 1962) : 2Tunisie - 826 élèvesItalie - Ile d'Elbe : 23 ; France-Allemagne : 45 ; Indochine - Madagascar - Corée : 17 ; Algérie : 4Libération - 919 élèvesItalie - Ile d'Elbe : 4 ; France-Allemagne : 50 ; Indochine - Madagascar - Corée : 26 ; Algérie : 4 ;Marche au Rhin - 782 élèves France - Allemagne : 28 ; Indochine - Madagascar - Corée : 22 ; Algérie : 3Rhin français - France - Allemagne : 8 ; Indochine - Madagascar - CoréeEn totalité, sur ces conflits, 222 anciens élèves sont tombés en Indochine, 2 à Madagascar et 2 en Corée. : 147 ; Tunisie - Algérie: 13
École d'élèves sous-officiers (1945-1957) Environ . Morts pour la France : Indochine - Madagascar - Corée : 5 ; Algérie : 4
École d'élèves officiers de réserve d'infanterie (juin 1947 - mai 1958) 28 pelotons - 8000 E.O.R Morts pour la France en Indochine - Madagascar - Corée (1945 - 1954) Peloton 1 : 2 thumb|Logo de l'école en 1964, après son transfert à Montpellier. Morts pour la France en Tunisie - Maroc - AlgérieDes 216 anciens élèves tombés dans ces conflits, 213 sont morts en Algérie, 1 en Tunisie, 1 au Maroc et 1 à Chypre en décembre 1956. (1954 - 1958) Peloton 2 : 1 Peloton 10 : 2 Peloton 11 : 2 Peloton 13 : 1 Peloton 14 : 2 Peloton 15 : 1 Peloton 16 : 2 Peloton 17 : 1 Peloton 18 : 5 Peloton 19 : 14 Peloton 601 : 6 Peloton 602 : 3 Peloton 603 : 6 Peloton 604 : 5 Peloton 702 : 11 Peloton 704 : 2 Peloton 705 : 19 Peloton 706 : 10 Peloton 801 : 7
École militaire d'infanterie (10 mai 1958) L'EMIC forme les chefs de section qui obtiennent suivant leur classement, soit le grade d'aspirant soit de sous-lieutenant Numéro d'ordre Période de formation de la promotion Nom de la promotion Nombre d'élèves Morts pour la FrancePeleton d'E.O.R 8011958 7Peloton d'E.O.R. 80319584138Peloton d'E.O.R. 80419582835Peloton d'E.O.R. 80619582775Peloton d'E.O.R. 9011959 229 8 9021959 Colonel Marey3404 9041959Georges Clémenceau4163 0011960Colonel Jeanpierre3167 0021960Reggan2894 0031960Vercors3122 0041960Monna Casale4107 0051960Koufra3623 0061960Aspirant Mekerta3263 1011961Sous-Lieutenant François d'Orléans274 1021961Capitaine Claude Barrès8635 1031961Maréchal Lyautey3482 1041961Débarquement de Provence3193 1051961Mémorial de Cherchell4133 1061961Croix de la Valeur militaire318 2011962Vosges-Alsace2941 2021962Capitaine Gérard de Cathelineau587 2031962Élève Officier André Esprit5091 en Algérie 2041962Espoir & Traditions519École militaire d'infanterie Cherchell 1942-1962, Les promotions; Accès en ligne 2051962Derniers de Cherchell342
Stage X IMO 1960-1961 : 44 élèves Stage X IMO 1961-1962 : 35 élèves.
Devise Elle est apparue tardivement en 1961, un an avant le déménagement de l'école à MontpellierEcole militaire d'Infanterie de Cherchell (1942-1962) - La devise sur le site d'une amicale d'anciens officiers de réserve formés à l'EMI de Cherchell.
« DVCIS ET TV SVSCIPE CVRAM » (Assume, toi aussi, la charge du commandement).
Commandants de l'École Colonel Callies, 1942 à 1943 Lieutenant-colonel Guillebaud, 1943 à 1944 Lieutenant-colonel Huguet, 1944 à 1945 Lieutenant-colonel Rio, 1946 à 1949 Lieutenant-colonel Montagnon, 1950 à 1951 Colonel Lancrenon, 1952 à 1955 Colonel Nicol, 1956 à 1957 Colonel Marey, 1957 à 1958, tué au combat lors de l'embuscade du à El Milia en Algérie Général Bernachot, 1959 à 1962
Personnalités liées à l'établissement Instructeurs Général de corps d’armée Jean SalvanJean Salvan général de corps d'armée, Réflexions sur la guerre de 1914-1918., ancien président des Gueules CasséesGénéral Jean Salvan La paix et la guerre, Soldat de la Guerre, Soldat de la Paix., blessé en AlgérieGénéral Jean Salvan publications : Liban (1978), Les casques bleus de la France.. Colonel François Raoul, instructeur de la , compagnie, promotion Capitaine Claude Barrès ainsi que de trois autres promotions : le livre " Ceux de Cherchell" lui est dédié. Adjudant-chef Khalfa, né en Algérie, instructeur en armementInstruction T.A.M.: édition EMIC 1960. Spécialiste des armes utilisées pendant la Guerre d'Algérie, il a formé toutes les promotions de Cherchell, pendant le conflitLe pistolet-mitrailleur M.A.T. 49 (Manufacture d'armes de Tulle) Imprimerie E.A.I saint Maixent.
Chaque élève officier doit connaître le fonctionnement, savoir démonter et savoir remonter (y compris les yeux bandés), chaque arme à feu en dotation dans l'armée. Cette formation comprend des tirs avec toutes les armes dont canon sans recul, mitrailleuses, lance-roquettes, mortiers. Elle comporte la connaissance et l'utilisation de toute munition, de mines terrestres et d'explosifs alors en dotation à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord. Cette formation* Directive sur la formation et sur les objectifs qualitatifs à atteindre (EMIC 1959), vise deux objectifs, utiliser efficacement, et optimiser la puissance de feu en dotation dans une section d'infanterie et former à son tour les soldats sous le commandement de l'officier.
Élèves Jean Murat (1922-2021), général de division, aspirant au 4 RTT en Italie et lors de la campagne de France en 1944. Titulaire de 14 citations, grand-croix de la légion d'honneur en 2009 et de l'ordre national du Mérite. Élève de l’École de Cherchell en 1942-1943Jean Murat (11 mai 2021), site de l'ANOCR.. Jean Lartéguy* Les Centurions, 1964), Pocket, roman* Les Prétoriens (1964), Pocket, roman. Jean-Pierre Chevènement ancien ministre et député. Gérard Debreu (1921-2004), promotion « Rhin français », 1944-1945. Élève de l’École Normale Supérieure, l’École de Cherchell en 1944. Agrégé de mathématiques et de sciences économiques, CNRS, carrière aux États-Unis adopte la nationalité américaine. Prix Nobel d’économie en 1983 au titre des nouvelles méthodes analytiques dans la théorie économique et de la reformulation de la théorie générale de l’équilibre. Michel Jobert (1921-2002), homme politique français, ministre des Affaires Étrangères, Secrétaire général de la présidence de la République française. Roland Lefranc (1931-2000), artiste peintre normand. Sous-lieutenant François d'Orléans (1935-1960), mort au combat le à Iferhounène en Kabylie. La promotion 101 porte son nom.