ECM (acronyme pour Edition of Contemporary Music), également appelé ECM Records, est un label discographique allemand de jazz, musique classique, world music et musique contemporaine, basé à Gräfelfing, dans la banlieue de Munich.

Le label est fondé par l'entrepreneur Karl Egger, le contrebassiste Manfred Eicher et le discographe Manfred Scheffner à Munich en 1969 et s'est rapidement imposé comme une maison de disques avec une direction musicale originale, voire visionnaire. Son influence a durablement marqué la production du jazz, en renforçant la visibilité d'un « jazz européen ». Le label a été la cible de critiques de la part de certains amateurs et critiques de jazz, trouvant les productions ECM dépourvues de swing, aseptisées, froides et monochromes, voire monotones. ECM a aussi diversifié sa production en s'intéressant à la musique classique, à la musique contemporaine et aux musiques du monde, en lançant les sorties d'ECM New Series consacrées aux musiques hors jazz.

Depuis 1969, ECM compte plus d'un millier d'albums..

Histoire vignette|gauche|redresse|Arvo Pärt, compositeur contemporain emblématique d'ECM New Series.

ECM est fondé par Karl Egger, Manfred Eicher et Manfred Scheffner à Munich en 1969... Eicher est un musicien : il a été contrebassiste dans l'Orchestre philharmonique de Berlin, et possède une expérience du free jazz acquise dans le trio de Joe Viera. et de Bob Degen.. Il a aussi déjà travaillé en tant qu'assistant de production pour plusieurs labels discographiques, notamment JaPo (Jazz by Post) fondé par Manfred Scheffner, Calig, et Deutsche GrammophonLake (2007), .. C'est aussi en 1969 et en Allemagne que sera créé un autre label de jazz important, Free Music Production, par les tenants d'un free jazz radical. Ce sont les deux labels qui ont eu le plus d'influence sur la musique improvisée européenneLake (2007), The Free Matrix, Interview with Manfred Eicher, .. Les deux labels produiront parfois les mêmes musiciens, FMP avec une orientation radicale marquée par Cecil Taylor, une approche parfois appelée « kaputt play », alors qu'ECM est de tendance plus poétique, influencée par Paul Bley, comprenant plus Propos d'Eberhard Weber, ..

Les premières productions d'ECM sont consacrées à différentes facettes du free jazz. C'est une période extrêmement créatrice musicalement pour ce mouvement, et Eicher est particulièrement marqué par la poésie des créations de Paul Bley, Albert Ayler, Don Cherry, mais aussi par Evan Parker et Derek Bailey. C'est Karl Egger qui suggère d'enregistrer les musiciens américains émigrés à Munich pour cause de domination du rock aux États-Unis. Le premier disque d'ECM est donc un disque du pianiste américain Mal Waldron, enregistré le , qui n'est produit qu'à à l'époque, mais qui finira par atteindre les exemplaires vendus en 1981..

Au début des années 1970, ECM va produire des albums importants, désormais considérés comme visionnaires ou particulièrement marquants, comme le de Dave Holland., le , de Circle, le groupe d'Anthony Braxton.. En , à Oslo, le saxophoniste norvégien Jan Garbarek enregistre son premier disque pour ECM, , la septième production d'ECM. Ce premier disque éveille fortement l'intérêt des critiques.. Gérard Noel de souligne les qualités rythmiques de l'album, tandis que tous les critiques s'accordent sur la qualité du son : clair frais, transparent... Le mensuel allemand le déclare album du mois en . Afric Pepperbird est considéré comme un tournant dans le développement d'ECM, en définissant l'orientation esthétique du label.. C'est ce disque qui sera envoyé à Keith Jarrett par Manfred Eicher pour montrer la qualité et la direction de la musique produite. La collaboration entre Garbarek et ECM sera particulièrement féconde, le saxophoniste enregistrera tous ses albums pour ECM, et en devient un symboleLake (2007), .. Jan Garbarek en est aussi une locomotive financière, avec notamment sa collaboration en 1993 avec le Hilliard Ensemble, pour l'album Officium, qui se vend à plus d'un million d'exemplairesLake (2007), ..

En 1971, ECM produit le premier récital en piano solo de Keith Jarrett, , c'est le début d'une longue collaboration avec le pianiste, qui devient l'artiste phare du labelLake (2007), Wolfgang Sandner, Jazz and the piano, .. En 1975, c'est le Köln Concert, piano solo de Keith Jarrett, qui remporte un succès commercial considérable, et assure la pérennité économique d'ECM. C'est la meilleure vente du label, avec plus de 4 millions d'exemplaires vendus.. En 1978, Manfred Eicher fait appel au journaliste et chroniqueur de jazz britannique Steve Lake pour l'aider dans la production. Celui-ci s'occupe tout d'abord de Japo, puis intervient directement dans les productions d'ECM. Lake et Eicher se sont rencontrés à Berlin en 1973 lors du festival Total Music Meeting organisé par le label FMP, et partagent un même intérêt pour le free jazz. Steve Lake, tout en proposant quelques productions plus personnelles, restera très proche des orientations esthétiques définies par Manfred Eicher pour ECM..

En 1984, ECM officialise son intérêt pour les musiques autres que le jazz avec la création des ECM New Series, essentiellement consacrées à la musique contemporaine et la musique classique. ECM avait déjà produit de la musique contemporaine auparavant, notamment Steve Reich, mais décide d'intensifier sa production dans ce domaine, notamment avec la musique d'Arvo Pärt, mais explore aussi la musique ancienne, et dans une moindre mesure la musique de la période classique et la musique romantique.

Société ECM est un label discographique indépendant, bien qu'il ait reçu plusieurs offres sérieuses de rachat par des majors, mais a toujours refusé, préférant garder sa liberté éditorialeLake (2007), .. En 2008, le label emploie environ une dizaine de personnes, et n'occupe que quelques bureaux au-dessus d'un centre commercial à Gräfelfing, dans la banlieue de Munich. ECM produit environ par an, et a produit environ 1000 albums depuis sa création. La distribution est assurée par Universal Music Group. Originalité du label, les artistes ne sont pas sous contrat, chaque disque est le résultat d'une entente entre les souhaits de l'artiste et la vision du producteur.

Sous l'impulsion de Manfred Eicher, ECM privilégie avant tout l'intérêt musical et le respect des artistes à toute considération commerciale« Indépendant, intègre, visionnaire », définition de Susanne Abbuehl du label ECM, Jazz Magazine , novembre 2007, .Noël Balen, L'Odyssée du jazz, 2003, Éditions Liana Levi, ECM, l'éthique de l'esthétique, .. S'inspirant à ses débuts de la musique classique, Eicher s'implique particulièrement dans la qualité sonore des enregistrements, l'esthétique des pochettes, et d'une manière générale, le soin accordé à la production. Les musiciens et les ingénieurs s'accordent pour lui reconnaître une excellente compréhension et intuition musicale, ainsi qu'une grande implication en faveur de la musiqueLake (2007)..

Caractéristiques Style musical ECM se distingue dès ses premières productions par un son différent des productions habituelles de jazz. Le sens de l'espace, la clarté du son sont particulièrement mis en valeur, ainsi que la précision du rendu des instruments. Le résultat évoque « plus la salle de concert classique qu'un petit club de jazz enfumé »

Portant , Manfred Eicher est un producteur méticuleux, et souhaite s'approcher de la qualité de son obtenue dans la musique classique, en se servant de son expérience acquise chez Deutsche Grammophon. Eicher est critique de la production dans le jazz de l'époque, trouvant que certains enregistrements sonnent « horrible, comme s'ils avaient été enregistrés sous l'eau »., souhaite mieux respecter la dynamique des instruments, et entendre chaque instrument dans ses nuances et ses couleurs.. Il s'entoure d'excellents ingénieurs du son, comme Martin Wieland au Tonstudio Bauer à Louisbourg et surtout Jan Erik Kongshaug à Oslo (Arne Bendiksen Studio, Talent Studios, Rainbow Studios), qui sont capables de fournir à Eicher une grande qualité d'enregistrement et de compréhension musicale.. Eicher lui-même est réputé pour sa connaissance des micros, son intuition dans leur placement, et le maniement de la console de mixage. D'autres ingénieurs de renom participent aux enregistrements ECM tels que James Farber à New York, Gérard De Haro en France.

Le terme de « son ECM » est parfois utilisé pour qualifier à la fois la prise de son et, par extension, l'esthétique du label. Certains musiciens ayant enregistrés pour le label reconnaissent une spécificité ECM qui consiste en une capacité à suspendre la mélodie à travers le son pour Marilyn Crispell Jazz Magazine , novembre 2007, . et à faire sonner le piano comme personne pour François Couturier. Pour d'autres, il n'y a pas vraiment de « son ECM », compte tenu de la grande diversité stylistique du catalogue, des studios d'enregistrements et des ingénieurs (Susanne Abbuehl, Jan Garbarek), c'est simplement la qualité d'écoute, le choix des studios et des ingénieurs, en résumé le soin accordé à la production par Manfred Eicher (Enrico Rava, Evan Parker, Manu Katché, John Abercrombie). Ce supposé « son ECM » sera même utilisé un temps comme slogan par ECM, « ECM le plus beau son après le silence » (« »). Toutefois, malgré le soin apporté au son et à la démarche musicale, les sessions d'enregistrement sont relativement courtes avec 2 à 3 jours d'enregistrements et 1 à 2 jours de mixage par albumPropos de Jan Erik Kongshaug, Lake (2007), ..

Acclamée au départ, la sonorité claire et transparente du label devient vite l'objet de critiques la qualifiant de « climats lénifiants, sonorités de hall de gare ». L'utilisation intensive de la réverbération est particulièrement critiquée. Jan Erik Kongshaug remarque pourtant que « ces enregistrements des années 1970 sonnent souvent très secs par rapport à la norme actuelle ».

Esthétique Le terme d'« esthétique ECM » est parfois utilisé par les journalistes ou même les musiciens pour qualifier un certain axe des productions ECM. À la clarté du son s'ajoute parfois en effet un parti-pris esthétique, qui met l'accent sur des climats intimistes, des tempi modérés ou lents, des œuvres de piano ou guitare solo, duos, trios, musique pour cordes, ou formation sans batterie. Les productions ECM sont pour ces raisons parfois qualifiées de « jazz de chambre ».

Les climats que génèrent ces musiques sont parfois perçus comme assez éloignés du jazz, en particulier du jazz américain mainstream, et plus proche d'un courant européen, influencé par la musique classique et la musique contemporaine. En réalité, le catalogue ECM est loin d'être uniforme, et nombres d'albums ne correspondent pas à cette description, par exemple les disques de l'ensemble électro-acoustique d'Evan Parker, les expérimentations électroniques de Nils Petter Molvær, ou le trio standard de Jarrett-Peacock-DeJohnette, très ancré dans la tradition américaine du jazz.

Influences vignette|droite|Stavkirke de Hopperstad, dans le Sud de la Norvège. vignette|droite|Vanylvsfjord, Norvège.

Le Nord, ou plutôt « l'idée du nord », d'après Michael TuckerLake (2007), Michael Tucker, Northbound: ECM and the « idea of North », ., joue un rôle non négligeable chez ECM. L'origine des artistes est révélatrice, la proportion de musiciens de pays nordiques ou d'Europe du Nord est très élevée : Jan Garbarek, Edward Vesala, Arild Andersen, Anders Jormin, Nils Petter Molvær, Bobo Stenson, Tomasz Stańko, Terje Rypdal, Ketil Bjørnstad, Lena Willemark, Tord Gustavsen Le studio d'enregistrement le plus utilisé par ECM est situé à Oslo (successivement Arne Bendiksen Studio, Talent Studios, Rainbow Studios), et l'ingénieur du son norvégien Jan Erik Kongshaug est devenu emblématique des productions ECM.