Guy de Bar, dit Le Veau de Bar, seigneur de Presles (commune de Cussy-les-Forges, Yonne), chevalier, conseiller et chambellan des ducs de Bourgogne Jean sans Peur et Philippe le Bon, est un capitaine bourguignon qui participa activement à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons dans les années 1410 et 1420 et mourut en 1436.

Un membre d'un lignage de la bonne noblesse locale bourguignonne

Origines Dès 1323, un certain Jean de Bar, damoiseau, tenait un fief de Perrin de Saint-Francon dans la ville et finage de PreslesErnest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, avec des documents inédits et des pièces justificatives, Paris, Lechevalier, 1885-1905, 9 vol., t. 8, p. 272, n° 7025.. C'est sans doute le même homme que ce Jean de Bar, écuyer, qui eut trois fils également écuyers, Oudot, Guy et Jean, qui se distinguèrent par des actions d'éclat dans l'Auxois contre les Grandes Compagnies, dans les années 1360Ernest Petit, « Gui de Bar, dit le "Beau de Bar", prévôt de Paris, bailli d'Auxois, d'Auxerre et de Sens », in Mémoires de la société bourguignonne de géographie et d'histoire, t. 29, 1914, p. 345-347, et Archives départementales de Côte-d'Or, B 2746, f° 19v°, et B 2751, f° 2.

Ce premier Guy de Bar, bientôt mentionné comme chevalier et seigneur de Presles et de Bierry (commune de Sauvigny-le-Bois, Yonne), marié à Marie de Digoine, qui était issue de la famille des seigneurs d'Arcy-sur-Cure, qui combattit dans les armées de Philippe le Hardi et mourut avant 1401, est le père de Guy de BarAimé Chérest, « Etude historique sur Vézelay », in Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, t. 22, 1868, p. 233-234, Ernest Petit, « Gui de Bar, dit le « Beau de Bar », prévôt de Paris, bailli d'Auxois, d'Auxerre et de Sens », in Mémoires de la société bourguignonne de géographie et d'histoire, t. 29, 1914, p. 346-347, Archives départementales de l'Yonne, G 2035-2, f° 24v°, et Archives départementales de Côte-d'Or, B 2779-3, f° 14v°..

Le Veau de Bar, un énigmatique surnom Les chroniqueurs du , qui sont nombreux à mentionner Guy de Bar, l'appellent « Le Veau de Bar » ou « Le Viau de Bar »Jean Alexandre Buchon, Choix de chroniques et mémoires sur l’histoire de France, avec notices biographiques, Œuvres historiques inédites de sire George Chastellain, Paris, Desrez, 1837, p. 45, Louis Douët-d’Arcq (éd.), La chronique d’Enguerran de Monstrelet, en deux livres, avec pièces justificatives, 1400-1444, Paris, Renouard, 1857-1862, 6 volumes, t. 3, p. 14, 251, 261, 263, 270, 314 et 375, William Hardy et Edward Hardy (éd.), Recueil des croniques et anchiennes istories de la Grant Bretaigne, à présent nommé Engleterre par Jehan de Wavrin, seigneur du Forestel, London, Longman, 1864-1891 (et réédition, Cambridge University Press, 2012), 4 volumes, t. 3, p. 50 et 58, et t. 4, p. 227, et Jean Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VI, roy de France, et des choses mémorables advenues durant 42 années de son règne depuis 1380 jusques à 1422, Paris, Imprimerie royale, 1653, p. 280, 348, 349, 351 et 353.. Les sources de la pratique, comme les comptabilités de l’État bourguignon, emploient aussi, quoique moins systématiquement, ce surnomMichel Mollat, et Robert Favreau (éd.), Comptes généraux de l’État bourguignon entre 1416 et 1420, Paris, Imprimerie nationale-Klincksieck, « Recueil des historiens de la France. Documents financiers », t. 5, 1965-1976, 6 vol., deuxième partie, deuxième fascicule, article 5145..

Décontenancés par ce curieux sobriquet, les éditeurs des chroniques et les historiens ont échafaudé des hypothèses qui laissent dubitatif, voire paraissent franchement hasardeusesGabriel Daniel, Histoire de France depuis l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules, t. 6, Qui comprend les règnes depuis 1364 jusqu’en 1422, Paris, Les libraires associés, 1755, p. 530-531.. Celle qui a connu la plus grande vogue consiste à considérer qu'il faut lire non pas « Le Veau », mais « Le Beau » : elle s'appuie sur le journal d'un bourgeois de ParisColette Beaune (éd.), Journal d’un bourgeois de Paris de 1405 à 1449, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p. 109, 133, 135 et 139. et a rallié des historiens de renom comme Ernest PetitErnest Petit, « Gui de Bar, dit le Beau de Bar, seigneur de Presles, bailli d'Auxerre et d'Auxois, prévôt de Paris », in Ernest Petit, Avallon et l’Avallonnais, étude historique, Auxerre, Gallot, 1867 (et réimp. Avallon, Voillot, 1992), p. 76-83, Ernest Petit, « Gui de Bar, dit le "Beau de Bar", prévôt de Paris, bailli d'Auxois, d'Auxerre et de Sens », in Mémoires de la société bourguignonne de géographie et d'histoire, t. 29, 1914, p. 358, Germain Lefèvre-Pontalis, « Épisodes de l'invasion anglaise. La guerre de partisans dans la Haute Normandie, 1424-1429 (suite) », in Bibliothèque de l'École des chartes, t. 57, 1896, p. 41, n. 9, et Aimé Chérest, « Etude historique sur Vézelay », in Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, t. 22, 1868, p. 233-234..

Pourtant, la grande majorité des occurrences ne laissent pas de doute sur la lecture « Le Veau » et la chronique du Vénitien Antonio Morosini, qui le nomme « Lo Vechio de Bar », achève de la corroborerGermain Lefèvre-Pontalis et Léon Dorez (éditeurs), Chronique d’Antonio Morosini. Extraits relatifs à l’histoire de France publiés pour la Société de l’histoire de France, 4 volumes, Paris, Renouard, 1898-1902, vol. 3, p. 146-147..

Une carrière au cœur du conflit entre Armagnacs et Bourguignons

Un « gentilz capitaine bourguignon » (Jean de Wavrin)

En 1408, Guy de Bar apparaît comme capitaine de la ville d'AvallonErnest Petit, « Gui de Bar, dit le Beau de Bar, seigneur de Presles, bailli d'Auxerre et d'Auxois, prévôt de Paris », in Ernest Petit, Avallon et l’Avallonnais, étude historique, Auxerre, Gallot, 1867 (et réimp. Avallon, Voillot, 1992), p. 76, et Anonyme, « Comptes des recettes et dépenses de la ville d’Avallon, 1e partie : 1404-1500 », in Bulletin de la Société d'études d'Avallon, t. 14, 1873, p. 40..

Dès 1411, il sert dans les armées du duc de Bourgogne, à la tête d'une compagnie de 17 écuyers, d'un arbalétrier et d'un archerJean-Baptiste Peincedé, Inventaire de la chambre des comptes de Bourgogne, 36 volumes manuscrits conservés aux Archives départementales de Côte-d’Or, fin du , t. XXIV, p. 141 et 171 (numérisé et consultable sur le site des Archives : www.archives.cotedor.fr)..

En 1412, il participe, chevalier bachelier, au siège de Château-Chinon à la tête d'une compagnie de 48 écuyersJean-Baptiste Peincedé, Inventaire de la chambre des comptes de Bourgogne, 36 volumes manuscrits conservés aux Archives départementales de Côte-d’Or, fin du X, t. XXVI, p. 146 (numérisé et consultable sur le site des Archives : www.archives.cotedor.fr)..

En , alors que la noblesse bourguignonne est mobilisée et reçue à montre à Châtillon-sur-Seine par Jean de Neuchâtel et Antoine de Vergy, en vue de rejoindre le duc en Artois pour faire face à la reconquête des Armagnacs, Guy de Bar se présente en compagnie de 4 autres chevaliers bacheliers, de 133 écuyers, d'un trompette, de 3 ménétriers et de 56 archersJean-Baptiste Peincedé, Inventaire de la chambre des comptes de Bourgogne, 36 volumes manuscrits conservés aux Archives départementales de Côte-d’Or, fin du , t. XXVI, p. 155 et 165-167 (numérisé et consultable sur le site des Archives : www.archives.cotedor.fr)..

De 1417 à 1418, il participe à l'offensive bourguignonne en direction de Paris. À la fin du mois d'août, il est reçu à montre à Beauvais en compagnie de trois autres chevaliers bacheliers, de 133 écuyers, de 40 hommes de trait, de deux trompettes et de trois ménétriersJean-Baptiste Peincedé, Inventaire de la chambre des comptes de Bourgogne, 36 volumes manuscrits conservés aux Archives départementales de Côte-d’Or, fin du , t. XXVI, p. 300 et s. (numérisé et consultable sur le site des Archives : www.archives.cotedor.fr).. Le , il se voit confier avec d'autres seigneurs du parti bourguignon le gouvernement des villes de Mantes, Meulan, Pontoise, Poissy et du pays alentourHenri-Paul-César de Chastellux, Histoire généalogique de la maison de Chastellux, avec pièces justificatives, Auxerre, Perriquet, 1869, p. 81 et 389-390, preuve CLXXI, et père Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, t. 7, Paris, Libraires associés, 1733, p. 2.. Enfin, le , il est l'un des trois capitaines bourguignons – avec Villiers de L’Isle-Adam et Claude de Chastellux – qui prennent la ville de Paris aux ArmagnacsColette Beaune (éd.), Journal d’un bourgeois de Paris de 1405 à 1449, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p. 108-111, et abbé de Choisy, Histoire de Charles VI, roi de France, Paris, Coignard, 1695, p. 364..

Offices

Il fut bailli d'Auxois pour le duc de Bourgogne du , date à laquelle il remplaça Jean de Rochefort, écuyer, au , où il fut remplacé par Jean de Cussigny, chevalierJean Bouault, « Les bailliages du duché de Bourgogne aux », in Annales de Bourgogne, t. 2, 1930, p. 20.. Situé au nord-ouest du duché de Bourgogne, l'Auxois était le bailliage bourguignon le plus immédiatement en contact avec les régions contrôlées par les Armagnacs.

Après la prise de Paris par les Bourguignons, Guy de Bar fut investi de la charge de prévôt de Paris le . En , ayant été nommé lieutenant général en Normandie, il céda l'exercice de son office à Jacques Lamban, bailli de Vermandois, tout en en conservant le titre. Il retrouva la plénitude de la charge de prévôt de Paris le et la conserva jusqu'en , où il fut remplacé par Gilles de ClamecyColette Beaune (éd.), Journal d’un bourgeois de Paris de 1405 à 1449, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p. 111, 133, 135 et 139..

Le , Guy de Bar retrouva son office de bailli d'Auxois et le conserva jusqu'au , date à laquelle il fut remplacé par maître Jean de DigoineJean Bouault, « Les bailliages du duché de Bourgogne aux », in Annales de Bourgogne, t. 2, 1930, p. 20, et Jean-Baptiste Peincedé, Inventaire de la chambre des comptes de Bourgogne, 36 volumes manuscrits conservés aux Archives départementales de Côte-d’Or, fin du , t. V, p. 70 (numérisé et consultable sur le site des Archives : www.archives.cotedor.fr)..

Guy de Bar occupa ensuite l'office de bailli de Sens (Yonne) et d'Auxerre, de 1423 à 1435 au moinsJean Lebeuf, Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre, Paris, Durand, 1743, 2 vol., t. 2, p. 449. Dans la Gallia Regia, Gustave Dupont-Ferrier indique cependant qu'il occupa ces offices du 11 mai 1424 au 5 octobre 1427 au moins, jusqu'en 1435 et au delà peut-être ; cf. Gustave Dupont-Ferrier, Gallia Regia ou état des Officiers royaux des bailliages et des sénéchaussées de 1328 à 1515, Paris, Imprimerie nationale, 1942-1966, 7 vol., t. 1, p. 204-205, n° 2530-2536..

Honneurs et distinctions, missions spéciales

En 1411, Guy de Bar est chargé d'escorter la duchesse Marguerite de Bavière jusqu'à Paris, pour la protéger des compagnies errantesErnest Petit, « Gui de Bar, dit le "Beau de Bar", prévôt de Paris, bailli d'Auxois, d'Auxerre et de Sens », in Mémoires de la société bourguignonne de géographie et d'histoire, t. 29, 1914, p. 348.

De 1413 à 1420 au moins, Guy de Bar est conseiller et chambellan des ducs de Bourgogne Jean Sans PeurArchives départementales de Côte-d'Or, 12 H 190 et B 2784-1, f° 23, et Carla Bozzolo et Hélène Loyau, La cour amoureuse, dite de Charles VI, Paris, Le Léopard d’or, 1982-1992, 3 tomes en 2 volumes, vol. 1, p. 159, notice 248., puis Philippe le BonMichel Mollat, et Robert Favreau (éd.), Comptes généraux de l’Etat bourguignon entre 1416 et 1420, Paris, Imprimerie nationale-Klincksieck, « Recueil des historiens de la France. Documents financiers », t. 5, 1965-1976, 6 vol., deuxième partie, deuxième fascicule, articles 5145, 5495 et 5504..