L'histoire des Alpes-de-Haute-Provence est très ancienne puisqu'on trouve dans les gorges du Verdon des traces d'habitats, une partie des objets découverts est actuellement exposée au musée de Quinson. Les premiers documents écrits, bien que fragmentaires, remontent à l'Antiquité ; les connaissances s'affinent lorsque apparaissent les registres communaux à partir du .
Alors que l'ouest du département est facile d’accès, grâce à de longues vallées orientées Ouest-Est (Jabron, Calavon) et Nord-Sud (Durance), empruntées par des itinéraires préhistoriques et romains, le centre et l’est se caractérisent par leur enclavement. Les vallées de l’Asse, de la Blanche, de la Bléone, du Sasse, de l’Ubaye, du Vançon, du Verdon, et quelques-uns de leurs affluents, forment autant de bassins et sous-bassins isolés les uns des autres une partie de l’année, et reliés uniquement à pied et à mulet le reste du temps. Le désenclavement ne commence véritablement qu’à la fin du .
Préhistoire
Antiquité
Avant la Conquête
Le terroir pauvre et le terrain difficile expliquent le peuplement tardif de la régionRaymond Collier, in Michel de La Torre, Alpes-de-Haute-Provence : le guide complet des 200 communes, Paris, Deslogis-Lacoste, coll. « Villes et villages de France », 1989, Relié, 72 p. (non-paginé) . Durant l'âge du fer, de nombreux peuples celto-ligures vivaient dans cette région, dont les Ésubiens (dans la vallée de l'Ubaye), les Bodiontici (vers Digne) ou les Suetrii (région de Castellane). Leur religion et leur organisation sociale étaient celtes. Certains peuples ne sont connus que par une ou deux mentions très courtes, comme les Sebagini ou les Vergunni, qui occupaient tous deux un tout petit territoire. La localisation de ces tribus est parfois mal connue, comme pour les Gallitae, voire hypothétique, comme pour les Nemeturii.
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Contacts avec les Romains, puis intégration à l'Empire Les contacts avec les Romains furent quant à eux plus violents (massacre d'une légion romaine par les Ésubiens dans la vallée de l’Ubaye, expédition punitive des Romains ensuite, au début du ). La région est laissée de côté par César, avant d’être soumise par Auguste. Les autochtones se romanisèrent petit à petit, des colonies romaines furent implantées (Segustero par exemple), si bien que la culture celto-ligure originelle finit par disparaître. La province de Narbonnaise s’étend du Rhône jusqu’à la Durance, et au nord jusqu’au confluent de la Bléone ; les vallées de l’Ubaye, du Verdon et du Var relèvent du royaume de Suse, puis sont réparties entre la province des Alpes cottiennes et celle des Alpes-Maritimes ; un secteur autour de Digne, avec les Monges et Seyne, est distinct de ces territoires jusqu’à l’annexion aux Alpes-MaritimesGuy Barruol, carte 33 « Le midi de la Gaule sous le Haut-Empire », in .. Ces territoires sont organisées en civitas, subdivisions des provinces romaines.
Les noms de plusieurs de ces tribus vaincues par l’Empire romain figurent sur le Trophée des Alpes élevé par l'empereur Auguste à La Turbie.
Lors de la réorganisation de l’Empire romain par Dioclétien à la fin du , les civitas dont le territoire correspond à l’ouest du département (Sisteron, Gap) sont rattachées à la Narbonnensis Secunda (Narbonnaise seconde), démembrement de l’ancienne Narbonnaise. Les civitas situées à l'est du département, Glandèves, Senez, Digne, Embrun (grossièrement, les vallées de l’Ubaye, du Var, du Verdon, de la Bléone) restent dans celle des Alpes-MaritimesMarc Heijmans, « Une nouvelle donne administrative », in ..
C'est vers la fin de l'Empire que le christianisme pénètre dans la région, et des évêchés s'implantèrent à Glandèves (actuellement Entrevaux), Senez, Riez, Sisteron. Deux autres sièges épiscopaux existèrent de façon éphémère à (vers 439-442) et Castellane qui furent probablement rattachés à celui de SenezBrigitte Beaujard, « Les cités de la Gaule méridionale du au s. », Gallia, 63, 2006, CNRS éditions, p. 22.. Le préfet des Gaules Dardanus, chrétien et ami de saint Augustin, se retira avec sa famille et 150 volontaires dans la région de Saint-Geniez et fonda La Cité de Dieu (comme en témoigne la Pierre écrite du défilé ). Ces traces des progrès du christianisme contrastent avec la christianisation tardive des paysans alpins..
La fin de l'Antiquité
La Haute-Provence, qui reste à l'écart des invasions jusqu'à la fin du , reste plus longtemps dans le giron de l'Empire romain que le reste de la Gaule. Mais les Burgondes étendent leur domination jusqu’à la Durance en 470, occupant ainsi l’Ouest et le Nord du département. Lorsque l'Empire romain d'Occident chute définitivement, en 476, que la Provence est partagée entre deux royaumes barbaresJean-Louis Jouanaud, « Le cours du siècle : l’irrésistible ascension des royaumes barbares », in . : le Nord de la Provence, jusqu'à la Durance avec la cité de Gap (donc avec l'ouest des Monges) est conquis par les Burgondes ; les Wisigoths du roi Euric s'emparent d'Arles, Marseille et de toute la Basse-Provence, avec la vallée du Verdon.
Les Burgondes, déjà installés au Nord et à l’Ouest de ce fleuve frontière, occupent le sud de la Provence à la mort du Wisigoth Euric en 483. Clovis est vainqueur des Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, et entreprend l'année suivante la conquête de leurs territoires provençaux. Il met le siège devant Arles. L'intervention des Ostrogoths le force à lever le siège et à abandonner ses projets de conquête en Provence. Après presque deux décennies de gouvernement burgonde, en 510, les dux Ibba et Mammo conduisent les armées ostrogothiques à la conquête de la Provence, et s'arrêtent à la Durance. Le reste de la Haute-Provence est conquise dans un second temps : Théodoric le Grand, qui se pose en restaurateur de la préfecture du prétoire des Gaules, joue d’une querelle entre ariens et catholiques et intervient contre Sigismond pour sécuriser sa conquête : il s'avance jusqu'à l'Isère en 523. À cette date, l'ensemble des actuelles Alpes-de-Haute-Provence sont ostrogothiques. Les liaisons routières entre le royaume ostrogoth (en Italie) et le royaume wisigoth (en Espagne) dont Théodoric a la tutelle, sont protégéesJean-Louis Jouanaud, « La Provence au pouvoir de Théodoric le Grand », in .. Le sort de la Haute-Provence se joue ensuite dans les conséquences d'une révolution de palais : en 535, Théodat, roi des Ostrogoths, enferme puis fait exécuter son épouse Amalasonte. Celle-ci avait maintenu l'alliance avec l'Empire byzantin et était la cousine des quatre rois francs : c'est un casus belli. Théodat s'en sort temporairement en payant une amende (wergeld) de sous aux rois francs. Il est remplacé par Vitigès, mais celui-ci doit affronter les armées byzantines dès l'année suivante. Pour être tranquille à l'ouest, il offre la Provence aux Francs, qui est ainsi intégrée en 536 ou 537, sans nouveau combat, à un royaume germanique dont la capitale est très au nordBruno Dumézil, « L’ascension des Francs en Gaule au et leur prise de possession de la Provence », in ..
Moyen Âge
Haut Moyen Âge
La Provence, rattachée au royaume nordique des Francs, n'est pas administrée directement par leur roi. Celui-ci délègue un patrice jusqu'en 561 à Arles, qui reste la capitale de la province.
La Provence est ensuite fréquemment partagée jusqu’à la fin du à chaque partage suivant la mort de chaque roi franc. Au partage de 561, la Provence est rattaché au royaume burgonde, à l'exception de Marseille, attribuée à Sigebert avec un couloir la reliant à l'Auvergne en passant par le gué de Bonpas. Elle subit des invasions : plusieurs fois, le patrice Mummole combat les Saxons et les Lombards, qui envahissent le sud-est de la Gaule à partir du nord de l’Italie. En 571, il les vainc lors de la bataille de Mustiae-Calme, sur le plateau de Gleysolles, à Meyronnes, en Ubaye. L’année suivante, les Saxons envahissent de nouveau le sud-est de la Gaule, et passent encore par le col de Larche. Mummole les vainc lors de la bataille d'EstoublonGuy Barruol, « Rigomagus et la vallée de Barcelonnette », Provence historique, 1964, tome 14, Actes du historique Provence-Ligurie, Vintimille- Bordighera, 2-5 octobre 1964, 51..
Au , la Provence est gouvernée par un patrice, pratiquement autonome. Sous Charlemagne, elle est fréquemment visitée par les missi dominici.
Au , les Sarrasins écumèrent la région, détruisant Riez, Salinae (Castellane), pillant les autres villes importantes comme Sisteron ou Dinia. Des monastères furent détruits. La région se dépeupla. Les raids sarrasins continuèrent par intermittence jusqu'au au départ du Var (Saint-Tropez, Port-Grimaud).
En 843, toute la région à l'Est du Rhône est rattachée à la Lotharingie, qui passe au dans le Saint-Empire romain germanique.
Après la fin des raids musulmans, la prospérité revint dans la Haute-Provence, la population augmenta et le commerce reprit. Boson , de la maison de Bourgogne et d'origine franque, se proclama roi de Provence et roi d'Arles.
Le marquisat de Provence
Conrad Ier de Germanie (années 910) nomme 3 comtes en Provence : la partie au nord de la Durance dépend d'Avignon, celle au sud d'Arles. Les Alpes provençales dépendent du comte d'Apt, avec des vicomtes à Castellane. Ces trois comtés sont unis pour Guillaume, qui devient marquis de Provence.
Ce marquisat passa en 1037 par le mariage d'Emme, fille du comte de Provence sous le contrôle du comte de Toulouse, Guillaume III Taillefer. Ses descendants Raymond V (1148-1194), Raymond VI (1194-1222) et Raymond VII (1222-1249) frappèrent à Pont-de-Sorgues une petite monnaie appelée Raimondin de Provence. Après l'éviction de l'hérésie cathare et la fin de la croisade en Languedoc, par le traité de Paris en 1229, Raymond VII devait céder le marquisat au Saint-Siège. Frédéric II (1197-1250) s'y opposa. La papauté entra en possession du marquisat de Provence en 1274.
Les comtes de Provence
Le , le comte Raimond-Bérenger III de Barcelone épousa Douce de Gévaudan, comtesse de Provence et prit le titre de comte de Provence sous le nom de Raimond-Bérenger .
En 1231, Raimond Bérenger IV de Provence, donna l'autorisation aux bourgs de Saint-Pons et de Faucon, dans la vallée de l'Ubaye, d'établir une nouvelle cité à mi-chemin entre les deux : ce fut la naissance de Barcelonnette.
En 1245, après la mort de Raymond Bérenger IV, le mariage de sa fille Béatrice avec le roi de Sicile, Charles d’Anjou, frère de saint Louis fit passer le comté de Provence sous la coupe de la maison angevine. En janvier 1277, Charles d’Anjou ayant racheté, moyennant une rente annuelle de quatre mille livres tournois, à Marie d’Antioche ses droits au trône, devint roi de Jérusalem, titre qui resta plus ou moins dans la famille jusqu'au roi René d'Anjou.
La fin du Moyen Âge
Les deux derniers siècles du Moyen Âge sont marqués, dans le département comme dans le reste de la France, par de multiples crises : Grande Peste au milieu du , crise démographique, recul de l'occupation humaine, multiples guerres au cours de la guerre de Cent Ans. La plus connue est la guerre de l'Union d'Aix, suivie des ravages perpétrés par les chefs de compagnies de routiers, dont le plus connu est Raymond de Turenne, mais pas le seul.