L'Estrie est une région administrative du QuébecLe numéro de la région administrative Estrie est le 05. située le long de la frontière avec les États-Unis, à l'est de la Montérégie et au sud de Centre-du-Québec et de Chaudière-Appalaches. Ses villes principales sont Sherbrooke, Granby, Magog, Cowansville, Bromont et Coaticook. Elle est composée de 9 municipalités régionales de comté et de 118 municipalités locales.
Toponymie La région aujourd'hui nommée Estrie correspond à une portion de l'aire géographique appelée Eastern Townships par les premiers colons anglophones qui y ont habité à la fin . Au , l'appellation anglaise Eastern Townships est d'abord traduite en français par Townships de l'Est, puis par Bois-Francs et par Cantons de l'Est, ce dernier nom était aujourd'hui normalisé avec des traits d'union en Cantons-de-l'Est.
La traduction de Eastern Townships en Cantons-de-l'Est a souvent été attribuée à l'écrivain Antoine Gérin-Lajoie, qui l'a utilisé dans un texte datant de 1862. Des historiens de renom comme Jean-Pierre Kesteman ont soutenu cette explication. Toutefois, selon le linguiste québécois Gabriel Martin, cette attribution est erronée, puisque la forme canton de l'Est est attestée dès les années 1820 dans les publications de l'historien Michel Bibaud, alors que Gérin-Lajoie était encore un jeune enfant. Le linguiste précise que le mot canton est devenu un équivalent usuel de township durant la seconde moitié du et qu'il s'est alors aussi propagé dans la documentation officielle.
Dans les années 1940, Maurice O'Bready propose de changer la désignation officieuse de Cantons-de-l'Est par le toponyme Estrie. Ce toponyme a été officialisé par la Commission de toponymie du Québec dans les années 1980.
En 2023, après qu'une consultation publique a eu lieu sur la possibilité de renommer la région administrative avec le nom de Cantons-de-l'Est, une analyse lexicométrique révèle que le toponyme Estrie est beaucoup plus fréquent : « Depuis un quart de siècle, on relève en effet quatre occurrences de Estrie pour une occurrence de Cantons-de-l'Est dans l'usage général du français québécois. Il y a donc une tendance forte et sans équivoque au sein de la population, qui emploie le régionyme créé par O'Bready 80 % du temps dans la langue officielle du Québec. »
Géographie
Sont répartis sur son territoire, en ordre d'importance : les forêts (70,3 %), les terres agricoles (16,2 %), les milieux humides (7,1 %), les surfaces artificielles (3,6 %) et finalement les eaux (2,9 %).
Situation
L'Estrie est située au sud du Québec, à l'extérieur des basses-terres du Saint-Laurent. Elle s'étend sur de superficieInstitut de la statistique du Québec - Le Québec chiffres en main 2018, soit moins de 1 % du territoire québécois. L'agglomération urbaine de Sherbrooke est son principal pôle économique.
L'Estrie se trouve à un peu moins d'une heure de voiture à l'est de Montréal et à moins de deux heures de Québec. Elle est bordée au nord par le Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches, à l'ouest par la Montérégie, au sud par les états américains du New Hampshire et du Vermont et à l'est par l'état américain du Maine. Certaines localités estriennes (comme Beebe Plain et Stanstead) sont divisées en deux par la frontière canado-américaine.
Relief vignette|gauche|Le mont Gosford, le sommet de l'Estrie, atteint près de .
La région est caractérisée par la présence de la chaîne de montagne des Appalaches. Contrairement à la majorité des autres régions du Québec méridional, elle est située complètement en dehors des basses-terres du Saint-Laurent. Conjugué à un relief irrégulier, le paysage estrien se rapproche beaucoup plus de celui du nord de la Nouvelle-Angleterre. Les extrémités septentrionales des montagnes américaines Blanches et Vertes sont d'ailleurs situées en Estrie.
L'altitude minimale est de 104 m à Ulverton, tandis que l'altitude maximale est de 1 186 m au mont Gosford.
Hydrographie gauche|vignette|Lac Massawippi en Estrie à l'automne 2024. Le réseau hydrographique de l'Estrie relie un réseau de lacs importants au fleuve Saint-Laurent.
Le bassin versant du Saint-François, rivière longue de 200 km, draine la majeure partie de la région. La rivière Magog se jette dans le Saint-François au cœur du pôle régional de Sherbrooke.
La région est sillonnée par plusieurs autres rivières, toutes un bassin versant supérieur à Gouvernement du Québec, 2015. Développement durable. Portrait régional de l’eau. Estrie (Région administrative 05) : Haute Chaudière, Nicolet Sud-Ouest, Coaticook, Massawippi, au Saumon, Eaton et Missisquoi.
7 grands lacs dépassant 10 km sont situés en Estrie : le lac Memphrémagog, le lac Magog, le lac Massawippi, le lac Brompton, le lac Mégantic, le lac Aylmer et le Grand lac Saint-François. Ces deux derniers sont partagés avec Chaudière-Appalaches.
Histoire Premiers habitants (avant 1600) Cette région, fortement appréciée de nos jours par les villégiateurs et les touristes, était, sous le régime français (1534-1760), un immense territoire réservé aux Abénaquis de la grande famille Wabanaki qui ont été refoulés des États de la Nouvelle-Angleterre, à la fin du .
vignette|En 1792, le territoire du Buckinghamshire est divisé en townships. C'est la naissance des Cantons de l'Est. vignette|gauche|Les cantons de l'Estrie sur la carte de Gale et Duberger (1795).
En 1792, le gouvernement impérial fait tailler en 93 « cantons » le territoire dénommé Comté de Buckinghamshire et désigne chacune de ces sections d'un nom emprunté à la carte d'Angleterre. Il semble que l'on ait pris au hasard et sans beaucoup d'efforts d'imagination, des vocables d'endroits affectionnés dans la Grande-Bretagne et rien dans cette nomenclature ne rappelle un fait glorieux ni même une particularité géographique. Remarquons qu'aucun nom francophone n'est attribué.
Désigné sous le nom de Haut Saint-François, ce paradis de chasse et de pêche fut longtemps parcouru librement par les Abénaquis et les coureurs des bois qui habitent la région. Ce métissage donne origine au mot "habitants".
À cette époque, aucune colonisation n'avait été faite, on retrouvait seulement un poste de traite situé au confluent de la rivière Saint-François et de la rivière Magog ; Grandes-Fourches fut la première appellation de la ville de Sherbrooke.
Sous le régime anglais, à partir de 1760, cette situation s'est maintenue jusqu'à la Déclaration d'indépendance des États-Unis.
Colonisation européenne (1600–1760) À cette date (1776), les habitants de la Nouvelle-Angleterre, demeurés fidèles à la Couronne Britannique, durent s'exiler. Une bonne partie de ces gens, que l'on nommait « loyalistes », choisirent de s'installer au Canada ; les autorités décidèrent alors de leur concéder des terres situées dans cet immense territoire encore inhabité.
Mais il faut faire attention au terme « loyaliste ». Les terres étaient offertes gratuitement sur base d'un serment d'allégeance à la Couronne britannique. L'attrait de la gratuité des terres fit que de nombreux Américains de sentiments politiques divers n'ont pas hésité à prêter serment pour avoir accès à ces terres. Il serait donc plus juste de parler de peuplement américain pour cette région.
La concession de ces terrains s'effectua sous forme de canton (township) d'une superficie de 100 milles carrés (10 milles x 10 milles).
C'est à ce moment qu'apparaît la désignation d'Eastern Townships, par opposition aux Western Townships du Haut-Canada ; ce territoire est la province actuelle de l'Ontario, créée par l'Acte constitutionnel de 1791 parce que les loyalistes refusaient de vivre sous la même loi que les Canadiens, d'origine française.
Frontière (1760–1850) La frontière sud fut fixée sur le en 1793 après l'indépendance des États-Unis ; mais fut mal définie à l'est, ce qui donna lieu à des controverses pour la partie montagneuse et ne fut fixée définitivement que par le Traité Webster-Ashburton en 1842. Extrait : Vers le sud, à partir des hautes terres du portage Metgermette (près de Saint-Zacharie) ndlr; de là, descendre le long de la ligne des hautes terres qui séparent les eaux qui se jettent dans le fleuve Saint-Laurent de ceux qui coulent vers l'océan Atlantique, jusqu'à la source du ruisseau Halls (près de Saint-Malo). Cette frontière enleva les cantons de Hartwell, Stanhope, Croydon et Drayton qui se retrouvèrent du côté américain de la frontière. La superficie de plusieurs autres cantons au sud-est du Bas-Canada fut également diminuée par la nouvelle frontière.
Développement et structuration régionale (1840–1930) Développement (1850–1900) La colonisation est lente à s'affirmer. Le gouvernement du Bas-Canada (Québec actuel) reste méfiant à l'endroit des colons, ces Américains arrivés 30 ou 40 ans après l'indépendance américaine et refusés en Ontario pour mauvaises mœurs. Plusieurs squatteront les terres avant même qu'elles ne soient concédées. De plus, vu que cette région n'est pas encore défrichée, plusieurs Américains ignoreront être en territoire du Bas-Canada lors de leur établissement illégal. De ce fait, après 1792, une forte majorité des colons des Cantons de l'Est proviennent des États-Unis.
vignette|gauche|Diligence sur le chemin Craig, en 1811.
Le gouvernement laissera se débattre avec peu de ressources ces colons. Il ne leur ouvre qu'en 1811 le chemin Craig, reliant Québec à Richmond, en passant par les cantons de Leeds, Halifax, Chester, Tingwick et Shipton.
Sans l'aide des administrateurs, les Cantons de l'Est se développeront conjointement avec les États de la Nouvelle-Angleterre. Avant l'arrivée du chemin de fer dans la région, il est plus facile de faire du commerce avec Boston et Portland aux États-Unis qu'avec Montréal et Québec. Les colons américains avaient développé plusieurs routes passant au travers des montagnes pour communiquer avec les États-Unis et faire des échanges commerciaux. La distribution des terres publiques par les autorités impériales est une véritable fraude; l'enquête du commissaire Buller, à la demande de Lord Durham en 1838, démontre que 115 propriétaires ou familles possèdent () de terres, soit une moyenne de chacun, qui mène au fléau des grands propriétaires et de l'absentéisme. Certains propriétaires ne développent pas leurs terres, les gardent par pure spéculation; ils refusent aussi d'ouvrir des chemins et des terres se retrouvent enclavées et inaccessiblesListe des terrains concédés par la couronne dans la Province de Québec de 1763 au 31 décembre 1890. Charles-françois Langlois 1891. p-15.
À partir de 1838, on assiste à l'arrivée massive d'immigrants écossais originaires des Hébrides, de langue gaélique et de foi protestante presbytérienne. Via la compagnie de vente de terres British American Land Company, ils s'installent dans la région au nord-est puis à l'est de Sherbrooke, qui formera le comté de Compton. Ils occuperont les « cantons hébridéens », où ils seront bien souvent les premiers occupants et pendant longtemps majoritaires, soit les cantons de Hampden, Lingwick, Marston, Winslow, Whitton et, dans une moindre mesure, Bury et Weedon.
De nombreux Irlandais, généralement catholiques, arriveront également, mais seront surtout présents en ville, étant peu habitués au type d'agriculture pratiqué dans cette région. Ils seront nombreux à Richmond et Sherbrooke.
Même si les premiers Canadiens français arrivent vers 1812 dans la région, il faut attendre vers 1840 pour y voir un début de peuplement francophone. Leur nombre deviendra appréciable à compter des années 1850-1860.
Aujourd'hui, la population de l'Estrie est majoritairement francophone (près de 90 %).
Les chemins de pénétration (1850–1910) vignette|Carte des premiers chemins (1860).|300px
En 1810, le Chemin Craig relia Lévis à Shipton, jusqu'à Richmond, en passant dans le canton de Chester ; aussi la route du Saint-François et le chemin Sherbrooke-Stanstead, ouvrent les premières voies de pénétration.