La North American Man/Boy Love Association (NAMBLA) (Association nord-américaine pour l'amour entre les hommes et les jeunes garçons) est une organisation implantée aux États-Unis formée par des pédophiles homosexuels, basée à New York et San Francisco. La NAMBLA s'oppose à l'idée d'un âge minimal pour avoir des rapports sexuels. Elle défend ce qu'elle qualifie de droit des mineurs à explorer leur sexualité propre sur des bases plus libérales que ne le permet la société actuelle. Ses buts officiels sont de « mettre fin à l'oppression des hommes et adolescents qui ont librement choisi d'avoir des relations sexuelles » et d'obtenir « l'adoption de lois qui à la fois protègent les enfants des contacts sexuels non désirés tout en les laissant libres de déterminer ce qu'ils veulent faire de leur sexualité »Roy Radow, Roy, « NAMBLA Replies to ILGA Secretariat », 28 janvier 1994.. Le site de la NAMBLA précise que l'association « n'offre ni encouragements, ni conseils, ni aide à ceux qui cherchent des rapports sexualisés » et ne pousse pas à « contrevenir à la loi [ni à] disculper quiconque [y contreviendrait] »Présentation de la NAMBLA, sur son site, 2003..

L'association organisait un rassemblement annuel à New York, et des réunions mensuelles dans tous les États-UnisOnell R. Soto, « FBI targets pedophilia advocates: Little-known group promotes 'benevolent' sex », dans le San Diego Union-Tribune, 18 février 2005.. Au début des années 1980, elle comportait plus de trois cents membres, et était soutenue par des personnalités comme Allen Ginsberg. Depuis, elle ne communique plus d'informations sur ses membres, mais une infiltration menée par le FBI en 1995 a permis de découvrir plus de . C'est la plus grande organisation du groupe IPCE, l'International Pedophile and Child Emancipation.

Depuis 1995, le durcissement des lois et la pression de l'opinion publique ont porté un lourd tort à la NAMBLA, dont les activités se réduisent actuellement à son site web. Un rapport de 2001 montre l'arrêt du rassemblement annuel et la raréfaction de plus en plus grande des réunions mensuelles localesBenoît Denizet-Lewis, « Boy Crazy : NAMBLA: The Story of a Lost Cause », dans le Boston Magazine, mai 2001..

Idéologie et position officielle

La NAMBLA se qualifie de « groupe de soutien en faveur des relations intergénérationnelles » et a pour slogan « sexual freedom for all » (« la liberté sexuelle pour tous »). Son objectif est de « soutenir les droits des jeunes comme ceux des adultes à choisir les partenaires avec lesquels ils désirent partager leur corps, en vue du plaisir ».

L'un des arguments du groupe est que les lois instituant une majorité sexuelle criminalisent inutilement les relations sexuelles entre majeurs et mineurs (particulièrement ceux de sexe masculin)Position officielle de la NAMBLA, sur le site warriors for truth, 12 octobre 1996.. En 1980, une assemblée générale de la NAMBLA adopta, sur une proposition de Tom Reeves, la résolution suivante : « (1) La North American Man/Boy Love Association réclame la suppression de la majorité sexuelle et de toutes les lois faisant entrave à la libre-utilisation de leur corps par les hommes et les adolescents. (2) Nous réclamons la libération de tous les hommes et adolescents emprisonnés à cause de ces lois. »

Selon Roy Radow, un des principaux membres de la NAMBLA, l'organisation s'est toujours déclarée contre les châtiments corporels, le viol, le rapt et l'exploitation sexuelle, qui sont tous quatre facteurs d'exclusion du groupe.

On prétend parfois que la NAMBLA utilise des slogans comme « après huit ans, il est trop tard » (« sex by eight is too late », « sex by eight or else it's too late »Brief of amicus curae of Bill Wood and Joseph Ureneck pour le Massachusetts Senate Bill 2175), mais on la confond alors avec la René Guyon Society.

Histoire du mouvement

La NAMBLA provient de l'atmosphère particulière des années 1970, et plus particulièrement d'une aile du mouvement Gay Liberation apparue à la suite des émeutes de Stonewall en 1969. Mais à cette époque, les homosexuels se préoccupaient plus des problèmes de répression policière que de relations sexuelles avec des mineurs. Il a fallu attendre la fin des années 1970 et la publication dans The Body Politic (journal gay canadien) d'un article de Gerald Hannon intitulé « Des hommes qui aiment des adolescents qui aiment des hommes »Gerald Hannon, « Men Loving Boys Loving Men » pour que la nécessité de créer la NAMBLA se fasse sentir.

La création de la NAMBLA (1977-1978) En , la police lança l'assaut sur une maison de la banlieue bostonaise de Revere. Vingt-quatre hommes furent arrêtés et mis en examen pour une centaine de détournements de mineurs âgés de huit à quinze ans. Garrett Byrne, District Attorney du comté de Suffolk, prétendit que les hommes usaient de drogues et de jeux vidéo pour attirer les garçons dans leur maison, où ils les photographiaient et profitaient d'eux. Byrne accusa les hommes d'être membres d'un réseau pédophile (« sex ring ») mais qu'ils n'étaient que « la partie émergée de l'iceberg »Steve Trinward, « Pedophilia 3 – The Revere Ring », sur freemarketnews.com, 16 janvier 2006.. Les arrestations déclenchèrent une intense couverture médiatique, et des journaux locaux publièrent les photographies des hommes accusés, ainsi que des informations personnelles les concernant.

Les membres de la rédaction du journal gay Fag Rag crurent déceler une motivation politique derrière l'assaut. Avec d'autres gays de la communauté de Boston, ils assimilèrent l'action de Byrne à une chasse aux sorcières d'homosexuels. Le ils créèrent le Comité Boston-Boise (Boston-Boise Comittee, faisant référence à une affaire similaire survenue à Boise, en Idaho, dans les années 1950) afin de lever des fonds pour la défense et d'informer l'opinion publique (par exemple en distribuant des prospectus).

Garrett Byrne perdit les élections suivantes. Le nouveau District Attorney déclara qu'aucun homme ne devait craindre la prison en cas de relation sexuelle avec un adolescent, tant que ce dernier n'y a pas été forcé. Toutes les poursuites furent abandonnées. Les rares à avoir été déjà condamnés n'écopèrent finalement que de sursisTom O'Carrol, Pedophilia: The Radical Case, Contemporary Social Issues # 12 Peter Owen, Londres, 1980..

Le , Tom Reeves, du comité de Boston-Boise, organisa une réunion autour du thème « L'amour hommes/garçons et la majorité sexuelle », à laquelle assistèrent environ 150 personnes. À la fin de la réunion, une trentaine d'hommes et de jeunes décidèrent de créer une organisation qu'ils choisirent d'appeler le North American Man/Boy Love Association, NAMBLA en abrégé.

L'isolement À la suite des émeutes de Stonewall, certaines organisations américaines et canadiennes pour la défense des droits des homosexuels réclamèrent la suppression des lois sur la majorité sexuelle, car elles estimaient que la libération des homosexuels ne devait pas être limitée par l'âge de ceux-ciTom Warner, Never Going Back., page 120, University of Toronto, Toronto, 2002.. La Gay Activists Association (GAA), groupe ayant fait sécession avec le Gay Liberation Front en , s'opposait à la majorité sexuelle et tint un forum de discussion à ce sujet en 1976. En 1972, les GAA de Chicago et New York organisèrent une conférence regroupant des militants homosexuels provenant de 85 organisations différentesElizabeth A. Armstrong, Forging Gay Identities, page 100, University of Chicago, Chicago, 2002.. À cette conférence, environ deux cents militant se coalisèrent pour former la National Coalition of Gay Organizations (Coalition nationale des organisations homosexuelles), et firent voter un « Socle commun des droits homosexuels » (« Gay Rights Platform »)Le texte du « socle commun des droits homosexuels ». qui appelait à la suppression « de toutes les lois régentant la majorité sexuelle ». La coalition canadienne pour les droits des gays et lesbiennes (ou NGRC, National Gay Rights Coalition), agit dans le même sens, tout comme la GATE (Gay Alliance Toward Equality)Miriam Catherine Smith, Lesbian and Gay Rights in Canada., pages 60-61, University of Toronto, Toronto, 1999..

L'indifférence de l'opinion publique face à ces revendications se mua en hostilité avec la multiplication des stéréotypes sur les homosexuels, perçus comme des violeurs d'enfants et des pédopornographes. En 1977, Judianne Densen-Gerber, fondatrice du centre de désintoxication Odyssey House, et la Miss USA Anita Bryant lancèrent chacune de leur côté des campagnes publiques contre les homosexuels. La première prétendait qu'ils produisaient et diffusaient à grande échelle de la pornographie enfantine, tandis que la seconde, dans sa campagne « Sauvons nos enfants » (« Save Our Children »), chercha à dépeindre tous les homosexuels comme des violeurs d'enfants, affirmant par exemple « Les homosexuels ont besoin d'embrigader nos enfants pour assurer la survie et la diffusion de leur mouvement ». L'action de Bryant lui permit de renforcer la législation à ce sujet tout en abaissant les droits civils des homosexuels dans le comté de Dade (Floride). Par conséquent, la question de la majorité sexuelle devint un sujet très débattu dans la communauté gay, entre les anti (dont la plupart étaient engagés dans la NAMBLA) et ceux qui y voyaient un mal nécessaire pour la survie de la communauté.

Les désaccords apparurent clairement à la conférence qui organisait la première marche homosexuelle de Washington, en 1979. En effet celle-ci, en plus de créer plusieurs comités formels, devait aussi tracer les grandes lignes des principes de la marche (« Les cinq points »Le programme , voir page 23.). On avait tout d'abord approuvé la proposition du comité des jeunes homosexuels (Gay Youth Caucus) qui demandaient « la liberté pénale totale, pour les jeunes homosexuels, après révision des lois sur la majorité sexuelle ». Cependant, lors de la première réunion du comité de coordination nationale, un groupe de lesbiennes menaça de ne pas participer à la marche si cette proposition n'était pas formellement modifiée. Le substitut à la phrase originelle, approuvé après un sondage par courrier par une majorité de délégués, fut : il faut « protéger les jeunes gays et lesbiennes de toutes les lois visant à les discriminer, les oppresser, les harceler, dans leur foyer, à l'école, et dans leur environnement social et professionnel »David Thorstad, « Man/Boy Love and the American Gay Movement », dans le Journal of Homosexuality # 20, pages 251-74, 20, 1990..

En 1980, un « rassemblement lesbien du comité pour la Gay Pride » (« Lesbian Caucus – Lesbian & Gay Pride March Committee ») distribua des tracts invitant les femmes à ne pas participer à la Gay Pride annuelle de New York à cause d'une supposée mainmise de la NAMBLA sur son comité d'organisation. L'année suivante, comme des lesbiennes avaient menacé de ne pas venir au festival homosexuel annuel de l'université de Cornell, le Gay PAC (Gay People at Cornell) retira à David Thorstad, le fondateur de la NAMBLA, l'invitation qui lui avait été faite d'être le maître de cérémonie du festival. Les années suivantes, de plus en plus d'organisations de défense des droits des homosexuels essayèrent d'empêcher la participation de la NAMBLA aux marches des fiertés.