right|thumb|Dessin de fan art slash inspiré par Harry Potter, dans le style manga.La représentation de sujets LGBT dans la bande dessinée est un concept relativement récent, car les récits et les personnages lesbiennes, gay, bisexuels et trans étaient évités à dessein dans les précurseurs de la bande dessinée et du comic strip, en raison soit de la censure, soit du préjugé assimilant le art à la littérature enfantine. Au vingtième siècle, la popularité des bandes dessinées aux États-unis, en Europe et au Japon témoigne d'approches différentes envers les thématiques LGBT. Au début du , les personnages LGBT sont à peine présents, les auteurs procédant par allusions. Au fil des décennies, la représentation de plus en plus habituelle de thèmes LGBT témoigne d'une mutation sociétale : à l'échelle internationale, le lectorat se montre plus ouvertement tolérant envers l'homosexualité et la transidentité. Les théoriciens du sujet queer estiment que la bande dessinée mainstream présente des personnages bien insérés dans une société hétérosexuelle, tandis que la bande dessinée alternative met en lumière la diversité et les spécificités de la culture LGBT. France, Belgique et Suisse Dans les années 1950, entre les patronages catholiques en Belgique et communiste en France, la bande dessinée demeure longtemps destinée à la jeunesse et donc asexuée. Il faut attendre l’irruption de l'Argentin Copi dans la presse des années 1960 (Le Nouvel Observateur, Libération) pour parler d'homosexualité en bande dessinée. Et moi, pourquoi j’ai pas une banane ? (1975), Du côté des violés (1978), Kang (1984) parlent sans fard de l'homosexualité masculine ou féminine, de la transidentité et des agressions sexuelles. Son compatriote José Cuneo dessine pour la presse gay (prévention contre le sida) mais sort peu d’albums (Le Mariage de Roberto, 1999). Alex Barbier utilise la couleur directe pour représenter ses fantasmes : Lycaons (1979), Les Paysages de la nuit (1994), tandis que Nicole Claveloux présente des femmes (Morte saison, 1979). Annie Goetzinger est l'une des rares à aborder le sujet : L'Avenir perdu parle d'un homo atteint du sida. Les satiristes Reiser, Georges Wolinski et Philippe Vuillemin traitent les homosexuels avec la même cruauté que les hétérosexuels.
Les relations entre certains personnages masculins de bandes dessinées classiques ont été interprétées par le lectorat gay comme une relation homosexuelle plusieurs décennies après leur création : c'est le cas d'Alix et Enak dans la série de Jacques Martin, ou encore de Tintin et le capitaine Haddock, bien que la dimension sexuelle soit absente de l’œuvre d'Hergé.
En Belgique, les dessinateurs ne se renouvellent pas, et la revue Le Journal de Spirou (Yann et Conrad, Bob Marone (1992), Les Innommables ; Muchacho d'Emmanuel Lepage)..
Lorsque le Journal de Fabrice Neaud (1996) rencontre le succès, il semble que la mention de son homosexualité dans la bande dessinée autobiographique ne pose plus de problème. On note aussi l'apparition de Tom de Pékin, graphiste et dessinateur inspiré, collaborant au SNEG et à Têtu. La bande dessinée lesbienne Les Marsouines d'Arbrelune et Jour de pluie est cependant autoéditée. La collection « Bulles gaies » publie des œuvres d’inspiration autobiographique comme Les Folles Nuits de Jonathan de Jean-Paul Jennequin ou Jean-François fait de la résistance d'Hugues BartheHomos en bulles par François Peneaud, ActuaBD., et un magazine gay et lesbien marseillais, Hercule et la toison d’or, révèle de nouveaux talents comme Hélène Georges. Les illustrateurs Kinu Sekiguchi et Sven de Rennes tentent quelques bandes dessinées proches des productions espagnoles et japonaises. Le belge néerlandophone Tom Bouden joue aussi bien sur le registre sentimental (Max et Sven) qu'érotique (In Bed with David & Jonathan). En Suisse, il faut remarquer les personnages récurrents des bandes dessinées de José Roosevelt : le peintre est homosexuel, et Vi est bisexuelle (À l'ombre des coquillages, 2005).
Une tentative de magazine porno gay a été réalisé (Ultimen) par un organisme de vidéo porno, distribué en kiosque mais sans support médiatique : le titre s'est arrêté. H&O devient l'un des principaux acteurs de la diffusion de BD gay en France avec notamment les œuvres de Logan (Porky, le Pornomicon).
Des auteurs non hétérosexuels abordent également l'homosexualité : Dieter et Emmanuel Lepage parlent de la découverte de l'orientation sexuelle avec Névé. Jessica Blandy (1987), Rapaces (1998) et Djinn (2001), tous trois scénarisés par Jean Dufaux, présentent des personnages bisexuels. Mais différents projets témoignent de réticences tenaces : Le Pari de Tito n’est pas prépublié dans Okapi avant de sortir en album, et le volume de Quintett du scénariste Frank Giroud centré sur un homosexuel se heurte au refus des dessinateurs : c’est le vétéran Paul Gillon qui sauve l’album.
Du côté des lesbiennes, voit la sortie de Princesse aime Princesse, de Lisa Mandel. Publié par Gallimard Jeunesse, donc destiné à un public jeune et en formation et non réservé aux adultes, cet ouvrage raconte l'histoire d'amour entre une jeune fille presque ordinaire et une jeune héritière. Puis, en octobre de la même année sort Esthétique et filatures, avec le dessin de Tanxxx. L'histoire commence par la fuite d'un couple amoureux, une ado et sa belle-mère slave. L'histoire ne se focalise par sur la thématique LGBT et nous embarque ensuite dans des aventures diverses.
La série française Magasin général de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp (9 tomes, de 2006 à 2014), qui se déroule au Québec dans les années 1920, met en scène, dès le tome 2, le personnage homosexuel de Serge« "Magasin général (tome 5) Montréal", de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp : une comédie humaine à l'accent joual », article du journal Le Monde, du 17 décembre 2009.Article du site de la RTBF, du 20 octobre 2014..
Le bleu est une couleur chaude, première bande dessinée de Jul' Maroh, sortie en , raconte la romance de deux filles, Emma et Clémentine (qui est à la base hétéro, et dont tout le coming out est visible au fur et à mesure). Une adaptation cinématographique sous le titre La Vie d'Adèle réalisée par Abdelatif Kechiche a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes 2013. C'est alors l'un des rares albums de bande dessinée mettant en scène des lesbiennes qui rencontre un succès public. Dans les années 2010, les BD abordant le lesbianisme se font plus nombreuses.
Dans les années 2010, le journal de Spirou aborde le sujet : dans Les Démons d'Alexia, l'héroïne a une relation ambiguë avec Bérénice. Dans La Face cachée du Z, on apprend que les deux Suédoises apparues dans le tome précédent se sont mariées ensemble (possible en Suède). Dans des séries comiques comme Les Nombrils ou Tamara, l'homosexualité d'un personnage secondaire sert parfois de rebondissement à une intrigue amoureuse.
Le Cas Alan Turing, publié en 2015 avec le sous-titre Histoire extraordinaire et tragique d'un génie, est une bande dessinée sur la vie et le drame du britannique Alan Turing, le concepteur de l'informatique théorique et décrypteur de la machine Enigma, condamné pour homosexualité. Le Cas Alan Turing est l'œuvre du dessinateur Éric Liberge et du scénariste Arnaud Delalande.
En 2017, Jul' Maroh publie Corps sonores , une bande dessinée autour de la diversité des relations amoureuses et des identités de genre, se déroulant à Montréal au Québec..
Espagne, Italie et Allemagne En Espagne, il faut attendre la Movida pour que les thématiques LGBT commencent à être présentes dans la bande dessinée. Nazario connaît plusieurs démêlés avec la censure avant de se faire connaître dans les années 1980 avec son héroïne Anarcoma, une femme trans évoluant à Barcelone. Rafa fait la chronique humoristique de la vie d'un couple dans le quartier gay de Chueca, à Madrid, avec Chuecatown (2002). Sur la péninsule ibérique, les illustrateurs David Cantero et Sebas Martín (Historias de Sitges) .
En Italie, diverses publications révèlent les inspirations multiples de nombreux jeunes auteurs comme Valeriano Elfodiluce (Rainbows, Robin Hoog). Récemment, Barbara Apostolico et Claudia Lombardi ont sorti leur série Caim.
En 2010 est publiée chez Dargaud la BD En Italie, il n'y a que des vrais hommes, de Luca de Santis et Sara Colaone, tous deux italiens. Inspiré d'une enquête de 1987., l'ouvrage s'intéresse au traitement des personnes homosexuelles dans l'Italie fasciste, à leur déportation et leur confinement, à la fin des années 1930, dans des lieux écartés, dont des îles du pays.
En Allemagne, c'est Ralf König qui domine la scène gay en bande dessinée depuis 1979, accumulant les albums (série Conrad et Paul) et les adaptations (Lysistrata d'après Aristophane, Iago d'après Shakespeare). Ses albums connaissent un succès international.
Canada Depuis 2006, l’auteur gay canadien anglophone Steve MacIsaac publie des bandes dessinées sur le milieu gay et la communauté bear sous forme de romans graphiques (Sticky en 2006, Unpacking en 2018) et d’une série de fanzines (Shirtlifter, 6 numéros de 2006 à 2018). Son travail aborde divers aspects de la vie moderne d’hommes homosexuels sous forme d’histoires fictionnelles ou autobiographiques. Son travail a été inclus dans l’anthologie co-édité par Neil Gaiman Best American Comics 2010 et Unpacked a été finaliste du Lambda Litterary Price en 2019.
Québec La série Magasin général de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp (9 tomes, de 2006 à 2014) se déroule au Québec dans les années 1920 (qui met en scène, dès le tome 2, le personnage homosexuel de Serge). La série est toutefois française. Les auteurs, pour les 9 tomes de la série, ont d'ailleurs dû faire adapter leur scénario en français québécois par l'auteur québécois de bande dessinée Jimmy Beaulieu.
Ce dernier, Jimmy Beaulieu, réalise en 2016 son album Rôles de composition, qui suit un couple de deux jeunes femmes sur cinq années« De main de maître », article du magazine Spirale du 27 mars 2017.« Rôles de composition de Jimmy Beaulieu : amour lesbien sur fond de Printemps érable », article du site quebec.huffingtonpost.ca du 2 février 2017.« Jimmy Beaulieu : jouer son rôle, discrètement », article du journal La Presse du 9 novembre 2016..
Sophie Labelle, militante transgenre canadienne, originaire de Montréal a écrit plusieurs ouvrages sur l'identité trans, et elle est surtout connue pour son webcomic (ou Assignée garçon dans sa version française)..
États-Unis vignette|Les créateurs de bandes dessinées lors d'une séance de dédicaces le 28 février 2014 à Jim Hanley's Universe à Manhattan pour Qu33r, une anthologie de bandes dessinées LGBT. Derrière la table, de gauche à droite, au dernier rang, se trouvent Sabin Calvert, Katie Fricas, Carlo Quispe, Abby Denson, Ivan Velez Jr. et Jennifer Camper. De gauche à droite, au premier rang, se trouvent L. Nichols, Sasha Hedges Steinberg et Laurel Lynn Leake. Cette photo a été prise par Luigi Novi.