(ou en espagnol), né à Valladolid le et mort à Madrid le , dit le Grand ou le « roi-Planète », est roi des Espagnes et des Indes après la mort de son père , du à sa mort. Il porta également les titres de roi des Deux-Siciles, roi de Portugal et souverain des Pays-Bas.
Les toutes premières années du règne de virent le renforcement de la prééminence des Habsbourg en Europe, mais les guerres constantes qu'il dut mener conduisirent au déclin de la monarchie espagnole. Cependant, si l'Histoire l'a retenu comme un piètre homme politique, compte parmi les plus grands mécènes et les plus grands collectionneurs de son temps.
Jeunesse
Naissance et baptême gauche|vignette|396x396px|Portrait du jeune Philippe, prince des Asturies, 1612. Felipe Domingo Víctor de la Cruz naît à Valladolid, le . Il est le troisième enfant et le premier fils du roi et de son épouse, l'archiduchesse Marguerite d'Autriche. Il est baptisé le , en l'église conventuelle de San Pablo à Valladolid, avec pour parrain un des favoris (validos) de son père, le duc de Lerma.
Il est orphelin à la suite de la mort en couches de sa mère en 1611.
Enfance turbulente Dix ans plus tard, à l'approche de la mort de , se multiplièrent les intrigues de palais, les courtisans se disputant les faveurs du futur roi, le prince des Asturies Philippe. La lutte se fit plus féroce entre le duc de Lerma, associé à son gendre, le comte de Lemos, et à son cousin, Fernando de Borja, gentilhomme de la Chambre du Prince, contre ses propres fils, le duc de Uceda et le . Ces derniers étaient soutenus en particulier par le comte-duc d'Olivares, également gentilhomme de la Chambre du prince. En 1618 intervint la disgrâce du duc de Lerma, au profit du duc d'Uceda.
Roi d'Espagne
Accession au trône et débuts 372x372px|vignette|gauche|Portrait de en tant que Chasseur, par Velázquez, (c.1633-1636).
s'éteignit le , à la suite d'une fièvre contractée en 1619, au retour d'un voyage au Portugal, où il avait fait reconnaître le prince des Asturies comme héritier de la couronne portugaise. Le prince des Asturies devient alors le roi Philippe IV.
Au lendemain de la mort de , Olivares entreprit de constituer une faction proche du pouvoir royal en s'appuyant sur son oncle, . Ce dernier fut nommé Premier ministre par , en lieu et place du duc d'Uceda : la faction d'Olivares avait gagné. Dès le , le roi accorda à Olivares, suivant la formule consacrée (« Conde de Olivares, cubríos »), la dignité de grand d'Espagne. Lorsque Baltasar de Zúñiga mourut en 1622, il en fit son principal valido et ministre.200px|vignette|droite|Portrait de d'Espagne, par Gaspard de Crayer (1627-1628). Une politique de réformes
Durant son gouvernement, le comte-duc lança plusieurs réformes afin de maintenir la puissance espagnole en Europe et dans le monde. Ces changements eurent quatre buts : la réforme de la vie publique, l'encouragement de l'économie, l'amélioration des finances et la réorganisation de l'armée. Il s'efforça d'unir les monarchies espagnoles en imposant les lois et coutumes castillanes aux autres parties de la péninsule, en particulier dans les domaines de la fiscalité, de l'administration et du droit.
Afin d'œuvrer à l'amélioration de la vie publique, Olivares comptait tout d'abord s'attaquer au problème de la corruption : il ordonna l'arrestation du duc d'Uceda et du duc d'Osuna, fit confisquer les biens du duc de Lerma et fit traîner en justice don Rodrigo Calderón, qui fut condamné à mort et exécuté. Par un décret royal, il fit soumettre les personnes qui occupaient une charge publique à un inventaire de leurs biens. Ce travail fut confié au « Conseil de Réforme » (Junta de Reformación), dont les fonctions furent peu à peu étendues à la surveillance de l'ensemble de la population, avec les projets les plus illusoires, comme l'abolition de la prostitution. Enfin, pour favoriser la reprise de la démographie en Espagne, Olivares interdit l'émigration, favorisant au contraire l'immigration et les familles nombreuses. Il s'occupa également d'éducation et fit construire en 1629 à Madrid le premier Collège royal (Colegio Real de Madrid), ainsi que d'autres institutions dans le reste du royaume, la plupart du temps dirigées par les jésuites.
Dans les domaines financier et économique, Olivares fut confronté à une grave crise économique ainsi qu'à une forte augmentation des dépenses. Il eut recours à la création de nouveaux impôts, tout en cherchant à les répartir de façon plus équitable. Mais ces nouveautés furent largement critiquées et combattues, par les armes au besoin. La noblesse refusa les projets d'impôt sur les rentes ou de taxe sur les produits de luxe. Afin d'améliorer le commerce et d'apporter de l'argent à la monarchie, Olivares essaya de créer une banque nationale, en constituant son capital par une contribution exceptionnelle sur les patrimoines supérieurs à 2000 ducats : la noblesse s'y opposa encore, et le projet échoua. Olivares dut se résoudre à vendre plus de charges publiques, à manipuler les cours des monnaies et des métaux, à emprunter aux banquiers juifs portugais, à exiger de nouvelles contributions des Cortes ou encore à suspendre provisoirement les paiements.
Crise des années 1640
200px|vignette|gauche|Portrait de en cuirasse, par Diego Velázquez (1623).
Enfin, dans le domaine militaire, Olivares tenta d'imposer l'union des royaumes de la péninsule. C'est dans ce but qu'il mit peu à peu sur pied le projet de l'Union des Armes de 1625, dans lequel chaque territoire devait participer à l'entretien d'une armée commune à hauteur du nombre de ses habitants. Mais la Castille, qui participait seule aux dépenses croissantes de la monarchie, commença à montrer des signes d'agitation à partir de la fin des années 1630. Olivares décida donc de mettre à contribution les autres royaumes de la péninsule.
En Catalogne, le conflit avait commencé dès 1626, avec le refus de la Catalogne de collaborer à l'Union des Armes. La guerre contre la France accrut encore les tensions entre la généralité de Catalogne et le gouvernement central : les troupes espagnoles et italiennes, combattant contre les Français dans le Roussillon, causèrent des désordres et des destructions importantes. Le , jour de la fête du Corpus Christi, entrèrent dans Barcelone entre 400 et 500 travailleurs agricoles (appelés « faucheurs » ou segadors en catalan), qui provoquèrent des émeutes. Les tensions entre la monarchie espagnole et la Généralité s'intensifièrent, jusqu'à la rupture au mois de septembre : la Généralité de Catalogne proclama la République catalane, puis, en , proclama le roi de France comte de Barcelone et souverain de Catalogne. Le , à la bataille de Montjuïc, une armée franco-catalane défendit Barcelone avec succès contre l'armée de , dirigée par le marquis de los Vélez. Les troupes espagnoles étaient chassées de Catalogne pour dix ans.
En Aragon, face à l'augmentation des impôts, la noblesse locale réagit en proclamant un nouveau roi en la personne du . Mais les troupes espagnoles étouffèrent la révolte et le duc de Hijar fut consigné sur ses terres, sans pouvoir en sortir, même pour participer aux Cortes d'Aragon.
Au Portugal, la noblesse se rebiffa contre les projets d'Olivares, voyant menacées la séparation politique et administrative de l'État portugais (garantie en 1580), l'autonomie financière des territoires portugais et enfin les colonies portugaises d'Asie et d'Amérique, attaquées par les Provinces-Unies depuis la reprise de la guerre. En , une conspiration nobiliaire proclama le duc de Bragance roi de Portugal sous le nom de , qui l'accepta le : c'était le début d'une guerre longue de 28 ans, appelée « guerre d'Acclamation » ou « de Restauration de l'Indépendance ». Ayant obtenu l'appui de l'Angleterre et de la France et conclu la paix avec les Provinces-Unies, il repoussa l'armée espagnole.
L'Andalousie, enfin, fut également agitée de troubles indépendantistes. En 1641, le marquis de Ayamonte et le organisèrent une conspiration, s'appuyant sur le mécontentement général de la noblesse et de la population andalouses. Le but était de créer un nouvel État, dirigé par le duc. Cette révolte, quoique soutenue par le Portugal, fut promptement écrasée. vignette|Le royaume ibérique sous .
La chute d'Olivares
, à son retour du front de Catalogne où il avait encore connu la défaite devant Lérida en 1642, ordonna le , à Madrid, le bannissement d'Olivares. Les projets d'union furent en grande partie abandonnés, l'Espagne continuant à être dirigée comme un ensemble de royaumes distincts. L'autonomie de chaque territoire fut ainsi réaffirmée et renforcée, s'appuyant sur le retour aux coutumes et lois de chaque territoire ou néoforalisme.
vignette|200px|, par Velázquez (1657).
Après la chute de son ministre, décida de gouverner seul, avant de reprendre en 1643 pour valido le neveu d'Olivares, Luis de Haro, qui eut une influence plus limitée cependant. Le roi bénéficia également des conseils d'une mystique espagnole, María de Ágreda, avec laquelle il eut une longue correspondance.
Succession de soulèvements
En eut lieu la bataille de Rocroi qui vit la fin de la période de suprématie des tercios sur les champs de bataille européens.
Les positions de ayant connu leur creux en 1643, le roi se lança à la reconquête de la Catalogne. En 1644, il récupéra Monzón et Lérida, où il jura obéissance aux lois catalanes. En 1648, le traité de Westphalie permit de fermer plusieurs fronts ; seule la France restait en guerre contre l'Espagne. Connaissant le mécontentement croissant de la population catalane contre l'occupation française, décida d'attaquer et en 1651 une armée dirigée par Juan José d'Autriche commença un siège de Barcelone. L'armée française se rendit en 1652 au roi lui-même, mais garda le Roussillon, possession conservée par la France au traité des Pyrénées de 1659. fut reconnu comme souverain et Juan José comme vice-roi en Catalogne. Le roi de son côté signa l'obéissance aux lois catalanes, et put porter son attention sur le Portugal.
Les Portugais, très unis autour de , fournirent un énorme effort, payant les lourds impôts de guerre — refusés en bien moindre quantité à Olivares auparavant. Le Portugal mit ainsi en place en peu de temps un formidable dispositif militaire reposant sur un ensemble de forteresses construites sur le modèle de Vauban, un système coordonné d'armées capables de surveiller les frontièresCes armées sont celles d'Alentejo, de Beira, et de Trás-os-Montes, extrêmement mobiles et capables d'agir de concert ou de résister à une invasion, ainsi que des milices régulières confiées aux fidalgos de province. Ainsi, dès 1644, les forces portugaises lancèrent des incursions : Matías de Albuquerque conquit la ville de Montijo en Estrémadure, puis, le , remporta la bataille de Montijo ; de son côté le comte de Cantanhede prit l'importante place-forte castillane de Valencia de Alcántara. chercha à réagir, mais l'armée espagnole fut successivement battue aux batailles d'Elvas, le , Ameixial, le , Castelo Rodrigo, le , et Montes Claros, le : le Portugal conserva l'indépendance. Mais même ayant perdu le Portugal, conserva son titre de « roi de toutes les Espagnes » (Rey de todas las Españas).
Le royaume de Naples fut également agité, par des émeutes frumentaires en 1647, tout comme la Sicile ou en Andalousie, mais celles-ci furent peu à peu réduites et écrasées par les troupes locales.
Engagement culturel
vignette|250px|Les Ménines, par Velázquez (1656).