Victoire dans les airs (), est le long-métrage d'animation des studios Disney sorti en 1943, basé sur le livre Victoire dans les airs écrit par le major Alexander P. de Seversky Dave Smith, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, . en 1942 destiné à sensibiliser les Américains à la Seconde Guerre mondiale. Il n'est pas considéré comme un « classique » en raison du nombre important de prises de vues réelles qu'il contient.
Les deux œuvres mettent en avant la technique militaire du bombardement stratégique comme un moyen d'abréger le conflit mondial. Le film, après un historique de l'aviation en animation, laisse au major Alexander P. de Seversky le soin d'expliquer ses théories sur l'importance pour les Alliés d'avoir une armée aérienne forte afin de vaincre les puissances constituant l'Axe durant la Seconde Guerre mondiale.
Synopsis
Le fait débute par un rappel historique. Il évoque les controverses liées au général William Mitchell, pionnier de l'aviation militaire entre 1919 et 1936, année de sa mort. Il militait pour le développement d'une aviation ayant des bombardiers, mais sa hiérarchie croyait en la supériorité de la marine de guerre. En 1925, il fut même rétrogradé comme colonel.
Les pionniers de l'aviation
Ensuite le film présente un historique de l'aviation en animation, en commençant en 1903 avec les frères Orville et Wilbur Wright qui effectuent le premier vol motorisé de l'histoire à Kitty Hawk en Caroline du Nord le , sur l'appareil baptisé Flyer. Ce vol, comme le note le narrateur et Grant John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, ., dure 12 secondes et s'effectue sur . Une seconde étape est franchie en avec le premier demi-tour durant un même vol. Ensuite le film rejoint la France avec le premier vol européen réalisé par Alberto Santos-Dumont en 1906. Ces vols marquent le début de l'aéronautique.
En 1908, aux États-Unis, l'armée se lance dans l'aviation avec un premier vol réalisé par le corps des signaux. Le , Louis Blériot parvient à traverser la Manche. En 1910, Eugene Ely effectue le premier décollage depuis un bateau et réussit deux mois plus tard à apponter sur un navire. En 1911, Glenn Curtiss réalise le premier vol en hydravion, avec un décollage depuis la surface de l'océan. La même année, Calbraith Perry Rodgers effectue le premier vol transcontinental au-dessus des États-Unis. Ce vol entre New York et Pasadena dure 49 jours et s'accompagne de nombreux incidents nécessitant 70 arrêts.
Au début de la Première Guerre mondiale, l'aviation sert essentiellement à l'observation, mais rapidement des armes sont embarquées dans les avions puis bénéficient de l'installation de systèmes de synchronisation avec les hélices des moteurs. L'aviation militaire apparaît véritablement. Les bombardiers, qui ne sont d'abord que des avions depuis lesquels de simples grenades sont lâchées, embarquent par la suite des chargements de bombes qui leur sont spécialement destinés. Le combat aérien se développe au-dessus des territoires européens. Deux personnages – un Français et un Allemand – se disputent, tandis que la technologie évolue à un rythme effréné.
En 1919, après la guerre, l'aviation devient une attraction touristique tandis que John William Alcock et Arthur Whitton Brown réalisent la première traversée de l'Atlantique avec escale, suivis par Charles Lindbergh qui réalise le même trajet sans escale. Les courses d'avions, d'altitude et de vitesse, à l'horizontal ou en piqué, se développent.
Durant l'entre-deux-guerres, les distances et le temps sont raccourcis grâce à l'aviation. Fin des années 1930, un impressionnant maillage de lignes aériennes permet de voyager partout dans le monde.
En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate et l'aviation militaire voit son importance s'affirmer, que ce soit par le nombre de munitions tirées à la minute ou par la quantité de bombes larguées au-dessus des villes. Un exemple frappant permet de réaliser les rapides progrès de l'aéronautique : la distance parcourue en avion par les frères Wright en 1903 pourrait être réalisée sur les ailes d'un bombardier B52.
La Seconde Guerre mondiale
Le narrateur présente alors une rapide biographie du major Alexander P. de Seversky. Après une remarquable carrière de pilote de combat dans l'aviation russe, il émigre en 1918 aux États-Unis où il devient ingénieur en aéronautique militaire. Il devient aussi un consultant du général William Mitchell et est nommé major de l'armée américaine, fondant sa propre entreprise de construction d'avions et développant de nombreuses technologies utilisées dans les avions de guerre.
La caméra le montre dans un bureau validant des plans. Le major Alexander P. de Seversky explique ses théories sur l'importance pour les Alliés d'avoir une armée aérienne forte afin de vaincre les puissances constituant l'Axe durant la Seconde Guerre mondiale. Le point important est le développement des bombardements à longue distance. Il prophétise que le fait que le territoire américain soit la cible de bombardements similaires à ceux que subit l'Angleterre est une simple question de temps.
Pour Seversky, avant l'apparition de l'aviation, il existait deux méthodes pour gagner une guerre. La première est de détruire l'armée ennemie et le priver de ses ressources énergétiques ; la seconde de détruire sa force navale, d'établir un blocus et d'attendre que la population meure de faim. L'aviation a permis de détruire les lieux de productions énergétiques et/ou industrielles directement depuis les airs, ce qui permet de paralyser l'armée que l'on devait auparavant défaire. Seversky affirme que les militaires les plus conservateurs refusent de voir cette nouvelle méthode de guerre, que par exemple Mitchell avait évoquée aux États-Unis.
La suite rappelle les faits historiques des années précédentes. En 1939, l'Allemagne nazie a déjà annexé l'Autriche et la Hongrie. Le Royaume-Uni a développé la Royal Navy pour protéger l'Atlantique tandis que la France s'est concentrée sur son armée de terre avec une nouvelle version de la ligne Maginot, devenu une énorme forteresse souterraine.
L'Allemagne elle utilise une combinaison de ses armées, de l'aviation aidée de l'artillerie à longue distance, et a ainsi détruit les postes arrière de la Ligne Maginot, tandis que les nombreux chars attaquaient les premières lignes. Grâce à une attaque éclair coordonnée, la ligne Maginot a été rapidement brisée.
De son côté, l'Angleterre a voulu s'assurer d'un contrôle des mers. Ainsi, pour réduire l'apport de ressources depuis la Norvège, les Britanniques ont établi un blocus naval dans le détroit du Skagerrak. Mais ce fut sans compter sur l'aviation allemande qui bombarda les bateaux. Les avions anglais embarqués sur les premiers porte-avions ne pouvaient combattre contre ceux allemands basés à terre. La flotte britannique dut ainsi battre en retraite pour se mettre sous la protection des bases aériennes du pays. L'Allemagne profita de cette déroute pour reprendre la Norvège et établir de nombreuses bases aériennes le long des côtes norvégiennes. Au niveau du pas de Calais, la proximité des côtes anglaises a permis à personnes d'évacuer la France depuis le port de Dunkerque sous la protection de l'aviation.
La Royal Air Force lutta contre de nombreuses attaques aériennes allemandes lancées depuis les côtes françaises normandes et bretonnes ou des pays de la Mer du Nord. L'idée qu'un pays se devait d'être maître du ciel au-dessus de son territoire en plus des côtes et de son sol pour être libre devint une conviction.
L'Angleterre dépendait pour ses ressources de plusieurs points vitaux protégés par la marine dont Gibraltar, Malte, Alexandrie et Haïfa. Une base aérienne fut ajoutée en Crète pour défendre l'est de la Méditerranée. L'Allemagne a de son côté envahi les Balkans et la Grèce, se rapprochant de plus en plus de la Crète. L'Angleterre pensait pourvoir défendre l'île avec des navires mais les avions allemands les coulèrent et des parachutistes occupèrent conquirent l'île, la Crète devenant le premier territoire conquis uniquement par une armée aérienne.
Le film se poursuit avec, le , l'attaque de Pearl Harbor par l'aviation japonaise qui a réduit une importante partie de la flotte américaine.
Les thèses de Seversky vignette|Couverture du livre apparaissant dans la bande annonce du film. Le film revient dans un bureau où une carte du Pacifique est accrochée au mur. On y voit les conquêtes japonaises ; deux axes sont visibles : l'un passe par l'ouest : Corée, Chine, Viêt Nam, Thaïlande, Indonésie, Java et Bornéo, Célèbes et Timor ; l'autre un peu plus à l'est : Corée, Taïwan, Philippines, Nouvelle-Calédonie.
Seversky annonce qu'avec les ressources énergétiques, économiques et humaines américaines, le pays peut produire plus d'armes que l'ennemi et, avec plus d'armes que lui, il est possible de le vaincre sur n'importe lequel des terrains. Il suffit pour lui de répondre à deux conditions pour gagner la guerre : produire le plus de machines possible et ensuite les délivrer sur chaque front de la guerre. Il rappelle que 100 millions de tonnes d'équipements sont nécessaires chaque mois pour soutenir l'effort de guerre et, si on arrête le mouvement, les équipements restent à fournir. Il faut donc continuer à attaquer, et donc à produire pour gagner la guerre.
Le narrateur explique grâce à un planisphère les différents fronts existants : l'Europe avec le front russe de la Mer Blanche à la Mer Noire ; le Pacifique avec toutes les îles conquises par le Japon, des Kouriles au nord de la Nouvelle-Calédonie.
Les États-Unis sont situés entre les deux. Au sein du pays, la production de chars, d'avions et de munitions est en constante progression mais elle est contrariée par le goulot d'étranglement que constituent les navires servant à leur expédition vers le front (illustré par une bouteille).
En période de guerre, les distances à parcourir par les navires de fret sont allongées : un navire devant livrer sa cargaison au canal de Suez en partant des États-Unis puis revenir parcourt une distance équivalente au tour du monde, ce qui prend presque une année à l'époque. De même, pour aller de San Francisco à Melbourne, et en raison des raids aériens japonais, les navires doivent utiliser un itinéraire qui double la distance à parcourir. Pour livrer du matériel sur le front russe, les navires doivent longer les côtes norvégiennes et le débarquer à Mourmansk. Il doit ensuite prendre le train jusqu'au front. De leur côté, les Japonais ou les Allemands n'ont pas de détours à faire. Les forces de l'Axe ont donc un avantage géographique, sans compter les sous-marins allemands.
Le bilan de chaque navire coulé est une triple défaite : militaire avec le navire coulé et les armes embarquées, productive avec l'inutilité des équipements perdus en mer, et humaine avec les morts engendrées. Tant que les États-Unis se concentrent sur une guerre de surface, l'avantage reste aux forces de l'Axe. Le narrateur compare la stratégie nazie à une roue de charrue : le centre est un cœur industriel, les rayons sont les axes de transport, et les fronts sont le carénage de la roue. La technique américaine est alors d'attaquer sur tous les fronts la surface solide de la roue, engendrant de nombreuses pertes et des efforts inutiles. La stratégie risque d'avoir pour effet de réduire les distances pour les lignes de transport augmentant ainsi la rapidité de remplacement des équipements détruits. Au contraire, les chars américains doivent traverser les mers.
Une séquence théorise ainsi le bombardement du centre industriel allemand. Seversky demande que l'aviation militaire américaine ait la même opportunité de gagner en puissance que l'aviation britannique qui a réussi à obtenir ses lettres de noblesse grâce, entre autres, à la défense du ciel londonien.