Les Antilles françaises, en particulier la Guadeloupe et la Martinique, abritent une populaire musique originale qui a gagné un renom international grâce au succès du zouk dans les années 1980. Le zouk est particulièrement connu en France où il est devenu un important symbole de la Guadeloupe et la MartiniqueLedesma and Scaramuzzo, p. 289-303.. Le zouk a pour origine les musiques ethniques antillaises comme le gwoka guadeloupéen, le bèlè et le martiniquais, le compas haïtien mais a aussi une origine pan-caribéenne via la tradition de la calypso.
Après l'abolition de l'esclavage en 1848, la musique créole trouva son lieu de prédilection et de croissance à Saint-Pierre, capitale culturelle de la Martinique pendant le jusqu'à la catastrophe qui la réduisit en cendres le . Saint-Pierre possédait depuis la fin du un théâtre où se donnaient des concerts, se jouaient des opéras, et où l'on organisait plusieurs bals annuels. Mais c'est dans les bastringues et les cercles de société que se façonnait véritablement la musique populaire. Dédiée essentiellement à la danse : la biguine à deux temps, dérivé syncopé de la polka, la valse créole, emphatique, langoureuse, et la mazurka, à trois temps comme la valse mais s'en distinguant par les accentuations, comportant en outre deux parties, l'une alerte et enjouée, l'autre tendre et sentimentale; puis le quadrille à commandements, resté plus vivace en Guadeloupe qu'à la Martinique, et la valse pasillo, légère et sautillante, venue d'Amérique Centrale. L'instrument par excellence de la musique antillaise est la clarinette. Les premiers orchestres comprenaient aussi le trombone des défilés de carnaval, avec les instruments à cordes : guitare, violon, violoncelle et le chacha, cylindre de fer blanc rempli de grenaille, dont des mains virtuoses et expertes savaient extraire un rythme puissant, envoûtant(Meunier, Jean-Pierre), Extrait du livret du coffret Frémeaux & Associés FA007 Biguine Vol.1 (1993).
Musique traditionnelle Carnaval vignette|Une formation de Martinique au Carnaval tropical de Paris 2014|222x222px Le carnaval est une fête très importante en Guadeloupe, en Martinique. La musique y joue un rôle vital, avec de grandes parades : les vidés ou déboulés, un peu à la manière des écoles de samba brésiliennes. Le carnaval perdait de sa popularité dans les Antilles après la Seconde Guerre mondiale, mais a connu un renouveau avec les nouvelles formations musicales dans les années 1980. Dans chaque île, les festivités sont animées par des chants participatifs (appel et réponse).
Au début du , les groupes de carnaval défilaient avec des chars, jouant de la musique connue sous le nom de biguine vidé (ou juste vidé). Pour la première fois dans l'histoire du carnaval de la Martinique un groupe déambulera dans les rues de Fort-de-France, le dimanche gras 1975, à l'initiative de l'animateur culturel de la ville. Près de 80 tambouiers, percussionnistes y participeront avec des tambours traditionnels et des percussions en tous genres. À partir de cette année, durant chaque période des jours gras, des groupes "à pied" seront présents avec des tambours de plus en plus fabriqués pour être plus portables, jusqu'à l'utilisation du plastique. Cette forme d'expression dans les rues du carnaval sera systématisée pendant les années 1980 avec la création de Plastic System Band, Tanbou Bokannal, dont les membres principaux étaient dans l'aventure de 1975, grands groupes de plus de 50 membres et musiciens incluant cuivres, percussionnistes et danseurs appelés groupes à pied correspondant chacun à un quartier.
À partir de 1984, les amateurs de tambours se réuniront par dizaines durant les dimanches précédent les jours gras près de la Place de la Savane à Fort-de-France pour des jam-sessions dans un lieu fixe, généralement les marches d'un établissement fermé le week-end, grâce à une association culturelle de la ville. Courir le vidé est nécessairement participatif, avec un meneur qui chante et le groupe qui lui répond.Aujourd'hui, peu de groupes utilisent la voix dans la rue, car le volume des percussions, très orchestrés par ailleurs, et autres instruments soufflants, ne favorisent pas l'expression volcale.
L'instrumentation moderne comprend une variété de percussions construit à partir de containers de toutes sortes : fûts en plastique plumbing, cloche, tanbou débonda, chacha, tibwa et gwokaNew Grove Dictionary of Music. Beaucoup de groupes utilisent des konn lanbi comme instrument soufflant(conques de lambi)
Le Carnaval de la Guadeloupe contient à peu près les mêmes éléments que celui de la Martinique. Les ensembles gwoka traversent l'île en jouant la mizik vidé en incitant les passants à participer. Le carnaval inclut des danses dont les racines sont essentiellement africaines laghia, grage, calinda et bel air, ou partiellement européennes "haute -taille"'de Ledesma and Scaramuzzo, pg. 290.. Les instruments traditionnels sont le chacha, makyé, boula, tanbou chan et tanbou bas.
Chouval bwa (musique traditionnelle martiniquaise)
Le est un genre musical martiniquais traditionnel à l'origine instrumental à base de percussions, flûte de bambou, accordéon et kazoo. C'est un style de musique issu de la campagne martiniquaise qui accompagne spécifiquement les évolutions d'un manège traditionnel non motorisé propre à la Martinique; c'est de là que vient le nom chouval bwa en référence aux chevaux de bois des carrousels. Il n'y a pas de danse associée à cette pratique instrumentale. Traditionnellement il n'y a pas de chant durant cette animation, les morceaux sont de la durée d'un tour de manège, environ 3 à 5 minutes.
Les percussions du chouval bwa sont composées de Tambour à deux faces débonda et du ti bwa, un instrument fait d'un morceau de bambou horizontal et qui se joue avec des baguettes ; de chacha (tube métallique contenant des sonnaillesles ensembles les plus traditionnels sont composés aussi d'un accordéon, très souvent un tanbour bélè ; plus rarement un tambour di bass. Mais si les martiniquais au fil des générations depuis la fin du ont respecté ce type de formation musicale, rien n'interdit qu'on y trouve d'autres instruments.
Gwoka vignette|Musique gwoka jouée à Basse-Terre.
Le gwoka est une musique traditionnelle guadeloupéenne, héritée de la musique jouée par les esclaves africains emmenés par la traite négrière. Elle comprend sept rythmes de base (toumblak, graj, léwoz, woulé, kaladja, padjanbèl ou Gganjanbèl, menndé) et est jouée dans les léwoz, rassemblements populaires et festifs.
Bèlè
Le bel air (ou bèlè) est une musique traditionnelle martiniquaise héritée de la musique jouée par les esclaves africains emmenés par la traite négrière comprenant plusieurs formes dansées : danmyé (ou ladja) danse de lutte, bèlè dous', pitjè, biguine bèlé, beliya, gran bèlé (5 rythmiques et danses, seuls 2 sont à trois temps : beliya et gran bèlé), danses en quadrille (8 danseuses et danseurs qui forment deux carrés de 4) ; : mabelo, woulé mango, kanigwè (veillée mortuaire), vénèzouel, kalenda, ting-bang, karèsèyo: danses collectives sauf kalenda ; le ladja, danse de lutte pouvant être considéré comme un art martial, dont la codification est proposée depuis quelques dizaines d'années par des militants culturels..
Le bèlè se caractérise, dans sa rythmique, par les tibwa (2 baguettes de bois) qui donnent le tempo de base et le tambour qui intervient pour accompagner les couples de danseurs, marquer les accents dans des styles variés selon les musiciens mais respectent tous la structure des danses. On peut introduire des improvisations au tambour seulement dans le ladja ou danmye. Le tambour fait l'objet d'une double percussion, par les tibwa sur son fût pour marquer le rythme et par le tambourineur sur la peau.
Bouladjel
Le bouladjel est une expression musicale de Guadeloupe composée de percussions vocales et de battements de mains.Intégré dans le système Gwoka, ce rythme sert à l'origine d'accompagnement des morts lors des rites funéraires.
Synthèse Lollia Vélo : (Ernest Pépin, Le tanbouyé des sans voix, 2024, p.95).
Musique populaire Bien que la Guadeloupe et la Martinique ne soient le plus souvent connues que pour le style réputé à l'échelle internationale, ces îles ont aussi donné naissance à des musiciens populaires dans divers styles mis au goût du jour de biguine, chouval bwa et gwo ka traditionnels. L'orchestre de zouk mondialement connu Kassav' reste de loin le plus célèbre. Les membres fondateurs, qui sont tous de l'île papillon (la Guadeloupe), Pierre-Edouard Décimus et Freddy Marshal, ont intégré à leur début (à partir du et ) trois martiniquais qui font aussi partie des vedettes de Kassav' : Jocelyne Béroard, Jean-Philippe Marthély, et Jean-Claude Naimro. William Flessel et Ti Céleste sont des artistes bien connus du style gwo ka moderne, tandis que l'orchestre de carnaval Guadeloupéen Akiyo et Voukoum sont devenus les seuls groupes de ce style à faire des enregistrements commerciaux. Le Chouval bwa est une pratique musicale séculaire, née dans la pratique du manège populaire qui est animé obligatoirement par un groupe musical avec une formation utilisant les percussions traditionnelles du bèlè et un ou plusieurs instrument (accordéon, harmonica, flûte en bambou, kazoo, et plus rarement un autre instrument, mais pas de chant). Cette musique a servi de base par exemple a des expériences musicales du groupe Archipel Tropical à Bordeaux durant les années 1970-74, puis au parc floral et culturel de Fort-de-France à partir de 1975, de nombreux jeunes musiciens se sont affranchis à la fois de la biguine et du bèle, pour s'exprimer à partir de la matrice rythmique du Chouval Bwa ( spectacle ""tanbou palé ba nou" de Marijo Prajet au Théâtre municipal de Fort-de-France. D'excellents musiciens ont alors développé des répertoires originaux fondé sur les ressources musicales du Chouval Bwa et magnifié par le chant et les orchestrations avec une plus large palette d'instruments (guitare basse, tambours ka, à l'exception toutefois des cuivres et synthés qui ne sont pas recherchés par ces créateurs) etc.). Dédé St Prix, Christian Théosophe (quo-fondateurs de Katakana), Ton René, Marcé (Pago) en font partie. Mais l'héritier direct de la pratique du Chouval Bwa en tant qu'installation et objet culturel du patrimoine est aujourd'hui encore Claude Germany qui avec sa femme Joselita a réveillé dans les années 1980 les manèges que les anciens commençaient à délaisser en créant leur propre structure pour sillonner les fêtes patronales. Aujourd'hui avec les Germany, une équipe de militants de l'association OMDAC avec Yv-Mari Séraline, renforce ce courant traditionnel qui n'a finalement plus rien à voir avec les œuvres scéniques des artistes cités plus haut. La musique dite Chouval bwa de scène et de la production scénographique s'est ouverte à la pop comme le zouk chouv, qui intègre des sonorités électro-acoustiques Tumpak, Dédé Saint-Prix, et Pakatak. Le style de Germany qui se consacre professionnellement à cela, et d'autres groupes amateurs qui jouent aussi hors manège, est le plus traditionnel des musiciens traditionnels de musique chouval bwa, tandis que Marce Pago Tumpak qui exerce une influence prédominante, et est aussi connu pour avoir imposé le terme zouk chouv en 1987, n'oublions pas en fait que la musique Chouval Bwa traditionnelle est véritablement la pulsation de base des orches de rue du carnaval martiniquais, en dépit des arrangements perfectionnés qui les caractérisent aujourd'hui. Ce qui montre bien que le Chouval Bwa des origines est un support intéressant pour d'autres prolongement y compris le jazz comme certains tentent de le faire en ces années 2010.
Biguine
La biguine est un genre de musique traditionnelle Martiniquaise, que l'on peut diviser en deux types: