vignette|Un "fidalgo", jeune Noble, par un peintre inconnu. (au Portugal : ; en Espagne : hidalgo) est un terme traditionnel de la noblesse portugaise, issu de l’expression filho de algo, qui signifie littéralement « fils de quelque chose » ou, dans son sens historique, « fils de quelqu’un ». Le terme est parfois traduit et cité en français par « noble », « gentilhomme » ou « seigneur », et désigne un membre de la noblesse, titré ou non.

Le mot fait référence à une personne dont les ancêtres s’étaient distingués par leurs exploits, leur position ou leur condition noble. À partir du XVe siècle, le terme fut introduit depuis la Castille dans le cadre d’une réforme centralisatrice de la Maison royale portugaise menée sous le règne du roi D. Afonso V. Cette réforme visait notamment à distinguer les chevaliers et les écuyers issus d’une noblesse héréditaire ou d’un lignage, de ceux qui ne bénéficiaient de titres qu’en vertu d’une faveur spéciale du souverain.

Le titre de fut aboli après le renversement de la monarchie portugaise en 1910, est également utilisé comme nom de famille au Portugal.

Origine, étymologie et évolution du concept de fidalgo L’origine du mot remonte au léonais fijodalgo, dont dériva le mot castillan . Toutefois, le mot portugais n’a pas le même sens que « hidalgo », comme on peut le constater en consultant l'étude de Juan José Leñero Ferrari. Selon cet auteur, la condition de trouve son origine dans la liberté individuelle dont jouissaient les peuples cantabres et asturiens depuis l’époque romaine, un droit qui fut reconnu dans la péninsule Ibérique après la Reconquête, sous le commandement de Pélage premier roi des Asturies au VIIᵉ siècle. Être , c’était être un homme libre : libre de payer ou non des impôts (« pechos »), de prêter ou non allégeance à qui il le souhaitait, et de pouvoir occuper n’importe quelle charge ou fonction, de la plus modeste à la plus élevée.

Il bénéficiait également de privilèges tels que l’inviolabilité de son domicile, le droit d’être jugé uniquement par ses pairs, l’exemption de l’obligation de loger des troupes et la possibilité de transmettre sa condition de à ses enfants par la lignée masculine, par le sang, sans aucune autre condition. Les contribuables (« pecheros ») étaient des individus qui résidaient sur ces terres, mais qui ne descendaient pas des habitants d’origine, ayant suivi Pélage des Asturie. Ainsi, en Cantabrie, presque tous les habitants étaient des (au XVIIIe siècle, 90 % de la population était composée de , contre seulement 5 % en Andalousie). On trouvait donc des dans toutes les conditions économiques et dans tous les métiers : cordonniers, maçons, tailleurs de pierre, bergers, bûcherons, riches propriétaires et même mendiants.

Au Portugal, la condition de se transmettait par le père ou la mère qui la possédait. Les bénéficiaient du privilège d’exercer exclusivement certaines professions (comme celles de juge, de conseiller municipal dans les villages ou les villes, de juiz de fora et d’autres fonctions de la magistrature, de capitão-mor, d’alcaide-mor, entre autres), qui n’étaient pas accessibles aux roturiers. En revanche, l’exercice des métiers manuels leur était interdit, ces métiers étant ceux qui reposaient sur l’effort physique et ils perdaient leur condition de s’ils les exerçaient. Il existait toutefois certaines exceptions, notamment lorsqu’ils étaient propriétaires de terres qu’ils pouvaient eux-mêmes travailler. De même, si les aléas de la fortune les réduisaient à la misère, certains « métiers neutres » pouvaient être exercés pour leur permettre de survivre sans perdre leur condition de (par exemple : notaire, greffier, alcaide, meirinho, banquier, architecte, agriculteur sur ses propres terres, négociant en gros, pilote de tout navire, maître de navire, maître chargé d’enseigner la lecture, l’écriture et le calcul, professeur de philosophie, de rhétorique, de grammaire latine ou grecque, entre autres).

Jusqu’au règne d’ (1248-1279), qui acheva la conquête de l’Algarve, la noblesse portugaise ne connaissait pas encore les distinctions hiérarchiques qui s’imposeraient par la suite. Les deux termes et rico-homem étaient alors employés pour désigner les nobles, qui étaient également les principaux propriétaires fonciers. À l’origine, rico-homem renvoyait principalement aux fonctions administratives confiées à un noble, tandis que désignait la qualité héréditaire de noble, ou, dans une terminologie plus ancienne, la « noblesse de parage ».. Il était principalement porté par des nobles de lignage, mais le roi pouvait faire d’un individu un rico-homem, soit en récompense de services rendus, en raison de sa valeur personnelle, ou même en échange d’un paiement. Au-dessous des homens ricos, on distinguait, par ordre décroissant, leurs vassaux : les infanções, les chevaliers (cavaleiros) et les écuyers (escudeiros). La catégorie inférieure des infanções, composée de personnes descendant de par lignage, ne pouvait quant à elle être créée par décision royale. Elle bénéficiait d’un statut social et juridique comparable à celui des hidalgos castillans et des infanzones navarrais..

Il est toutefois nécessaire de comprendre que ce générique, non titré, sous-entendait, dans le langage courant, l’idée de « noble de lignage ». C’est alors que la nouvelle expression fidalgo de linhagem (« noble de lignage ») remplaça progressivement l’ancien terme infanção, tombé en désuétude. Cette catégorie se transmettait par voie paternelle ou maternelle, contrairement à celle du fidalgo de solar conhecido, qui exigeait la preuve de la noblesse des quatre grands-parents du chef de la lignée ainsi reconnue. Le fidalgo de solar conhecido était celui qui vivait dans une maison portant des armoiries et qui en avait hérité de son père.

C'est pendant le règne de (1385-1433) que les termes rico homem et ont fini par acquérir leurs sens définitifs. Comme une grande partie de la noblesse ne s'était pas rangée au côté de Jean dans la crise portugaise de 1383-1385 et la guerre avec la Castille qui s'était ensuivi, elle avait perdu ses terres une fois que le nouveau roi avait pu assurer ses droits au trône. Jean la remplaça sur le modèle du système anglais par une nouvelle noblesse constituée de familles auparavant non nobles. Le terme s'appliqua en définitive à une catégorie analogue au « gentleman » anglais. Au début du , le terme sortit de l'usage et chevalier désigna finalement tous ceux qui se situaient en dessous des homens ricos. commença à prendre de l'importance car, dans son sens de quelqu'un qui avait hérité de sa noblesse, il distinguait les chevaliers de vieille souche de la bourgeoisie en plein essor qui continuait à accéder à la chevalerie en travaillant au service de l'État..

Les armoiries nécessitaient l’autorisation du roi sans laquelle leur usage abusif constituait un crime sévèrement puni et exigeaient la preuve d’un lignage noble jusqu’aux arrière-grands-parents. Elles constituent ainsi une source historique importante pour tout édifice seigneurial qui en porte.

La noblesse des dans la monarchie portugaise Dans la monarchie portugaise, la condition de constituait une catégorie sociale et juridique particulière. Ce n’est que sous le règne de (1185-1223) qu’un titre de fut créé au Portugal, afin de distinguer les chevaliers et les écuyers de vieille noblesse, de ceux qui ne jouissaient de ces titres qu’en vertu d’une faveur royale récente.. Toutefois, sous le règne de , le terme fut également employé, sans constituer encore un titre d’honneur et de noblesse, comme il le deviendrait à l’époque de . Après son règne, tous les rois créèrent des catégories formelles de , inscrites dans les livres royaux et réparties en trois catégories de rang différent. Ces appartenaient incontestablement à la noblesse héréditaire du royaume.

Les nouveaux , qui n’étaient ni de lignage ni issus d’un solar et qui avaient accédé à la noblesse par faveur du souverain, étaient parfois appelés, de manière quelque peu dépréciative par leurs pairs, les (« fidalgos du Livre »).

Il convient de noter que le remplacement progressif du concept d’ par celui de prit beaucoup de temps. Ainsi, jusqu’à la jusqu’à la réforme du statut des "moradores" — des personnes attachées à la Maison royale — à la cour de de Portugal, aucun document ne mentionne la catégorie de dans les livres royaux : elles y sont simplement désignées comme des chevaliers de la Maison royale.

Ce fut le roi Sébastien qui ordonna la réforme du statut des chevaliers résidant à sa cour et inscrits dans le Livro das Moradias, grâce auquel ils recevaient une solde ainsi que de l’orge pour leurs chevaux. Il classa ces en deux ordres de rang très différent. Cette nouvelle classification, qui entra en vigueur à partir de la fin du et figure dans le du roi Sébastien , répartissait les en deux ordres hiérarchiques.

Au sommet de la hiérarchie se trouvaient les , qui bénéficiaient des mêmes honneurs qu’un marquis et étaient des conseillers privés officiellement nommés par le roi pour siéger à son Conseil.

Venaient ensuite, par ordre d’importance, les grades suivants :

1er ordre 1er grade : - (Fidalgo chevalier) 2e grade : - (Fidalgo-écuyer) 3e grade : - (Jeune fidalgo ou Page fidalgo) 4e grade : , pour les ecclésiastiques - (Fidalgo-chapelain)

2e ordre 1er grade : - (idalgo chevalier) 2e grade : - (Fidalgo-écuyer) 3e grade : - (Chambellan)

Il n’était pas rare qu’un du deuxième ordre accède au grade de du premier ordre. Il devait toutefois franchir successivement tous les grades nobiliaires mentionnés.

Au et au début du , durant la période allant du début du libéralisme jusqu’à l’instauration de la République portugaise, seuls deux grades furent conservés : celui de et celui de .

Au-dessous de ces serviteurs de la Maison royale appartenant à la catégorie des se trouvaient les autres serviteurs non nobles, inscrits dans les registres et exerçant des fonctions plus modestes, telles que celles de palefreniers, de portiers, de valets de chambre, etc. Les femmes pouvaient porter les désignations de Donas, Damas ou Açafatas.

Il convient enfin de noter que, dans le langage courant, le terme pouvait être employé de manière générique pour désigner un noble de lignage ou un fidalgo de solar reconnue. Dans le contexte de la Maison royale, il désignait nécessairement les du premier ordre. Ceux du deuxième ordre étaient simplement désignés comme chevaliers, écuyers ou pages de la Maison Royale.

Fidalgo de la Maison royale À la suite de la catégorie du avec moradia, bénéficiant d’une solde pour résider dans la Maison de son seigneur et le servir, venait toujours la désignation de la Maison dans laquelle il servait : fidalgo cavaleiro da Casa Real (Fidalgo-chevalier de la Maison royale), abrégé en FCCR, ou moço da câmara' (Chambellan), par exemple.

Les Fidalgos da Casa Real étaient ceux qui étaient inscrits dans les Livros d’el-Rei (Livres du Roi) et qui avaient des obligations de service, recevant mensuellement, en contrepartie, une somme d’argent désignée sous le nom de moradia, ainsi qu’une quantité d’orge.

Pour être inscrits dans ces livres, ils devaient fournir quatre certificats : leur acte de baptême ; l’acte de mariage de leurs parents ; un certificat extrait du registre des grâces royales attestant que leur père ou leur grand-père bénéficiait déjà de ce statut ; le quatrième étant une attestation délivrée et jurée par deux , confirmant leur identité, leur lieu de naissance et leur résidence, ainsi que leur filiation et celle de leurs parents et grands-parents, et attestant que leur père ou leur grand-père était déjà un Fidalgo da Casa Real, en plus d’autres conditions requises.