Friedrich Fröbel, parfois francisé Frédéric Frœbel, « Nouvelle méthode d’éducation et d’instruction par Frédéric Frœbel », dans Le Propagateur homœopathique, Paris, 25 décembre 1856, page 4. → Lire sur Gallica, est un pédagogue allemand, né le à Oberweißbach (Principauté de Schwarzbourg-Rudolstadt), mort le à Marienthal.

Fröbel, qualifié de « maître germanique de l'éducation de la petite enfanceLoïc Chalmel « Schärer Michèle. Friedrich Fröbel et l'éducation préscolaire en Suisse romande : 1860-1925 », Revue française de pédagogie 2/2009 (n° 167), p. 146-148. (Texte en ligne) », est connu pour sa conception pédagogique qui est à l'origine des « jardins d'enfantsFriedrich-Froebel sur Britannica », une idée au retentissement universel. Fröbel appliqua aussi ses théories à l'enseignement scolaire, mettant ainsi ses idées en pratique dans l'école privée qu'il fonda, « l'Institut général allemand d'éducation » de Keilhau, près de Rudolstadt. En Angleterre et au Japon, notamment, sa pédagogie du jardin d'enfants a donné lieu à des « discussions passionnées ». Ses matériels de jeu, « dons » et « occupations », ont été popularisés dans le monde entier au .

Biographie

Jeunesse et formation Friedrich Wilhem August Fröbel naît le à Oberweißbach dans la principauté de Schwarzbourg-Rudolstadt (Thuringe), le sixième enfant d'un pasteur. Sa mère meurt six mois après sa naissance des suites de l'accouchement.

Enfant, Friedrich se trouve livré à lui-même car sa belle-mère – son père s'est remarié en 1785 – s'en désintéresse. Fröbel parlera plus tard de . Abandonné à lui-même, il adopte une attitude arrogante et égocentrique. Son père le considère comme un « mauvais sujet », aux moyens intellectuels limités. S'il l'oblige à suivre les services religieux, c'est à l'écart des autres, enfermé dans la sacristie. Le jeune Fröbel, à force de réfléchir sur le sens de la Bible et les mystères de la nature en arpentant les champs et les bois de sa patrie, acquiert des habitudes d'autodidacte : . Il établit avec la nature une relation fondée sur l'observation et l'analyse :

L'enfance et la jeunesse de Fröbel sont marquées par l'absence de mère, l'amour de la nature et la foi chrétienne, qui influenceront toute sa vie : ses théories sur l'éducation reposent sur un christianisme sans dogmatisme et sa pédagogie ludique du jardin d'enfants insiste à la fois sur la communion des adultes et des enfants dans le jeu et sur la fonction pédagogique intrinsèque des matériaux ou des objets naturels dont se révèlent peu à peu les structures et les lois. Sa vie durant, il se passionnera pour les sciences naturelles et en particulier pour la minéralogie et la cristallographie.

Après avoir fréquenté l'école élémentaire d'Oberweissbach, il est recueilli par son oncle Hoffmann, régisseur à Stadtilm, où il fréquente l'école communale. Sa scolarité prend fin en 1796 avec sa confirmation, expérience qui le marque et fortifie son sentiment religieux. Fröbel n'aura donc reçu aucune formation supérieure. Son père, qui persiste à le trouver peu intelligent, préfère en effet qu'il apprenne un métier. Il entreprend donc une formation d'arpenteur auprès d'un forestier mais y renonce au bout de deux ans (1799). Malgré des appréciations peu flatteuses sur son travail ()Lange, 1862 I, 1, p. 53., Fröbel retire de cette expérience le goût des mathématiques et des sciences naturelles. Il s'inscrit en 1799 aux cours de sciences naturelles de l'université d'Iéna, mais il interrompt ses études pendant le semestre d'été de 1801 pour des raisons financières ; il lui faut retourner près de son père très malade pour le seconder dans sa charge jusqu'à sa mort en février 1802.

Années d'apprentissage et de voyages Après les années douloureuses de l'enfance et de l'adolescence, le temps est venu pour Fröbel de choisir une profession. Loin d'être un , c'est par des chemins détournés qu'il va découvrir sa vocation profonde. En 1807, il évoque cette période en ces termes :

Ses études interrompues à l'université d'Iéna ont renforcé un sentiment précoce de la nature qui s'exprimait déjà dans son intérêt pour l'arpentage. Fröbel devient d'ailleurs arpenteur – chargé de la tenue du cadastre forestier – à l'office des biens fonciers, des forêts et des dîmes à Baunach, près de Bamberg, puis à Bamberg même. C'est alors qu'il découvre l'œuvre de Schelling, notamment Von der Weltseele (De l'âme du monde, 1798) et Bruno oder Über das natürliche und göttliche Prinzip der Dinge (Bruno ou Du principe divin et naturel des choses, 1802), et qu'il acquiert sa première conception philosophique de la nature. Les écrits de Novalis publiés en 1802 et l'ouvrage d'Arndt, Germanen und Europa (Les Germains et l'Europe), inculquent à Fröbel les deux notions essentielles de la subjectivité idéaliste (Novalis) et de l'historicité de la nation allemande (Arndt).

En 1803, Fröbel obtient, par une annonce qu'il a fait paraître dans l'Allgemeinen Anzeiger der Deutschen, le poste de secrétaire privé du domaine de Gross-Miltzow près de Neubrandenbourg. Il a joint à sa demande d'emploi une épure architecturale – le plan d'un manoir – car il espère devenir architecte. Après deux années passées à Gross-Miltzow (1804-1805), Fröbel se rend à Francfort-sur-le-Main pour exercer cette profession, mais l'expérience se solde par un échec. En , il est engagé par l'« école modèle » de Francfort qui applique les principes pédagogiques de Pestalozzi. Tout de suite, Fröbel a le sentiment d'avoir trouvé sa voie. Comme il l'écrit à son frère Christophe :

Contact avec Pestalozzi Grâce à l'influence de la famille patricienne des de Francfort, avec laquelle il est en contact, Fröbel se rend à l'automne 1806 à Yverdon, en Suisse, pour se familiariser avec les méthodes pédagogiques de Pestalozzi, le voyage étant payé par ses mécènes. Devenu précepteur des trois enfants de Caroline von Holzhausen, Fröbel va résider avec eux de 1808 à 1810 à Yverdon où il approfondit sa connaissance des théories de Pestalozzi tout en s'occupant avec zèle de ses élèves. En même temps, il utilise l'influence que son frère Christophe exerce en qualité de pasteur sur le système scolaire de leur région d'origine pour tenter d'implanter les idées de Pestalozzi sur l'enseignement primaire dans la principauté de Schwarzbourg-Rudolstadt, mais cette tentative échouera. Ce n'en est pas moins un épisode déterminant dans la vie et l'œuvre de Fröbel car c'est à cette occasion qu'il rédige son premier écrit marquant : Kurze Darstellung Pestalozzis Grundsätze der Erziehung und des Unterrichtes. Nach Pestalozzi selbst (Bref exposé des principes d'éducation et de formation de Pestalozzi, d'après Pestalozzi lui-même)Lange, 1862 I, 1, p. 154-213..

Cet important essai montre combien Fröbel a été influencé par Pestalozzi. Sa vie durant, à chaque étape de son œuvre, la pédagogie de Fröbel reste tributaire des idées de Pestalozzi sur l'éducation élémentaire, idées qu'il va interpréter et développer d'une manière indépendante et bien à lui.

L'objectif pédagogique de Pestalozzi est d'améliorer les conditions de vie des « classes inférieures » en stimulant par l'éducation les « forces », les (éléments), la « nature » de chaque enfant et en particulier des plus défavorisés. C'est par son « activité propre », pour reprendre l'expression de Fichte, que l'homme accède à l'autonomie, c'est par lui-même qu'il doit déployer ses « forces », toutes ses forces, comme le veut la théorie néo-humaniste de l'éducation (Wilhelm von Humboldt). Ce développement des forces se fait de façon catégorielle, chaque faculté particulière étant associée à des contenus qui doivent être pleinement assimilés afin d'ériger dans la conscience les notions et les catégories fondamentales de la connaissance et de la compréhension de la réalité. Autrement dit, l'éducation élémentaire de Pestalozzi conçue comme la structuration des forces (élément) de l'individu représente aussi le développement de catégories parce que la force (intérieure) de l'individu se développe dans la confrontation avec le contexte (extérieur). Ce développement catégoriel est méthodiquement encouragé et guidé par l'éducation. Pour Pestalozzi, le meilleur moyen de permettre ce développement catégoriel est d'exercer une influence méthodique sur l'enfant. Pestalozzi distingue dans chaque être humain, c'est-à-dire dans chaque enfant, trois grandes forces agissantes : la force « perceptive » et « cognitive » (aptitudes linguistico-cognitives), la force des « habiletés » (maîtrise du corps, aptitudes manuelles) et la force « morale ou religieuse » (comportement social et moral). Ces trois forces fondamentales constituent « la nature » de l'homme. Ce sont les catégories « élémentaires », qui ne peuvent se développer de façon optimale sans intervention extérieure ; il y faut la stimulation positive dispensée par l'éducation, l'encadrement, la « méthode », et cette stimulation du développement des forces présentes chez l'enfant doit intervenir très tôt. En 1805, Pestalozzi avait élaboré dans son Livre des mères un programme d'éducation catégorielle qui propose, encore timidement, de mobiliser l'amour maternel pour initier le nouveau-né et l'enfant d'âge préscolaire à la structure de son environnement et donc éveiller et encourager les forces fondamentales, les éléments de l'existence humaine présents en lui. Ce Livre des mères de Pestalozzi, base de l'étude que Fröbel lui consacre en 1809, restera un point de référence essentiel de toute l'œuvre de Fröbel, y compris dans sa théorie des jeux éducatifs et son ouvrage de 1844, Mutter und Koselieder (Les Chants de la mère), lequel se réfère explicitement au Livre des mères de Pestalozzi et propose un programme d'éducation élémentaire axé sur les scènes de la vie rurale vues par les yeux d'un enfant.

Lorsque Fröbel arrive à Yverdon en 1808, l'Institut Pestalozzi est au sommet de sa réputation internationale. Mais en 1809-1810, cette réputation est peu à peu obscurcie par la rivalité croissante entre les deux collègues du maître, Niederer et Schmid. Attiré malgré lui dans la polémique où il a pris parti pour Schmid – contre Niederer et Pestalozzi –, Fröbel n'a d'autre issue que de quitter Yverdon avec les enfants dont il a la charge à l'automne de 1810. Fröbel continuera son activité de précepteur à Francfort jusqu'en , date à laquelle il s'installe à Göttingen pour reprendre les études de sciences naturelles abandonnées à Iéna.

Fröbel dresse un bilan décevant des années passées à Francfort et Yverdon. Reconnaissant qu'il n'a pas encore d'idées vraiment personnelles sur l'éducation, il estime cependant que les théories de Pestalozzi sur l'éducation élémentaire doivent être approfondies et établies sur des bases plus solides. En outre, les connaissances nécessaires lui font défaut.

Études de pédagogie Fröbel entreprend alors d'ambitieuses études pour acquérir les bases nécessaires à son action de pédagogue et d'enseignant spécialisé. Il se donne pour tâche d'étudier les « disciplines philosophiques, l'anthropologie, la physiologie, l'éthique et la pédagogie théorique » pour les utiliser dans l'enseignement de « la connaissance de la langue (maternelle), de l'Histoire, de la géographie et de la méthode ». Il justifie en ces termes ce vaste programme : . De Göttingen, il écrit à son frère Christophe qu'il « s'est lancé dans l'étude des langues orientales, de la chimie, de la physique-chimie, des mathématiques, qu'il compte aborder l'astronomie ainsi que certaines branches de la médecine et qu'il suit déjà des cours de sciences et de langues classiquesHalfter 1931, p. 312. ».