vignette|Wagah, poste frontière entre l'Inde et le Pakistan. Lhistoire du Pakistan débute avec l'idée de la création d'une nation pour les musulmans du sous-continent indien sous le Raj britannique, avec l'influence d'intellectuels et de la Ligue musulmane. Le Pakistan est créé dans la nuit du au au cours de la partition des Indes. Il est alors constitué de deux parties, communément appelées Pakistan occidental et Pakistan oriental, séparées entre elles par quelque de territoire indien.

Depuis sa fondation, le pays a connu surtout une instabilité politique récurrente, à quoi s'ajoute une forte influence de l'armée. Son histoire est marquée par trois coups d'État militaires et des périodes de démocratie instable. En outre, depuis sa création, il entretient des relations tendues avec l'Inde en raison de prétentions territoriales concurrentes sur le Cachemire, les deux pays s'étant affrontés à travers . En 1971, le Pakistan se trouve réduit à sa partie occidentale au terme de la guerre d'indépendance du Bangladesh. Depuis 2004, le pays fait face à une insurrection islamiste.

Entre 1947 et 1958, sept Premiers ministres se succèdent avant que le chef de l'armée Ayub Khan mène un coup d'État. Sous la pression d'un mouvement populaire, il quitte le pouvoir en 1969 mais le cède à un autre militaire, Yahya Khan. En 1971, l'armée abandonne le pouvoir à Zulfikar Ali Bhutto qui rétablit un régime civil et mène une politique socialiste en s'appuyant sur le Parti du peuple pakistanais (PPP), qui remporte les premières élections libres. Bhutto est cependant pendu après le coup d'État militaire de 1977 conduit par le général Zia, qui va par la suite islamiser en profondeur la société.

Après la mort de Zia en 1988, le pays connait une phase démocratique instable. Durant près de dix ans, les gouvernements de Benazir Bhutto, fille d'Ali Bhutto, et de Nawaz Sharif se succèdent sans jamais parvenir à la fin de leur mandat. Le second est renversé en 1999 par un nouveau coup d'État du chef de l'armée Pervez Musharraf. Ce troisième régime militaire est le plus court. Confronté à l'union de l'opposition et au mouvement des avocats, Musharraf est contraint de démissionner en 2008. S'ouvre alors une nouvelle période démocratique plus stable, même si les militaires conservent une forte influence. En 2013, le PPP achève un mandat de cinq ans puis la Ligue musulmane de Nawaz Sharif fait de même en 2018.

Période pré-nationale Pour toute la période avant 1947, le territoire du Pakistan actuel fait partie du sous-continent indien (l'Inde au sens large ou « les Indes ») : voir préhistoire de l'Inde, histoire de l'Inde, conquêtes musulmanes des Indes, Raj de la Compagnie britannique des Indes orientales en Inde (1757-1858), Raj britannique (1858-1947).

Naissance d'un nationalisme musulman vignette|Le Minar-e-Pakistan célèbre la résolution de Lahore.

Le gouvernement britannique exerce directement le pouvoir en Inde à compter de la révolte des cipayes de 1857 en révoquant les prérogatives de la Compagnie des Indes orientales qui en était investie depuis 1756. Créé en 1885, le parti du Congrès représente toutes les communautés religieuses, tant hindoues que musulmanes, selon un principe de laïcité. En réaction à ce principe de laïcité, la Ligue musulmane (All-India Muslim League) est créée en 1906 en vue de la préservation des intérêts des musulmans, avant de défendre la création d'États autonomes puis plus tard d'États souverains pour les musulmans.

Le nom Pakistan a une origine discutée. Il signifie « le pays des purs » en ourdou (pak, pur et stan, pays) mais pourrait aussi provenir de l'acronyme composé à partir du nom des provinces : Penjab, Afgania, Kashmir, Indus-Sind et BalouchisTAN.

Attribuée à Syed Ahmad Khan (1817-1898), homme politique musulman, ancien magistrat et créateur d'écoles et d'universités, l'idée d'un État séparé est formalisée par le poète et philosophe Allama Muhammad Iqbal (1877-1938) au cours d'un discours à la session annuelle de la Ligue musulmane en 1930 tenue à Allahabad. Cette idée prend la forme de « théorie des deux nations », selon laquelle islam et hindouisme forment deux identités nationales différentes. Le à Lahore, la création d'un État séparé devient la position officielle de la Ligue musulmane, qui est présidée par Muhammad Ali Jinnah (1876-1948). Elle s'exprime dans ce qui sera appelé la résolution de Lahore (22-).

Fondation du Pakistan

Partition et indépendance

right|thumb|Partition des Indes en 1947. La Seconde Guerre mondiale constitue un levier pour les nationalistes indiens, face à un gouvernement britannique qui souhaite la coopération indienne pendant le conflit. Gandhi et le Congrès lancent le mouvement Quit India auquel la Ligue musulmane ne s'associe pas formellement. Une période de violence incontrôlée s'ouvre en Inde, attisée par la violente répression du mouvement de désobéissance civile de Gandhi et aggravée par une catastrophique famine qui fera deux à trois millions de morts au Bengale en 1943.

Décidés à quitter l'Inde depuis 1945, les Britanniques sont confrontés en 1946 à la multiplication de heurts sanglants entre la communauté musulmane, d'une part, et les communautés sikh et hindoue, d'autre part. La Ligue musulmane, qui continue de réclamer la création d'un État distinct dans les zones à majorité musulmane, remporte la plupart des circonscriptions musulmanes aux élections de 1946. Les Britanniques se décident en faveur de la partition du pays, malgré l'opposition de Nehru et de Gandhi. En vertu de la loi sur l'indépendance indienne votée par le parlement britannique et entrée en vigueur le , le transfert de souveraineté s'accomplit de manière séparée pour l'Inde et le nouvel État du Pakistan le à minuit. Le Pakistan comme l'Inde deviennent des États indépendants, membres du Commonwealth.

La partition avec l'Inde entraîne de gigantesques déplacements de population. Plus de six millions de musulmans indiens se réfugient dans le nouvel État pakistanais pendant qu'un nombre approximativement égal d'hindous et de sikhs quittent le Pendjab pour l'Inde sur fond de violences et de massacres qui font plus de . La question communautaire ne sera d'ailleurs pas réglée par ces exodes, un tiers des musulmans continuant à vivre en Inde.

Le nouvel État se compose de deux régions distinctes, séparées par quelque de territoire indien : le Pakistan oriental, qui deviendra en 1971 le Bangladesh, et le Pakistan occidental (devenu l'actuel Pakistan, après la création du Bangladesh), composé du Sind, du Pendjab occidental, du Baloutchistan, des provinces frontalières du Nord-Ouest et d'un certain nombre de petits États princiers.

Élaboration de l'État et question du Cachemire vignette|Muhammad Ali Jinnah. Muhammad Ali Jinnah, appelé Qaid-i-Azam (« Le Grand Meneur »), devient Gouverneur général du nouvel État, son Premier ministre est Liaquat Ali Khan. Le Pakistan démarre sa vie nationale sans fonctionnaires qualifiés et sans infrastructure administrative dans la capitale improvisée de Karachi. Il faut pourtant prendre en charge les réfugiés, mettre en route une économie autonome, instituer et entraîner une armée dans un pays géographiquement éclaté.

Parallèlement, le dirigeant hindou du Jammu-et-Cachemire, le mahârâja Hari Singh, de la dynastie Dogrâ, demande l'assistance de l'armée indienne : le petit État fait l'objet d'incursions de tribus pathanes venues du Pakistan et appuyées par une partie de la population locale. Le mahârâja décide, le , de se rattacher à l'Inde alors que 78 % de ses sujets sont musulmans. Le Pakistan n'accepte pas cette décision qui marque le début d'un enchaînement de alors que l'Inde occupe les deux-tiers du Cachemire.

Un cessez-le-feu est négocié sous l'égide de l'ONU, il entre en vigueur le . La proposition de l'ONU d'organiser un référendum reste vaine. Une ligne de démarcation temporaire est adoptée, appelée « ligne de contrôle » ou LOC (Line of Control) : les deux-tiers du Cachemire forment l'État fédéré indien du Jammu-et-Cachemire (capitale Srinagar) ; le Pakistan administre le dernier tiers, qui prend le nom d'Azad Cachemire (« Cachemire libre », capitale Muzaffarabad) et les Territoires du Nord (capitale Gilgit).

Tentative démocratique (1947-1958) D'emblée, le pays souffre d'instabilité sur le plan politique et est confronté à de grandes difficultés économiques. Jinnah meurt en 1948 et le Premier ministre Liaquat Ali Khan est assassiné le . Le pays souffre d'une absence de leaders que ni les Premiers ministres Khawaja Nazimuddin (1951-1953) et Muhammad Ali Bogra (1953-1955), ni le Gouverneur général Ghulam Muhammad (1951-1955), ne parviennent à combler. Les membres de l'Assemblée constituante, issue des élus du Raj britannique ayant choisi le Pakistan, ne parviennent pas à s'entendre sur l'établissement de la Constitution.

Dans un premier temps, les élites muhadjire et bengalie sont bien placées au sein des institutions grâce à leur contribution à la création du pays. Toutefois, la démise du Premier ministre Nazimuddin par Ghulam Muhammad en 1953 constitue un tournant marquant l'avènement des Pendjabis.. Un fort mécontentement gagne le Bengale oriental, qui se sent peu pris en compte par un gouvernement géographiquement très éloigné. La Ligue musulmane y essuie une débâcle électorale majeure en 1954 lors d'élections locales, gagnant seulement sept sièges contre 228 pour le Front uni.. Les Bengalis contestent l'orientation de l'Assemblée constituante vers l'ourdou comme seule langue officielle et une faible représentation de leur province..

En 1955, Chaudhry Muhammad Ali devient Premier ministre et Iskander Mirza Gouverneur général du pays. Ils parviennent à mettre en place la Constitution le . Le Pakistan devient alors la première république islamique au monde et Mirza est élu président à titre provisoire. Mais l'instabilité politique demeure en l'absence d'une majorité nette à l'Assemblée qui entraîne de fréquents changements de gouvernements, instabilité qui se nourrit également d'une corruption généralisée du milieu politique et de la persistance de conditions économiques précaires, en dépit de l'aide internationale.

En , Huseyn Shaheed Suhrawardy devient le premier chef de gouvernement non membre de la Ligue musulmane. Bengali et meneur de la Ligue Awami, il ne parvient pas à réconcilier sa province natale avec le pouvoir. Mis en difficulté par Mirza, il doit démissionner en .. Face à l'impossibilité de réduire l'agitation au Pakistan oriental, le président Mirza se tourne vers le général Muhammad Ayub Khan (1907-1974), commandant en chef des forces armées. Le , Mirza abroge la Constitution et proclame la loi martialeCyril Berthod, La partition du Bengale, 1947-1972, Éditions L'Harmattan, 2008..

Loi des armes et création du Bangladesh (1958-1971) Régime Ayub Khan vignette|Muhammad Ayub Khan en 1972. Vingt jours plus tard, les militaires contraignent le président Mirza à l'exil et le général Muhammad Ayub Khan prend le contrôle de la dictature militaire. Un important train de réformes est engagé : réforme agraire qui redistribue 20 % des terres, plan quinquennal de développement économique, restrictions sur la polygamie., et en 1962, une nouvelle Constitution qui institue un régime présidentiel et un suffrage indirect.. Islamabad devient la capitale gouvernementale et Dacca, au Pakistan oriental, la capitale législative..

Après un épisode de guerre ouverte en 1965 au Cachemire, le président Ayub Khan et le Premier ministre indien Lal Bahadur Shastri s'accordent en 1966 dans la déclaration de Tachkent, sous les auspices de l'Union soviétique, quoique le problème du Cachemire ne soit pas résolu. Zulfikar Ali Bhutto démissionne de son poste de ministre des Affaires étrangères et s'oppose à Ayub Khan qu'il accuse de trahir les intérêts du pays.. Il est à l'origine du Parti du peuple pakistanais (PPP), fondé en et proche de la philosophie socialiste..