vignette|Table de chiffrement de la guerre franco–prussienne de 1870, évoquant une série de mots classés par ordre alphabétique. Archives nationales de France.
Le chiffrement, souvent appelé abusivement « cryptage.Le terme n'est pas reconnu par le dictionnaire de l’Académie française ni par le référentiel général de sécurité de l’ANSSI, qui qualifie d’incorrects « cryptage » et « chiffrage », mais l’est par l’Office québécois de la langue française. Pour plus de détails, voir la section « Terminologie ». », est un procédé de cryptographie par lequel on souhaite rendre la compréhension d'un document impossible à toute personne qui ne dispose pas de la clé de chiffrement. Ce principe est généralement lié au principe d'accès conditionnel, notamment exploité pour la télévision payante.
Bien que le chiffrement puisse rendre secret le sens d'un document ou d'un signal, d'autres techniques cryptographiques sont nécessaires pour communiquer de façon sûre. Pour vérifier l'intégrité ou l'authenticité d'un document, on utilise respectivement un code d'authentification de message ou une signature numérique, parfois les deux à la fois. On peut aussi prendre en considération l'analyse de trafic dont la communication peut faire l'objet, puisque les motifs provenant de la présence de communications peuvent faire l'objet d'une reconnaissance de motifs. Pour rendre secrète la présence de communications, on utilise la stéganographie. La sécurité d'un système de chiffrement doit reposer sur le secret de la clé de chiffrement et non sur celui de l'algorithme. Le principe de Kerckhoffs suppose en effet que l'ennemi ou la personne souhaitant déchiffrer le message codé connaisse l'algorithme utilisé.
Terminologie Le terme « chiffrement » est utilisé depuis le dans le sens de « chiffrer un message »Dictionnaire Le Petit Robert .. L'opération inverse, qui suppose que l'on connaisse la clé, est donc le « déchiffrement ». Le terme « décryptage » est réservé à l'action de casser ou décoder un message chiffré, sans connaître la clé.
Le terme « cryptage » et ses dérivés proviennent du grec ancien , « caché, secret ».
Le dictionnaire Le Robert admet les termes « crypter » ainsi que « décrypter » et le dictionnaire Larousse admet les termes « décrypter » et « encrypter ».
L'Académie française reconnaît le terme crypter mais préconise de l'éviter« crypter », « Dire, ne pas dire », Dictionnaire de l'Académie française, 4 mai 2018.. L'académie reconnait cependant « décrypter » ou encore « décoder » ainsi que « décodeur ». ..
De même, selon le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française, « Chiffrement », Office québécois de la langue française..
Le référentiel général de sécurité de l'agence française ANSSIRéférentiel général de sécurité, ANSSI, annexe B1 du 26 janvier 2010 , et annexe B1 version 2.03 du 21 février 2014 , . qualifie d'incorrects « cryptage » et « chiffrage ».. Le « cryptage » reviendrait à coder un fichier sans en connaître la clé et donc sans pouvoir le décoder ensuite..
Les géopolitologues Alix Desforges et Enguerrand Déterville recommandent l'utilisation du terme « chiffrement » et présentent « cryptage » comme un anglicisme formé sur ..
Historique
Le chiffrement est utilisé depuis plusieurs millénaires pour transmettre secrètement des messages militaires et pour protéger des informations personnelles ou commerciales. Le premier texte chiffré connu est une tablette d'argile datant du . Dès le , divers procédés étaient déjà répertoriés dans la Poliorcétique d'Énée le Tacticien.
Système symétrique ou asymétrique
Un système de chiffrement est dit : à chiffrement symétrique quand il utilise la même clé pour chiffrer et déchiffrer ; à chiffrement asymétrique quand il utilise des clés différentes : une paire composée d'une clé publique, servant au chiffrement, et d'une clé privée, servant à déchiffrer. Le point fondamental soutenant cette décomposition publique/privée est l'impossibilité calculatoire de déduire la clé privée de la clé publique.
Des exemples de méthodes connues sont le DES, le Triple DES et l'AES pour le chiffrement symétrique, et le RSA pour le chiffrement asymétrique, aussi appelé chiffrement à clé publique.
L'utilisation d'un système symétrique ou asymétrique dépend des tâches à accomplir. La cryptographie asymétrique présente deux intérêts majeurs : elle supprime le problème de transmission sécurisée de la clé, et elle permet la signature électronique. Elle ne remplace cependant pas les systèmes symétriques, car ses temps de calcul sont nettement plus longs et .
Une solution hybride consiste à créer une clé de session aléatoire, invisible à l'utilisateur final, chiffrer de façon symétrique le document à protéger avec cette clé de session, puis à chiffrer cette clef de session avec la clef publique du destinataire avant de la détruire et enfin d'envoyer dans un seul fichier le document chiffré symétriquement et la clé de session chiffrée avec la clé publique. Il reste alors au destinataire à calculer la clé de session grâce à sa clef privée afin de l'utiliser pour déchiffrer le document original. Une clé de session étant nettement plus petite (, soit pour AES-256 par exemple) qu'un document pouvant atteindre plusieurs dizaines de mégaoctets, elle a les avantages de la rapidité et la robustesse d'un bon algorithme de chiffrement symétrique conjugués aux avantages du chiffrement asymétrique.
Différence entre chiffrement et codage Les opérations de chiffrement et de codage font partie de la théorie de l'information et de la théorie des codes. La différence essentielle réside dans la volonté de protéger les informations et d'empêcher des tierces personnes d'accéder aux données dans le cas du chiffrement. Le codage consiste à transformer de l'information (des données) vers un ensemble de mots. Chacun de ces mots est constitué de symboles. La compression est un codage : on transforme les données vers un ensemble de mots adéquats destinés à réduire la taille, mais il n'y a pas de volonté de dissimuler (bien que cela se fasse implicitement en rendant plus difficile d'accès le contenu).
Le « code » dans le sens cryptographique du terme travaille au niveau de la sémantique (les mots ou les phrases). Par exemple, un code pourra remplacer le mot « avion » par un numéro. Le chiffrement travaille sur des composantes plus élémentaires du message, les lettres ou les bits, sans s'intéresser à la signification du contenu. Un code nécessite une table de conversion, aussi appelée « dictionnaire » (codebook en anglais). Ceci étant, « code » et « chiffrement » sont souvent employés de manière synonyme malgré cette différence.
L'exemple de codage le plus connu est le Code Morse international. Le Morse a été mis au point afin de permettre la transmission d'un texte en impulsions de type tout-ou-rien sans aucun équipement spécialisé, mis à part une clef de Morse et en étant facilement décodable à l'oreille humaine par un télégraphiste spécialement formé à cet effet. La transmission en tout-ou-rien simplifie grandement les équipements utilisés pour la transmission (en filaire, signaux lumineux ou hertziens) tout en augmentant significativement la facilité de décodage dans des conditions de signal faible (rapport signal/bruit faible). L'alphabet Morse étant du domaine public et encore enseigné aujourd'hui, particulièrement dans la communauté radioamateur, il ne peut donc pas servir à cacher un message d'un adversaire. Son usage est lié principalement à ses qualités propres en transmission. On parle donc ici d'un codage dans le sens le plus pur du terme.
On peut aussi considérer que le chiffrement doit résister à un adversaire « intelligent » qui peut attaquer de plusieurs manières alors que le codage est destiné à une transmission sur un canal qui peut être potentiellement bruité. Ce bruit est un phénomène aléatoire qui n'a pas d'« intelligence » intrinsèque mais peut toutefois être décrit mathématiquement.
Aspects juridiques Aux États-Unis
Au cours des décennies 1980 et 1990, les États-Unis ont connu une vive polémique sur l'utilisation et l'exportation des solutions de chiffrement, connue sous le nom de Crypto Wars. Elle opposait les pouvoirs publics au secteur privé et à des associations de défense des libertés civiles. Le chiffrement a d'abord relevé de la catégorie juridique des armes et munitions soumises à autorisation pour l'utilisation et l'exportation, au nom de la lutte contre le crime et le terrorisme.
Cette régulation s'est assouplie en deux temps. Le , Bill Clinton limite par décret la rigueur du régime de déclaration aux pouvoirs publics pour l'utilisation et l'exportation des solutions de chiffrement., qui est ensuite pratiquement aboli le . à l'initiative d'Al Gore, sauf à destination de certains États considérés comme soutenant le terrorisme, comme Cuba, l'Iran ou la Corée du Nord.
Le débat sur le chiffrement aux États-Unis est relancé en par la proposition de loi EARN IT.
En Europe En Allemagne Fin , le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer (CDU) remet en cause le principe du chiffrement de bout en bout mis en œuvre par les services de communication « tels que WhatsApp ou Telegram », selon des propos rapportés dans Der Spiegel.. Ces services devraient selon lui être légalement contraints de fournir aux autorités le texte en clair des échanges entre leurs utilisateurs à la demande d'une cour de justice, ce qui impliquerait ou d'intégrer une porte dérobée dans leur algorithme de chiffrement, ou de renoncer au chiffrement de bout en bout..
En France La France connaît son pendant des « » américaines durant les décennies 1980 et 1990, quoique moindre. Elle se dote dès 1986 d'une réglementation limitant de manière draconienne l'usage civil d'outils de chiffrement des échanges numériques avec le décret du Décret du 18 février 1986 - Légifrance., portant modification du décret du fixant le régime des matériels de guerre, armes et munitionsDécret du 12 mars 1973, sur Légifrance.. Fondé sur un rapport de la DST et de la DGSE rédigé en 1985, le décret interdit l'exportation de logiciels de chiffrement, et oblige les sociétés agréées fournissant des services de chiffrement sur le territoire français à fournir au service central de la sécurité des systèmes d'information les clés de chiffrement employées. Le chiffrement de bout en bout, dans lequel seuls l'expéditeur et le destinataire d'un message disposent des clés de chiffrement et de déchiffrement, est donc interdit. Cette interdiction est reconduite dans l' de la loi du sur la réglementation des télécommunications.. Ainsi, l'usage de (PGP), un des premiers logiciels de chiffrement disponibles sur l'Internet, était strictement interdit en France jusqu'en 1996, car il était considéré comme une arme de guerre de deuxième catégorie.
Sous la pression de militants des libertés civiles et d'une partie des milieux commerciaux pressentant l'importance à venir du commerce en ligne, cette situation est modifiée par l' de la loi du de réglementation des télécommunicationsLoi du 26 juillet 1996 - Légifrance, qui dispose que « l'utilisation d'un moyen ou d'une prestation de cryptologie est libre », quoiqu'à certaines conditions notamment le recours à un tiers de confiance agréé par les pouvoirs publics. Cet assouplissement de la législation française a été confirmé à la publication des décrets d'application au cours des années suivantes. Le chiffrement sans déclaration aux pouvoirs publics avec des clés allant jusqu'à pour usage privé est autorisée par le gouvernement Jospin en 1999 (décret du )Décret du 17 mars 1999, sur Légifrance.).