James Pradier, pseudonyme de Jean-Jacques Pradier, né à Genève le et mort à Bougival (Yvelines) le , est un sculpteur et peintre franco-suissePradier, James, et Genève (canton): Seigneurie et République de Genève (1534-1798) dans le dictionnaire historique de la Suisse)..

Apprécié de son vivant, il fut considéré comme l'un des plus grands sculpteurs de son époque, jusqu'à sa mort sous le Second Empire. Ses œuvres ont connu une grande postérité.

Biographie

Enfance James Pradier naît le à Genève, dans la république de Genève, qui est annexée à la France révolutionnaire en 1798. Il est le quatrième enfant d'une famille descendant de protestants français (Huguenots) ayant fui le Languedoc après la révocation de l'édit de Nantes.. Le père de Pradier est propriétaire de l'hôtel l'Écu de France, un petit établissement situé à Genève. Bien qu'appartenant à la petite bourgeoisie, la famille est loin d'être riche et ne peut payer des études aux enfants. Le père de Jean-Jacques décide donc de placer ses fils en apprentissage dès leur majorité . Pradier et son frère aîné entrent ainsi dans l'atelier de Jean Détalla pour apprendre le métier de graveur sur montre.

Les apprentis les plus doués sont autorisés à s'inscrire aux cours de l'école publique de dessin. Jean-Jacques et son frère s'y inscrivent donc respectivement les 11 et . Très vite, Charles-Simon démontre des dispositions pour la peinture et grâce à une pension accordée par la municipalité de Genève, il décide de partir poursuivre sa formation à Paris.

Formation Après avoir fini son apprentissage, Jean-Jacques rejoint son frère à Paris en 1807. Là-bas, il travaille pour François-Frédéric Lemot avant d'être admis dans son atelier à l'École des beaux-arts de Paris le , ainsi que dans ceux des peintres Charles Meynier et François Gérard. Suivant la mode de l'époque, c'est à cette époque qu'il adopte le prénom anglophone de « James ».

Pendant sa formation aux Beaux-Arts, il poursuit l'objectif du grand prix de Rome et entre en concurrence avec des artistes majeurs comme David d'Angers ou encore François Rude. En 1813, il concourt pour le prix en sculpture. Il réalise le bas-relief Néoptolème empêche Philoctète de percer Ulysse de ses flèches et remporte la première place. Il est suivi par deux seconds prix : Flatters et Petitot.

Un an plus tard, le , Pradier arrive à l'Académie de France à Rome. Il côtoie là-bas plusieurs artistes de renom dont les sculpteurs Jean-Pierre Cortot, Jules-Robert Auguste et David d'Angers. Durant son séjour, il suit des cours de dessin dispensés par l'Académie de Saint-Luc et fréquente probablement les ateliers de Canova et Thorvaldsen. Il réalise plusieurs œuvres à l'Académie dont un Ganymède, un plâtre d'Orphée. Cependant, on possède peu d'autres informations de ces cinq années romaines.

Reconnaissance

Pradier est de retour à Paris en 1819. Malgré son prix, il est encore inconnu dans la capitale et cherche à établir sa notoriété. Grâce à la commande du tombeau du duc de Berry et l'obtention d'une médaille d'or au Salon de 1819 pour la réalisation d’Une nymphe (musée des Beaux-Arts de Rouen)Également intitulé Bacchante ou Bacchante couchée., il s'impose vite parmi les jeunes sculpteurs qui comptent. En 1819, il reçoit sa première commande de l'État : les bustes des frères Montgolfier.

En 1827, il est élu à l'Académie des beaux-arts. Le titre d'académicien lui permet d'exposer ses œuvres au Salon sans passer devant le jury . Peu après, il est nommé professeur de sculpture à l'École des beaux-arts de Paris le , où il remplace François-Frédéric LemotAuguste Dumont lui succèdera à son décès en 1852 (cf. Frédéric Chappey, « Les Professeurs de l'École des Beaux-Arts (1794-1873) », Romantisme, , 1996, .. En 1828, Pradier est nommé chevalier de la Légion d'honneur, ce qui vient marquer son ascension fulgurante et confirme son succès, faisant de lui un artiste de premier plan.

La longue carrière de Pradier, de 1819 à 1852, s'étend sur différents régimes politiques. Mais estimé, l'artiste reçoit des commandes de chacun d'entre eux. Il réalise notamment des commandes pour la chambre des députés en 1830 et la place de la Concorde (statues allégoriques de Lille et Strasbourg) en 1836. Enfin, il réalise l'ensemble sculpté du fronton du palais du Luxembourg en 1840..

Habitué des salons parisiens, il fréquente régulièrement ceux du peintre Gérard, de ou encore d'Arsène Houssaye. Il y retrouve de nombreuses personnalités artistiques et littéraires dont Victor Hugo, Eugène Delacroix, Charles Baudelaire, Honoré Daumier et bien d'autres.

En 1831, le domicile de l'artiste est situé au 4bis, rue des Beaux-Arts et son atelier au 3, rue Neuve-de-l'AbbayeCharles Gabet, Dictionnaire des artistes de l’école française au : Peinture, sculpture, architecture, gravure, dessin, ligthographie et composition musicale, Madame Vergne, 1831, (en ligne)..

En tant que peintre, il n'a produit que quelques aquarellesDont Portait de , Salon de 1834 (cf. Bellier de La Chavignerie). et a exposé des peintures au Salon de 1837Émile Bellier de La Chavignerie et Louis Auvray, Dictionnaire général des artistes de l'École française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, T.2, Paris, Librairie Renouard, 1885, (en ligne sur Gallica).. Une Académie d'homme debout portant sa signature est conservée au musée d'Art et d'Archéologie de Senlis..

Vie privée vignette|redresse|Le Mariage de la Vierge (1840), Paris, église de la Madeleine. . Pendant son séjour en Italie, James Pradier rencontre une jeune Romaine qui le suit à Paris. Elle lui sert de modèle pour sa Psyché. Le sculpteur abandonne la jeune femme et s'éprend, peu après, de Juliette Drouet qui devient sa maîtresse en 1825 et dont naît une fille, Claire Gauvain (1826-1846), qui devint Claire Pradier lorsqu'elle fut reconnue par son père deux ans plus tard. C'est Juliette Drouet ou son épouse Louise, qui sert de modèle au sculpteur pour la statue allégorique de Strasbourg, située à Paris, place de la Concorde. De même, on a voulu reconnaître les traits de Juliette Drouet dans le groupe en marbre Satyre et bacchante qui fit scandale au Salon de 1834.. Cette liaison prend fin dès que Juliette quitte Paris avec le prince Demidoff avec qui elle entretenait une liaison et le quitte ensuite pour Victor Hugo, alors ami de Pradier. James fait office de père pour Claire le temps de sa courte vie, ce qui compromet les rapports entre les deux artistes. Néanmoins, Victor Hugo mène le cortège avec James Pradier lors des obsèques de la jeune fille, morte à 20 ans.

Le , James Pradier épouse Louise Dupont née d'Arcet, fille de Jean-Pierre-Joseph d'Arcet. Il en fera de nombreux portraits dont trois sont aujourd'hui reconnaissables dans des images de la Vierge. Le premier, dans une toile de 1836 présentant une Vierge à l'enfant, le deuxième dans une peinture d'une Descente de Croix et le dernier dans la Vierge en marbre de la cathédrale Notre-Dame-des-Doms d'Avignon. En 1839, il fait également figurer le portrait de Louise dans la Comédie légère de la fontaine Molière. Ensemble, ils auront trois enfants : Charlotte née le , John né le , et Thérèse, née le . Les deux filles sont élevées à la maison d'éducation de la Légion d'honneur à Saint DenisCorrespondance de Flaubert, tomes I et II, collection de la Pléiade.. Pradier fit de nombreux croquis et statuettes de ses enfants. Le , le sculpteur se sépare de sa femme qui dilapide leur argent par ses folles dépenses. Louise qui a contracté de dettes en est ainsi tenue responsable légalement. La garde exclusive des enfants revient à Pradier qui verse tout de même à son ex-épouse une pension annuelle de .

James Pradier meurt le d'une crise d’apoplexie survenue à Bougival lors d’une excursion à laquelle participent notamment sa fille benjamine Thérèse, l'institutrice de celle-ci nommée Adeline Chômat, Noémi Constant et Eugène Guillaume, respectivement élève et ancien élève de Pradier. L'acte de décès porte l'adresse , qui correspond à la maison dans laquelle son corps a été transportéArchives départementales des Hauts-de-Seine acte de décès dressé le 05/06/1852 à Rueil-Malmaison, vue 20 / 49Lettre adressée en 1897 à Francis Pradier, petit-fils de James Pradier par Paul Marin, citée par Douglas Siler (cf. jamespradier.com).. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-LachaiseLes élèves auteurs des sculptures du tombeau de Pradier sont, pour les bas-reliefs : Hippolyte Ferrat, Jacques-Léonard Maillet, Eugène Guillaume, Augustin Courtet, Antoine Étex, Louis Auguste Roubaud, François-Clément Moreau et Pierre-Charles Simart. Le buste de James Pradier est dû à Eugène-Louis Lequesne (cf. Dictionnaire des monuments de Paris, Hervas, 1999).. Au lendemain de sa mort, sa sculpture de Sapho exposée au Salon est recouverte d'un voile noir.

Réception critique Baudelaire dans son ouvrage Curiosités esthétiques Salon de 1846 () a un avis mitigé sur le talent de Pradier : Salon de 1846, , sur Wikisource..

Mouvement artistique et corpus

Le style de l'artiste vignette|redresse|Sappho à la colonne, 1884, Mougins, musée d'Art classique. Au , plusieurs courants et styles cohabitent dans les arts. Il est d'ailleurs difficile de regrouper des œuvres parfois très différentes sous la même étiquette. Les règles académiques sont encore d'actualité à cette époque et de nombreux artistes reprennent ainsi des sujets antiques souvent inspirés de la mythologie ainsi qu'une esthétique néo-classique et utilisent le marbre, matériau faisant référence à l'Antiquité. Mais, si certains artistes en reprennent les caractéristiques exactes, d'autres se laissent influencer par des mouvements parallèles..

C'est le cas de Pradier qui mêle à la fois dans ses œuvres un art antique et un art inspiré de la nature. En effet, ce dernier fortement marqué par son passage à Rome, s'inspirera toute sa vie des thèmes inspirés de la mythologie et des récits antiques mais en mettant l'accent sur les figures (le thème majeur de son œuvre). Il représentera ses personnages avec des attributs et des vêtements anciens. Cependant, ses œuvres sont également marquées par différentes nuances romantiques. Il laisse transparaître la mélancolie et le drame qui font le lien avec l'histoire de ses héros. Enfin, les chairs de ses personnages, sensibles sous les drapés, seront toujours marquées par un fort naturalisme et un certain sensualisme. Pradier reste, comme beaucoup à son époque, un artiste ambivalent. Un des meilleurs exemples de son style demeure la sculpture de Sapho, conservée à Paris au musée d'Orsay. La tête baissée et la lyre délaissée, la poétesse victime d'un refus amoureux songe au suicide.

Œuvres dans les collections publiques

Canada Montréal, musée des beaux-arts : Sapho debout, 1848, bronze argenté.

France Aigues-Mortes, place Saint-Louis : Monument à saint Louis, 1849Notice sur e-monumen.net.. Angers, Musée des Beaux-Arts : Sapho, statuette en bronze, .. Avignon musée Calvet : Cassandre réfugiée au pied de l'autel de Minerve, statue en marbre blanc, Cassandre réfugiée au pied de l'autel de Minerve. cathédrale Notre-Dame-des-Doms d'Avignon : Vierge dite Notre-Dame des Doms, 1838statue : la Vierge dite Notre-Dame des Doms. Bourg-en-Bresse, musée municipal : L'Amour et Psyché, 1850, statuette en plâtre, .. Chantilly, musée Condé ; Henri d'Orléans, duc d'Aumale, buste en plâtre, Compiègne, château de Compiègne : bracelet en malachite, 1841. Dreux, chapelle royale : Monument funéraire de Françoise d'Orléans (1816-1818), Mademoiselle de Montpensier, fille de Louis Philippe, 1847, petit gisant en marbre. Eu, musée Louis-Philippe du château d'Eu : La Reine Marie-Amélie, plâtre ; Louis-Philippe, buste en marbre blanc.. Grenoble, musée de Grenoble : Phryné, 1845, marbre de Paros, .. Lille, palais des Beaux-Arts : Satyre et bacchante, 1833, groupe en plâtreSatyre et bacchante..