Jean Perréal (dit Jean de Paris), est un peintre français né vers 1455 ou 1460 et mort vers 1528. Organisateur d'entrées solennelles, architecte de plusieurs monuments, poète, Jean Perréal est surtout célèbre pour être un peintre officiel des rois , et . Son œuvre se situe à la charnière entre la fin du Moyen Âge et l'essor de la Renaissance. Ayant fait un voyage en Italie autour de l'an 1500, il peint des portraits novateurs qui inspirent Corneille de Lyon ou Jean Clouet.
Jean Perréal a été longtemps oublié et sa redécouverte à l'époque contemporaine a d'abord été faite par les textes. L'établissement du corpus de ses œuvres n'a commencé de façon certaine qu'en 1963 et se poursuit encore.
Biographie
Le lieu de naissance et la formation de Jean Perréal nous sont inconnus : le consensus pour la date de sa naissance porte sur 1455 ou 1460. Il semble avoir été formé par son pèreLe prénom du père de Jean Perréal a été avancé comme étant Claude par Ch. J. Dufay dans " Essai biographique sur Jehan Perréal, peintre et architecte lyonnais ", Mémoires de la Société littéraire de Lyon, 1863. Il est cependant douteux. Il y a probablement une confusion construite par plusieurs historiens anciens dont l'origine est le rondeau 29 de Clément Marot certainement dédié à un parent de Jean. Voir : Pierre Villey Tableau chronologique des publications de Marot, Slatkine, 1973. Cf. la page « discussion » de cet article. L’erreur de lecture de Dufaÿ y est documentée. Elle a été reprise sans discernement par certaines et certains qui ne sont pas allés à la source, le texte de Dominique de Colonia., lui-même peintre et poèteVoir l'article de Luisa Nieddu, « L'hommage de Jean Perréal à son ami Pierre Sala » dans .. Selon Béghain, ce n'est qu'en 1506 qu'il prend le nom de Jean de Paris. Aucune source ne permet de savoir pour quelle raison il prend ce nom, nulle trace dans la capitale n'étant recensée..
Peintre municipal En 1483, il est fixé à Lyon et désigné comme peintre. Cette première mention sous le nom de Jean de Paris apparait à l'occasion de la réalisation du convoi amenant François de Paule vers Louis XI mourant...
En 1485, il participe aux réalisations de la seconde entrée officielle du cardinal Charles de Bourbon. En 1488, il est toujours dans la mouvance des Bourbon en ayant acquis le poste de valet de chambre de Pierre II de Bourbon et d'Anne de Beaujeu.
En 1490, il s'occupe des préparatifs de l’entrée solennelle de Charles VIII à Lyon en tant que maitre d'œuvre avec Jean Prévost. Il est désigné comme « peintre de Lion » et a la charge autant des décors que des textes. Il est d'ailleurs mieux rétribué que Prévost, pourtant à la fois son ainé et peintre officiel du chapitre Saint-Jean. Cette entrée est composée de nombreuses références religieuses. Ainsi, une saynète reprend la décollation de Saint-Paul près de l'église Saint-Paul et un combat du diable et de Saint-Michel est placé près de la Place du Change.. En 1494, il remplit le même office pour l’entrée d’Anne de Bretagne, qui vient rejoindre son mari qui va en Italie.
Portraitiste et artiste royal Charles VIII En 1496, il est désigné à Lyon comme « varlet de chambre et comensal du roy ». De cette même année datent deux portraits de favoris du roi ; Philibert II de la Platière et Antoine de LuxembourgConservé au cabinet des dessins du musée Condé de Chantilly. C'est de cette époque que sont datées également deux peintures sur bois a tempera d'un livre d'heures, qui prouve la maturité de l'artisteconservées à la Bibliothèque nationale de France..
Il a acquis à cette date une renommée suffisante pour être au premier rang des peintres, sculpteurs et verriers dont les statuts sont approuvés par Charles VIII.
Louis XII Signe de la faveur royale , en 1499 et 1500, il est certainement à Milan dans la suite de Louis XII après la conquête, avec un artiste tourangeau : Jean Poyer. Il y rencontre François II Gonzague et Léonard de Vinci. Il fournit un portrait au premier et a des échanges artistiques avec le second, qui note dans un carnet . François Gonzague lui commande visiblement aussi un portrait du cardinal d'Amboise et un retable de dévotion à Saint Jean-Baptiste. Selon Jean Lemaire de Belges, Perréal a accompagné Louis XII pour y représenter les victoires du roi. Rien de ce qu'il a pu réaliser dans cette optique ne nous est parvenu.
Ses dessins servent de modèle à la réalisation de la médaille d'Anne de Bretagne et de Louis XII. Cette médaille est offerte à la reine à l'occasion de son voyage dans la ville de Lyon dans une coupe en verre émaillé de Venise le . Elle a été modelée et coulée à Lyon même par Nicolas Leclerc, Jean de Saint-Priest, Colin et Jean Lepère. L'original de cette médaille en or est aujourd'hui disparu.
Le retour de Jean Perréal en France n'est attesté qu'en 1501 ou 1502. Il reste donc en Italie plusieurs années au cours desquelles il voyage et a de nombreux échanges avec des artistes italiens. À son retour, il est un des rares artistes français à avoir une bonne connaissance de l'art de la péninsule. Il assimile parfaitement cette connaissance sans être un importateur de la manière italienne en France. Son style au contraire est une bonne illustrations du style français de son époque.. vignette|gauche|L'allégorie de la Prudence sur le Tombeau de François II. Entre son retour d'Italie et 1507, il travaille pour Anne de Bretagne pour laquelle il donne le dessin du tombeau de François II de Bretagne dans l'église des Carmes de NantesL'ancien couvent des Carmes a été détruit à la Révolution et le tombeau fut transféré en 1817 dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes.. L'exécution est assurée par Michel Colombe et Jérôme PacherotSur ce sculpteur, voir Flaminia Bardati, Tommaso Mozzati, Jérôme Pacherot et Antoine Juste : artistes italiens à la cour de France, Studiolo, n°9, p. 208-254..
En 1507, il est sollicité par Louis XII, qui lui demande depuis GênesSelon Martha Wolff, France 1500, p. 112. ou AstiSelon ., de lui réaliser des portraits des membres de sa cour. pour prouver l'excellence de la peinture française.
En 1509, il travaille sur les tombeaux de l’église de Brou. Sollicité par Lemaire de Belges pour donner son opinion sur le projet, il envoie une lettre à Marguerite d’Autriche pour proposer un programme inspiré de ce qu'il a vu en Italie... Ce projet est également porté par Michel Colombe et il est finalement réalisé par l'atelier de Louis van Bodeghem.. Impliqué de 1509 à 1512, il ne peut suivre ni finir le chantier ; et il reste finalement peu du travail de Perréal dans l'œuvre achevée. Malgré cet échec, il est paré de plus en plus souvent du titre de contrerolleur, signe qu'il n'est plus considéré comme un simple peintre.
En 1512, il est nommé par Louis XII surveillant de l'édification des nouveaux remparts sur la colline de Saint-SébastienIl s'agit de l'actuelle Croix-Rousse.. Sous les ordres du gouverneur Jacques de Trivulce, il conçoit les plans et dirige les travaux. Les sources sont très maigres sur les travaux mêmes. On sait toutefois qu'il a dû voir les ouvrages militaires des ingénieurs italiens Francisco di Giorgio ou San Gallo. Il est probable qu'il s'en soit inspiré..
En 1514, il est présent lors du décès d'Anne de Bretagne à Blois et moule son masque mortuaire. La même année, Louis XII lui demande d'aller à Londres pour réaliser le portrait de Marie Tudor, qui l'épouse en vertu d'un traité signé avec Henri VIII. C'est probablement à cette occasion que le portrait de Louis XII est offert à Henri VIII.
Jean Perréal fait partie de l'organisation des funérailles de Louis XII., et il est maintenu dans sa charge de peintre royal par son successeur : François . À l'automne 1516, il dédie à son nouveau protecteur un poème de 1822 vers : Le Complainte de Nature à l'Alchimiste errant ; que l'artiste affirme avoir traduit du latin d'un ancien manuscrit trouvé dans un château du DauphinéSur ce poème, voir l'article déjà ancien , le décisif et l'édition critique de l'œuvre entière de Solange Lemaitre-Provost, Édition critique de « Complainte de Nature », 1516, mémoire en langue et littérature françaises, avril 2005, Université McGill.. Le prologue du texte forme un acrostiche à son nom..
Ce texte confirme le goût pour l'occultisme de Perréal. En effet, l'artiste avait collaboré avec Simon de Phares pour préparer les entrées à Lyon du cardinal de Bourbon en 1485 et de Charles VIII en 1490. Il a également des relations épistolaires suivies avec Agrippa de Nettesheim, qui espère son aide pour trouver un protecteur, et qui séjourne à Lyon dans les années 1520. Le poème est toutefois une critique de la démarche occultiste (Dame Nature demandant à l'alchimiste de cesser ses recherches car elle seule peut fabriquer de l'or), le texte étant intellectuellement proche des écrits de l'humaniste lyonnais Symphorien Champier.
Durant les années 1520, Jean Perréal sert de plus en plus d'intermédiaire pour le consulat pour des affaires à la cour. Il travaille régulièrement pour des chantiers de châteaux, et François Ier le nomme en 1523 commissaire général et maître des œuvres des réparations et fortifications des villes et places du Lyonnais, Forez et Beaujolais. Parmi ces chantiers se trouve le château de Melunle château, fiche Mérimée ; Histoire du château, site officiel de la mairie de Melun ; François de Bourbon, comte de Saint-Pol, lui commande une nouvelle décoration en 1529-1530Hélène Colson, Le Château royal de Melun, Mémoire de maîtrise d’archéologie, Paris IV, sous la direction de Dany Sandron, 2001..
Il meurt en 1530, sans doute au début de l'été, à Paris.
Perréal : humaniste lyonnais vignette|gauche|Portrait de Pierre Sala, humaniste lyonnais par Jean Perréal. Malgré ses voyages et son statut de peintre du roi, il reste attaché à Lyon. Il s'y marie, y a des enfants et possède en 1515 une maison rue Thomassin.
Il est très lié à plusieurs humanistes lyonnais de son époque. Ainsi, Jean Lemaire de Belges loue son talent à deux reprises, en 1504 dans la Plainte du Désiré et en 1509 dans la Légende des Vénitiens. Perréal illustre un ouvrage de son ami Pierre Sala, Emblèmes et devises d'Amour. Il y représente l'écrivain dans . Les deux hommes sont la même année, en 1488, valets de chambre de Pierre II de Bourbon et d'Anne de Beaujeu.
Il est également proche de Symphorien Champier, qui a accompagné Louis XII avec lui lors des campagnes d'Italie.
Jean Perréal est un artiste émancipé de la tutelle de la commande ecclésiastique et pleinement partie prenante de la communauté humaniste lyonnaise. S'essayant à l'écriture, il échange des épîtres avec Jacques Le Lieur..
Notoriété et postérité Plusieurs lettrés de la Renaissance reconnaissent et louent le travail de Jean Perréal dans leurs écrits. Ainsi, Guillaume Crétin rend hommage à Perréal dans un poème de sa Complainte sur la mort de Guillaume de Bissy. Jean Lemaire de Belges évoque à plusieurs reprises le peintre du roi dans ses textes, notamment dans La Légende des Vénitiens ou Les Épîtres de l'Amant Vert.
Malgré de grandes qualités, sa dispersion dans de multiples domaines et l'arrivée expliquent la disparition de son œuvre dans l'histoire de l'art et sa redécouverte tardive..
Style et place dans l'histoire de l'art Jean Perréal est surtout réputé pour son talent de portraitiste, genre qu'il a contribué à populariser.. Son trait principal tient dans ses portraits novateurs, en format réduit et au cadrage serré. Il joue un rôle capital dans la mise en place du portrait moderne, selon une formule que reprennent et diffusent largement Corneille de Lyon ou Jean Clouet. Polyvalent, il est actif dans les domaines de la poésie, de l'architecture, et fournit des patrons aux verriers et sculpteurs..
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Il a pleinement sa place dans le mouvement qui extrait l'individu des tableaux de dévotion pour en faire un sujet propre de l'art.
Historiographie