alt=Le Proche Orient ancien|vignette|300x300px|Le Proche-Orient ancienVert foncé : au sens strictVert moyen : élargissement au Moyen-OrientVert clair : intégration de l'Egypte et de l'Afghanistan Les études sur le genre se sont intéressées aux études assyriologiques plus tardivement que d'autres, et y ont encore une place assez réduite, même si elles prennent de plus en plus d’importance, avant tout en Amérique du Nord. La position respective des deux sexes dans les sociétés du Proche-Orient ancien, et avant tout de la Mésopotamie, fait pourtant l'objet d'études depuis longtemps, avant tout à partir de recueils de lois dont le plus célèbre est le Code de Hammurabi, et d’autres textes de nature juridique. Puis par la suite on s’est orienté vers des recherches plus sociologiques et culturelles.
La place de la femme a toujours été aux périodes historiques celle d'une « éternelle mineure » : c'est l'homme qui dispose de l'autorité. Les sphères masculine et féminine sont bien définies, que ce soit au niveau des rapports sociaux, ou bien des activités économiques, et cela se retrouve dans les diverses institutions de ces sociétés. Sur un espace aussi vaste et sur une période aussi longue, on trouve cependant des variations.
Dans ce contexte, ce sont avant tout les hommes qui ont eu droit à la parole. Peu de femmes ont exercé des fonctions qui leur ont permis de transmettre un message à la postérité (scribes, personnages de rang politique ou religieux important, entrepreneurs), et sont donc confinées à une place secondaire. L'éclosion récente des Gender Studies a néanmoins tenté de remédier à cela, même si la tâche se révèle parfois ardue en raison du nombre réduit de sources.
Historiographie
L'histoire des femmes et du genre s'implante progressivement dans les études assyriologiques durant les dernières décennies du ..
Trois vagues successives peuvent être distinguées. : d'abord une prise en compte de la femme en tant qu'objet historique, en lien avec l'émergence des questions féministes, qui se voit par la tenue en 1986 d'une Rencontre Assyriologique Internationale intitulée « La femme dans le Proche-Orient antique » ; puis, dans le contexte de l'émergence des études sur le genre, une évolution vers les questions de construction de genre, et de la subordination des femmes aux hommes, qui se voit lors d'une autre Rencontre Assyriologique, en 2001, « Sex and Gender in the Ancient Near East », et la création d'un éphémère périodique intitulé NIN: Journal of Gender Studies in Antiquity, quatre volumes de 2000 à 2003) ; une troisième vague, en lien avec les approches postmodernes et postcoloniales, adopte une approche moins binaire, et reste peu développée dans le domaine de l'assyriologie, bien que parmi les approches récentes se trouvent des études sur le corps et le genre, les ambiguïtés de genre, la masculinité..
Évolution chronologique
On a parfois voulu y voir une influence des peuples sémites, chez qui la place de la femme serait peu enviable. Il faut pourtant se méfier de ce type de raisonnement, influencé par la place de la femme dans les sociétés des peuples sémites du Proche-Orient actuel. On a aussi pu avancer l'existence d'un phénomène de militarisation de la société mésopotamienne à partir du début du millénaire, qui aurait marginalisé les femmes A. Kurth, « Women and War », dans NIN 2, 2001, p. 27-48.
En poussant plus loin le fait que la place de la femme se réduit au profit de celle de l'homme au cours du temps, on a pu chercher à repérer jusque dans les sociétés néolithiques (avec notamment la figure de la déesse-mère attestée entre autres à Çatal Höyük) la trace d'un ancien matriarcat, qui aurait finalement disparu au profit du patriarcat de l'époque historiqueG. Lerner, The Creation of Patriarchy, Oxford, 1986.
La question de l’évolution de la différenciation sexuelle des activités est assez peu travaillée, et souvent difficile à étudier dans la mesure où la documentation archéologique disponible pour cela est rarement explicite. Il paraît évident que le processus de néolithisation a dû entraîner des évolutions dans la répartition des tâches en fonction des sexes, mais cela reste difficile à appréhender par l’archéologie. Même aux périodes précédant la pratique de l’agriculture, il n’est pas acquis que les hommes aient été les seuls à chasser et les femmes (et vieillards) les seules à pratiquer la cueillette comme on le pense souvent, par exemple. Quoi qu’il en soit, la résidence en tant qu’espace privé s’élabore progressivement au cours des millénaires, et aux périodes historiques elle est clairement l’espace de vie féminin par excellence. Il est impossible de voir qui travaillait sur les espaces de travail en plein air des premiers villages. Est-ce qu’il faut considérer que les espaces et activités étaient déjà répartis de façon très distincte entre hommes et femmes dès la fin du paléolithique, et que la néolithisation n’a fait qu’en changer les modalités, ou bien la néolithisation a-t-elle entraîné une différenciation croissante des tâches en fonction du sexe ? Cette dernière hypothèse a notamment été avancée dans une étude récente, portant sur les changements dans les activités depuis la période natoufienne (c. 12500-10000 av. J.-C.) jusqu’au millénaire, en étudiant divers squelettes J. Peterson, Sexual Revolutions: Gender and Labour at the Dawn of Agriculture, Walnut Creek, 2002.
Apparence physique
La différenciation sexuelle se retrouvait sur l’apparence physique. Le corps est en fait le point de référence pour définir un être, et c'est à partir de son analyse qu'on différenciait les genres J. M. Asher-Greve, « The Essential Body: Mesopotamian Conceptions of the Gendered Body », dans M. Wyke (dir.), Gender and the Body in the Ancient Mediterranean, Oxford, 1998, p. 8-36.
Autorité patriarcale
La base de la société mésopotamienne est la « maison » (sumérien É, akkadien bītu(m)), que l'on peut dans ce cas comprendre comme la « maisonnée ». À sa tête se trouve le père de famille. Il dirige tous ceux qui résident sous son toit. Ses fils occupent à ses côtés une position importante, puisqu'ils le secondent, notamment dans le travail. Les hommes de la famille sont donc considérés comme les détenteurs de l'autorité. On se succède de père en fils, que ce soit un système où l'aîné prime, ou bien où les frères sont sur un pied d'égalité. Les biens immobiliers se transmettent par héritage uniquement aux fils. Les filles n’ont que des biens mobiliers, par le biais de leur dot qui est leur part d’héritageSur les questions relatives à la propriété féminine, voir notamment D. Lyons et R. Westbrook (dir.), Women and Property in Ancient Near Eastern and Mediterranean Societies, Center for Hellenic Studies, Harvard, 2005 (consulté le 02/01/2008).
Les positions autoritaires de la famille sont rarement dévolues aux femmes, mais il arrive que leur position se renforce, quand leur mari décède. Les veuves ont un statut que la loi garantit, elles peuvent subvenir à leurs besoins par un douaire (donation faite par leur mari), une part d’héritage, ou en étant entretenues par leurs enfants. Un cas particulier est attesté dans les tablettes d’Emar (), où des maris prévoient dans leur testament que leur épouse devienne « père et mère » de leurs enfants à leur mort, et revête donc l’autorité patriarcale R. Westbrook, « Social Justice and Creative Jurisprudence in Late Bronze Age Syria », dans Journal of Economic and Social History of the Orient 44.1, p. 36-40, Leyde, 2001. À Nuzi (), il existe également la possibilité pour un père de « faire de ses filles des fils », et disposent alors des droits traditionnels des fils, et de la charge de s’occuper du culte domestique. Encore plus original, un texte de Suse à la période paléo-élamite () montre une femme adoptant sa tante paternelle comme « frère », pour lui transmettre le patrimoine familial W. Hinz, « Persia c. 1800-1500 B.C. », dans The Cambridge Ancient History, t. II/1, 1973, p. 286-288.
Mariage et formation de la famille
On le voit bien par la législation qui l’entoure que le mariage est considéré comme devant avant tout servir à la reproduction : la femme doit être fertile, et tout est fait pour permettre au mari d’avoir des enfants. L’homme ne semble pas considéré comme responsable de l’infertilité du couple. Notons par ailleurs que la liste mésopotamienne de prévisions divinatoires physiognomoniques intitulée Alamdimmû montre que dans certains cas on pensait pouvoir prédire le sexe de l’enfant à naître si le sexe de l’homme avait une forme particulière (ce qui expliquerait difficilement comme un même couple peut donner naissance à des enfants de sexe différent) J. A. Scurlock, Compte-rendu de B. Böck, Die babylonisch-assyrische Morphoskopie, Vienne, 1999, dans JAOS 122/3, 2003, p. 395-399.
Sexualité
Les tabous sexuels concernent l’inceste entre personnes de même sang. La loi ne va pas plus loin que le deuxième ou le troisième degrés. Il est interdit d’avoir une liaison avec le conjoint d’un membre de sa famille tant que celui-ci est vivant, mais s’il meurt il n’y a aucun problème, et c’est même encouragé dans les groupes où on pratique le lévirat. L’inceste semble toutefois accepté chez certains peuples : dans le traité qu’il conclut avec le roi Haqquna de Hayasa et le roi hittite Suppiluliuma , ce dernier stipule au premier, qui est son vassal, qu’il ne devra plus avoir de relation sexuelle avec un membre de sa propre famille, car cela est jugé immoralM. Mazoyer, « Sexualité et Barbarie chez les Hittites », dans Barbares et civilisés dans l'antiquité, Paris, 2005 En ligne. A contrario, cela révèle l’horreur que ce type de comportement provoque chez les Hittites. Il est en revanche possible que l’inceste ait été pratiqué dans la famille royale élamite sous la dynastie Shutrukide ()F. Vallat, "Succession royale en Elam au millénaire", dans H. Gasche (dir.), Cinquante-deux réflexions sur le Proche-Orient ancien : offertes en hommage à Léon De Meyer, Louvain, 1994, p. 1-14.
La sexualité hors mariage peut se pratiquer dans le cadre de la prostitution J. Cooper, « Prostitution », dans Reallexicon der Assyriologie 11, Berlin, 2006, p. 12-21 En ligne.
On a retrouvé des tablettes mésopotamiennes portant des prières et rituels destinés à assurer l’épanouissement sexuel. Cela concerne une femme voulant satisfaire un homme (il n’est ici pas question de « mari » ni d’ « épouse »), un homme voulant satisfaire une femme, et un homme voulant satisfaire un autre homme. Des listes divinatoires relatives aux aléas de la vie quotidienne envisagent des cas de relations sexuelles diverses, originales (hors du domicile et dans des positions hétéroclites), alors que celles sur l’oniromancie évoquent des rêves sexuels. Bien que ces textes adoptent le plus souvent le point de vue de l’homme, le plaisir recherché est celui des deux sexesJ. Bottéro, « L’amour à Babylone », dans J. Bottéro, Initiation à l’Orient ancien, Paris, 1992, p. 130-154. On dispose également d'un texte décrivant un rituel hittite contre l’impuissance, qu’on tente de vaincre par un procédé d’incubation : l’homme doit dormir sur un autel, et une déesse vient s’unir à lui dans son rêve, pour le guérir H. A. Hoffner Jr., « Paskuwatti’s Ritual Aigainst Sexual Impotence (CTH 406) », dans Aula Orientalis 5, 1987, p. 271-287.
Homosexualité
Peu de sources ont été retrouvées dans la Mésopotamie ancienne faisant état de l’homosexualité. Ce qui en est connu a donc plutôt été déduit de différentes sources littéraires plutôt que judiciaires. La relation homosexuelle brille d’ailleurs par son absence dans les sources judiciaires. Seuls les viols et les relations incestueuses y sont mentionnés puis proscrits.