L'Institut des hautes études cinématographiques (généralement désigné par l'acronyme IDHEC) est une école française de cinéma, basée à Paris, active entre 1943 et 1986. Elle est intégrée à La Fémis en 1988.

L'IDHEC dispensait un enseignement spécialisé en trois ans : d'abord sous la forme d'une année de préparation au concours d'entrée dirigée par Henri Agel au lycée Voltaire, puis de deux années à l'InstitutL'I.D.H.EC. au service des carrières du cinéma et de la télévision - Conditions et Programmes d'admission pour 1966, Cours et Publications de l'I.D.H.EC. - Série : Enseignement Cinéma-Télévision - 92, Champs-Élysées - Paris 1966, « Classe spéciale du Lycée Voltaire », p. 11.. Après Mai 68 et la suppression de l'année préparatoire : une première année à l'Institut commune à toutes les sections et deux années de spécialisation.

L'IDHEC est fondé par Marcel L'Herbier pendant la Seconde Guerre mondiale. De 1944 à 1988, l'IDHEC voit passer et forme du cinéma, et .

Parmi les enseignants figureront de 1945 à 1967 l'historien du cinéma Georges Sadoul et le théoricien Jean Mitry et plus tard Serge Daney, Jean Douchet et quantité d'autres professionnels plutôt que des enseignants à demeure. Après mai 68, sous la direction de Louis Daquin le triumvirat Richard Copans, Jean-Denis Bonan et Jean-André Fieschi peut être considéré comme les véritables auteurs de la nouvelle pédagogie dont l'actuelle FEMIS porte encore les traces.

Histoire Pendant la , Jean Zay avait déjà envisagé la création d’un Institut de cinéma pour assurer une formation professionnelle de caractère artistique, à côté de l’École technique de photographie et de cinématographie, fondée en 1923.. Une première réalisation voit le jour à Nice, après l’armistice, sous l’égide du secrétariat d’État à la Jeunesse : le Centre artistique et technique des jeunes du cinéma, créé à Nice par un groupe de jeunes réalisateurs et techniciens dont Yannick Bellon, Philippe Agostini, Henri Alekan, René Clément, Jean Lods et Claude RenoirPaul Léglise, Histoire de la politique du cinéma français, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1970, p. 226. Harry Roderick Kedward, Nancy Wood, The Liberation of France: Image and Event, Berg Publishers, 1995, p. 105..

Création d'une école d'État alt=Marcel L'Herbier, portrait anonyme de 1923|vignette|Marcel L'Herbier, cinéaste et créateur de l'IDHEC (portrait anonyme, 1923). En 1942, le réalisateur Marcel L'Herbier propose à Louis-Émile Galey, directeur général de la Cinématographie, la création de deux écoles de cinéma : l'École Louis-Lumière et l'IDHEC, la première devant s'occuper de la formation des techniciens du cinéma, la seconde d'un apprentissage plus théorique et artistique, destiné aux métiers de création (réalisateurs et scénaristes).

L'IDHEC est fondé le C. G. Crisp, , 1930-1960, Indiana University Press, 1993, p. 206. Rémi Fournier Lanzoni, French Cinema: from its beginnings to the present, Continuum International Publishing Group, 2004, p. 49., et ouvre ses portes le Susan Hayward, French national cinema, Routledge, 2005, p. 37. John Trumpbour, Selling Hollywood to the World : U.S. and European Struggles for Mastery of the Global Film Industry, 1920-1950, Cambridge University Press, 2007, p. 263.. L'IDHEC est la troisième grande école de cinéma au monde, après le VGIK de Moscou et le de RomeJean Mitry, Histoire du cinéma, Éditions universitaires, 1967, p. 31..

Dans son discours d'inauguration, Marcel L'Herbier précise le rôle de l'école : il s'agit pour elle de définir .. L'idée ne va pourtant pas de soi : le cinéma reste encore largement considéré comme un divertissement, en opposition aux autres arts dits « sérieux » comme la peinture ou la musique. La formule préfigure également la notion de politique des auteurs chère à André Bazin et qui n'apparaît que dix ans plus tard.

thumb|left|150x150px|Alain Resnais, de la de l'IDHEC (1946).

L'institut s'installe dans un hôtel particulier au de la rue de Penthièvre à Paris et occupe les anciens bureaux exigus d'une société de produits chimiques. Alain Resnais et Yannick BellonArchives de l'IDHEC déposées par la FEMIS à la Cinémathèque française. Souvenirs de la cinéaste. font partie de la première promotion baptisée « promotion Louis-Delluc »Alain Fleischer, L'art d'Alain Resnais, Centre Georges-Pompidou 1998., Ghislain Cloquet de la troisième et René Vautier de la quatrième. L'institut comprend trois services: formation artistique et technique des créateurs des films, recherches par l’institution d’un centre expérimental pour les travaux pratiques et les films d’essai, et expansion de l’art cinématographique, par le biais de publications, conférences et projections. .

L'école jouit d'un certain intérêt dans le milieu de l'art et accueille dès les premières années des hôtes d'importance, tels que Maurice Merleau-Ponty, qui y fait une conférence en 1945Jacqueline Nacache, Hollywood, l'ellipse et l'infilmé, L'Harmattan, 2001, p. 7. sur les rapports entre cinéma et « nouvelle psychologie »Dork Zabunyan, Gilles Deleuze : voir, parler, penser au risque du cinéma, Presses Sorbonne Nouvelle, 2006, p. 61., ou Léon Chancerel qui y enseigne l'histoire du théâtreMaryline Romain, Léon Chancerel : portrait d'un réformateur du théâtre français, 1886-1965, L'Age d'Homme, 2005, p. 377.. Des cinéastes de renom y donnent des cours, mais n'y restent pas. Jean Epstein, par exemple, quitte l'école faute d'avoir su captiver ses étudiantsPierre Leprohon, Jean Epstein, Paris, Seghers, collection Cinéma d'aujourd'hui, 1964, p. 60.. L'école devient un des hauts lieux de débat cinématographique d'après-guerre : le Comité de défense du cinéma français s'y réunit en pour protester contre l'accord Blum-ByrnesPatricia Hubert-Lacombe, Le Cinéma français dans la guerre froide : 1946-1956, L'Harmattan, 1996, p. 38..

alt=Léon Moussinac, directeur de l'IDHEC (portrait anonyme, 1934)|vignette|Léon Moussinac, directeur de l'IDHEC (portrait anonyme, 1934).

L'école est alors dirigée par le producteur Pierre Gerin. Léon Moussinac, codirecteur du Comité de défense du cinéma français, lui succède en 1948Le Cinéma français dans la guerre froide, Patricia Hubert-Lacombe, L'Harmattan, 1996, , pp. 97-98.. L'école, clairement située à gauche sur l'échiquier politique, est dans la ligne de mire des anticommunistes. À l'époque, le cinéma français est en effet accusé d'être aux ordres du Parti communiste français (Léon Moussinac en est membre) et subit de nombreuses attaques sur ce sujet. En 1948, le journal L'Objectif remet en cause l'école en ces termes : L'Objectif, n°19-20, 22-30 octobre 1948.. Deux plus tard, le Cartel des syndicalistes libres des spectacles demande la suppression des subventions accordées à l'IDHEC, présentée comme Le Film français, n°307, 22 septembre 1950.. En 1949 Léon Moussinac est poussé à la démission et Marcel L'Herbier, président du conseil d'administration et dont la carrière de cinéaste avait considérablement faibli après la guerre, assure pendant deux ans la direction générale.. L'autorité de tutelle impose en 1951 un nouveau directeur général, Rémy Tessonneau, qui n'est délogé que par les événements de . Marcel L'Herbier lui survit un an à la présidence du conseil d'administrationPierre Billard, L'Âge classique du cinéma français, Flammarion, 1995, p. 368..

thumb|163x163px|Andrzej Żuławski, diplômé de l'IDHEC en 1959.|gauche

Le rôle de l'école dans le milieu professionnel s'accroît pourtant : il semble presque nécessaire, dans les années 1950, d'avoir fait l'IDHEC pour devenir décorateur ou monteur de cinéma Colin G. Crisp, Indiana University Press, 1993, p. 207.. Cette domination de l'IDHEC sur les grands corps de métier du cinéma ne va pas sans poser problème. L'universitaire américain C. G. Crisp avance l'hypothèse selon laquelle la « qualité française » des années 1950, tant décriée par François Truffaut et ses confrères de la Nouvelle Vague, serait en partie due au corporatisme et à la professionnalisation de l'école, contrecarrant la spontanéité ou l'invention de formes nouvelles C. G. Crisp, Indiana University Press, 1993, p. 209.. Constat partagé par Marin Karmitz qui se définit comme , dont il préfère prendre le partiM.-C. Arbaudie, Bande à part, dans Lire, février 1995..

Années 1950 et l'essor de la télévision thumb|224x224px|Constantin Costa-Gavras, diplômé de l'IDHEC en 1956.|gauche Si la majorité des étudiants de l'IDHEC se destinent au cinéma, certains voient d'un œil curieux l'apparition d'un nouveau médium : la télévision. Celle-ci n'en est qu'à ses débuts et a besoin d'attirer à elle de nombreux professionnels. Marcel L'Herbier l'avait bien compris, lui qui avait déclaré lors de l'ouverture de l'école : Pierre-Jean Benghozi, Le cinéma : entre l'art et l'argent, L'Harmattan, 1989, p. 158.. L'analyse de L'Herbier s'avère juste : la télévision n'hésite pas à puiser dans le vivier de l'école pour constituer ses troupes. Stellio Lorenzi et Maurice Cazeneuve, fréquentent l'IDHEC à ses débuts. Suivent Jean Prat, Pierre Badel, Ange Casta, Alain Boudet, Jean-Christophe Averty, Edmond Lévy qui intègrent l'ORTF à leur sortie de l'écoleGilles Delavaud, L'art de la télévision : Histoire et esthétique de la dramatique télévisée (1950-1965), De Boeck Université, 2005, p. 48.. Chacun de ses réalisateurs entraîne ensuite d'autres étudiants pour travailler à leurs côtés. C'est ainsi que Jean-Christophe Averty coopte Pierre Trividic.. Les pionniers de la fiction télévisuelle, qui connaît ses premiers succès au milieu des années 1950, sont donc souvent formés à l'IDHECSociétés et technologies de la communication - France et pays de langue anglaise, vol. 2, Presses Paris Sorbonne, 1992, p. 22..

Mai 68 thumb|left|200x200px|Marin Karmitz, diplômé de l'IDHEC en 1957.

Les élèves, proches de l'extrême-gauche et de la Jeunesse communiste révolutionnaireAssociation française des enseignants et chercheurs en cinéma et audio-visuel, La Fiction éclatée, Volume 1 : Études socioculturelles, Éditions L'Harmattan, 2007 , p. 89., occupent à partir du leur école (installée depuis 1952 dans un ancien studio du cinéma muet 3, boulevard d'Aurelle de Paladines, aux abords de la Porte Maillot). Ils apportent leur soutien aux étudiants du Quartier Latin et mènent une fronde contre l'enseignement dispensé à l'école, jugé trop académique. Les cours sont suspendus et les élèves adoptent le le principe de « grève active »L'Idhec et la politique pp. 18-21, in Le cinéma s'insurge - États généraux du cinéma n° 2, Éditions Le Terrain Vague - Eric Losfeld, Paris, 1968, .. Ce mouvement conduit à la démission d'une grande partie de l'administrationUne expérience d'école auto-gérée. IDHEC, mai-juin 1969, Cahiers du cinéma n°203, août 1968, pp. 43-46.. Les animateurs du comité d'occupation, Daniel Edinger et Richard Copans, défendent une organisation de l'école inspirée du modèle des usines autogérées : les élèves se constituent ainsi en association loi de 1901 (l'AGIDHEC) afin que l'appropriation du matériel de tournage de l'IDHEC soit collective et pour se protéger contre une répression individuelle. Chaque projet de film est soumis à l'Assemblée Générale des élèves. Les élèves de l'école participent aux « États généraux du cinéma », dont une tendance défend avec Marin Karmitz, diplômé de l'école dix ans plus tôt, un projet radical de cinéma militant autogéré Alison Smith, French Cinema in the 1970s : The Echoes of May, Manchester University Press, 2005, p. 81.. Le les élèves sont délogés des locaux (qui sont bientôt démolis pour faire place au boulevard périphériqueAssociation française des enseignants et chercheurs en cinéma et audio-visuel, La Fiction éclatée, Volume 1 : Études socioculturelles, Éditions L'Harmattan, 2007 , p. 87.).