Paul Meyer, né à Limal (Province du Brabant wallon) le et mort à son domicile à Visé le , est un cinéaste belge.
Biographie Il est né d'une mère boraine, d'où il tient la réalisation de son film sur le Borinage dont il tirera son œuvre la plus connue, et d'un père alsacien. Son père est nommé instituteur à Eupen dans les cantons germanophones. Il parle le français à la maison, l'allemand dans la rue. À l'Athénée de Verviers, il découvre la lutte des classes car l'établissement est proche de la Place Verte, point de convergence des cortèges de grévistes. Il entame en 1938 des études à l'École nationale supérieure d'architecture et des arts décoratifs (La Cambre) Paul Meyer sur evene.fr (page consultée le 3 juin 2009), travaille ensuite au Théâtre prolétarien. Il est à l'origine d'un théâtre pour enfants logé dans le palais des beaux-arts de Bruxelles, à la Toneeljeugd (Jeunesses théâtrales flamandes) où il montre Molière, Goldoni, Plaute...
Débuts cinématographiques Son premier moyen métrage en 1955 s'intitule La Briquetterie (Klinkaart en néerlandais), d'après la nouvelle de Piet Van Aken. Ce film met en scène une jeune ouvrière sur laquelle le patron exerce dès le premier jour d'embauche ce que l'on peut appeler le « droit de cuissage. » Paul Meyer a des ennuis avec la censure, notamment la future BRT (la NIR) qui refuse que le film soit présenté au Festival du film d'Anvers. Maria Rosseels, critique au journal catholique De Standaard, s'en indigne. Comme d'ailleurs la presse wallonne et francophone.
En 1957 et 1958, il réalise encore Stèle pour Egmont () et Le Retable de Notre-Dame de Lombeek (Onze lieve vrouw van Lombeek).
Déjà s'envole la fleur maigre, un film à scandale Le ministre belge de l'Instruction publique charge alors Paul Meyer de tourner un film à des fins propagandistes Déjà s'envole la fleur maigre sur terrils.be (page consultée le 3 juin 2009), sur l'adaptation au pays des enfants des travailleurs immigrés. Le travail de repérage est rendu difficile dans le Borinage, lieu choisi pour le film, où la grève bat son plein. Meyer ne connaît pas encore le film Misère au Borinage de Joris Ivens et Henri Storck, mais il engage le cameraman François Rents à qui on doit une partie des images du film de Ivens et Storck. Il finit par convaincre des enfants d'immigrés de jouer dans le film dont l'intention entre-temps a profondément changé. Le budget originel étant épuisé, il trouve sur place un bailleur de fonds inattendu, Émile Cavenaille, directeur de brasserie, communiste et autonomiste wallon passionné.
Le détournement originel Il transforme alors la commande qui lui a été faite. Il fait jouer aux immigrés du Borinage leur propre rôle. Il a le sens de la direction des acteurs en ce qui concerne les enfants. La scène où les enfants dévalent les terrils sur des traîneaux faits de platines rondes en métal est célèbre. Son film devient un fil de long métrage de fiction. Et de film de propagande, il devient un film qui dénonce la manière dont les immigrés peuvent parfois être traités dans les mines wallonnes où les autochtones ne veulent plus descendre. Déjà s'envole la fleur maigre est envoyé au festival de Porretta Terme en Italie où il remporte le prix de la Critique. La presse internationale, flamande ou wallonne est élogieuse. Le film remporte également le grand prix d'Excellence au Festival national du film belge d'Anvers, ce qui lui vaut d'être mentionné dans l'Encyclopédie néerlandaise Winkler Prins (Amsterdam 1961). En 1963 il est sélectionné au Festival de Cannes pour la semaine internationale de la Critique et déjà louangé par les Cahiers du cinéma. Mais dès 1960, Paul Meyer est harcelé par les huissiers. Paul-Henri Spaak empêche que le film soit vu au festival de Moscou et Paul Meyer sera accusé de détournement de fonds publics et condamné à les rembourser toute sa vie.
Le jugement En 1989, Henri Storck juge ainsi Déjà s'envole la fleur maigre :
Storck écrit encore à propos du Borinage :
Le poème éponyme du film
Sa carrière de cinéaste, réalisateur TV, homme de théâtre Il travailla notamment pour la télévision en Wallonie et à Bruxelles. Il tourne un moyen métrage de fiction Le Nerf de la paix en 1961, un autre film sur la région du Scheldeland en 1964, met en scène une pièce de théâtre Je suis ton étranger pour le conseil consultatif des étrangers de Flémalle en 1969. Il revient au cinéma avec un court métrage pour la RTBF-Liège Le Temps en 1972. Après un bref passage à l'IAD comme professeur, il réalise Ça va les Parnajon ? en 1975, puis en 1977 L'herbe sous les pieds. Il travaillera avec Pierre Manuel, Henri Mordant... Rencontrant à nouveau la censure, le chômage, malgré le soutien de collègues comme Henri Mordant.
Paul Meyer : fondateur du cinéma wallon Cet homme est-il l'homme d'un seul film ? En tout cas, il est souvent considéré, et par les meilleurs critiques, comme le véritable initiateur du cinéma wallon. Il pose l'acte fondateur de l'Histoire du cinéma wallon. Et Patrick LebouttePatrick Leboutte figure parmi les signataires du Manifeste pour la culture wallonne de 1983. est très élogieux à son égard :
L'accueil de la presse parisienne en 1994 Déjà s'envole la fleur maigre fut présenté à Paris en 1994 où l'accueil de la presse est ne tarit pas d'éloge. Mais cet accueil arrive 35 ans après la sortie du film. Olivier Séguret, journaliste à Libération, écrit : Quant au journal Le Monde, il n'hésite pas à le placer aux côtés de Rossellini, Visconti (Pascal Mérigeau) et Télérama de Ken Loach.
Commentaire des Cahiers du cinéma À la fin du film, le vieil ouvrier italien Domenico parcourt du regard le Borinage du haut d'un terril, monticule de déchets de charbon, élément caractéristique des pays miniers comme en Wallonie ou dans le Nord de la France. La caméra du haut de ce terril Du haut des terrils sur terrils.be (page consultée le 3 juin 2009)
L'engagement de Paul Meyer Paul Meyer poursuit une existence difficile, sous le poids de cette dette qu'il devra rembourser toute sa vie. Il signe le Manifeste pour la culture wallonne en 1983 et sa réplique de 2003. Originaire des cantons germanophones, par son talent et son courage, il est sans doute celui qui a porté le cinéma wallon sur les fonts baptismaux de la révolte et de la dénonciation.
Paul Meyer peut apparaître comme l'homme d'un seul film malgré le fait qu'il est l'auteur de bien d'autres. Il avait comme projet de réaliser La Mémoire aux alouettes, un scénario coécrit avec sa compagne Anne Michotte. Ce scénario mettait en scène Toni Santocono, fils d'immigré italien, vivant en Wallonie qui a écrit un roman à l'immense succès, Rue des Italiens, ainsi que Nino Seviroli, bibliothécaire à Aragona, en Sicile, qui a travaillé comme professeur et animateur en Wallonie durant une quinzaine d'années avant de retourner dans son pays d'origine.
L'idée du film est que les investigations de Santocono vont le mener en Wallonie, à Bruxelles, en Suisse et en Italie avec Seviroli. Sur le chemin de leur quête et de leur errance, ils vont rencontrer des témoins ou des rescapés du drame de Marcinelle connu sous le nom de catastrophe du Bois du Cazier qui fit 274 morts en 1956 dont une majorité de travailleurs italiens. Cette catastrophe demeure la plus importante du monde minier de Wallonie, au crépuscule de cette activité extractive dans le sillon industriel. À travers ce projet, Paul Meyer, renoue ainsi avec son inspiration de toujours aux côtés d'un homme comme Santocono qui à lui seul symbolise dans la région du Centre et de La Louvière, un certain rapport de l'immigré à sa terre d'accueil qu'il fut bon ou mauvais d'ailleurs, et au pays de ses origines. Il s'agissait d'un projet de travail sur la mémoire tourné aux deux tiers, mais que de fâcheuses questions de production a interrompu pendant plusieurs années, jusqu'à la mort du cinéaste.
Filmographie 1949 : Kastel (court métrage) filmographie de Paul Meyer (page consultée le 3 juin 2009) 1955 : L'Abbaye de la Cambre (court métrage) 1956 : Klinkaart (court métrage) 1958 : Le Retable de Notre-Dame de Lombeek (téléfilm) 1958 : Le Logement social (court métrage) 1958 : Stèle pour Egmont (court métrage) 1960 : Déjà s'envole la fleur maigre 1961 : Borinage 61 (court métrage) 1961 : Le Circuit de la mort au Borinage (réalisé pour la télévision.) 1962 : Le Nerf de la paix (moyen métrage) 1962-1966 : Ce pain quotidien (série télévisée) 1965 : Le Temps (court métrage) 1975 : Ça va, les Parnajons ? (court métrage) 1977 : L'Herbe sous les pieds 1989 : Zone rouge (documentaire) 1994 : Vandycke, dingue, dong (Documentaire)
Bibliographie Frédéric Sojcher, La Kermesse héroïque du cinéma belge, L'Harmattan, 1999 Gérard Camy, Alain Riou, 50 films qui ont fait scandale, Corlet-Télérama, 2002, p. 82-84 Cinéma Wallonie Bruxelles, du documentaire à la fiction, Èwaré - W’allons-nous ?, Liège, 1989, rassemble une série d’études autour du film et de Paul Meyer, principalement Thierry Michel, Roger Mounèje, Henri Storck, Jacques Cordier, Girolamo Santocono, Bert Hogenkamp, Anne Morelli... La Mémoire aux alouettes, Paul Meyer et Anne Michotte, éditions du Cerisier, Mons, 2011, est une publication posthume du dernier scénario de Paul Meyer, coécrit avec sa compagne Anne Michotte, et illustré par Merkeke (auteur de BD que Paul Meyer avait sollicité vers 1995 pour envisager l’adaptation en bande-dessinée).
Articles connexes Cinéma belge Déjà s'envole la fleur maigre
Liens externes
Entretien avec Paul Meyer par Patrick Leboutte en 1990 pour Une encyclopédie des cinémas de Belgique sous la direction de Guy Jungblut, Patrick Leboutte et Dominique Païni, Éditions Yellow Now, épuisé (page consultée le ) Paul Meyer sur l'Internet Movie Database (page consultée le ) Paul Meyer n'est plus, dépêche Belga, article de La Libre du . (page consultée le ) Paul Meyer sur evene.fr (page consultée le ) Biographie de Paul Meyer par lui-même sur cinergie.be (page consultée le ) Paul Meyer et la mémoire aux Alouettes de Jean-Claude Riga
Notes et références
Catégorie:Réalisateur belge Catégorie:Réalisateur wallon Catégorie:Naissance en septembre 1920 Catégorie:Décès en septembre 2007 Catégorie:Documentariste belge Catégorie:Militant wallon Catégorie:Naissance à Wavre Catégorie:Décès à Visé Catégorie:Décès à 87 ans