thumb|Éphèbe athénien portant le pétase, un himation, deux javelots et une épée, milieu du Musée national archéologique de Madrid.

Chez les Grecs anciens, un éphèbe (en grec ancien , éphêbos, contraction de ἐπί-ἥβη, dérivé de hếbê, la jeunesse, cf. la déesse Hébé) était un jeune homme, en pratique un garçon ayant quitté l'autorité des femmes. À partir de la fin de l'époque classique et du début de l'époque hellénistique, les jeunes hommes aux alentours de 18 ans étaient intégrés à l'éphébie, une institution civique d'éducation où ils recevaient une formation militaire, sportive et intellectuelle.

Par extension, le terme désigne aujourd'hui un jeune homme d'une grande beauté.

Origine L'éphébie trouve probablement son origine dans des pratiques anciennes d'apprentissage, connues sous le nom de kóryos, qui marquent la transition entre l'enfance et l'intégration définitive des jeunes gens à la vie socialePierre Vidal-Naquet, Le chasseur noir et l'origine de l'éphébie athénienne, Annales, Année 1968, 23-5, pp. 947-964. Parmi les pratiques réservées à cette classe d'âge avant l'apparition des premiers poils de barbe, la chasse prend place au milieu des entrainements et des exercices qui préparent les jeunes hommes à leur métier de citoyen : courage, entrainement physique et aptitude aux actions collectives.

Naissance et premières années de l'institution à Athènes C'est à Athènes que l'institution de l'éphébie apparaît pour la première fois, au cours du , à une date inconnue mais certainement dans la première moitié du siècleChankowski 2010, p. 140-142.. L'institution est réformée vers 336 av. J.-C. par un certain Epikratès, proche de l'orateur Lycurgue, dans le contexte de la réorganisation d'Athènes par ce dernier. C'est l'éphébie de cette période qui est décrite par Aristote dans la Constitution d'Athènes (42).

L'organisation de l'éphébie à l'époque de Lycurgue L'éphébie dure deux ans, et rassemble les jeunes citoyens de 18 à , astreints au service militaire. D'abord, le jeune homme est inscrit comme éphèbe sur la liste de son dème. L'assemblée des démotes vérifie qu'il a bien l'âge requis, et que ses parents sont citoyens athéniens, car depuis le décret de Périclès en 451 av. J.-C. est citoyen tout homme âgé de ayant un père né d'un père citoyen athénien et une mère fille de citoyen athénien. C'est l'inscription au dème qui fait du jeune homme un citoyen ( / ). Puis les éphèbes sont rassemblés par des sophronistes, élus par chaque tribu d'Athènes, soit dix en tout. Ces magistrats ont pour but d'encadrer les jeunes gens, et de pourvoir à leur nourriture et à leur logement. Après avoir rassemblé les éphèbes, ils leur font faire le tour des divers sanctuaires, puis se séparent en deux groupes, l'un cantonné à Munichie et l'autre à l'Actée, deux emplacements situés au Pirée.

Avant le début de l'éphébie, les éphèbes devaient prêter serment :La première année est consacrée à l'instruction des armes, sous l'autorité de pédotribes (/ ), ou instructeurs. Les éphèbes sont formés au combat comme hoplites, ils apprennent également à manœuvrer des armes de siège comme la catapulte. La seconde année se déroule dans les garnisons de l'Attique, les jeunes recrues constituent l'essentiel des troupes athéniennes et participent aux travaux importants tels la construction de ponts, de retranchements ou de fortifications. L'éphébie s'achève à la fin de cette deuxième année avec la docimasie (en grec ancien ). Il s'agit d'un type d'enquête, d'examen que doit subir l'éphèbe, d'une vérification finale d'aptitude qui déterminera l'obtention ou non de la citoyenneté athénienne par l'éphèbe.

L'éphébie athénienne dans les guerres des Diadoques Après la défaite athénienne dans la guerre lamiaque en 322 av. J.-C., révolte contre la domination macédonienne, la démocratie athénienne est attaquée. La cité est sous la domination de Démade et Phocion, le corps civique est réduit, et une garnison macédonienne est placée au fort de Munichie, le fort où les éphèbes avaient l'habitude de stationner. Ainsi, il apparaît probable que, dans ces conditions, l'éphébie fut détériorée, voire supprimée. Au régime de Démade et Phocion succède en 318 av. J.-C. une brève restauration de la démocratie, puis la tyrannie de Démétrios de Phalère à partir de 317 av. J.-C. . On ne sait pas quel fut le destin de l'institution dans ces années, si elle continua de manière détériorée à cause de l'occupation des forts par la garnison macédonienne ou si, dans l'hypothèse où elle fut supprimée sous le régime de Démade et Phocion, elle ne fut pas restaurée.

En 307 av. J.-C., Athènes est libérée de la domination macédonienne par Démétrios Poliorcète. Les institutions démocratiques sont alors restaurées, parmi lesquelles l'éphébie, toujours sur le modèle de l'éphébie de Lycurgue. Un décret de 304 av. J.-C. indique que les éphèbes pouvaient de nouveau stationner dans les fortins, indiquant leur libération des garnisons macédoniennes. La durée d'engagement des éphèbes n'est pas connue avec certitude : on sait que, plus tard, au , l'éphébie athénienne ne dure qu'un an. Il se pourrait que ce changement soit intervenu à cette époque, soit dès la restauration démocratique de 307 av. J.-C., soit après quelques années où la durée était de deux ans comme au temps de Lycurgue. Il n'y a pas de certitude sur le nombre exact d'éphèbes, mais les effectifs étaient relativement importants : les estimations des spécialistes sont aux alentours de 400 éphèbesPar exemple Arnold W. Gomme, The Population of Athens in the Fifth and Fourth Centuries B.C., Chicago, B. Blackwell, 1967, p. 70 estime leurs effectifs à 400 ; Reinmuth 1971, p. 102-106 à 372.. C'est à cette époque qu'apparaissent dans les sources les listes d'éphèbes de toute la cité, et non plus des listes pour chaque tribu comme c'était le cas auparavant. C'est durant cette période de l'institution qu'est attestée la dernière mention de sophroniste : cette magistrature a disparu par la suite, et le cosmète est devenu le principal magistrat chargé de l'éphébie, témoignant du fait que l'éphébie s'affranchisse du cadre des tribus pour s'inscrire dans celui de la cité tout entière.

Dans les années qui suivent la bataille d'Ipsos en 301 av. J.-C., la situation politique à Athènes est très troublée. Le sophiste Lacharès devient tyran de la cité, puis il est délogé par Démétrios Poliorcète en 295 av. J.-C., qui met en place un régime oligarchique. Il est probable que les activités des éphèbes furent fortement perturbées, mais il est impossible d'en être certain, car il n'y a plus aucune source pour l'éphébie à Athènes entre 302 av. J.-C. et 267 av. J.-C.

L'éphébie hellénistique dans le monde grec

Le développement de l'éphébie hors d'Athènes C'est à partir de l'époque hellénistique que l'éphébie apparaît progressivement dans le monde des cités grecques, peut-être à l'imitation du modèle athénien. La plus ancienne attestation absolument certaine d'une éphébie hors d'Athènes se trouve dans la cité d'Érétrie, voir aussi Chankowski 2010, p. 144-158 pour une réactualisation de la question., au plus tôt dans les années 340-330, au plus tard et plus probablement peu après 319 av. J.-C. . L'éphébie d'Alexandrie, attestée avec certitude dans la première moitié du siècle suivant, pourrait néanmoins précéder l'éphébie érétrienne, ayant peut-être été instaurée par Alexandre lui-même. L'éphébie est attestée par la suite dans la première moitié du en BéotieChankowski 2010, p. 158-165., où les cités étaient organisées au sein de la confédération béotienne (on la voit à Thèbes, Acraiphia, Copai, Thisbè, Thespies, Haliarte), à Milet, et Trézène, puis dans la deuxième moitié du même siècle à Samos et Théra. Comme bien souvent, les sources sont trop partielles pour avoir des certitudes sur les dates exactes de mise en place des éphébies dans le monde grec, et de nombreux cas restent hypothétiques.

Organisation de l'éphébie hellénistique

Les magistrats chargés de l'éphébie L'éphébie étant une institution civique, elle est encadrée par des magistrats, représentant la cité. Les principaux magistrats encadrant les éphèbes sont les gymnasiarques, les cosmètes et les éphébarques.

Les gymnasiarques étaient à l'origine des représentants des usagers du gymnase, élus en interne. Progressivement, au cours de l'époque hellénistique, les gymnasiarques deviennent des magistrats civiques, élus par le peuple, et étant l'instrument par lequel les cités peuvent contrôler les gymnases. Ce changement de statut du gymnasiarque témoigne du fait que les gymnases occupent une place importante dans la vie des cités à l'époque hellénistique, et deviennent un des bâtiments publics emblématiques de la vie civique, au même titre que l'agora, les théâtres, la salle du conseil etc.Philippe Gauthier, « Notes sur le rôle du gymnase dans les cités hellénistique », dans P. Gauthier, Études d’histoire et d’institutions grecques, Genève-Paris, Droz, 2011, p.103-128.. Ainsi, les gymnasiarques prenaient en charge dans un certain nombre de cités l'éducation des éphèbes : ils organisaient leur entraînement, engageaient des maîtres, parfois sur leur propre fonds pour faire acte d'évergétisme, organisaient les concours auxquels participaient les éphèbes lors des grandes fêtes religieuses ou chaque mois en guise d'examen. La loi gymnasiarchique de Béroia, l'un des plus célèbres documents antiques sur la gymnasiarchie, qui est une loi de la cité macédonienne de Béroia datant du et détaillant le fonctionnement de la magistrature, nous permet de voir un exemple de cité où le gymnasiarque était un véritable directeur du gymnase, s'occupant tout à la fois des éphèbes, des jeunes garçons () et des jeunes hommes ()Gauthier & Hatzopoulos 1993..

Les cosmètes étaient des magistrats spécifiquement dédiés aux éphèbes. Peu de cité ont des cosmètes : c'est principalement à Athènes qu'on les retrouve. Il y a également des cosmètes à Alexandrie, témoignant de l'influence athénienne sur l'éphébie alexandrineChankowski 2010, p.178-179. Leur rôle est analogue à celui du gymnasiarque, à ceci près que le gymnasiarque exerce sa tutelle sur l'ensemble des usagers du gymnase.

Les éphébarques étaient également des magistrats spécifiquement dédiés aux éphèbes comme leur nom l'indique. Ils sont moins bien connus que les deux magistrats précédents, du fait d'un nombre moins important de sources : le document principal pour étudier l'éphébarchie, la loi éphébarchique d'Amphipolis, n'a été publiée qu'en 2016Le texte est reproduit intégralement avec quelques corrections par rapport à la première édition dans . L'éphébarchie est une magistrature qui apparaît assez tardivement, surtout connue pour la basse-époque hellénistique et l'époque impériale. Leur rôle est analogue aux gymnasiarques et cosmètes : ils s'assurent du bon ordre chez les éphèbes, ils jouent un rôle de recension des éphèbes et organisent l'enseignement et les concoursHatzopoulos 2017..

Activités militaires On a longtemps pensé que les activités militaires des éphèbes déclinaient à l'époque hellénistique, et que l'institution devenait principalement sportive et intellectuelleOn retrouve cette idée chez Marrou 1986, p.167 et chez Pélékidis 1962, p.257., mais cette idée est largement remise en question aujourd'hui. Les activités militaires des éphèbes se caractérisaient la plupart du temps par l'entraînement au tir à l'arc, au lancer de javelot et au tir à la catapulte. On connaît également la discipline de l'hoplomachie (), qui est un entraînement au combat hoplitique, qu'on trouve assez régulièrement également mais dont la pratique devait être moins régulière, du fait du salaire plus élevé des maîtres d'hoplomachie. On voit également des innovations, comme le combat avec bouclier long (), qui serait apparu à la suite des invasions galates. Toutes ces disciplines donnaient lieu à des concours, régulièrement organisés par les magistrats chargés de l'éphébieChankowski 2010, p.319-330..