Le Pakistan (en ), en forme longue la république islamique du Pakistan (en ), est un pays d'Asie du Sud entouré par l'Iran, l'Afghanistan, la Chine, l'Inde et la mer d'Oman. Fondé le par la Ligue musulmane avec pour but d'être l’État-nation des musulmans indiens, il naît au terme de la partition des Indes sous la forme d'un État constitué de deux parties séparées par près de de territoire indien. Le pays se trouve réduit à sa partie occidentale en 1971 à l'issue de la guerre d'indépendance du Bangladesh. Depuis sa création, il entretient des relations tendues avec l'Inde en raison de prétentions territoriales concurrentes sur le Cachemire, les deux pays s'étant affrontés à travers , ainsi qu'un conflit frontalier avec l'Afghanistan. En revanche, le Pakistan a des relations cordiales avec la Chine et a souvent été allié aux États-Unis. Le pays dispose de l'arme nucléaire après avoir fait des essais en 1998.
Avec près de d'habitants en 2023, le Pakistan est le cinquième pays le plus peuplé du monde, avec une forte densité de population autour de la vallée de l'Indus. Sa capitale Islamabad est une ville-nouvelle tandis que Karachi et Lahore sont bien plus peuplées. Le pays compte la deuxième plus nombreuse population musulmane après l'Indonésie, avec une prédominance barelvie. C'est une république fédérale dont les quatre provinces disposent d'une certaine autonomie, tandis que leurs frontières correspondent approximativement aux principaux groupes ethno-linguistiques. L'ourdou est la langue officielle du pays, mais la majorité de la population parle l'une des langues en usage dans les principales ethnies du pays, à savoir le pendjabi, le pachto, le sindhi et le baloutchi.
La vie politique est marquée par l'alternance entre gouvernements élus et régimes militaires ainsi que par l'influence durable de l'armée, qui a mené trois coups d'État. L'histoire du pays a été marquée par le père de la nation Ali Jinnah, son premier dirigeant élu Ali Bhutto, sa fille Benazir, Nawaz Sharif et ainsi que par les coups d’État des chefs de l'armée Ayub Khan en 1958, Zia-ul-Haq en 1977 et Pervez Musharraf en 1999, au pouvoir pendant une décennie chacun. Le système politique est parlementaire mais a parfois été semi-présidentiel, notamment sous les régimes militaires. Depuis Zia-ul-Haq, l'islam joue un rôle accru dans les institutions et la législation et les minorités religieuses sont discriminées. Souffrant régulièrement de l'instabilité de son voisin afghan, le pays connaît depuis 2004 une insurrection talibane originaire des régions tribales du Nord-Ouest ainsi qu'un mouvement séparatiste dans le Baloutchistan.
Étymologie Le mot « Pakistan » est un néologisme. Le nom signifie « pays des purs » (de l’ourdou : pâk signifiant « pur » et stân signifiant « pays », avec un i de liaison).. Il a été formé comme un acronyme dans les années 1930 par Choudhary Rahmat Ali., formé avec le nom de certaines provinces du pays : d'après l'universitaire Max Zins, ce sont le Punjab qui donne le « P », l’Afghania (actuelle province de Khyber Pakhtunkhwa) qui donne le « a », le Kashmir pour le « k », l’Indus-Sind pour « is » et le Baloutchistan pour « tan », en omettant cependant le « Bengale oriental », appelé par la suite « Pakistan oriental » (futur Bangladesh) alors qu’il représente 55 % de la population du futur État lors de son indépendance en 1947. ; d'après son confrère Emmanuel Gonon, les lettres de l'acronyme désignent le Pendjab, l'Afgana, le Cachemire, l'Iran, le Sind, le Tokharistan, l'Afghanistan et le Balouchistan.
Histoire
Histoire ancienne
La région de l’Indus était l’emplacement de plusieurs cultures antiques comprenant Mehrgarh, une des plus anciennes villes connues du monde, et de la civilisation de la vallée de l’Indus (de à ) à Harappa et Mohenjo-daro. Les vagues de conquérants et de migrants, comprenant les Aryens, Perses, Indo-Grecs et musulmans se sont établis au Pakistan tout au long des siècles, influençant les autochtones. La région est un carrefour des itinéraires commerciaux historiques, y compris la route de la soie.
Sur le territoire que le Pakistan occupe, la civilisation de la vallée de l’Indus fut influencée au milieu du par l’arrivée de la civilisation aryenne, qui donna lieu au védisme qui a jeté les bases de l'hindouisme. Le Rig-Véda mentionne Arya-Varta (la terre des Aryens) comme Sapta Sindhu (la terre des sept rivières du Nord-Ouest de l'Asie du Sud, l'une d'entre elles étant l'Indus), cela correspond à la région pakistanaise du Pendjab actuelle. Les empires successifs et les royaumes ont régné sur la région de l’Empire perse achéménide autour de , à Alexandre le Grand en et l’empire maurya. Le royaume indo-grec fondé par Demetrius de Bactria a inclus le Gandhara et le Pendjab en , et a atteint sa plus grande ampleur sous Ménandre , établissant la période gréco-bouddhiste avec des avancées dans le commerce et la culture. La ville de Taxila (Takshashila), l’un des principaux emplacements archéologiques du pays, est devenue un centre d’étude important des périodes antiques.
Conquêtes musulmanes
L'islamisation de la région est permise par les premières conquêtes musulmanes à partir de 711, avec l'invasion du Sind par les Arabes menée par Muhammad ibn al-Qasim. Les plus importants mouvements ont toutefois lieu au et au avec les invasions des Turco-mongols et des Afghans attirés par les richesses des hindous. Les conquêtes sont facilitées par l'absence d'unité sur ce territoire et souvent accompagnées de massacres.
De 1206 à 1526, le Sultanat de Delhi réussit à s'imposer sur une vaste part du sous-continent indien jusqu'à la bataille de Panipat. L'Empire moghol, ayant existé de 1526 à 1857, marque l'apogée des pouvoirs musulmans dans la région, notamment sous Akbar et Shâh Jahân avec une plus grande tolérance religieuse et un développement des arts. Le règne d'Aurangzeb scelle toutefois le déclin de l'Empire, avec un retour à l'orthodoxie islamique notamment la taxation visant les non-musulmans (djizîa) qui entraîne des révoltes. Malgré six siècles de domination sur l'Inde, seuls 20 % de la population se convertit à l'islam, bien que très inégalement répartis, avec des majorités aux extrémités est et ouest de l'Inde, futur Pakistan.
Raj britannique L'actuel territoire du Pakistan relève de la partie du sous-continent indien colonisée par les Britanniques à partir du et, plus particulièrement, l'effondrement en 1849 de l'Empire sikh, État non-musulman centré sur la ville de Lahore. Soumis d'abord à l'autorité de la Compagnie des Indes orientales, le territoire est transféré à la Couronne britannique après la révolte des cipayes de 1857 et l'abolition de l'Empire moghol.
Le mouvement pour l'indépendance de l'Inde prend de l'ampleur à partir de la fin du et du début du . Face au Congrès national indien, qui vise à représenter l'ensemble des Indiens mais compte une majorité d'hindous, la Ligue musulmane est créée en 1906 pour défendre les intérêts des musulmans. À cette époque émerge la théorie des deux nations qui considère que musulmans et hindous forment en Inde deux identités nationales séparées. Elle sert de base au mouvement pour le Pakistan qui vise à obtenir pour les musulmans du Raj britannique un État séparé et prend de l'ampleur notamment à partir des années 1930.
Fondation du pays
vignette|gauche|Partition des Indes en 1947. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Congrès refuse d'aider à l'effort de guerre britannique à moins que l’entièreté du sous-continent indien n'acquière l'indépendance. À l'inverse, la Ligue musulmane soutient les Britanniques, au moyen d'une coopération politique et d'une contribution humaine.. En 1940, la résolution de Lahore entérine la volonté de la Ligue musulmane de créer un pays séparé pour les musulmans, avec l'influence d'Ali Jinnah et Mohamed Iqbal, considérés comme les pères de la nation.
La Ligue musulmane remporte tous les sièges réservés aux musulmans lors des élections de 1945 et les heurts sanglants entre musulmans et hindous ou sikhs poussent les Britanniques à accepter un partage du pays. Le à minuit, le Raj britannique est divisé en deux dominions indépendants : l'Inde et le Pakistan, séparés par la ligne Radcliffe. Le territoire du Pakistan est alors formé des régions à majorité musulmane et constitué de deux parties distinctes, séparées par de territoire indien.. Les violences qui suivent la partition font quelques centaines de milliers à un million de morts et de personnes sont déplacées. Le Cachemire reste un point de litige frontalier entre les deux pays, qui vont s'affronter militairement dès 1947 sur cette question.
Instabilité et première dictature vignette|Ayub Khan reçoit le président américain Lyndon B. Johnson à Karachi, en 1967.|alt=Deux hommes se serrent les bras sous le regard de la foule
À la création du pays à l'été 1947, les nouvelles autorités doivent mettre en place les institutions du pays dans le contexte chaotique de la partition des Indes et l'afflux de millions de réfugiés musulmans venus d'Inde, d'autant que la première guerre indo-pakistanaise débute à la fin de l'année. Sept Premiers ministres se succèdent entre 1947 et 1958 alors que de longs et laborieux débats à l'Assemblée constituante finissent par aboutir en 1956 à la première Constitution du pays, jusqu'ici sous régime du dominion. Cependant, elle est abrogée par le chef de l'armée Ayub Khan qui fomente un coup d'État et destitue le président Mirza le . La loi martiale est instaurée jusqu'en 1962 et le pays vit sous le joug d'une dictature militaire pendant onze ans.
D'abord populaire grâce à de bons résultats économiques, Ayub Khan est affaibli par la deuxième guerre indo-pakistanaise de 1965 puis la montée de l'opposition, surtout au Pakistan oriental où la population bengalie se sent marginalisée par un pouvoir militaire dominé par les Pendjabis. Sous la pression d'un mouvement populaire, il quitte le pouvoir en 1969 mais le cède à un autre militaire, Yahya Khan. Ce dernier concède cependant les premières élections libres en 1970, remportées par l'opposition de gauche, la Ligue Awami à l'est et le Parti du peuple pakistanais à l'ouest. Dotée d'une majorité absolue, la Ligue Awami réclame le pouvoir et l'autonomie du Pakistan oriental, ce que les militaires refusent. En 1971, la situation dégénère en une guerre de sécession, et cette partie orientale du pays se déclare indépendante et devient le Bangladesh grâce à l'intervention militaire de l'Inde.
Socialisme et islamisation
En , à la suite de cette débâcle, l'armée abandonne le pouvoir à Ali Bhutto, dont le Parti du peuple pakistanais (PPP) domine le reste de l'Assemblée nationale, de sorte qu'il est considéré comme le premier dirigeant élu démocratiquement. L'homme rétablit un régime civil, tente de contenir le pouvoir des militaires et reconnaît le Bangladesh. D'abord président, Bhutto devient Premier ministre en 1973 et établit une nouvelle Constitution, toujours en vigueur aujourd'hui. Il mène une politique se réclamant du socialisme islamique conduisant à la nationalisation des principales banques et industries du pays. Il est toutefois largement critiqué pour son autoritarisme et la répression de l'opposition.