Comme son aîné de la classe Dunkerque, le Dunkerque, le Strasbourg était un navire de ligne dont le déplacement « Washington » et le calibre de l'artillerie principale de étaient nettement inférieurs aux limites fixées par le traité de Washington de 1922 à et . Sa vitesse maximale de plus de , était en revanche très supérieure à celle des cuirassés les plus puissants construits après 1920. Commandé en 1934, lancé en 1936, entré en service en 1939, il avait été conçu pour surclasser les « cuirassés de poche » allemands de la classe Deutschland, au moment où les négociations préparatoires au second traité naval de Londres semblaient devoir conduire à une limitation du déplacement des cuirassés et de leur artillerie principale nettement plus draconiennes que celles fixées par le traité de Washington de 1922. Avec la reprise de la course aux armements navals, en 1936-1937, ce fut le dernier navire de ligne de la Marine française de moins de . Il fut suivi des cuirassés Richelieu (1940) et Jean Bart (mis à flot en , mais entré en service en 1955 seulement).
À l'automne 1939, il n'eut pas l'occasion d'intercepter les « cuirassés de poche » allemands, alors qu'il avait été conçu pour les affronter. À Mers el-Kebir, le , il échappa à des cuirassés britanniques auxquels on n'avait jamais pensé qu'il devrait se confronter. Lorsque les Allemands, après l'occupation de la zone libre, qui suivit les débarquements alliés en Afrique du Nord, tentèrent de saisir les navires français restés sous le contrôle des autorités de Vichy, il fut sabordé à Toulon, le . Il finit bombardé, et son épave coulée par des bombardements alliés, en août 1944.
Contexte Les effets du Traité de Washington de 1922 Le traité de Washington, signé en 1922, sur la limitation des armements navals, imposait aux cinq principales puissances navales (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon, France et Italie) un tonnage maximum pour leurs flottes de bâtiments de ligne (cuirassés et croiseurs de bataille) ainsi que pour leurs croiseurs et leurs porte-avions. La France y était mise, en ce qui concerne les cuirassés, au même rang que l’Italie, avec un tonnage global de , alors qu’avait été demandé un tonnage de tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni se voyaient assignés un tonnage de et le Japon .
Ceci signifiait, pour la France, que la construction de quatre cuirassés de la classe Normandie, dont les coques avaient été construites et lancées en 1914-1916, ne pourrait être terminée : les coques furent mises à la ferraille, les canons de réutilisés sur les cuirassés de la classe Bretagne, et la cinquième unité de la classe Normandie, le Béarn, lancée en 1920, sera transformée en porte-avions.
De plus, étaient définies des limites : pour les bâtiments de ligne (cuirassés et croiseurs de bataille), pour le déplacement et pour l'artillerie principale ; pour les croiseurs, pour le déplacement et pour l'artillerie principale.
Dans cette limite de tonnage, dite « tonnage standard », ou « tonnage Washington », n’entraient pas en ligne de compte le carburant et l’eau des chaudières, clause inscrite à la demande du Royaume-Uni, au motif que les puissances ayant des responsabilités mondiales, c’est-à-dire coloniales, ne devaient pas voir le déplacement de leurs navires être obéré de façon exagérée par les contraintes liées à leur rayon d’action. Ceci, au demeurant, arrangeait aussi les États-Unis et le Japon dont les flottes étaient appelées à opérer dans les vastes espaces du Pacifique.
Pour les bâtiments de ligne, en plus du tonnage global assigné à chaque nation signataire, le traité de Washington fixait une limite globale de tonnage pour les constructions nouvelles. La France était ainsi limitée, toujours comme l’Italie, à de constructions neuves, à partir de 1927, en remplacement des cuirassés les plus anciens des classes Courbet pour la Marine nationale ou Conte di Cavour pour la Regia Marina.
Les autorités françaises, mécontentes de ce que la France soit placée au même rang que l'Italie, ce qui la reléguait au rang de puissance méditerranéenne, et ne tenait pas assez compte, selon elles, de son empire colonial, n'ont cependant pas réellement préparé un programme naval intégrant la constitution d'une flotte de navires de ligne modernes.
C'est ainsi qu'entre 1922 et 1924, sur des plans antérieurs aux contraintes du traité de Washington, furent mis en construction les trois unités de la classe Duguay-Trouin, croiseurs légers dits « de », armés de quatre tourelles doubles de , très peu blindés mais avec un compartimentage serré, dont l'excellente vitesse de , constituait la seule protection.
Dans la suite des années 1920, la Marine nationale mit l’accent sur les sous-marins. Il y eut ainsi trente et un sous-marins océaniques, dits de , qui furent construits en une grande série, la classe Redoutable, vingt six sous-marins de défense côtière, dits de , construits en six classes successives, six sous-marins mouilleurs de mines, la classe Saphir, et le croiseur sous-marin Surcouf, armé d'une tourelle double de , et embarquant un hydravion d’observation.
L’accent fut mis également, de 1924 à 1932, sur les contre-torpilleurs, les classes Chacal, Guépard, et Aigle plus puissants que leurs similaires étrangers, notamment italiens. Pour les croiseurs enfin, sept furent construits, en utilisant les possibilités laissées par le Traité de Washington, déplacement de , armés de quatre tourelles doubles de , peu blindés et très rapides, pour les premiers construits, mieux protégés, et un peu moins rapides pour les suivants, sans compter deux croiseurs spécialisés (un croiseur-école et un mouilleur de mines).
L’objectif des autorités françaises était de faire face à la menace italienne en Méditerranée, et subsidiairement allemande en Atlantique. Or les croiseurs de faisaient jeu égal avec leurs contemporains italiens et surclassaient les croiseurs légers récents allemands de la classe Königsberg.
Pour les cuirassés, on se contenta de moderniser les unités existantes dont les plus récentes avaient été mises en service pendant la guerre de 1914-1918, en se rassurant de ce que les Italiens faisaient de même. Dans ce domaine, la préoccupation de l'Amirauté, sous l’autorité des vice-amiraux Salaün et Violette, comme chefs d’état-major général de la Marine, n'était pas de rivaliser avec les mastodontes anglais, américains et japonais, armés de huit ou neuf pièces de , mais d'examiner si l'on pouvait construire quatre navires de , sinon trois de , de façon à utiliser les de constructions neuves autorisées, en essayant de gagner du poids en utilisant des tourelles quadruples, comme on y avait pensé avec la classe Normandie. Mais, même en se limitant à un calibre de , avec une vitesse de 34 à , jugée nécessaire pour rattraper un croiseur, on ne parvenait pas à avoir un blindage convenable qui eût permis de faire figurer ces navires dans une ligne de bataille contre les vieux cuirassés italiens..
En riposte aux trois cuirassés de poche allemands Autour de 1930, les choses vont évoluer. L’Allemagne se trouvait en effet soumise, non pas aux stipulations du traité de Washington, mais à celles du traité de Versailles, qui limitaient le tonnage de ses cuirassés à et celui de ses croiseurs à . Elle n’avait jusqu’à ce moment construit que des croiseurs de environ, armés de trois tourelles triples de , filant 30 à . Or, en 1929, la Reichsmarine mit sur cale, en grande pompe, en présence du Président Hindenburg, un navire au nom symbolique, Deutschland, armé de deux tourelles triples de , doté de moteurs diesel lui permettant de marcher à . En utilisant des techniques de construction nouvelles (la soudure au lieu du rivetage notamment), il affichait de déplacement. Défini comme Panzerschiffe, c'est-à-dire « navire blindé », c’était en fait un croiseur-cuirassé, plus puissant que tous les croiseurs respectant le Traité de Washington, et plus rapide que tous les cuirassés construits depuis 1920, il n’était surpassé en vitesse et en armement que par le cuirassé rapide , les deux croiseurs de bataille de la classe Renown, et pour mémoire, les croiseurs de bataille japonais de la qu’il avait peu de chances d’avoir à affronter. Il fut qualifié par la presse de « cuirassé de poche », et apparut comme un corsaire de surface potentiel tout à fait redoutable.
Il apparut assez vite à l’Amirauté française, où venait d’accéder au poste de Chef d’état-major général, le vice-amiral Durand-Viel, qui avait été, quinze ans plus tôt l’auteur d’un projet de croiseur de bataille français, que pour surclasser un tel « cuirassé de poche », il fallait un navire filant 29 à , doté d’un blindage permettant de résister aux obus de aux distances de combat habituelles, armé d’un artillerie supérieure aux canons de , ce qu’on pouvait obtenir avec deux tourelles quadruples de , et au total nécessitant un déplacement d’au moins ..
Ce choix n’alla pas sans difficultés, car on aurait pu aller jusqu’à concevoir un cuirassé de , ce que le Traité de Washington permettait, mais des discussions étaient alors en cours pour le renouvellement de ce traité : le , une « base d’accord » avait été signée, pour permettre la construction de deux cuirassés de , avant le , mais la finalisation de l’arrangement définitif n'a pu avoir lieu avec l’Italie. dont le projet de l'époque d'un cuirassé de , armé de six canons de , en trois tourelles doubles, et marchant à ne satisfaisait pas pleinement la Regia Marina. Néanmoins, la question de l’abaissement de la limite du tonnage des cuirassés était à l’ordre du jour, et il n’y avait à l’époque aucun cuirassé rapide ayant ce déplacement. Par ailleurs, la construction navale française était handicapée par la taille de ses formes de construction, celle du bassin du Salou à l’Arsenal de Brest n’avait que , alors que la longueur prévisible du cuirassé de était déjà de . La construction, en cours, du grand transatlantique SS Normandie avait nécessité la construction d’une cale nouvelle par les Ateliers et Chantiers de l’Atlantique de Penhoët. Enfin, les parlementaires comprenaient mal qu’il fallût avoir un tonnage plus que double pour surclasser les « cuirassés de poche » allemands de . Le ministre François Piétri fera cependant voter, en , les crédits pour la construction d’une première unité.
Lorsque commence la construction du Dunkerque, deux autres unités de la classe Deutschland ont déjà été mises en construction, l’Admiral Scheer, en , et l’Admiral Graf Spee, en . Aussi l’Amirauté a souhaité qu’une seconde unité de la classe Dunkerque soit inscrite à la « tranche 1934 du statut naval ». Mais la Kriegsmarine passe commande en de deux bâtiments plus puissants. Inspirés du projet de croiseurs de bataille de la classe Ersatz Yorck de 1915, ils sont plus lourds et mieux protégés que le Dunkerque. Reste en débat le calibre de l’artillerie principale. Un calibre supérieur à est souhaité par la Kriegsmarine, avec l'assentiment d'Adolf Hitler, pour faire pièce aux canons de du Dunkerque. Mais l’Allemagne était en train de négocier dans la plus grande discrétion, un Traité naval germano-britannique, et le Royaume-Uni souhaite une limitation du calibre de l’artillerie principale des navires de ligne. Aussi le choix fut fait, à regret, de doter le Scharnhorst et le Gneisenau d’une version améliorée du canon de . Comme, du côté français, on estimait que les navires de la classe Dunkerque pouvaient résister à ce calibre, il n’y avait pas encore lieu de prévoir un cuirassé plus puissant.