La principauté de Liège ou principauté épiscopale de Liège est un État du Saint-Empire romain germanique dans l'actuelle Belgique qui a existé de la fin du à la fin du , ayant pour capitale la ville de Liège. Dans le cadre féodal du Moyen Âge, le prince-évêque de Liège est à la fois le chef religieux du diocèse de Liège et le chef temporel de la principauté, vassal de l'empereur.
C'est en 985.La plupart des historiens prennent comme date de début de la principauté de Liège l'année de la donation du comté de Huy à l'évêque de Liège. Cependant, certains indiquent l'année 980, d'autres l'année 985. Jean-Louis Kupper (professeur à l'Université de Liège) indique 985 : « Notger, il est vrai, disposa de moyens incomparablement supérieurs à ceux dont jouissaient les prélats qui l’avaient précédé. C'est sous son épiscopat que se met en place le système de l'Église impériale. Ce système politique est à la fois simple et efficace : l'empereur donne aux églises épiscopales, sur la fidélité desquelles il peut s’appuyer, d'immenses domaines fonciers, des abbayes, des droits régaliens et même des comtés entiers, créant ainsi de toutes pièces, au profit des évêques de Germanie, de véritables principautés. En 985, Otton III donnait à “saint Lambert” le comté de Huy et, deux ans plus tard, lui confirmait le comté de Brugeron, situé entre la Gette et la Dyle. La puissance temporelle de l'Église de Liège en fut décuplée et le chef-lieu du diocèse devint la capitale d’un État territorial. » Henri Pirenne (1862-1935, professeur à l'Université de Gand) indique 980 : « De simple propriétaire immuniste qu'il était à l'origine, l'évêque devint, à partir de la donation du comte de Huy, en 980, un seigneur haut-justicier, et il acquit peu à peu, durant les années suivantes, l'autorité publique sur tout le patrimoine de Saint-Lambert. » que naît la principauté épiscopale. À cette date en effet, Notger, évêque depuis 972, reçoit au titre du diocèse un fief de l'Empire, le comté de Huy, devenant ainsi prince-évêqueLe mot « prince » a ici un sens très général, comme dans Le Prince de Machiavel.. Au Moyen Âge, d'autres fiefs (voir ci-dessous, en rouge) viendront étendre progressivement le pouvoir temporel des princes-évêque. Mais ils ne représenteront qu'une partie du diocèse épiscopal (en vert).
vignette|Le diocèse (en vert) et la principauté temporelle (en rouge) de l'évêque de Liège.
À la fin du Moyen Âge, la principauté est peu à peu encerclée par les fiefs acquis aux Pays-Bas par les ducs de Bourgogne et se heurte notamment aux ambitions de Charles le Téméraire. Contrairement à la principauté épiscopale d'Utrecht, confisquée par Charles QuintCharles Quint est duc de Bourgogne (en titre), ainsi que chef de la maison de Habsbourg, roi d'Espagne et empereur (élu). Son fils Philippe II est seulement duc de Bourgogne et roi d'Espagne. en 1543, la principauté de Liège reste formellement indépendante, mais se trouve de fait sous le protectorat du souverain (Habsbourg) des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas, aussi roi d'Espagne à partir de Philippe II. Elle subit les vicissitudes de l'histoire des Pays-Bas espagnols, d'abord la guerre de Quatre-Vingts Ans qui aboutit à la formation des Provinces-Unies (1581), mais se prolonge jusqu'en 1648, puis les guerres menées par dans cette région.
Cet État a existé pendant plus de , jusqu'à l'annexion par la République française en 1795.
Histoire
Origines
La ville de Liège devient au la capitale d'une principauté épiscopale, grâce à l'action des évêques Éracle, Notger et Wazon. Ses écoles sont célèbres jusqu'au .
Le : efflorescence architecturale et droits fondamentaux Sept églises collégiales s'élèvent alors dans la ville (Saint-Pierre, Sainte-Croix, Saint-Paul, Saint-Jean, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Barthélemy) en plus de la cathédrale où est enterré saint Lambert.
Deux abbayes bénédictines s'y ajoutent : Saint-Jacques et Saint-Laurent. Plusieurs églises romanes et de nombreuses pièces d'orfèvrerie (art mosan) témoignent encore aujourd'hui de l'efflorescence de cette époque, en particulier les fonts baptismaux de la ville, conservés aujourd'hui à Saint-Barthélemy.
La charte d'Albert de Cuyck est accordée en 1196.
Vicissitudes de la fin du Moyen Âge Entre 1297 et 1335, la chevalerie hesbignonne est quasiment décimée par la guerre des Awans et des Waroux.
Liège tente de résister à l'œuvre unificatrice des ducs de Bourgogne, mais échoue face à Charles le Téméraire le (échec des six cents Franchimontois). La cité retrouve cependant ses privilèges en 1477, à la mort de Charles.
Le , Érard de La Marck, un des plus remarquables prince-évêques, reçoit les droits régaliens de l'empereur Maximilien , qui confirme les privilèges de la principauté octroyés par ses prédécesseurs. Il construit la cour actuelle du palais des princes-évêques de Liège.
De la guerre de Quatre-Vingts Ans aux guerres de Louis XIV (1568-1714)
La fin du est difficile pour la principauté, car elle subit les effets de la guerre de Quatre-Vingts Ans contre qui débute en 1568, et devient une guerre avec la sécession des Provinces-Unies en 1581. Au , ce sont les guerres menées par contre l'Espagne aux Pays-Bas espagnols ou contre les Provinces-Unies (guerre de Hollande) qui génèrent des troubles.
Problèmes intérieurs : la crise de 1647 Sur le plan intérieur, la vie politique est dominée par l'opposition entre le parti populaire (les Grignoux, défenseurs des droits du peuple) et le parti aristocratique (les Chiroux, partisans du prince). Des journées d'émeutes ont lieu en 1636, lors d'un coup de force des Chiroux, et de nouveau en 1646, quand des rumeurs annoncent que les Chiroux vont truquer les élections grâce à l'intervention des troupes espagnoles.
Les émeutes de 1645 se transforment en révolte.
En 1647, Liège entre en insurrection après que les Grignoux ont remporté et décidé d'interdire l'entrée dans la ville au prince-évêque Ferdinand de Bavière, qui se trouve alors à Visé accompagné de troupes allemandes. Ferdinand décide alors de transférer le siège du gouvernement à Huy et, aidé par son neveu Maximilien-Henri de Bavière, entreprend la reconquête de la cité. Liège subit un bombardement le et l'hôtel de ville est brûlé. Les insurgés capitulent le .
Le , le prince entre dans Liège avec et Le règlement de 1649, puis suspend la plupart des droits communaux. Le système électoral est aussi en faveur du prince, qui détient dès lors la quasi-totalité des pouvoirs.
Période des Pays-Bas autrichiens (1714-1795) En 1714, à la fin de la guerre de Succession d'Espagne, les Pays-Bas espagnols sont cédés par le roi d'Espagne (Philippe V, petit-fils de Louis XIV) à la maison des Habsbourg d'Autriche, dont le chef (Charles VI), est aussi empereur. Dans le cadre d'une réorganisation du Saint-Empire, la principauté de Liège est intégrée en 1716 au cercle de Westphalie tandis que les provinces voisines, désormais Pays-Bas autrichiens, font partie du cercle de Bourgogne.
vignette|droite|La principauté épiscopale de Liège (en vert) dans le cercle du Bas-Rhin-Westphalie.
Le , la révolution qui a commencé en France en juillet atteint la principauté. Les habitants s'emparent du prince-évêque au château de Seraing et abolissent le .
Occupations françaises et fin de la principauté (1792-1795) thumb|150px|Blason de Liège sous le Premier Empire.
En , la France entre en guerre contre l'Autriche et la Prusse. En , les Parisiens renversent Louis XVI et la république est instaurée le par la Convention. Les armées françaises attaquent alors les Pays-Bas autrichiens et remportent la bataille de Jemappes (). Une première occupation française a lieu.
Le ont lieu les premières élections au suffrage universel : tous les habitants (hommes) de plus de 21 ans sont appelés à se prononcer sur le destin de la principauté. participent à ce référendum : d'entre eux se prononcent pour le rattachement à la République française.
Mais, au début de 1793, plusieurs autres pays entrent en guerre contre la France, dont les armées sont contraintes de battre en retraite. La situation est rétablie au printemps 1794, marquée par la victoire de Fleurus. Les Pays-Bas autrichiens sont de nouveau occupés et annexés unilatéralement (1795), ainsi que la principauté après la bataille de Sprimont, tandis que les Provinces-Unies deviennent la République batave.
La disparition de la principauté est officialisée en 1801 au traité de Lunéville signé entre la République française, désormais dirigée par Napoléon Bonaparte, premier consul, et l'empereur. Un peu plus tard, en 1806, le Saint-Empire est aboli : François II du Saint-Empire n'est plus que l'empereur d'Autriche François Ier.
Le congrès de Vienne tenu en 1815 ne permit pas le rétablissement de la principauté dans ses droits : ce fut le fait des vainqueurs de Napoléon, qui établirent le royaume uni des Pays-Bas.
Institutions La principauté et le Saint-Empire Le diocèse de Liège est un territoire du Saint-EmpireA Liège, les armes du Saint-Empire se voyaient au-dessus de la porte de l'Hôtel-de-Ville et au-dessus des principales portes de la ville du fait que le traité de Verdun (843) a partagé l'Empire carolingien en plaçant sur l'Escaut une des frontières du royaume de Francie occidentale. Lorsque le Saint-Empire est créé en 962, Liège en fait donc partie, tout comme Valenciennes, Bruxelles et Anvers, tandis que les territoires de Flandre sont français (jusqu'au traité de Madrid de 1526).
Il est compris dans le cercle de Westphalie à partir de 1716, .
Le prince ne devient apte à gouverner qu'après avoir reçu l'investiture de l'empereur. Il siège au collège des princes ecclésiastiques de la DièteIl occupe alternativement avec le prince-évêque de Munster la et la place à la Diète de l'Empire.
Le pays est soumis au subside impérial. Ce dernier consiste en un contingent de fantassins et de cavaliers équipés. En 1717, il est fixé à par moisF. Henaux, Constitution du pays de Liège Tableau des institutions politiques, communales, judiciaires et religieuses de cet État en 1789, Imprimerie J. Desoer, Liège, 1858, 26.
La Chambre impériale et le Conseil aulique sont supérieurs aux juridictions liégeoises. Cependant, à partir de 1717, les constitutions et coutumes de l'Empire ne sont applicables que pour autant qu'elles ne soient pas contraires aux lois, statuts et usages liégeois.
Constitution de la principauté Le concept de constitution n'est pas à comprendre au sens juridique actuel d'un document juridique global, elle se compose pour l'essentiel de règles non codifiées et de traditions.
L'exercice des différents pouvoirs a évolué au cours de l'histoire, à la suite de nombreuses guerres et autres PaixPour en savoir davantage sur le fonctionnement politique de l'État liégeois, voir notamment lHistoire ecclésiastique et politique de l'État de Liège, de N.G. Léonard (1744-1793), comme la paix de Fexhe.
Lois fondamentales Les lois et les textes qui ont fait partie de la constitution principautaire ont été élaborés au cours de différents siècles et leur reconnaissance en tant que lois faisant partie intégrante de la constitution n'a pas été générale. Toutefois, certaines d'entre elles peuvent être désignées comme étant des lois fondamentales.
La principale norme écrite de droit public est la paix de Fexhe du . Elle détermine et limite les attributions du gouvernement central et elle définit certaines libertés fondamentales.
1066 : charte de Huy. 1196 : charte d'Albert de Cuyck (droits civils consacrés par la coutume). 1287 : paix des Clercs et Loi muée des chanoines et des bourgeois (égalité des peines, peine du talion, preuve par témoignage). 1313 : paix d'Angleur. 1316 : paix de Fexhe (la loi ne peut être modifiée par le prince qu'avec l'accord des trois États). 1343 : lettre des Vingt-Deux (elle établit le tribunal des XXII) ; le système ne sera stabilisé qu'en 1376, après 4 paix des XXII.