Rabat (en arabe : , ar-Ribāṭ ; en amazighe : https://archive.wikiwix.com/cache/20220724031724/https://www.minculture.gov.ma/am/?p=278., Ṛṛbaṭ ; en arabe marocain : , Rbaṭ) est la capitale du royaume du Maroc. La ville est située sur la côte Atlantique, au nord-ouest du Maroc, à quarante kilomètres au sud de Kénitra, à deux-cent-quarante kilomètres au sud-ouest de Tanger et du détroit de Gibraltar et à quatre-vingt-sept kilomètres au nord-est de Casablanca. Elle est séparée de la ville de Salé par l'embouchure du Bouregreg, ce qui vaut aux deux villes le surnom de « villes jumelles ».
Lors du dernier recensement de 2014, son agglomération était de , faisant de Rabat la septième ville du royaume. Avec sa banlieue, elle forme la deuxième agglomération de ce pays après celle de Casablanca.
Depuis 2012, un ensemble de sites de Rabat est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. La ville a aussi reçu la deuxième place du classement CNN des .. En 2024, la ville de Rabat reçoit à l’unanimité le prix d'honneur à l'occasion du Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) 2024.
Histoire
La ville a été fondée au par les Almohades, qui y édifièrent une citadelle (devenue la kasbah des Oudayas), une mosquée ainsi qu'une résidence. Il s’agissait alors d’un ribat (« forteresse »). Le nom actuel de la ville dérive de Ribat Al Fath, signifiant « le Camp de la Victoire ».
Par la suite, le petit-fils de Abd Al-Mūmin, , agrandit et complète la ville, notamment en l’entourant de murailles. Elle sert alors de base aux expéditions almohades en Andalousie.
Après 1269, lorsque les Mérinides choisissent Fès comme capitale, Rabat entre dans une période de déclin. L'explorateur morisque Hassan al-Wazzan rapporte qu'il n'y subsiste alors qu'une centaine de maisons. Par la suite, s’y installent, contribuant à revitaliser la ville. Jusqu'au , Rabat est connue sous le nom de Salé-le-Neuf.
En 1912, Lyautey fait de Rabat le siège du résident général et la capitale du protectorat français au Maroc. En 1956, lors du recouvrement de l’indépendance du Maroc, la ville conserve son statut de capitale du pays.
Préhistoire En 1875, Bleicher signale pour la première fois l'existence d'outils lithiques au Maroc. Il est cité entre autres le site Douar Doum à Rabat..
Une carrière d'exploitation dans le quartier de Kébibat a livré en 1933 les plus anciens fossiles humains trouvés au Maroc (à la date de 2004), soit vingt-trois fragments de boîte crânienne, sans industrie lithique associée.. Leurs caractéristiques. ont induit plusieurs hypothèses successives. Marçais (1934) en fait un Atlanthrope.. Vallois (1958/1959) leur attribue un mélange de Néandertalien et de Sinanthrope. Jaranof (1945) les dit moustériens. Ferembach (1975) les attribue à l'Acheuléen moyen. Au début des années 2000, ils sont dits du TensiftienPour les principaux âges du Quaternaire au Maroc, voir ., contemporain du Riss, l'avant-dernière glaciation.. La stratigraphie du site a été interprétée en 1959 par G. Choubert..
Les falaises du littoral océanique entre Rabat et Tébibat sont elles aussi riches en vestiges préhistoriques : Dar-es-Soltane et , El Harhoura et , grotte des Contrebandiers. (appelée de nos jours El Mnasra.).
Fondation et développement sous les Almohades
vignette|gauche|La Kasbah des Oudayas est édifiée sur l'emplacement de la citadelle originelle, fondée par les Almoravides. La première trace urbaine à Rabat se situe à l'actuelle kasbah des Oudaïas, les Almoravides y ayant fondé un fort pour organiser les attaques contre les tribus du royaume hérétique des Berghouata non loin des ruines de l'ancienne cité romaine de Sala Colonia. La dynastie des Almohades fit édifier, en 1150, à la place de l'ancien fort sanhadja des Almoravides, un ribat (ou forteresse), lieu de rassemblement des combattants de la foi, point d’étape dans l’épopée almohade pour la conquête de l’Andalousie et le contrôle du reste du Maghreb. Le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur se disait désireux de concevoir, quant à la position du Bouregreg, des projets plus vastes capables d'éclipser les grandes métropoles abbassides de l'Orient islamiqueMohamed Bargach, Une famille au cœur de l’histoire, , lignes 1-7 et 9-11.
Aidé des nombreux captifs ramenés d’Espagne après la bataille d'Alarcos, il fait construire les remparts de la future capitale et commence, non loin du fleuve, une mosquée aux proportions grandioses ; mais cette dernière ne fut pas achevée : seul se dresse son minaret, qui servit de repère aux navigateurs pour le franchissement de la ville. À ce camp retranché fut d'abord appliqué le nom de « Ribat de Salé », puis celui de « Ribat El-Fath » (le Camp de la Victoire), après la victoire des armées almohades en Espagne.
Cette construction, qui correspond en gros à la partie ouest de l’actuelle kasbah des Oudaïas, fut aussi appelée « al-Mahdiya », en souvenir d’al-Mahdî Muhammad ibn Tûmart, fondateur du mouvement almohade. À partir du Ribat d’Abd al-Mumin, fils Abu Yaqub Yusuf, puis son petit-fils Yacoub el-Mansour, héritiers d’un empire s'étendant de la Castille à la Tripolitaine, à cheval sur l'Europe et l'Afrique, ont construit une cité imposante, couvrant plus de quatre cents hectares, enceinte de murailles imposantes percées de portes monumentales et qui devait être dotée d'une mosquée gigantesque, la tour Hassan (restée inachevée, et puis détruite durant le séisme de 1755), mais qui eut été l'un des plus grands sanctuaires du monde musulman.
Ainsi, bien que Ribat al Fath ne reçût jamais la population que son enceinte aurait pu abriter, les grandes orientations de la ville étaient tracées. Les remparts, les portes monumentales de l’époque, le minaret et les vestiges de la mosquée de Hassan témoignent aujourd'hui encore de l’ampleur de la ville almohade.
Phase de déclin
De la fin de la période almohade, vers le milieu du , jusqu'au début du , l’importance de Rabat diminua considérablement.
La dynastie zénète des Mérinides fonda le Jama' el-Kbîr, ainsi que d'autres ruelles, toutes situées au cœur de l'actuelle médina. La localisation de cet équipement public permet d’affirmer que la vie citadine n’était pas concentrée uniquement aux abords immédiats de la kasbah et que plusieurs quartiers de l'actuelle médina étaient habités.
République du Bouregreg vignette|Rabat à la fin du . Bibliothèque royale des Pays-Bas. À partir de 1610, Rabat reçoit une forte population de réfugiés morisques chassés de l'ancienne Al-Andalus par le roi d'Espagne . Les réfugiés s’établissent dans la kasbah et à l'intérieur de l'enceinte almohade, dans la partie nord-ouest qu'ils délimitent et protègent par une nouvelle enceinte, la muraille andalouse. Les descendants de ces Morisques, qui portent souvent des patronymes hispaniques tels que Dinia (Dénia, ville en Espagne dans la commune autonome de Valence), Guédira, Mouline (Molina), Bargach (Vargas), Karrakchou (Carracso/Carrasco), Moreno, Balafrej (Palafres), Ronda ou Tamourro (Chamorro) sont toujours considérés comme les Rabatis dits « de souche ».
Pendant quelques dizaines d’années, Rabat, alors connue en Europe sous le nom de Salé-le-Neuf, est le siège d'une cité-État, la république du Bouregreg, jusqu’à l’avènement des Alaouites, qui s’emparent de l’estuaire en 1666. Sa principale activité est la course en mer contre les chrétiens, notamment contre les Espagnols, qui lui procure la totalité de ses ressources. La république salétine devient ainsi un des principaux centres de la course barbaresque en Afrique du Nord, en concurrence avec les Ottomans qui dominaient Alger, Tunis et Tripoli. Les corsaires de Salé-le-Neuf s'aventurent très loin dans l'océan Atlantique, parfois jusqu'en Islande et jusqu'à Terre-Neuve, au large de l'actuel Canada.
Rabat sous les Alaouites vignette|gauche|Rue près du mellah de Rabat en 1900.
Rabat devient une ville impériale dans la seconde moitié du , sous le règne du sultan (1757-1790), qui y fait édifier un palais et une mosquée. Un de ses successeurs, Moulay Slimane (1792-1822), vient y résider durant les grandes révoltes siba qui frappent le Moyen-Atlas et menacent Fès, et y fait également construire une mosquée. Sa décision d'arrêter la course barbaresque entraîne le déclin de l'activité maritime de la ville.
Une publication de 1901 rappelle l'existence à Rabat du quartier juif, appelé au Maroc « mellah », reconstruit vers 1811, où se trouvent de nombreux marchands juifs et seize synagogues au début du Meakin, Budgett, The land of the Moors; a comprehensive description, 1901, London : S. Sonnenschein & co., lim. New York, The Macmillan company, University of California Libraries. Lire en ligne.
Protectorat français En 1912, dans le cadre de l'instauration du protectorat français au Maroc, le général Lyautey décide de transférer la capitale de Fès à Rabat (en raison de la forte agitation des tribus autour de Fès). Le sultan Moulay Youssef y déménage quelques mois plus tard. En 1913, Lyautey fait appel à Jean Claude Forestier, qui rédige un rapport sur l'aménagement urbain des grandes villes marocaines, puis il engage Henri Prost en 1914 pour dessiner la « Ville nouvelle » destinée à abriter les institutions du protectorat et la population européenne.
Après l'indépendance En 1956, à la fin du protectorat, le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef () maintient Rabat comme capitale. Son fils , en 1961, et son petit-fils en 1999, confirment ce choix, tout en alternant les séjours dans les différents palais du royaume, selon la tradition des souverains chérifiens.
De la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusqu'en 1963, les États-Unis disposent d'une base militaire aérienne à Rabat.
Culture et patrimoine
Patrimoine mondial
Depuis Au fait Maroc http://www.aufaitmaroc.com/maroc/societe/2012/6/29/rabat-inscrite-sur-la-liste-du-patrimoine-mondial-de-lhumanite_181570.html, un ensemble de sites de la ville de Rabat est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en tant que bien culturel : la « ville nouvelle » (édifiée au début du protectorat), la kasbah des Oudayas, le jardin d'essais botaniques, la médina, les remparts et portes almohades, les sites du Chellah ou de la mosquée Hassan (dont la « tour Hassan » est le minaret), le mausolée Mohammed-V et le quartier habous de Diour Jamaâ.
Enceintes et fortifications
Protégeant les faces sud et ouest de la ville, une enceinte importante est construite par les Almohades à la fin du . Elle est composée de deux longues murailles rectilignes, se coupant à angle aigu, d’une longueur totale de plus de cinq kilomètres, d’une épaisseur de plus de deux mètres et d’une hauteur moyenne d'environ huit mètresM. Essemmar, Le tissu urbain de la ville du Ribat El-Fath de ses origines jusqu'au .
Ainsi est enfermée une superficie de près de quatre-cent-vingt hectares, englobant le plateau supérieur qui domine aujourd’hui le Chella, pour assurer, en cas d’attaque, la sécurité des parties basses de la ville. Le rempart ouest est percé de quatre portes, à intervalles assez réguliers : Bab El-Alou, Bab El-Had, Bab Er-Rouah et Bab El-Hdid, la dernière étant incluse dans l’actuel Palais royal. Le rempart sud n'en comportait qu’une seule, Bab Zaër. Comme la plupart des murailles édifiées par les Almohades, cette enceinte construite en béton d'une grande solidité, riche en chaux grasse, a admirablement résisté. Régulièrement flanquée de tours carrées, sa courtine est couronnée d'un chemin de ronde, bordé à l’extérieur d’un parapet aux merlons coiffés de pyramidions.