L'histoire de la Savoie présente une synthèse des différentes périodes de la Préhistoire à nos jours de l'entité géographique et historique appelée Savoie, un territoire dont la définition a varié au cours des périodes historiques, jusqu'à être définie par les deux départements français de la Savoie et de la Haute-Savoie.
Le territoire de la Savoie comprend le « pays situé entre le Rhône et les Alpes, au sud du lac Léman et au nord du Dauphiné »., selon l'abbé Adolphe Gros. La Savoie forme ainsi un « bloc solide, une sorte d'épais tronc d'arbre allongé du Nord au Sud sur et gonflé d'Est en Ouest sur une centaine, soit une superficie un peu supérieure à ».. Elle offre des paysages variés, marqués par l'empreinte alpine, des Préalpes, les basses terres, aux sommets enneigés des Alpes, reliées par de grandes vallées intra-alpines. Ces dernières se trouvent à l'origine du découpage provincial traditionnel : Savoie Propre, Maurienne, Tarentaise, Genevois, Faucigny et Chablais.
L'histoire commence avec un peuplement dont les traces remontent à la préhistoire, à partir du avec des chasseurs-cueilleurs jusqu'à la sédentarisation sur les bords des lacs avec la présence de cités lacustres. Au cours de sa protohistoire qui commence vers le milieu du , le sous-sol riche en cuivre permet l'essor d'une proto-industrie produisant des objets, ainsi que de circuits commerciaux d'importation depuis les régions germaniques. Elle est habitée par des tribus gauloises comme les Allobroges, les Ceutrons, les Graiocèles ou encore les Médulles dans les premiers siècles avant notre ère avant que ces territoires ne voient l'intervention romaine, à partir du Les Romains remportent une première victoire sur les Allobroges en 121 , puis définitivement en -62. Les autres peuples sont conquis des années 16 à 7 Durant la période gallo-romaine, la Savoie actuelle correspond à la Sapaudie (en latin ), elle est ensuite occupée par les Burgondes, jusqu'à son intégration à la franque ou carolingienne.
Avec la disparition de l'empire, puis du royaume de Bourgogne, de grandes familles seigneuriales émergent et tentent d'accroître leurs possessions et leur pouvoir (édification des comtés de Maurienne, puis de Savoie ou encore de Genève). Les Humbertiens, implantés en Maurienne et à l'origine de la future maison de Savoie, contrôlent peu à peu l'ensemble de la région, en éliminant les maisons rivales, et prennent le titre de comtes de Savoie de manière définitive à partir du jusqu'à l'obtention du titre de « duc » en 1416. Le contrôle des cols alpins et des versants amène la tradition à surnommer les Savoie de « Portiers des Alpes ».... La maison comtale puis ducale contrôle peu à peu un territoire aux frontières mouvantes s'étendant de la Suisse alémanique à Nice, des portes de Lyon à la plaine turinoise.
Regardant de plus en plus (c'est-à-dire de l'autre côté des Alpes, vers l'Italie), la maison de Savoie délaisse son berceau de la Savoie au profit de sa politique italienne. Annexée pour les uns, réunis pour les autres, la Savoie passe à la France voisine, avec le traité de Turin de 1860. Province pauvre au début , elle connaît un développement grâce à l'exploitation de la houille blanche au et au développement touristique thermal, puis hivernal, à partir du début du , mais aussi à l'activité métallurgique fine, issue de l’horlogerie implantée en Faucigny dès le , ou lourde dans les grandes vallées de Tarentaise et de Maurienne au . Ces activités permettent d'arrêter l'hémorragie migratoire. Au cours de la seconde moitié du , des mouvements identitaires revendiquent une spécificité culturelle, voire une souveraineté politique.
Préhistoire + Dates importantes - Des chasseurs néandertaliens en Chablais - Les premiers chasseurs de rennes - Les premières communautés d'agriculteurs sédentaires 2500/2000 Âge du Cuivre 2000/1350 Âge du bronze ancien et moyen : importation des bronzes 1350/800 Âge du bronze final : métallurgie et cités lacustres 800/50 Âge du fer : Hallstattiens et Alpins 300 Implantation des Allobroges -218 Passage des Alpes par Hannibal, par la Savoie selon certains auteurs
Âge de pierre Au cours de la période du quaternaire, les Alpes ont connu des périodes de crues et de décrues glaciaires. En raison des dernières avancées de la glaciation de Würm, les différentes traces ont disparu.. Toutefois, un site, permettant de découvrir d'anciennes traces de présence humaine dans cette région dans une grotte de la commune d'Onnion, dans l'actuel département de la Haute-Savoie., a été épargné. Située à une altitude de , dans les falaises du Rocher Blanc, la grotte du Baré a fait l'objet de plusieurs campagnes de fouille dans les années 1950. Elles ont permis de mettre au jour des outils de silex et des ossements appartenant à plusieurs espèces animales « comme l'ours et le lion des cavernes mais aussi des espèces encore présentes comme le lynx boréal, l'ours brun, le loup, le renard, le blaireau, la martre, le cerf élaphe, le bouquetin, le chamois, le lièvre européen, la marmotte », sur une période allant de à . Depuis 2013, la grotte a été murée afin d'en protéger l'accès et préserver le site.
Le glacier du Rhône, à la fin de la dernière glaciation, a libéré le lac Léman vers / Entre et , une occupation de chasseurs saisonniers a été attestée par les fouilles du . On a des gisements du Magdalénien, Azilien puis Mésolithique. Ces chasseurs de rennes puis de cerfs sont présents dans l'avant-pays (environ d'altitude). Au pied du Salève, à Étrembières près de Genève, furent trouvés, en 1833, des objets décorés datant du Magdalénien, dont un bâton à trou taillé dans un bois de renne et gravé d’un bouquetin et reconnu tout de suite comme la première œuvre d'art du Paléolithique. Il y a les grottes ou abris de Musièges et La Balme-de-Thuy, Haute-Savoie, de Saint-Thibaud-de-Couz, de Saint-Christophe en Savoie datant entre et ..
Au Néolithique (entre et ), des communautés sédentaires d'agriculteurs s'installent dans les plaines, et les grandes vallées d'altitude moyenne : de nombreux gisements les attestent. Les différentes campagnes de fouilles des littoraux lacustres, concernant une quarantaine de communes, ont permis de mettre au jour quarante-sept gisements concernant cette période et quarante-quatre pour la période suivante (âge du Bronze). Il s'agit, respectivement, de 4 et 2 sites pour le lac d'Aiguebelette, 9 et 19 pour celui du Bourget, 22 et 13 pour le Léman et 12 et 10 pour celui d'Annecy.
Les plus anciens vestiges, comme la nécropole d'Aime, sont datés du Néolithique moyen.
Au bord du Léman, à Thonon, lors des aménagements de contournement routier de la ville de 2004, une nécropole du Néolithique moyen de « type Chamblande » a été mise au jour au lieu-dit Genevray.. Le site a permis de découvrir 220 sépultures, datées entre et , soit du milieu du à la fin du .. alt=Photo de pierre creusée de marques de pieds et de cupules|vignette|La Pierre aux Pieds au-dessus de Lanslevillard. D'autres traces attestent d'une occupation des alpages par la présence du Mégalithisme alpin avec les centaines de pierres à cupules dans les vallées de Tarentaise ou de Maurienne situées à plus de d'altitude comme la Pierre aux Pieds, à sur le plateau de Pisselerand, sur laquelle on peut observer une cinquantaine de cupules, ainsi qu'un trentaine d'empreintes de pieds humains et la Pierre de Chantelouve ou Pierre des Saints, située à , sur laquelle il y a 150 cupules, de même qu'en Tarentaise, à Saint-Martin-de-Belleville, au hameau Villarenger, la Pierre aux Chouettes ou Pierre Chevète..
Au col du Petit-Saint-Bernard (), on peut observer un cromlech qui n'est pas obligatoirement du Néolithique.
Protohistoire Du cuivre, que l'on retrouve sous forme de haches plates (Sevrier, Faverges, Saint-Pierre-d'Albigny ou en Maurienne), est exploité vers .
L'âge du bronze ancien (2000/1600 ) commence avec les premières haches et épingles importées du Valais, zone de production active. Ces métallurgistes exploitent les gisements de cuivre de haute Tarentaise.
À l'âge du bronze moyen (1600/1350 ) ce sont encore des bronzes importés mais du sud-ouest de l'Allemagne.
À partir du , des importations d'Allemagne continuent mais une production locale de métal commence peu à peu sous l'influence majeure, probablement même apportée par des migrants de l'Europe moyenne qui implantent la civilisation des Champs d'Urnes. Un climat chaud et sec amènera une baisse du niveau des lacs sur le bord desquels ils installent des ateliers de métallurgistes et de potiers, dès , qui seront alimentés facilement en combustible par flottage. Ces stations littorales, (cité lacustre) dureront jusqu'au , submergées par la montée des eaux causée par une péjoration climatique importante. Les plus nombreuses seront sur le lac du Bourget qui a livré un très abondant matériel exposé au musée savoisien de Chambéry.
Dès l'âge du bronze moyen, les vallées alpines sont parcourues par un courant commercial entre la plaine du Pô et la Savoie qui reçoit des bronzes italiques (armes et bijoux). Vers , les mines de cuivre de Maurienne seront exploitées par les métallurgistes des lacs.
Durant l'âge du fer, à partir du , la Savoie reçoit les cavaliers éleveurs hallstattiens qui s'installent dans les plaines laissant leurs traces dans des tumulus (Gruffy, Saint-Ferréol, Talloires, La Tour, etc.) alors que des peuples indépendants issus de l'occupation de la fin de l'âge du bronze s'épanouissent dans les vallées de montagne : les Ceutrons en Tarentaise et en Faucigny, ainsi que les Médulles en Maurienne. Ce sont eux qui contrôlent et assurent le commerce entre la plaine du Pô et la vallée du Rhône, ce qui leur procure une richesse trouvée dans des bijoux funéraires originaux et abondants, caractéristiques d'une véritable « civilisation alpine ».
De cette époque datent des traditions alpines préchrétiennes (Autriche, Suisse, Savoie, Italie du nord, Slovénie), dont les personnages de Krampus, Berchta (Perchten), homme sauvage, participent d'un patrimoine culturel, folklorisé, en danger, en voie de disparition du fait de l'extinction des modes de vie traditionnels conservés plus longtemps dans les Alpes.
vignette|Carte du territoire des Allobroges.|alt=Carte représentant le territoire des Allobroges. Les Gaulois ne colonisent la Savoie qu'à partir du par une petite implantation au sud du lac Léman puis les Allobroges occupent, au quasiment l'ensemble des plaines préalpines : environs de Genève et du lac Léman, cluse de Chambéry, combe de Savoie. Plus à l'intérieur des terres, dans les vallées intra-alpines, on trouve encore les peuples indépendants qui commencent à être celtisés, surtout en Tarentaise où passe la route vers l'Italie, qui pourrait être celle qu'emprunta Hannibal lors de son passage des Alpes en 218 ... On trouve les Ceutrons en vallée de la Tarentaise et haut-Faucigny, les Médulles en basse-Maurienne et les Graiocèles en haute-Maurienne, très probablement sur le Mont-Cenis (Col du Mont-Cenis)...
La Savoie romaine
+ Dates importantes -121 Défaites des Allobroges face aux Romains -9/-6 soumission complète des Alpes vignette|left|Partition des Alpes occidentales entre les provinces de la Gaule et de l'Italie au temps de l'empire romain, vers 395. vignette|Carte de l'Italie du Nord sous Auguste. La future Savoie partagée entre l'Italie et la Gaule.
Cette partie des Alpes reste rebelle face à l'autorité romaine. La conquête de l'Allobrogie par les Romains se fait en plusieurs étapes entre 122 et