Le Dunkerque a été la première unité d'une classe de bâtiments de ligne français mise en service à la fin des années 1930, la classe Dunkerque. Sa principale caractéristique était de se situer nettement en deçà des limites posées par le traité de Washington de 1922, en termes de déplacement et de calibre de l'artillerie principale des cuirassés.

Remarquable par la disposition de son artillerie principale de , en deux tourelles quadruples à l'avant, sa vitesse d'environ , et sa silhouette comportant une grande plage avant, il avait été conçu au début des années 1930 en réponse au Panzerschiffe (navire blindé) allemand de classe Deutschland, pendant la courte période où l'on a pu croire que la limitation des armements navals conduirait à des limites de tonnage et de calibre draconiennes. La course aux armements navals ayant repris de plus belle, avant même sa mise en service, en 1937, le Dunkerque et son sister-ship, le Strasbourg, se sont retrouvés les derniers cuirassés français de moins de .

Pendant l'hiver 1939-1940, le Dunkerque n'eut pas la chance d'intercepter les « cuirassés de poche » allemands qu'il avait été conçu pour affronter. À Mers el-Kebir, en juillet 1940 il fut gravement endommagé par la Royal Navy, alors qu'il n'avait pas été envisagé qu'il dût, un jour, en affronter les bâtiments. Lorsque les Allemands, ayant envahi la zone libre, tentèrent de saisir les navires contrôlés par les autorités de Vichy, il est sabordé à Toulon, le .

Arrière-plan et genèse left|thumb|Fiche d'identification du Dunkerque par l'U.S. Navy en octobre 1942. Avant le début de la Première Guerre mondiale, alors que les super-dreadnoughts de la classe Bretagne étaient en construction, avec cinq tourelles doubles de , Charles Doyère, chef du Service des constructions navales depuis 1911, conçut, pour le programme de 1912, la classe Normandie. Sa caractéristique principale était le recours à des tourelles quadruples de . Cette solution était une première mondiale. La norme des constructeurs britanniques était la tourelle double, reprise en Allemagne, en France et au Japon, la tourelle triple étant une innovation italienne sur le cuirassé Dante Alighieri, copiée par la Russie et l'Autriche-Hongrie, que les États-Unis adopteront avec la classe Nevada.

Dès lors que le tonnage des bâtiments de ligne français se trouvait à l'époque limité par la taille des cales de construction disponibles, le recours à trois tourelles quadruples (une à l'avant, et deux à l'arrière), permettait d'avoir deux pièces de plus que sur les cuirassés de la classe Bretagne, pour un poids inférieur, ce qui permettait d'améliorer le blindage, avec une épaisseur de sur l'avant des trois tourelles, alors que les tourelles superposées avant et arrière des Bretagne n'avaient qu'une épaisseur de . Mis sur cale dès 1913, lancés en 1914, ces cuirassés ne seront jamais achevés, sauf le Béarn transformé en porte-avions dans les années 1920.

Les effets du traité de Washington de 1922 Le traité de Washington, signé en 1922, sur les limitations navales imposait un tonnage et un calibre de l'artillerie maximum pour les croiseurs de bataille et les cuirassés ainsi que les croiseurs et les porte-avions des cinq grandes puissances navales (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon, France et Italie). Concrètement, il interdisait pour dix ans la construction de nouveaux cuirassés, alors que se développait une course aux armements navals entre les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni, avec les projets et la mise en chantier des cuirassés américains des classes et South Dakota, des croiseurs de bataille britanniques du type G3, des cuirassés japonais des classes Mutsu et Tosa et des croiseurs de bataille de la classe Amagi. Il permet toutefois aux États-Unis d'achever trois cuirassés de la classe Maryland, aux Britanniques de construire deux cuirassés dans les limites de tonnage () et de calibre d'artillerie principale () du traité, et aux Japonais d'achever les deux cuirassés de la classe Mutsu. Tous les autres cuirassés en construction ou en projet ont dû être détruits ou abandonnés, la France et l'Italie ayant le droit de construire, à partir de 1927, deux cuirassés chacune, en remplacement de cuirassés anciens, et toujours dans les limites du traité.

L'Allemagne n'était pas soumise aux clauses du traité de Washington de 1922, mais à celles du traité de Versailles, qui lui interdisaient, en ce qui concerne les cuirassés et les croiseurs, de construire des navires d'un déplacement supérieur à , c'est-à-dire un déplacement inférieur aux croiseurs cuirassés de la classe Minotaur, ou aux pré-dreadnoughts de la classe Schleswig-Holstein, datant tous d'avant 1910.

Les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni utilisèrent les droits de construire des cuirassés que leur donnait le traité de Washington, mais ni la France ni l'Italie ne firent de même, en raison principalement de difficultés financières, mais aussi parce que, même dans les milieux spécialisés, la construction de cuirassés apparaissait très discutable, dès lors qu'il n'y avait eu, au cours de la Première Guerre mondiale, que des engagements de cuirassés aux résultats indécis, que les derniers combats décisifs entre navires de ligne étaient les batailles de la baie de Manille et de Santiago de Cuba, au cours de la Guerre hispano-américaine de 1898, et la bataille de Tsushima en 1905, entre Japonais et Russes. En revanche, la question de la sécurité des routes commerciales maritimes avait, au cours de la Première Guerre mondiale, eu une importance considérable, et les croiseurs y avaient eu un rôle plus important que les cuirassés. Les premières années suivant le traité de Washington ont donc vu la construction, par tous les pays signataires du traité, de très nombreux croiseurs dits de « classe », et plus tard « lourds », d'un déplacement de , armés en ce qui concerne les marines britannique, française et italienne, de huit canons de , et en ce qui concerne les marines des États-Unis et du Japon, de neuf ou dix canons de ce calibre, bâtiments rapides, et plus ou moins bien protégés. La France et l'Italie qui en construiront chacune sept, en commencent la construction autour de 1925.

À la fin des années 1920, les plus puissants cuirassés sont des navires armés de huit pièces d'artillerie principale, en quatre tourelles doubles, réparties également entre l'avant et l'arrière, soit de (classes Queen Elizabeth, ou Revenge), soit de (classes Maryland, ou Mutsu) qui ont été conçus avant le traité de Washington, et dont la vitesse atteint au maximum (avec la classe Queen Elizabeth) voire (la classe Mutsu). Sortent du lot, les deux cuirassés de la classe Nelson, avec trois tourelles triples de , toutes à l'avant, inspirés des croiseurs de bataille G3, mais avec un tonnage réduit de presque un tiers, d'où une coque moins longue, donc moins hydrodynamique avec moins d'espace pour les machines, d'où une vitesse de seulement. Dans les eaux européennes, trois bâtiments britanniques, conçus avant 1918, sont dotés d'une vitesse supérieure à , conformément aux idées de Lord Fisher. Celui-ci considérait la vitesse comme un moyen de défense plus important que le blindage. Ce sont deux croiseurs de bataille de la classe Renown, armés de six canons de , et le , premier cuirassé rapide, armé de huit . thumb|right|Le , entré en service en 1927, qui a inspiré les concepteurs des cuirassés français des années 1920. Le HMS Hood est alors le plus grand et le plus lourd des croiseurs de bataille à flot, et le le cuirassé le plus puissamment armée.

Dans le cours des années 1920

Les projets de cuirassés de L'Amirauté française, à la fin de la décennie 1920, sous l'emprise des limitations des armements navals édictées par le traité de Washington, ne cherche pas à mettre au point un cuirassé qui rivaliserait avec les mastodontes britanniques, américains ou japonais, elle se contente de modernisations des dreadnoughts (classe Courbet) et super-dreadnoughts (classe Bretagne), qui datent de la Première Guerre mondiale, modernisations que le traité de Washington autorise plus profondes que pour les marines américaine, britannique et japonaise. Mais, pour contenir une menace italienne, exercée sur les communications entre la France et l'Afrique du Nord, par les nouveaux croiseurs lourds de , dont les premières unités, la classe Trento seront mises en service en 1928-29, le chef d'état-major général de la Marine, le vice-amiral Henri Salaün, fait étudier, en 1926, un projet de navires « tueurs de croiseurs », définis comme des navires de ligne d'un tonnage égal à la moitié du tonnage maximum que le traité de Washington a fixé, pour construire des cuirassés, soit . Pour l'artillerie principale, on envisage deux tourelles quadruples de , à l'avant, combinant ainsi le choix des tourelles quadruples cher aux ingénieurs français pour la classe Normandie et le choix du tout à l'avant des Britanniques pour la classe Nelson, la protection doit permettre de résister aux obus de , et la vitesse doit atteindre 34 à 35 nœuds. Ces navires, très proches, par le tonnage et l'artillerie principale, des premiers croiseurs de bataille anglais, et , dont on a vu l'efficacité contre les croiseurs-cuirassés allemands armés de pièces de , aux batailles des Îles Falklands, ou du Dogger Bank, ont une protection insuffisante pour figurer dans la ligne de bataille, la démonstration en a été faite au Jutland.

Les croiseurs de bataille de En 1927-28, et alors que le vice-amiral Violette est le nouveau Chef d'État-Major Général de la Marine, les études sont orientées vers des navires d'un déplacement supérieur, définis comme des « croiseurs de bataille de ». Il s'agit en fait de réfléchir à la construction de cuirassés de , un déplacement « normal » de , correspondant à un déplacement « standard », tel que défini par le traité de Washington, de . Les plans retrouvés montrent des navires, ayant une silhouette inspirée des croiseurs de la classe Suffren, avec deux cheminées inclinées, portant trois tourelles d'artillerie principale, deux superposées à l'avant, une à l'arrière, une artillerie secondaire de en tourelles quadruples et une artillerie antiaérienne constituée d'affûts simples de , vraisemblablement le modèle 1926 qui a été mis en place sur les croiseurs lourds et Foch. Les installations d'aviation sont situées au centre des navires, avec deux catapultes latérales, une grue entre les cheminées et un hangar accueillant quatre hydravions, entre la cheminée avant et le bloc passerelle.