L'Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI) (en , Sāzmān-e Mojāhedin-e Khalq-e Irān ou Mujaheddin-e-Khalq) (ou MEK) est un mouvement politique iranien d’opposition au régime du chah Mohammad Reza Pahlavi puis à la République islamique d'Iran.
Fondée en 1965 en opposition au chah, l'OMPI demeure active en Iran et à l'extérieur, durant et après la révolution iranienne de 1979 à laquelle elle prit part. Elle est notamment fondée et dirigée par Mohammad Hanifnejad, puis dirigée par Massoud Radjavi, et demeure conduite en exil par son épouse, Maryam Radjavi.. L'OMPI boycotte le référendum constitutionnel iranien de décembre 1979, ce qui conduit Khomeini à exclure le chef de l'OMPI, Massoud Radjavi, de l'élection présidentielle iranienne de 1980Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedin, I.B. Tauris, 1989. pages 198 à 200.Katzman, Kenneth (2001). "Iran: The People's Mojahedin Organization of Iran". In Benliot, Albert V. (ed.). Iran: Outlaw, Outcast, Or Normal Country?. Nova. pages 101.
Le , l'OMPI organise une manifestation contre Khomeini dans le but de renverser le régime. Une trentaine de manifestants sont tués lors de la répressionErvand Abrahamian, The Iranian Mojahedin, I.B. Tauris, 1989. pages 206 à 207.. L'OMPI combat contre la République islamique d'Iran entre 1980 et 1988 au coté de l'Irak (en participant à l'opération Quarante étoiles et à l'opération Mersad), ce qui en fait la cible prioritaire de la République Islamique.
En 1986, l'Iran demande à la France d'expulser l'OMPI de son siège parisien. En réponse, elle rétablit son camp de base d'Achraf en IrakPiazza, James A. (October 1994). "The Democratic Islamic Republic of Iran in Exile". Digest of Middle East Studies. 3 (4): 9–43. doi:10.1111/j.1949-3606.1994.tb00535.x.Lorentz, Dominique; David, Carr-Brown (14 November 2001), La République atomique [The Atomic Republic], Arte TV. Elle compte désormais 3 000 membres dans un camp en Albanie après avoir été chassée d’Irakhttps://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/05/iran-les-moudjahidin-du-peuple-comptent-participer-a-la-chute-du-regime_6669633_3210.html.
L'OMPI est décrite par plusieurs sources comme étant le groupe d'opposition politique le plus important et le plus actif d'Iran.. Souvent considérée comme une secte, l’organisation est dotée de financements opaques et est impopulaire en Iran, notamment du fait de son alliance avec le régime de Saddam Hussein pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988). L'OMPI est membre du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI)http://www.ncr-iran.org/fr/content/view/27/44/ structure du CNRI. Elle s'est éloignée de la lutte armée dans les années 2000 et mène un intense travail d’influence depuis l’étranger, notamment en France, pour se poser en recours politique en cas de chute du régime iranien.
De 1997 à 2013, l'OMPI est classée comme organisation terroriste par les États-Unis, le Canada, l'Union européenne et le Japon, et par le Home Office britannique jusqu'en . Elle figure toujours classée comme organisation terroriste par l'Iran et par l'Irak post-Saddam. L’Ompi continue à entretenir de petites cellules clandestines en Iran qui ont avant tout une fonction de renseignement pour le compte de services occidentaux.
Opposition au chah et à la révolution islamique d'Iran Fondements idéologiques L'Organisation des moudjahidines du peuple iranien est fondée en 1965 par un groupe de jeunes intellectuels iraniens se réclamant d'un islam libéral, teinté d'idéologie de gauche. L'OMPI est la première organisation iranienne à développer systématiquement une interprétation révolutionnaire moderne de l'islamErvand Abrahamian, The Iranian Mojahedin, I.B. Tauris, 1989|pages=1-2. Cette interprétation contraste avec l'islam conservateur du clergé traditionnel de l'ayatollah Rouhollah KhomeiniErvand Abrahamian, The Iranian Mojahedin, I.B. Tauris, 1989. pages 1 à 2.. L'organisation est qualifiée d'« islamo-marxiste » par la Savak (police politique du chah). Selon l'intellectuel Afchine Matine-Asgari (2004), il s'agissait toutefois là d' pour stigmatiser les opposants au chahAfchine Matine-Asgari (2004), « From social democracy to social democracy : the twentieth-century odyssey of the Iranian Left ». In: Cronin, Stephanie, Reformers and Revolutionaries in Modern Iran: New Perspectives on the Iranian Left, Londres et New York: Routledge Curzon. (cité à l’origine dans Iran Policy Committee, White Paper, 13 septembre 2005, ). Cité par Ali Safavi, Erreur de calcul sur l'Iran, site du Conseil national de la résistance iranienne, 12 février 2006. Le CNRI lui-même affirme que Massoud Radjavi rejetait le matérialisme historique dès 1979, tandis qu'il s'était opposé dès les années 1970 à l'ayatollah KhomeiniAli Safavi, Erreur de calcul sur l'Iran, site du Conseil national de la résistance iranienne, 12 février 2006. En , l'ex-sous-secrétaire d'État américain écrit :
Pour Henry Sorg, le Parti des moudjahidines du peuple se fonde sur Henry Sorg, Le massacre des prisonniers politiques de 1988 en Iran : une mobilisation forclose ?, Raisons politiques, 2008/2 (), pages 59 à 87. À l'origine, le mouvement revendique l'inspiration du Front national de Mohammad Mossadegh, Premier ministre de 1951 à 1953 renversé par un coup d’État organisé par la CIA et le MI6, et est fortement influencé par les écrits d''Alî Sharî'atî, sociologue des religions et militant politique de l'opposition à la monarchie pahlavie. Les moudjahidines conjuguent tout à la fois la pensée d'un islam chiite politique, une approche socio-économique marxiste et la revendication d'une société sans classe, ainsi qu'une critique de la domination occidentale et un nationalisme révolutionnaire proche des mouvements de libération nationale du Tiers-monde<ref>Stéphanie Roza & Amirpasha Tavakkoli : Islamo-marxisme. Le cas des Moudjahidines du peuple. In "Lumières et anti-lumières en Iran. Un siècle de luttes politiques", p.197 - 205, 2026, PUF-Questions, </ref>. Même si les membres fondateurs de l'OMPI s'appuient sur les influences sociologiques de Marx, ils rejettent l'idéologie politique de ce dernier. D’un autre côté, les membres du groupe Peykar, qui se sépare de l’OMPI au début et au milieu des années 1970, se disent marxistesLincoln P. Bloomfield Jr. "Mujahedin-E Khalq (MEK): Shackled by a Twisted History". University of Baltimore College of Public Affairs. 2013. pages 20.Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedin, I.B. Tauris, 1989. pages 2, 101. L'OMPI projette l'image d'une . Tout au long de la révolution, l'OMPI joue un rôle majeur dans le développement de la , présentée comme Paidar, Parvin (2008), Women & Political Process 20C Iran (Cambridge Middle East Studies), Cambridge University Press, p. 244, .
Sociologie Une des caractéristiques de l'organisation à ses débuts est que sa base militante est extrêmement jeune. Elle mobilise une nombreuse population étudiante et lycéenne issue de la classe moyenne non fortunée, mais qui a eu accès à l'éducation. Ses membres appartenaient principalement aux cercles intellectuels iraniens, en particulier la classe moyenne salariée, les étudiants, les enseignants, les fonctionnaires et autres professionnels. Selon Ervand Abrahamian, « l'interprétation moderniste de l'islam par l'OMPI a séduit les jeunes instruits qui, tout en restant culturellement attachés à l'islam, ont rejeté ses interprétations cléricales démodées ». Contrairement au gouvernement de Khomeini, l'OMPI a accepté les concepts occidentaux (en particulier dans les sciences sociales)Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedin, I.B. Tauris, 1989. pages 227 à 230..
Les premières années Les moudjahidines du peuple sont créés en 1965 par trois anciens membres du Mouvement de Libération de l'Iran après l'arrestation des principaux dirigeants du parti. Hanifnejad, Mohsen et Badizadegan ont étudié à l'université de Téhéran, avant d'adhérer au Front National iranien puis au MLI.
La brutale répression des manifestations par le régime pousse l'OMPI à se tourner vers la lutte armée. Il s'agit d'un tournant dans l’histoire contemporaine de l’Iran. Avant cette date, il n’y avait jamais eu d’affrontements armés. Les manifestations contre le régime dictatorial du chah étaient toutes pacifiques. Certains militants reçoivent un entrainement militaire dans des camps de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban et en Syrie.
Quatre « groupes » spécialisés sont constitués : le « groupe des renseignements »; chargé de recueillir des informations sur des personnalités du régime et les membres de la Savak ; le « groupe d’approvisionnement », qui collecte armes et munitions ; le « groupe des artificiers », chargé de la préparation et du maniement des explosifs ; et enfin le groupe de la « formation militaire », qui assure l’entraînement des membres à la guérilla urbaine. Les moudjahidines doivent être des « révolutionnaires professionnels » et des guerriers polyvalents : « Chaque combattant doit être à lui seul une organisation ».
En 1971, elle planifie, lors de la commémoration, en grande pompe, du 2 500e anniversaire de la monarchie, des attaques contre des centrales et des barrages. 35 de ses membres sont arrêtés avant d'avoir pu passer à l'action, et sont jugés en . En août-, 90 % de ses membres sont exécutés, puis trois de ses fondateurs en , à la veille de la visite du président Nixon à Téhéran. L'organisation avait fait sauter, à l'occasion de la visite du président américain, des bombes contre une dizaine de sites partout en Iran, notamment contre les sièges de multinationales américaines, l’ambassade britannique et le mausolée de Rezâ Khân.
Au cours des années 1972-1980, l’organisation revendique d’autres attaques à l’explosif contre les immeubles de nombreuses sociétés américaines, britanniques et israéliennes, ainsi que des postes de police et des prisons iraniens.
1973 - 1979 : conflits internes et actes de violence du Peykar
En 1973, des membres du l'OMPI devenus marxistes (et qui ont ensuite formé le Peykar) lancent une lutte idéologique interne. Les membres qui ne se convertissent pas au marxisme sont expulsés ou signalés au SAVAKVahabzadeh, Peyman (2010). Guerrilla Odyssey: Modernization, Secularism, Democracy, and the Fadai Period of National Liberation In Iran, 1971–1979. Syracuse University Press.. Ce nouveau groupe marxiste adopte une identité laïque et extrémiste et s'approprie le nom de l'OMPI, tandis que de 1973 à 1979, l'OMPI musulmane survit en partie dans les provinces mais principalement dans les prisonsAbrahamian, Ervand (1982). Iran Between Two Revolutions. Princeton University. doi:10.2307/j.ctv1fkgcnz. Abrahamian, Ervand (1989). Radical Islam: The Iranian Mojahedin. I.B. Tauris. . .
Quelques mois avant la révolution iranienne, le groupe se nomme Peykar (Organisation de lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière) le Abrahamian, Ervand (1989). Radical Islam: The Iranian Mojahedin. I.B. Tauris. . . Le , le lieutenant-colonel Louis Lee Hawkins est abattu devant son domicile à Téhéran par deux hommes à moto. En 1975, un officier de l'armée de l'Air iranienne impériale est tué. En , une voiture transportant trois cadres américains de Rockwell International est attaquée et William Cottrell, Donald Smith et Robert Krongard sont tuésAbrahamian, Ervand (1982). Iran Between Two Revolutions. Princeton University. doi:10.2307/j.ctv1fkgcnz. Piazza, James A. (October 1994). "The Democratic Islamic Republic of Iran in Exile". Digest of Middle East Studies. 3 (4): 9–43..