L' est l'une des quatorze subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon L'époque de Heian (794-1185).. Cette période, précédée par l'époque de Nara, commence en 794Dans certains ouvrages, la période de Nara s'arrête en 784, lors du déplacement de la capitale de Nara à Nagaoka. Les auteurs, considérant la proximité de Nagoaka de Heian, font démarrer la période Heian en 784 et non en 794. et s'achève en 1185 avec l'époque de Kamakura.. L'ancienne capitale, Nara (Kansai), est abandonnée au profit de la création de Heian-kyō, future Kyoto (Kansai).
L'époque de Heian (mot qui signifie « paix » en japonais) est considérée comme l'apogée de la cour impériale japonaise, et est célébrée comme l'âge d'or de la culture et de l'art japonais, notamment la poésie japonaise, la littérature japonaise et la peinture dans le style japonais, yamato-e.
Périodisation L'époque de Heian fait suite à l'époque de Nara et commence en 794 après le déplacement de la capitale du Japon à Heian-kyō (littéralement « capitale de la paix », aujourd'hui Kyoto) par l'empereur Kanmu, , qui cherchait à fuir l'influence des puissants monastères de Nara. Cette période est considérée comme un sommet de la culture japonaise, toujours admirée par les générations ultérieures. Elle voit également la montée en puissance de la classe des bushis (guerriers), qui finit par prendre le pouvoir, mettant fin à la période Heian et commençant ainsi la période médiévale de l'histoire du Japon.
De l'empereur Kanmu à la régence des Fujiwara Heian ancien (794-967) Lorsque Kanmu déplace la capitale à Heian-kyō (Kyoto), qui demeure la capitale pour les mille années suivantes, il ne le fait pas seulement pour renforcer l'autorité impériale (en la soustrayant aux puissants monastères de Nara et .), il le fait également pour améliorer géopolitiquement le siège du gouvernement. En effet, Kyoto dispose d'un bon accès à la mer via la rivière Yodo qui débouche dans la baie d'Osaka et est également accessible par la route depuis les provinces de l'Est.
Le Heian ancien () est une prolongation de la culture de l'époque de Nara. La capitale Heian-kyō est basée sur le modèle de la capitale chinoise Chang'an, comme l'était Nara, mais sur une plus grande échelle. Malgré le déclin des réformes Taika-Taihō, le gouvernement impérial est vigoureux durant le Heian ancien. Le fait que Kanmu ait évité toute réforme drastique a diminué l'intensité des luttes politiquesIl s'est efforcé d'améliorer le système administratif de style Tang qui était en usage alors : ., et il est connu comme l'un des empereurs les plus puissants de l'histoire du Japon.
Les liens familiaux de Kanmu avec les immigrés coréensSur les immigrations coréennes, voir période Yayoi : Origine de la transition de Jōmon à Yayoi et Période Kofun : Toraijin : les étrangers. P.-F. Souyri emploie le terme kikajin pour « familles d'immigrants », longtemps regardés, au Japon, pour leurs connaissances dans le travail des métaux. sont un fait avéré : sa propre mère est issue d'un clan d'immigrés coréens originaires du royaume de Baekje (Paekce). Le général chargé de la lutte contre les « barbares » du Nord, Sakanoue no Tamuramaro, est issu d'une famille d'immigrés coréens, les Aya, qui servent la cour depuis plusieurs générations. Enfin, les terres sur lesquelles devait être implantée la future capitale, Nagaoka, sont au cœur des domaines d'un autre clan d'immigrés, les Hata.
Bien que Kanmu ait abandonné la conscription universelle en , il continue de mener de grandes offensives militaires pour, à la fin d'une guerre de , prendre le contrôle des Emishi, un peuple vivant dans l'Est et le Nord du Japon, et distinct des populations occupant les régions actuelles d'Aomori et de Hirosaki, et qui échappent toujours au régime des codes. Ces dernières sont proches des populations du Hokkaido avec lesquelles elles entretiennent des relations intenses. À la capitale, on les appelle Ezo. Après des victoires temporaires en , Kanmu nomme un nouveau commandant sous le titre de Seii Taishōgun (« Grand général pacificateur des barbares », souvent abrégé en Shogun). En 801, le shogun vainc les Emishi et étend les domaines impériaux jusqu'à l'extrémité orientale de Honshū. Cependant, la domination impériale sur les provinces est devenue très ténue. L'armée impériale fonctionne mal.
Après la mort de Kanmu en et une guerre de succession entre ses fils, deux nouveaux organismes sont mis en place dans un effort pour ajuster la structure administrative Taika-Taihō. À travers le nouveau « Bureau privé de l'empereur », celui-ci peut émettre des édits administratifs plus directement et avec plus d'assurance qu'auparavant. La nouvelle Police métropolitaine remplace la Garde impériale, au rôle largement cérémoniel. Bien que ces deux organismes renforcent temporairement la position de l'empereur, ils sont bientôt, à côté d'autres structures d'origine chinoise, complètement dépassés par les réalités d'un pays en plein développement.
En , Taira no Masakado se soulève dans le Kantō ; c'est la première fois qu'un groupe de guerriers autonomes se manifestePierre-François Souyri, Histoire du Japon médiéval : Le monde à l'envers. éditions Perrin, collection de poche Tempus 2013, p. 12..
De la même manière que les Soga avaient pris le contrôle du trône au , les Fujiwara du s'imposent par des mariages successifs avec la famille impériale, et un de leurs membres devient le premier dirigeant du Bureau privé de l'empereur. Un autre Fujiwara devient régent pour son petit-fils, un empereur encore mineur, un autre encore devient kanpaku, régent d'un empereur adulte. Avant la fin du , plusieurs empereurs avaient tenté sans succès de se débarrasser des Fujiwara. Durant un temps, cependant, au cours du règne de l'empereur Daigo (), la régence des Fujiwara est suspendue, l'empereur régnant directement. Un peu plus tard, en 1068, l'empereur Go-Sanjō (1034-1073) règne alors qu'il n'a aucun lien avec les Fujiwara, mais il est aussi le premier empereur du Japon en dont la mère n'est pas une femme du clan Fujiwara. Cependant, à la fin du , Fujiwara no Mototsune, lui-même régent (sesshō) de l'empereur, obtient la création d'une nouvelle fonction, « grand rapporteur » (kanpaku), qui décharge l'empereur du travail administratif lorsque celui-ci est adulte.
Âge d'or de la culture japonaise vignette|upright=1.5|Senzui byōbu (« paravent à décor de paysage »), v. 1050-1100. Couleurs sur soie, six feuilles, « Ce paravent figure un coin de forêt où une cabane d'ermite est enfouie parmi des pins fleuris de glycine. […] Cette œuvre montre la transition entre le style ancien et le Yamato-e. […] Ce paravent a probablement été peint dans la seconde moitié du , d'après une œuvre chinoise » : : article « Senzui byōbu »., milieu de l'époque de Heian. Musée national de Kyoto (autrefois au Tō-ji).
L'influence chinoise chute de manière effective après la dernière mission impériale en Chine en 838. La dynastie Tang est alors en déclin, et le fait que les bouddhistes chinois soient sévèrement persécutés ruine le respect des Japonais pour les institutions chinoises d'alors. Le Japon commence à se replier sur lui-même. En 894, l'ambassadeur Sugawara no Michizane, lettré sinophile, s'oppose au projet de renouer les relations, prétextant l'instabilité à la fin des Tang. Il craint probablement aussi pour l'évolution de sa situation s'il s'absente de la cour. Cette décision et la poursuite de cet isolement pendant quatre siècles permettent l'épanouissement du caractère national. Après la phase d'imitation absolue de la culture chinoise au cours des époques d'Asuka et de Nara, l'élite adopte une attitude plus sélective voire critique à son égard et montre la volonté d'affirmer « l'esprit du Japon », le Yamato-damashiiYamato-damashii : . L'apogée de l'influence des Tang se situerait vers 710, lors de l'installation de l'impératrice Genmei dans le nouveau palais de Heijō-kyō (Nara) : . L'arrêt des ambassades officielles avec la Chine (entrée en guerre civile, avant que ne s'imposent les Song) date de 894, et correspond à l'extension de la puissance des grandes familles, où les membres de la branche nord de la famille des Fujiwara prennent l'ascendant sur les autres : .. Cet esprit se manifeste nettement dans les arts que pratique cette élite (littérature, calligraphie) ou qu'elle favorise (peinture, architecture, laque, etc.). C'est ce qui fait de cette époque un âge d'or de la culture japonaise.
Cet « âge d'or » ne concerne qu'une infime minorité de la population, les aristocrates, qui vivent en vase clos, à la capitale. Cette élite, à lire les journaux intimes et les romans, se montre complètement indifférente au sort des autres catégories sociales, sachant que les 99 % de la population, les paysans, ont à peine de quoi survivre et que les famines, qui les frappent, surviennent à tout propos..
; cependant, l'introduction des kana favorise le développement de la littérature japonaise. Les premières anthologies poétiques, les premiers récits historiques contemporains et les premiers romans paraissent à cette époque. Les plus célèbres sont les récits amoureux des Contes d'Ise et du Dit du Genji (). Les poèmes waka sont tous écrits en caractères japonais et non en chinois classique.
La peinture yamato-e, du nom de la région située entre Kyôto et Nara, pratiquée à l'époque de Heian, emploie des codes qui se démarquent de la peinture chinoise, en particulier pour la représentation des scènes d'intérieur, selon la perspective aux toits enlevés, et dans la stylisation des corps en habits de cour, des hommes comme des femmes. Ce sont ces peintures qui enluminent les textes des romans, sur les rouleaux horizontaux illustrés (emaki) tels que les rouleaux illustrés du Dit du Genji, et des poèmes, ou des contes, comme les contes d'IseFukui Masumi dans : ., sur des feuilles séparées. On la trouve également sur des paravents et des cloisons coulissantes, avec des représentations imaginaires de saisons (shiki-e), de paysages célèbres (meisho-e) et de fêtes (tsukinami-e). La fin de l'époque voit aussi apparaître les premiers portraits..
Succès des Fujiwara et rébellions (967-1185) Nominalement, l'empereur règne, mais, à partir de 866, le pouvoir passe entre les mains des régents Fujiwara.. Au cours des , la plus grande partie de l'autorité est perdue en faveur des grandes familles, qui dénigrent le système de terres et de taxes d'inspiration chinoise imposé par le gouvernement de Kyōto. Le Japon de la période Heian connaît la stabilité, mais même si la succession au trône est assurée par l'hérédité dans la famille impériale, le pouvoir est à nouveau concentré, vers 1000, dans les mains d'une seule famille, le clan Fujiwara.