Le , parfois surnommé Hetzer, est un chasseur de chars léger produit par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale sur la base du châssis du tchèque. Conçu en urgence à la fin de l’année 1943 afin de disposer d’un chasseur de chars pouvant être produit dans les usines de l’ancienne Tchécoslovaquie occupée, il entre en production à partir d’ et commence à être livré aux troupes en . La production se poursuit jusqu’à la fin de la guerre, avec un total d’environ produites. Le a donné également naissance à une variante lance-flammes et à un char de dépannage.
Le est avant tout conçu comme une plateforme la plus simple possible pour le canon . Cette simplicité permet de le produire facilement et avec des ressources limitées, tandis que son armement lui offre une bonne puissance de feu. Le véhicule souffre néanmoins de quelques limitations au niveau du blindage, la protection des côtés et de l’arrière ayant été sacrifiée afin d’assurer une excellente protection vers l’avant. Cette combinaison entre armement et blindage lui permet ainsi de détruire à longue distance la plupart de ses opposants, alors que ceux-ci ne peuvent guère l’endommager de face. Le est en revanche particulièrement vulnérable sur les côtés, n’importe quel projectile de calibre supérieur à pouvant traverser son blindage à de longues distances.
Cette vulnérabilité, associée au manque d’expérience des équipages et des commandants d’unités dans les derniers mois de la guerre, réduit grandement l’impact du véhicule sur le déroulement de la guerre. Certaines unités sont ainsi entièrement détruites quelques jours seulement après leur arrivée sur le front en raison d’erreurs tactiques. Arrivé en trop faible quantités et trop tardivement, le n’a donc eu aucune influence sur le déroulement des opérations et l’issue de la guerre.
Dénomination La première désignation du véhicule, attribuée par le service de l’artillerie, est « » (« canon d’assaut nouveau modèle ») puis « ». Cependant, le service des troupes blindées le nomme en parallèle « », « chasseur de chars léger sur ». C’est finalement cette dernière dénomination qui l’emporte et le véhicule reçoit dans la nomenclature le nom de « ». Ce dernier est modifié le et devient « ».
Le surnom Hetzer qui est parfois attribué au est issu d’une confusion avec le E-10 Hetzer, un projet qui n’a pas dépassé le stade du prototype. Il semble que la confusion ait eu lieu pendant une réunion entre le et BMM portant sur le , mais pendant laquelle le E-10 aurait également été évoqué ; les Tchèques aurait alors compris que Hetzer était le nom du char qu’ils devaient produire. Lors des premières livraisons le , les unités rapportent donc avoir reçu des Hetzer, d’après les indications du fabricant, mais l’erreur est rapidement corrigée et dès le les rapports des troupes mentionnent le nom correspondant à la nomenclature. Il est toutefois possible que l’usage du nom Hetzer ait persisté au niveau de la troupe, Guderian expliquant à Hitler le qu’il s’agit du surnom que les troupes donnent au .
Chaque véhicule dispose par ailleurs d’un numéro de châssis, ou Fahrgestell Nummer, abrégé Fgst. Nr.. Pour le Panzerjäger 38 et ses dérivés, ce numéro débute par 32 suivi du numéro d’exemplaire, chaque usine ayant une plage différente de numéros. Les véhicules produits par BMM sont ainsi compris dans la plage 321001-323000 tandis que ceux produits par Škoda sont compris entre 323001 et 325000.
Développement La conception du est davantage la conséquence du hasard que d’une intention spécifique. L’Allemagne produit dès 1936 divers modèles de , ou canon d’assaut, un véhicule constitué d’un châssis de char sur lequel est montée une superstructure ouverte. Ces engins sont considérés comme des pièces d’artillerie et organisés en batteries au sein de la (« artillerie d’assaut »), une branche de l’artillerie. Afin de porter des canons de calibre plus important, les châssis deviennent de plus en plus lourds et à partir de 1942, des canons d’assaut basés sur le châssis du Panzer IV commencent à être développés, puis à partir du Panther en 1943.
Lors du bombardement de Berlin du , l’usine Alkett, principal site de production de canons d’assaut, est en grande partie détruite. Les autorités allemandes cherchent alors un autre lieu pour assurer la production et envisagent l’usine de (BMM) à Prague. Celle-ci n’est cependant pas équipée pour construire les canons d’assaut de qui sont devenus le standard de la Wehrmacht. Le besoin en véhicules de ce type étant toutefois critique, il est décidé d’utiliser tout de même l’usine, mais pour produire un canon d’assaut léger de .
La conception se déroule de manière accélérée, le véhicule étant assemblé en grande partie à partir de pièces existantes. Les composants moteur proviennent en particulier du Panzerkampfwagen 38(t) et ont donc déjà été longuement testés, ce qui dispense les Allemands de réaliser des prototypes. Les dessins sont proposés le à Hitler, qui les approuve immédiatement, puis une maquette en bois est présentée à l’Heereswaffenamt le . Hitler ordonne deux jours plus tard d’accélérer encore le programme et il est alors décidé de produire immédiatement trois exemplaires avant le mois de mars pour les faire essayer par les troupes. Le véhicule est accepté par l’armée en avril et vingt exemplaires sont produits pendant ce mois pour une présentation à Hitler le . Ces véhicules ne sont toutefois pas complets et doivent ensuite retourner à l’usine pour être terminés.
Production vignette|L’usine Škoda en 1945. Il est décidé dès le de commander mille véhicules et cette demande devient rapidement mille véhicule par mois, l’objectif devant être atteint en avec une montée en puissance progressive. Même si production est répartie entre l’usine de BMM et celle de Škoda, il s’agit d’une cible de production particulièrement ambitieuse étant donné que même les usines allemandes n’ont jamais dépassées trois cents véhicules par mois. Les usines choisies n’ont par ailleurs jamais atteint de tels chiffres, le record de BMM étant d’environ la moitié tandis que Škoda n’a jamais produit de chars à cette date. En plus de BMM et Škoda, qui produisent certains éléments et sont chargés de l’assemblage, des composants proviennent également de Linke Hoffman à Breslau et de Poldihütte à Komotau, tandis que le canon provient d’Allemagne.
BMM parvient à tenir la cible de production de mai à juin, mais ne parvient pas à produire les deux cents exemplaires attendus pour le mois de juillet en raison du manque de certains composants. Par ailleurs, les véhicules produits sont souvent déficients, avec notamment des problèmes de joints occasionnant des fuites de carburant ou d’huile. Ils sont toutefois quand même acceptés par l’armée, qui a désespérément besoin de véhicules blindés, mais il est décidé de réduire les objectifs de production entre août et décembre afin de permettre un travail de meilleure qualité. La difficulté à tenir la cadence est accentuée par les bombardements alliés, qui ciblent non seulement les usines, mais également les lignes de communication, compliquant l’acheminement des composants qui ne sont pas produits sur place ainsi que des matières premières. L’usine Škoda est ainsi bombardée deux fois en octobre et trois fois en décembre, réduisant grandement sa production pendant cette période ; BMM ne connaît toutefois son premier raid majeur que le .
Ni BMM ni Škoda ne parviennent à atteindre l’objectif fixé de cinq cents exemplaires par mois, le maximum atteint étant de quatre cent trente-quatre en . Alors qu’un total de était prévu à l’origine, cette commande est ramenée le à un chiffre plus réaliste de avant juin, date à laquelle une version plus simple à fabriquer, le Jagdpanzer 38D, doit entrer en production. Afin de réduire l’impact des bombardements, les moyens de productions sont dispersés en . Ces déménagements entraînent toutefois des retards supplémentaires, qui sont rattrapés en imposant des journées de travail de quatorze heures aux ouvriers. Malgré toutes ces difficultés, un peu plus de du ont été produits.
Modifications en cours de production vignette|Jagdpanzer 38 du Panzermuseum de Münster. Le périscope du conducteur modifié indique un véhicule produit après . Un certain nombre de modifications plus ou moins visibles ont été introduites en cours de production, sans que cela ne donne lieu à la création de versions identifiées. Les différences visibles peuvent éventuellement permettre de situer approximativement la période de production d’un véhicule spécifique. La limite n’est cependant pas forcément claire, des anciennes pièces pouvant être réintroduites sur la chaîne en cas de problèmes d’approvisionnement en composants plus récents.
Les roues ont été modifiées à plusieurs reprises dans le but de faciliter la production. Cinq versions de la poulie de retour se sont ainsi suivies : la version d’origine a un bord extérieur plat percé de douze petits trous, nombre réduit à six avant ; suit un modèle à rayons soudés avec huit trous, puis à arêtes estampées avec six trous, qui est remplacé par un modèle plat à six trous. Le dernier modèle, plat à quatre grands trous, n’a été introduit que dans les dernières semaines de la guerre et caractérise plutôt les chars produits après guerre pour les armées tchécoslovaques et suisses.
D’autres améliorations visent à renforcer la fiabilité. Certaines le font par la réduction de la masse et l’amélioration de l’équilibrage, par exemple avec le remplacement successif du mantelet en avril puis en par des pièces plus légères. D’autres touchent directement au train de roulement, par exemple avec le renforcement de la suspension en ou le remplacement sur les galets de roulement des boulons, qui ont tendance à se dévisser, par des rivets. Peu de modifications sont faites sur l’armement et la protection. La principale est la modification en du périscope du conducteur, dont la protubérance accroche les projectiles rebondissant sur le glacis.
Histoire opérationnelle Seconde Guerre mondiale Les premiers véhicules produits sont livrés aux écoles de formation, la Panzerjägerschule de Mielau en recevant sept en , puis l’Ersatzheer trente-huit entre juin et juillet. Ce n’est qu’au début du mois de juillet que le véhicule commence à arriver dans les unités combattantes, les premières à le recevoir étant les Heeres Panzer Jäger Abteilungen 731 et 743. Ceux-ci, auxquels s’ajoutent plus tard les , 744 et 546, sont les seules unités indépendantes à utiliser le Jagdpanzer 38(t). Le char n’est en effet pas destiné à être utilisé sous cette forme, mais à être intégré au sein d’une compagnie de chasseurs de chars rattachée à une division d’infanterie, à laquelle il fournit une force antichar mobile pouvant être employée en soutien. Ces divisions disposent normalement de quatorze Jagdpanzer 38(t), mais ce nombre est abaissé à dix à partir de afin de pouvoir équiper davantage de divisions.
Outre les unités allemandes, l’armée hongroise se voit fournir entre et . L’armée roumaine ne reçoit cependant aucun des trente exemplaires promis, les Allemands ayant priorisé leurs propres unités.
Utilisation après-guerre