La gare de Juvisy est une gare ferroviaire française des lignes de Paris-Austerlitz à Bordeaux-Saint-Jean et de Villeneuve-Saint-Georges à Montargis, située sur le territoire de la commune de Juvisy-sur-Orge, et sur celui de la commune d'Athis-Mons pour une bonne part des installations du triage, dans le département de l'Essonne, en région Île-de-France.
Mise en service en 1843 par la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO), elle devient au début des années 1860 une gare commune du PO et de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM), avec création d'une gare marchandises. Dans les années 1880, s'y ajoutent les trains de la ligne de la grande ceinture de Paris, ce qui nécessite l'ouverture du triage de Juvisy. Durant la première moitié du , les trafics voyageurs et marchandises continuent leur progression jusqu'à l'anéantissement du triage par des bombardements en 1944. Ensuite, le trafic voyageurs prend le dessus sur celui des marchandises ; le triage est fermé en 1986, et un projet de refonte de la gare voyageurs émerge au début du .
Elle constitue un carrefour ferroviaire majeur de la banlieue sud de Paris. Elle est en 2021, la deuxième gare ferroviaire la plus fréquentée de France derrière Lyon-Part-Dieu (hors gares parisiennes) avec 41 millions de passagers. C'est une gare de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), desservie par les trains des lignes C et D du RER, ainsi que par le réseau Ouigo Train Classique.
Situation ferroviaire Établie à d'altitude, la gare de bifurcation de Juvisy est située : au point kilométrique (PK) 19,038 de la ligne de Paris-Austerlitz à Bordeaux-Saint-Jean, entre les gares d'Athis-Mons et de Savigny-sur-Orge. ; au PK 21,129 de la ligne de Villeneuve-Saint-Georges à Montargis, entre les gares de Vigneux-sur-Seine et de Viry-Châtillon ; et au PK 91,910 de la ligne de la grande ceinture de Paris, entre les gares d'Athis-Mons et de Savigny-sur-Orge.
Carrefour ferroviaire majeur de la banlieue sud de Paris, Juvisy est la plus grande gare francilienne en nombre de voies (hors Paris intra-muros), avec treize voies dont douze à quai.
Histoire La Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO) met en service la ligne de Paris à Corbeil, le François et Maguy Palau, « 2.9 Paris-Corbeil », dans Le Rail en France : les 80 premières lignes 1828 - 1851, Palau, Paris, 2003 , 70-71..
La ligne passe par Juvisy où la bifurcation vers Étampes et Orléans, en construction, impose l'ouverture d'une gare que la compagnie n'avait pas prévue à l'origine. En 1841, Désiré Dalloz, qui a acheté le château de Draveil en 1837 et qui est conseiller municipal de la commune de Draveil, cède à titre gratuit un droit de passage sur ses terres pour la réalisation d'un chemin d'accès menant directement de l’église de Draveil au passage de la Seine et vers la nouvelle gare de JuvisyLaurent Brassart, Jean-Pierre Jessenne, Nadine Vivier, Clochemerle, ou, République villageoise ? : la conduite municipale des affaires villageoises en Europe, - , Presses Univ. Septentrion, 2012 , 266..
vignette|gauche|La gare provisoire en 1843. Bien qu'il y ait sans doute eu déjà un baraquement pour gérer la bifurcation pendant les travaux de construction de la ligne, la compagnie, dans son assemblée générale du , indique qu'il est prévu la construction d'une station à Juvisy « au point de bifurcation des deux lignes de Corbeil et d'Orléans »« Chemin de fer de Paris à Orléans : assemblée générale des actionnaires du 6 octobre 1842 », dans Journal des chemins de fer, , samedi 15 octobre 1842, 220..
Les de la ligne d'Orléans, depuis Juvisy, sont mis en service le par la compagnie du POFrançois et Maguy Palau, « 3.3 Juvisy-Orléans », dans Le Rail en France : les 80 premières lignes 1828 - 1851, Palau, Paris, 2003 , 97-98.. La station de Juvisy est officiellement mise service le avec un bâtiment provisoire en bois édifié en travers des deux branches de la bifurcationSite culture.gouv.fr : Mérimée : Gare de Juvisy, référence : IA91000713 (consulté le 10 avril 2014)..
En 1846 – 1847, le bâtiment provisoire est détruit pour être remplacé par une construction en maçonnerie, due à Adolphe Jullien, ingénieur des travaux de la compagnie.
Le nombre des dessertes de la gare continue à progresser ; en 1850, il y a quotidiennement plus de de trains dans chaque sens. Pour rejoindre ou revenir de Paris, il faut par un train direct et par un omnibusJean Bastié, La Croissance de la banlieue parisienne, Presses Universitaires de France, 1964, 122 ; extrait (consulté le 11 avril 2014)..
En 1851, la commune compte , ce qui marque une baisse démographique par rapport à 1846 (), l'arrivée du chemin de fer a eu un impact négatif sur les commerces du village qui n'est pas situé à proximité de la station. Certains métiers traditionnels comme « maître de poste » disparaissent et la création sur le bord de la Seine du « hameau de la station », qui compte et quatre maisons, ne compense pas encoreLouis Brunel, Juvisy au : le détournement du pavé royal de Lyon, ses conséquences économiques et humaines, Société historique et archéologique de Corbeil, d'Étampes et du Hurepoix, 1975, 152 ; extrait (consulté le 11 avril 2014)..
En 1857, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO) et à la nouvelle Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM), lesquelles, après de complexes négociations incluant l'État, signent un accord le , confirmé par le décret du . Cet accord concerne, entre autres, l'attribution au PLM de l'embranchement de Juvisy à CorbeilJean Chaintreau, Jean Cuynet, Georges Mathieu, Les chemins de fer: Paris-Lyon-Méditerranée, éditions La Vie du Rail, 1993, 38 ; extrait (consulté le 11 avril 2014)., dont le transfert d'une compagnie à l'autre est prévu lors de la mise en service de la section de Corbeil à NeversAdolph Demeur, Les Chemins de fer français en 1860. Statuts des compagnies, notices historiques, situations financières, 1860, 39 ; extrait (consulté le 12 avril 2014)., et à terme une gestion commune de la gare par les deux compagnies. Le , elles signent une convention qui repousse le transfert de l'exploitation à l'ouverture du raccordement de Villeneuve-Saint-Georges à Juvisy, ou au plus tard au « Compagnie du chemin de fer d'Orléans : Rapport », dans Journal des chemins de fer, , avril 1863, 223 ; extrait (consulté le 12 avril 2014)..
La compagnie du PLM met en service son raccordement de Villeneuve-Saint-Georges à Juvisy le et la compagnie du PO lui remet le même jour la ligne de Juvisy à Corbeil sur laquelle elle met en service sept trains de voyageurs desservant la gare de Juvisy où les deux lignes sont parallèles sans embranchementFrançois et Maguy Palau, « 6.10 Villeneuve Saint Georges-Juvisy : 18 mai 1863 », dans Le Rail en France : le Second Empire tome 2 1858-1863, Palau, Paris, 2001 , 191.. Juvisy devient alors une gare d'échange entre les deux réseaux, avec la construction d'une halle en bois, pour les transbordements, édifiée à la fourche entre les deux réseaux. Dès l'année suivante, 1864, la connexion entre les réseaux est réalisée avec la création de la gare de marchandises qui permet les manœuvres des wagons et facilite les transbordements du réseau du PO à celui du PLMS. Taboury, P. Martin, À la croisée des chemins : la gare de Juvisy-sur-Orge, dossier Banque des savoirs, Conseil général de l'Essonne (consulté le 13 avril 2014)..
vignette|gauche|Le premier bâtiment en maçonnerie après la mise en place des passerelles.
Sur la ligne de Grande Ceinture, un service de voyageurs est assuré à partir du , avec l'ouverture de la section de Noisy-le-Sec à JuvisyL'aventure de la Grande Ceinture par Bruno Carrière et Bernard Collardey, La Vie du rail, 1992, page 26.. La boucle est fermée le , lors de la mise en service du dernier tronçon entre Versailles-Chantiers et Savigny-sur-OrgeL'aventure de la Grande Ceinture par Bruno Carrière et Bernard Collardey, La Vie du rail, 1992, page 35..
Durant les années 1880, l'élargissement des voies du PO accroît le trafic de la gare, ce qui nécessite de nouveaux aménagements. Des travaux importants sont entrepris dans la gare marchandises pour qu'elle devienne un véritable triage, véritablement opérationnel le . Le triage emploie 330 personnes qui devront progressivement quitter Paris pour s'installer à proximité des emprises ferroviaires pour raisons de service sur Juvisy, Athis-Mons et les environs ; ce qui conduit à une spéculation immobilière. Les cheminots s'organisent pour construire un habitat à un prix maîtrisé comme avec la création de sociétés coopératives comme le Cottage d'Athis.. Cette évolution de l'activité de marchandises nécessite d'adapter le bâtiment voyageurs ; entre 1884 et 1888, il est agrandi pour le service et rehaussé d'un étage destiné au logement du chef de gare. On ajoute également vers 1880 deux passerelles métalliques au-dessus des voies, l'une débute rue d'Estienne-d'Orves et l'autre rue de Draveil. Elles aboutissent toutes les deux, par des escaliers, dans la cour de la gare pour relier les secteurs ouest et est de la villeMatthieu Hemery, Juvisy : un nœud émergeant, projet de fin d'étude, pôle PHC, groupe P. Leitner, École nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette..
En 1894, un dépôt de locomotives, avec un atelier pour l'entretien courant et les petites réparations, est installé dans l'ancienne première halle à marchandisesSite culture.gouv.fr : gare de dépôt de Juvisy, inventaire topographique, référence IA91000976 (consulté le 13 avril 2014). et en 1895 la Compagnie du PO construit à Athis-Mons des habitations permettant le logement de employés sur le site de la gare de Juvisy. Le , une collision meurtrière révèle les difficultés d'exploitation de ses installations.
vignette|Le bâtiment construit en 1907.
Juvisy aborde les années 1900 avec . La compagnie du PO, pour améliorer le trafic de sa ligne, électrifie la section de Paris-Austerlitz à Juvisy en 1903, et quadruple les voies jusqu'à la gare de Brétigny en 1904. Cela va lui permettre d'augmenter la cadence de circulation des trains. En 1905, les passerelles qui surplombent les voies sont reliées, au niveau du bâtiment de la gare, afin de faciliter la traversée de l'emprise ferroviaire par les habitants. L'évolution rapide du site nécessite la démolition du bâtiment voyageurs, ce qui oblige à ouvrir un bâtiment provisoire pendant les travaux. Le nouvel édifice, complété par un souterrain pour l'accès aux quais, est mis en service en 1907 et est conçue en s'insérant sous la passerelle métallique devenue continue. Il est repérable par sa tour horloge.
La passerelle métallique supérieure ne disparaîtra qu'en 1934 avec la construction du pont supérieur de maçonnerie enjambant les voies.
Le , le trafic voyageurs prend fin sur la section nord de la Grande ceinture comprise entre Versailles-Chantiers et Juvisy via Argenteuil. Par contre, il subsiste sur la section sud, entre Juvisy et Versailles via Massy - PalaiseauL'aventure de la Grande Ceinture par Bruno Carrière et Bernard Collardey, La Vie du rail, 1992, pages 26 et 190..
En 1944, le triage et les installations connexes vont être complètement détruits par des bombardements alliés organisés dans le cadre de la préparation du débarquement du mois de juin. Néanmoins, c'est le premier bombardement, celui de la nuit du 17 au qui est le plus destructeur, pour les installations ferroviaires, le patrimoine bâti des villes voisines, mais aussi les habitants, notamment de Juvisy (125 tués) et d'Athis-Mons (267 tués).
Juvisy était une gare desservie par le TGV, sur la relation entre la gare de Brive-la-Gaillarde et celle de Lille-Europe. Créée en 2007, elle a été supprimée à la fin de ..