La condition des femmes dans la société iranienne a connu de nombreuses évolutions au cours de l'histoire, depuis l'égalité complète ou presque avec l'homme dans la mythologie ou aux temps préislamiques, la perte de leur indépendance durant la période islamique, le début de leur émancipation avec la révolution constitutionnelle, les grandes modernisations de l'ère Pahlavi, et enfin l'avènement d'une théocratie en Iran en 1979. Certaines de l'importance de leur place dans la société, des femmes s'impliquent dans le combat pour l'amélioration de la condition féminine et la reconnaissance de leurs droits par la république islamique. L'attribution du prix Nobel de la paix en 2003, à Shirin Ebadi, souligne l'importance d'un militantisme féminin qui inclut des femmes de toutes origines ethniques, et de tous points de vue religieux. Les femmes ont ainsi fait leur entrée dans les secteurs politiques, économiques, sociaux et culturels de la société.
Place des femmes dans la mythologie perse Pour comprendre la place de la femme dans la société iranienne, il convient d’abord de se pencher sur la mythologie perse décrivant la création du monde et les dieux des Aryens, dont on peut trouver le récit dans les textes sacrés zoroastriens tels que l’Avesta ou les Yashts. Ces écrits très anciens datent probablement de l’ère indo-iranienne (voir Indo-Iraniens), les mythes ont ensuite été repris en partie par Ferdowsi dans l’épopée du Shah Nameh
Le Yasht V (Aban Yasht) est consacré à la déesse Ardvi Sura Anahita, décrite comme une jolie femme au corps ferme et élancé. Elle est la déesse de toutes les eaux à la surface de la terre ainsi que de la pluie, de l’abondance, de la fertilité, des unions, de l’amour, de la maternité et de la victoire Avesta, Yasht 5. lire le Yasht 5 en ligne. Les Anciens voyaient en elle la source de la vie et elle symbolise la prépondérance du rôle féminin dans la société Article « Anāhīd » in Encyclopædia Iranica.. C’est une des raisons invoquées pour expliquer que les cérémonies de couronnements royaux se tenaient au temple d’Anahita.
Selon les mythes perses, Gayomartan, appelé Kayomars dans le Shah Nameh, est présenté comme le premier roi, qui a été tué par l’esprit du mal (Angra Mainyu), tout comme le taureau primordial a été le premier animal existant sur la terre (qui a donné naissance à toutes les autres espèces animales après avoir lui aussi été tué par Angra Mainyu). La semence de Gayomartan, purifiée par le soleil, fit germer un plant de rhubarbe qui, se développant lentement, se transforma en Mashya et Mashyana Bundahisn, chap.15. traduction anglaise de E. W. West, in Sacred Books of the East, volume 5, Oxford University Press, 1897, premier homme et première femme. Pour les peuples iraniens, homme et femme ont donc été créés en même temps, contrairement aux religions révélées (judaïsme et christianisme). De plus, le péché originel pour les Aryens est autant le fait de l’homme que de la femme, qui enjôlés par Angra Mainyu, voient en lui leur créateur Mythes perses, Vesta Sarkhosh Curtis, Seuil-Point, coll. Sagesse, 1994, .
Perspective historique Place de la femme durant l'Antiquité perse thumb|left|Fragment de bas-relief en bitume représentant une jeune femme et sa servante l'éventant, période néo-élamite, excavé à Suse. Conservé au Louvre.
On sait peu de choses concernant les femmes dans les civilisations pré-achéménides. Cependant, de nombreuses fouilles archéologiques portant sur divers sites iraniens, dont certains datent de , mettent en évidence l’utilisation de maquillage et colorants corporels, ainsi que d’instruments ayant servi à leur fabrication et leur application. De même, colliers, bracelets, broches, ou peignes ont été retrouvés dans des tombes féminines Ehsan Yaghmaie, How Women Applied Makeup 3000 Years Ago, Iran Chamber Society, 2006.. De plus, les doctrines religieuses développées durant la période zoroastrienne et pré-zoroastrienne attestent de l’égalité qui régnait entre l’homme et la femme Ali A. Jafari, Woman in the Gathas & the later Avesta, Circle of Ancient Iranian Studies (consulté le )..
L’absence de représentation féminine à Persépolis Massoumeh Price, Women’s lives in ancient Persia, Iran Chamber Society (consulté le 25/09/2006)., dont la pierre conserve l’histoire de la Perse antique, est remarquable. Tous les bas-reliefs et statues sculptés à l’apogée de l’empire achéménide y sont masculines, représentant des taureaux, des lions, des étalons ailés, des hommes guerroyant, ou des serviteurs marchant à la suite du roi. Cependant, une grande partie de Persépolis (particulièrement les intérieurs) ayant été détruite par Alexandre le Grand ou altérée par le temps, des chercheurs n’excluent pas la possibilité de représentations féminines aujourd’hui disparues. Sur d’autres sites antiques perses, des représentations féminines sur pierre ont été retrouvées dans un bon état de préservation. Une représentation de femme achéménide de haut rang est visible au Louvre, montrant celle-ci assise sur un tabouret et éventée par une servante. Sa mise soignée comprenant notamment du maquillage, suggère l’importance que l’esthétique pouvait revêtir à l’époque achéménide. Cependant, il existe aussi de nombreuses représentation féminines sur des sceaux et des gemmesHuyse, p.225-246..
Les sources connues au sujet de la vie privée à l'époque achéménide et sassanide apportent avant tout des éléments sur la vie du roi, de la famille royale, et dans une moindre mesure, des nobles et des courtisans. Les femmes jouaient un rôle dans la vie quotidienne sous la dynastie achéménide : elles travaillaient aux côtés des hommes dans les ateliers et y recevaient le même salaire, ce qui est attesté dans une certaine mesure par les tablettes élamites retrouvées à Persépolis. Il semble peu probable que la polygamie ait été la règle chez les Perses communs. En revanche, de nombreuses sources indiquent que les rois, et d'autres perses pratiquent la polygamie et ont aussi des concubines (parmi lesquelles certaines étaient achetées). La distinction entre femme légitime et concubine est attestée chez Hérodote, Plutarque, Dinon et CtésiasBriant, .. Plutarque souligne même la jalousie des rois envers ses concubines, lequel punissait de mort ceux qui s'étaient approchés de trop près de celles-ciPlutarque, Artaxerxès 27.1..
Les femmes de haute naissance pouvaient même avoir une influence sur les affaires de l’État, et les membres de la famille royale possédaient leurs propres domaines. Nombre de documents parvenus jusqu’à nous témoignent de leur implication dans la gestion des affaires : lettres portant sur l’acheminement de grain, de vin, ou d’animaux jusqu’au palais depuis des possessions lointaines. Les seules limites à l’autorité de la reine douairière étaient fixées par le souverain lui-même. De telles coutumes persistèrent jusqu’à l’empire Sassanide, avec moins d’importance, même si Purandokht (ou Bûrândûkht), fille du roi Khosrau II, gouverna l’empire perse durant presque deux ans Iranian Empress Purandokht, Who Preached Egalitarianism, CAIS, 25/08/2005.. À cette époque, le plus haut rang féminin était tenu par la mère du roi, puis la mère du prince héritier et enfin les filles et sœurs du roi. En fait, les femmes étaient divisées en deux catégories à l'époque sassanide : les femmes libres avaient des droits et des responsabilités légales, comme ceux de signer des contrats, de payer ses dettes, d'hériter. Ces droits n'étaient cependant pas égaux à ceux des hommes, car la capacité légale des femmes était comparable à celle des mineurs Lois Beck, Guity Nashat, Women in Iran from the Rise of Islam to 1800, University of Illinois Press, 2003, 253 p., lire en ligne, .. Les femmes esclaves, n'avaient que peu de droits ; elles étaient considérées comme une marchandise et leur valeur était généralement plus basse que celle d'un esclave masculin.
vignette|gauche|Une mosaïque de l’ère Sassanide déterrée à Bishapour. Certaines mosaïques représentaient des femmes dévêtues. Conservée au Louvre.
Les historiens pensent que c’est Cyrus le Grand qui, dix siècles avant l’Islam, a établi la coutume de couvrir les femmes afin de protéger leur chasteté. D’après cette théorie, le voile est ainsi passé des Achéménides aux Séleucides, ceux-ci l’ayant, à leur tour, transmis aux Byzantins. Par le biais des invasions arabes, il se répand ensuite au travers du monde musulman et reste connu en Iran sous le nom de chador Article « Chādor » in Encyclopædia Iranica..
Période médiévale et islamisation de l’Iran
La condition féminine en Iran change de façon importante au cours de la période médiévale. À partir de la conquête islamique de la Perse, le rôle social des femmes se modifie. Toute participation à la vie publique ou à l'exercice du pouvoir leur est interdite Massoumeh Price Translation Movements in Iran; Sassanian Era to Year 2000, Expansion, Preservation and Modernization, Iran Chamber 2000 (consulté le 13 octobre 2006). Des droits concernant la sphère privée sont également supprimés, et des lois s'inspirant de l’islam avantagent désormais les hommes. La polygamie est facilitée et le port du hijab devient la règle Zia Oloumi La condition des femmes iraniennes, oloumi.jurispolis.org 2005 (consulté le 2/10/2006).
Dans le Shahnameh, le grand poète perse et iranologue, Ferdowsi, lui-même marié avec une femme instruite et cultivée, présente une image de la femme perse contrastant avec cette situation juridique. Plus de vingt femmes apparaissent ainsi dans cette œuvre, toutes sages, intelligentes et respectables. Deux d’entre elles, Homai et Gardieh, deviennent « reines » de Perse au cours de l’épopée Helen Zimmern The Epic of Shahnameh, by Ferdowsi School of Engineering of Calgary (accédé le 27/10/2006). On peut avoir une idée de l’importance de la place que la culture perse réserve alors aux femmes et à leur beauté en considérant la multitude de chefs-d’œuvre qui leur sont dédiés ; que ce soit au travers de la miniature, de la peinture, ou de la littérature d’un Hafez, dont l’œuvre magnifie la féminité Priscilla P. Soucek, « Timurid Women: A Cultural Perspective », in Gavin Hambly, ed., Women in the Medieval Islamic World, St. Martin, New York, 1998, pp. 199-226. . L’image montrant une jeune fille habillée de beaux vêtements hauts en couleur, tenant une coupe de vin à la main, est un leitmotiv du portrait amoureux perse de l’époque. La forte charge érotique de ces images réside plus dans l’association des plaisirs enivrants du vin et de l’amour que dans une représentation, ici impensable, de la nudité. L’égalité des genres est l’un des principes de base de la culture perse, perdurant des siècles, tout comme chez les Zoroastriens.
Entrée dans l’ère moderne
Il faut attendre le pour que des femmes commencent à marquer l’histoire de l’Iran musulman.
Táhirih (Qurrat al-ʿAyn), née Fátimih Baraghání vers 1814 et exécutée en 1852, était une poétesse, théologienne et une figure majeure du mouvement babi, précurseur de la foi bahá’íe. Lors de la Conférence de Badasht en 1848, elle apparut sans voile devant une assemblée d’hommes, un épisode décrit par l’historienne Farzaneh Milani (Université de Virginie) comme l’un des premiers actes publics d’une femme retirant son voile dans l’Iran du XIXe siècle. Quelques années plus tard, les autorités l’ont exécutée. Elle est considérée par les baháʼís comme une figure importante de l’émancipation des femmes en Iran.