Une rente est, pour un particulier, une somme fixée à l'avance reçue périodiquement (par exemple chaque mois ou chaque année), pour une durée fixée d'avance (rente certaine) ou, éventuellement, pour le reste de sa vie (rente viagère), provenant du patrimoine de ce particulier. Une rente est également définie de façon plus générale comme le revenu provenant d'un patrimoine.

En économie, c'est une notion centrale (liée à celle de profit) mais qui a de multiples définitions selon les auteurs. De façon approximative, c'est un bénéfice supplémentaire qu'un agent économique peut obtenir par rapport à ses concurrents, parce que ses coûts de production sont inférieurs pour un prix de vente identique, ou parce qu'il est en mesure d'obtenir un prix de vente supérieur.

En finance, c'est un emprunt perpétuel (sans remboursement du capital, mais avec versement d'intérêts réguliers et fixes) émis par un État, constituant une source de revenus pour un particulier. Si la rente est payable en fin de période, elle est postnumerando ; si elle est payable en début de période, elle est praenumerando. Quant à la période de paiements, la rente est perpétuelle quand elle est toujours payée, ne connaît pas de terme, alors qu'une rente temporaire se paie pour une durée déterminée.

Historique

Les rentes constituées sont une forme de crédit qui s'est développée en France aux pour pallier l'absence de système de crédit bancaire, la religion catholique interdisant de toucher des intérêts. Le receveur des rentes pouvait être chargé de collecter celles bénéficiant à de riches personnages.

Le prêteur ne peut exiger de remboursement. Seul l'emprunteur peut en décider. Ce système permet à la rente de contourner la législation qui prohibe l’usure : la rente est dite « perpétuelle ». Par ailleurs, le droit du prêteur est en général assuré par une garantie sur un immeuble, un terrain, ou une autre rente, ce qui permet de limiter le montant de l'intérêt.

Le seul moyen pour le rentier de récupérer le fonds qu’il a prêté est de céder la propriété de la rente à un tiers, qui lui rembourse ce capital et perçoit les intérêts à venir (appelés « arrérages » ou « quartiers », versés par trimestre).

Colbert s'opposera aux rentes constituées dans les années 1660, lorsqu'il crée des manufactures car il Michel Vergé-Franceschi, Colbert, la politique du bon sens, Petite Bibliothèque Payot, 2003, 357., écrit l'historien Michel Vergé-Franceschi.

, lui répond, en bon élève, Louis XIV.

Entre 1704 et 1726, la France connaît un long épisode de tentative de réorganisation des rentes : entre autres, John Law tenta de les transformer en actions aux porteurs grâce à son système, misant tout sur le commerce colonial.

Physiocratie, économie classique La rente, en particulier la rente agricole, est au cœur de l’analyse économique tout au long du et du .

François Quesnay, chef de file des physiocrates, identifie dans son Tableau économique (1758-1759) plusieurs classes sociales ; la classe des propriétaires (l'aristocratie, le souverain, et le clergé), subsiste grâce à la rente versée par la classe productive (les fermiers).

Adam Smith (dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, livre I, chapitre 11Aux éditions GF-Flammarion, tome I, 221-349.) fait de longs développements sur la rente de la terre, en distinguant les produits qui fournissent toujours de quoi payer une rente, parmi lesquels il voit la nourriture, et les produits qui tantôt fournissent et tantôt ne fournissent pas de quoi payer une rente.

Ricardo (en particulier dans Des principes de l'économie politique et de l'impôt, chapitre II) ou Marx décrivent longuement les liens entre le niveau de la rente et le niveau de la production. En lien avec la théorie de la valeur, la rente est aux sources des débats sur la relation entre productivité, prix et profit.

Économie néo-classique Dans l’approche néo-classique, la rente n’est pas un prix mais un profit : en situation de concurrence pure et parfaite, les profits économiques sont nuls mais toute distorsion se traduit par l’apparition de 'rentes' (voir aussi rente de situation).

La plus classique est la rente de monopole ; en situation de monopole une entreprise pratique un prix supérieur au prix de marché et, en dépit d’une production inférieure, profite de marges supérieures.

Dans cette logique, et de manière plus ponctuelle, la rente est liée à l’idée de niche sur un marché. Dès lors qu’elles existent, la recherche de niches à l’abri de la concurrence (qu’il s’agisse de différences dans les produits, de distance entre les lieux de commercialisation, d’entente entre producteurs, etc.) peut devenir un élément moteur pour certains acteurs. La théorie économique sur la dynamique des innovations technologiques repose d’ailleurs beaucoup sur cette notion de rente : selon que la protection liée à un brevet sera extensive ou non, l’inventeur bénéficiera ou non d’une niche (absence de concurrence) plus ou moins importante. Une protection importante ouvre la porte à des usines, commerces ou logements dépend alors des modes de régulation propres au marché immobilier et du droit associé.

Revenu pour le rentier Une rente peut être obtenue « à titre onéreux » (lorsqu'il a fallu verser une somme d'argent, par exemple en souscrivant un titre de rente émis par un État) ou « à titre gratuit ».

La rente viagère, les pensions d'invalidité ou les pensions alimentaires sont ainsi des formes particulières de rente ou assimilables à des rentes.

La retraite, en revanche, n'est une rente que dans un système par capitalisation. Dans un système par répartition la retraite n'est pas un revenu de patrimoine qui a été acheté.

Le terme de rentier est en général réservé à un individu qui « vit de ses rentes », c'est-à-dire qui n'a pas d'« emploi » (même si par ailleurs la gestion de son patrimoine peut représenter un travail important) et qui dispose de revenus relativement fixes et sans risques (placement obligataires à base d'emprunts d'État ou garantis en or, revenus fonciers, contrats d'assurances ou de vente viagère, indemnités obtenues par voie judiciaire) et suffisants pour un train de vie moyen ou supérieur. Cela exclut les artisans ou professionnels libéraux, dont les revenus sont liés à leur travail même lorsque leur activité représente un capital important. Selon qu'on considère la rente comme un revenu fixe sans risque ou un le revenu provenant du patrimoine, les « capitalistes » sont ou pas des rentiers.

Les fortes périodes d'inflation liées aux deux guerres mondiales ont provoqué la « mort des rentiers », tandis que Keynes se félicitait de « l'euthanasie des rentiers » (façon de mettre au travail une frange de la population). Sur ce point Keynes rejoint les Classiques, à l'exception de Malthus pour qui la rente est un revenu qui augmente la fortune de la nation. En effet, Ricardo considère que les lois sur le blé (corn laws, en anglais) en rendant le blé plus cher augmentent le prix des terres et de la rente. Cette augmentation se fait au détriment des profits. L'augmentation de la part des rentes dans le PIB national et la baisse de celle, à la fois, des profits (et des salaires réels)Paul A. Samuelson, ..., p. 992 accroît le pessimisme de Ricardo et de sa progéniture sur l'avenir du système capitaliste. Par ailleurs, l'augmentation des coûts de production (au dix-neuvième siècle le salaire était évalué en grain) de l'entreprise capitaliste, et donc la baisse de ses profits, décourage l'initiative privée et l'innovation chère à Joseph A. Schumpeter. Pour encourager l'industrie, Ricardo était partisan de l'abolition des corn lows et favorable au libre échange. Certains chercheurs (E. Denison aux États-Unis et Colin Clark) estiment, cependant, que les ricardiens ont exagéré l'analyse de la rente en considérant que sa part dans le PIB national ne fait qu'augmenterPaul A. Samuelson, ..., p. 992 et 994. Contrairement au pronostic de ces auteurs, E. Denison estime que la part de l'agriculture dans le PIB national des États-Unis ne dépasse pas les 3 % à la fin des années 1960, bien qu'elle fût de 9 % avant la première guerre mondiale. Dans le même ordre d'idées, C. Clark constate, à partir des études internationales, que plusieurs pays de l'OCDE sont parvenus à remplacer le sol rare par le travail et le capital. Cependant, Paul Samuelson observe que malgré le progrès technique qui permet de substituer des produits synthétiques fabriqués à partir de produits abondants et donc moins chers, comme le charbon, l'air ou le pétrole, aux produits naturels et donc de satisfaire les besoins à bas prix et de baisser la demande portant sur les produits naturels et donc de diminuer, en fin de compte, la rente du sol, les revenus des propriétaires fonciers continuent, néanmoins, d'augmenter. En effet, pour Samuelson, dans les statistiques nationales modernes, le sol n'est pas intégré comme facteur de production à côté du capitalPaul A. Samuelson, ..., p. 994.

On a pu cependant légitimement considérer que les rentiers étaient victimes d'une véritable spoliation à l'occasion du phénomène de l'« effondrement de la rente » survenue avec l'apparition de l'inflation.

En effet, de nombreux rentiers avaient versé à des organismes de placement financier à l'époque où l'inflation ne sévissait pas, un capital destiné par contrat à être remboursé plus tard à eux-mêmes ou à un quelconque bénéficiaire, sous forme de capital ou de rente. Or le moment d'en percevoir le capital ou la rente étant venu, les bénéficiaires n'en ont reçu, en vertu du principe du nominalisme monétaire qui avait cours à l’époque (voir paiement en droit civil), que la valeur nominale, valeur bien inférieure à celle qu'elle aurait eu s'il avait été prévu de la revaloriser de l'inflation.

L'application de ce principe a ainsi permis dans le cadre de ces contrats, à de nombreux organismes de placement financier comme la Caisse des Dépôts et Consignations, de voir leurs actifs valorisés du fait de l'apparition de l'inflation dont ils n'avaient pas à tenir compte lors du remboursement des rentes correspondant aux capitaux versés par leurs clients à l'époque où l'inflation ne sévissait pas.

L'effondrement de la rente dont ont souffert les « rentiers » n'a donc pas eu que des inconvénients puisqu'elle a permis à ces organismes de se constituer à bon compte des actifs importants.

En matière de rente, le prix détermine le coût