Le maquis des Glières est un mouvement résistant français ayant opéré entre le et le , durant l'occupation allemande, sur le plateau des Glières, en Haute-Savoie. Créé par l'Armée secrète, il est commandé par le lieutenant Tom Morel et encadré notamment par des anciens du des chasseurs alpins d'Annecy. Le maquis se dissout après avoir été encerclé et pourchassé par la Milice et la Wehrmacht.

Le récit où près de auraient été opposés à allemands (les maquisards auraient tué et en auraient blessé 300 ; les soldats allemands auraient tué et en auraient blessé 150) est cependant un mythe (celui de la « première bataille de la Résistance ») forgé par le gaulliste Maurice Schumann pour contrebalancer la propagande de Philippe Henriot sur Radio-Paris, le premier omettant de mentionner que le plateau avait été évacué la veille de l'attaque générale allemande, après un baroud d'honneur, et le second prétendant que la confrontation avait eu lieu uniquement entre miliciens et maquisards. Ce récit a été démythifié en 1975 par l'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac qui a écrit : ..

Contexte La fonction de refuge du plateau des Glières s'impose vite lors de la Seconde Guerre mondiale à cause de la proximité de la Suisse où peuvent s'abriter des militaires en débandade, des Juifs ou des RésistantsGilles Emprin, « Le maquis des Glières », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 8 mai 2012.. En fait, le plateau est occupé épisodiquement seulement depuis l’arrivée des premiers réfractaires au STO en (janvier sur Champlaitier), et, grâce à l'agent secret britannique Peter Churchill, un premier parachutage a lieu le (un avion et quinze conteneurs largués)Michel Germain, Glières, mars 1944 - « Vivre libre ou mourir ! » - L'épopée héroïque et sublime, La Fontaine de Siloé, Les Marches (Savoie), 1994.. Le plateau des Glières ayant, plus tard, été homologué comme zone de parachutage d'armes par une mission franco-britannique composée d'un officier anglais du SOE (le lieutenant-colonel Heslop, dit Xavier) et d'un officier français (le capitaine Rosenthal, dit Cantinier), ce dernier, représentant de la France libre, convaincAlban Vistel, La nuit sans ombre - Histoire des Mouvements unis de résistance, leur rôle dans la libération du Sud-Est, Fayard, Paris, 1970, début février 1944, les chefs départementaux de l'Armée secrète (AS) (capitaines Clair et Anjot) d'y établir une base d'opérations en vue de harceler les Allemands lors du débarquement attendu des Alliés et de montrer à ceux-ci que la Résistance française, sous la direction du général de Gaulle, est capable d'actions de grande envergurePierre Montagnon, Les maquis de la Libération, 1942 - 1944, Pygmalion - Gérard Watelet, Paris, 2000. Rosenthal laisse croire aux résistants de Haute-Savoie qu'ils seront soutenus par des hommes parachutés, alors que dans le même temps, le BCRA lui précise qu'un tel soutien lui est refusé.

Combats de février et début mars 1944 vignette|upright=0.5|left|Les Étroits (Entremont). Pourchassés par les forces de l'ordre du gouvernement de Vichy qui a mis la Haute-Savoie en état de siège fin , de nombreux combattants de l'Armée secrète se rassemblent sur le plateau des Glières sous le commandement d'anciens cadres du de chasseurs alpins d'Annecy et de chefs aguerris de l'Armée secrète haut-savoyarde.

Ils sont bientôt rejoints par deux groupes de Francs-tireurs et partisans (FTP) (environ quatre-vingts, d'obédience communiste), qui veulent aussi des armes, par une cinquantaine de républicains espagnols réfugiés qui constituèrent le bataillon Ebro et d'autres hommes qui intégreront le groupe du maquis des Glières.

À partir de la mi-, ils sont assiégés par des gardes mobiles (de la Garde, ex-garde républicaine mobile dissoute en 1940, future garde républicaine en 1944 et gendarmerie mobile en 1954), des GMR (Groupe mobile de réserve de la police de Vichy) et des miliciens français qui veulent mener une opération de maintien de l'ordre strictement française. À ce moment, l'intendant de police Lelong dispose, pour toute la Haute-Savoie, de , de mobiles, de et de . Les forces vichystes effectuent une reconnaissance en force sur le plateau des Glières le , mais tombent dans une embuscade qui fait deux morts et six blessés dans leurs rangs. Les résistants réceptionnent trois parachutages d'armes légères d'infanterie, dont le plus important a lieu le Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « La bataille des Glières et la guerre psychologique », dans Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 99, juillet 1975..

Mais la nuit précédente, le chef des Glières, le lieutenant Tom Morel, est tué au cours d'une attaque du maquis contre un village tenu par un GMR. En effet, le , Tom Morel décide de mener une opération contre le commandement du GMR Aquitaine basé à Entremont au pied du plateau des Glières. Dans la nuit du 9 au , environ Yves Barde (général de gendarmerie), Glières 1944 - Histoire des combats de février et mars 1944, Historic'One, Annecy-le-Vieux, 2004. encerclent le village où cantonnent une soixantaine de GMR. L'un des groupes, commandé directement par Tom Morel, réussit à s'emparer de l'Hôtel de France, siège de l'état-major du GMR Aquitaine. Les maquisards désarment leurs prisonniers. Une violente discussion s'engage entre Tom Morel et le commandant Grégoire LefèbvreGrégoire Lefèbvre, né le à Felce en Corse, est le fils de Léon Théodore Lefebvre, gendarme à pied à Valle-d'Alesani en Corse, et de Marie Xavière Felce. Il participe à la Grande Guerre dans l'artillerie lourde. Il est cité à l'ordre de l'armée en et décoré de la croix de guerre 1914-1918 avec palme. Promu capitaine en 1938, il participe à la bataille de France en juin 1940. Il est cité à l'ordre de la d'infanterie par le général de Lattre de Tassigny le et décoré de la croix de guerre 1939-1945 avec étoile d'argent. Après l'armistice, il poursuit sa carrière dans la police et intègre les GMR en avec le grade de « commandant des gardiens de la paix ». Il est affecté au commandement du Groupe Aquitaine le . Le groupe quitte Toulouse pour la Haute-Savoie le et reçoit la mission de contrôler le haut de la vallée de Thônes. Il installe son poste de commandement à La Clusaz. Le , lors de l'attaque de l'Hôtel de France, siège de l'état-major des GMR, par les maquisards des Glières, Lefèbvre tue Tom Morel avant d'être lui-même abattu à son tour. Source : (en ligne), (en ligne)., le chef du GMR. Sortant de sa poche un petit revolver 6,35 mm, celui-ci tire alors à bout portant sur Tom Morel qui s'effondre, tué sur le coup d'une balle en plein cœur (selon les témoignages, entre autres, du maquisard René Dechamboux et de l'officier de paix Robert Couret, tous deux présents). Lefèbvre est immédiatement abattu. Le lieutenant Louis Jourdan-Joubert, puis à partir du le lieutenant Pierre Bastian, assurent le commandement par intérim du bataillon des Glières jusqu'au , où le capitaine Maurice Anjot, adjoint du capitaine Clair, chef de l'Armée secrète en Haute-Savoie, succède à Tom Morel.

Combat contre l'armée allemande et la Milice française Devant l'échec des forces françaises de maintien de l'ordre, les Allemands, qui leur avaient laissé les mains libres jusqu'au , décident de venir à la rescousse de leurs collaborateurs avec plus de , de l'artillerie et de l'aviation.

Le , deux jours après le grand parachutage du , l'aviation allemande commence à bombarder les chalets et la Milice lance quelques assauts, mais sans succès. La Wehrmacht déclenche alors l'opération (Haute-Savoie)Alain Cerri, La bataille des Glières (bibliographie commentée, liens et documents), Montréal, 1995, Annecy, 2023..

Pour le capitaine Anjot, la raison commanderait de se replier pendant qu'il est encore temps. Cependant, à l’initiative de Cantinier qui, au nom de la France libre, veut un combat exemplaire, un duel sur les ondes oppose Radio Londres à Radio-Paris au sujet du maquis des Glières. Celui-ci acquiert une renommée internationale et devient un élément important de la guerre psychologique menée pour conquérir l'opinion. C'est pourquoi Anjot décide de se battre afin de sauvegarder l'honneur, mais en tentant d'épargner le plus possible la vie de ses hommes. Dès lors, le maquis des Glières est en passe de livrer la première bataille « rangée » de la Résistance contre l'ennemi vichyste et allemand, avant le VercorsLe premier combat armé de la Résistance contre les Allemands sur le sol métropolitain a eu lieu au début de mois de février, dans l'Ain, lors de l'opération Caporal du 5 au ..

Le dimanche , trois bataillons de chasseurs de montagne de la Wehrmacht (le quatrième demeurant en réserve), ainsi qu'un groupement formé de miliciensJacques Delperrié de Bayac, Histoire de la Milice, 1918 - 1945, Fayard, Paris, 1969., de GMR, de gardes mobiles français et de grenadiers allemands, se préparent à attaquer le plateau. Tandis que l'aviation incendie une dizaine de chalets et que la Milice échoue de nouveau dans ses tentatives (col de l'Enclave), le commandement allemand envoie deux sections à l'attaque afin de tâter le dispositif de défense adverse : la première est aisément repoussée depuis les rochers (Lavouillon), mais la seconde, dans un secteur moins facile à surveiller (Monthiévret), parvient à tourner un avant-poste et à obliger les maquisards à se replier à la faveur de la nuit. Deux maquisards sont tués et plusieurs sont blessés, dont un grièvementAlain Cerri, Le combat décisif de Monthiévret, Montréal, 1995, Annecy, 2021..

Apprenant que les Allemands ont ouvert une brèche, et ses hommes privés de tout approvisionnement, le capitaine Anjot, qui estime l'honneur sauf, ordonne l'exfiltration du bataillon des Glières le à vingt-deux heures. Ainsi, quasiment dépourvus d’armes lourdes, bombardés par la Luftwaffe, pilonnés par l'artillerie allemande, les défenseurs, après avoir livré un baroud d'honneur contre la Milice et la Wehrmacht, évacuent le plateau dans la nuit du 26 au .

Le lendemain (), les Allemands, qui ont capturé quelques hommes, s'aperçoivent à la jumelle que des maquisards quittent le plateau de Glières. Ils donnent alors l'assaut général initialement prévu pour le , mais n'obtiennent pas le résultat escompté, le plateau ayant été promptement évacué. Néanmoins, traqués et souvent dénoncés par des collaborateurs français, les maquisards subissent de lourdes pertes : sur environ présents le . (cinq maquisards ayant fait défection le et treize le .), les deux tiers sont faits prisonniers ; environ cent vingt (et vingt sédentaires) meurent (tués au combat, sous la torture, fusillés ou déportés comme francs-tireurs et « terroristes »), et les blessés trouvés sur place sont abattus. Pratiquement toutes les armes et les munitions parachutées sont détruites ou tombées aux mains de l'ennemi. De leur côté, les Allemands n'ont que trois tués et sept blessés (dont au moins sept par accident) sur le plateau ou son pourtour.

L'événement connaît un grand retentissement dans le cadre de la guerre des ondes qui fait rage entre les Français de Vichy et ceux de Londres. Tandis que Radio Paris tait l'intervention allemande et glorifie la victoire des forces de l'ordre sur un qui se seraient rendus sans se battre, Maurice Schumann déclare à la BBC le :