vignette|Calendrier de 1280 (1863 de l'ère chrétienne), Musée Linden, Stuttgart.
Le calendrier hégirien ou calendrier musulman () [consulté le 17 août 2016]. est un calendrier lunaire synodique non solaire, [consulté le 17 août 2016]., [consulté le 17 août 2016]., fondé sur une année de 12 mois lunaires de 29 ou chacun. Le jour hégirien commence au coucher du soleil et s'achève au même moment le lendemain. On indique qu’une date est donnée dans ce calendrier en ajoutant la mention calendrier musulman, calendrier hégirien, ère musulmane, ère de l’hégire ou, en abrégé, H ou AH (du latin anno hegiræ).
L'année hégirienne compte 354 (année commune) ou (année abondante). L'année lunaire astronomique dure et , ce qui est plus court que l'année solaire d’environ ( plus précisément). Dans ce calendrier, le début du mois est déterminé par l'observation effective du premier croissant, qui correspond à la réapparition de la Lune dans le ciel nocturne (sous la forme d’un mince arc en « c » dans l'hémisphère sud, qui apparaît inversé dans l'hémisphère nord). S'il est visible au premier coucher de soleil suivant la conjonction lune soleil, le mois commencera le lendemain de la nouvelle lune. La conjonction lune soleil ne peut avoir lieu que le vingt-neuvième jour du mois finissant. Dans le cas d'une nouvelle lune entraînant l'impossibilité d'apercevoir le fin croissant, un trentième jour est ajouté au mois en cours et le surlendemain du 29 correspondra au premier jour du mois suivant.
La dénomination du calendrier apparaît tardivement, dans le dernier quart du . L'adjectif « hégirien » dérive de « hégire » (en arabe : , hijra, « expatriation, exil »), terme qui désigne ici le départ de Mahomet, en 622, depuis sa ville natale de La Mecque pour l'oasis de Médine, dans laquelle il arriva le lundi (12 rabi al-awwal de l'an 1 H)Muhammad Hamidullah, "Le Prophète de l'Islam, sa vie, son œuvre", El-Najah tome 2, Paris, 1998, à 711 et suiv. . En 639 de l'ére chrétienne, le calife Omar ibn al-Khattâb rendit officiel ce nouveau calendrier dont le premier jour, le , correspond pour la plupart des historiens au vendredi . Cette année-là, la nouvelle lune, nécessaire à tout début de calendrier lunaire, eut lieu le , mais le croissant lunaire ne pouvait être vu à l'œil nu que le ; le début effectif du mois de ramadan eut donc lieu le .
Le calendrier islamique fondé sur l’observation de la nouvelle lune n’est utilisé dans les sociétés musulmanes contemporaines que pour déterminer les dates associées à des célébrations religieuses. Ces événements sont d'une grande importance pour les fidèles de l'Islam, par exemple pour le choix des dates du ramadan.
Histoire Calendriers préislamiques La question du calendrier en usage à La Mecque ne fait pas consensus. Depuis l'article Mémoire sur le calendrier arabe avant l'islamisme publié en 1843 par Armand Pierre Caussin de Perceval, l'opinion dominanteCette approche était " acceptée […] jusqu’à une date récente de façon unanime, bien qu’il soit avéré désormais que ces thèses étaient infondées." : Robin, Topoi. défend un calendrier préislamique luni-solaire, les douze mois lunaires étant compensés d'un mois supplémentaire tous les trois ans, ce qui impliquerait un décalage d'un jour par an avec le calendrier solaireCh. Robin, "L'Arabie préislamique", Le Coran des Historiens, 2019, et suiv.. Pour Chebel, les prédécesseurs du calendrier de l'hégire étaient des calendriers luni-solaires qui comportaient des mois lunaires synchronisés avec le cycle solaire par l'intercalation d'un treizième mois, nommé nasīʾ, le différé. Ce mois, dans la péninsule arabique, était ajouté par certaines tribus entre le dernier et le premier mois de l'année et par les tribus juives selon les indications des autorités de Palestine, puis de Babylonie.. Pour Robin, l'article de Caussin de Perceval repose sur des "arguments et des présupposés illusoires". Pour l'auteur, aucun calendrier du Proche-Orient ne dérive, par rapport à l'année solaire, à partir de l'ère chrétienne.
Pour Christian Julien RobinVoir : Robin (Christian Julien), « Die Kalender der Araber vor dem Islam », dans Nora Schmidt, Nora Katharina Schmid & Angelika Neuwirth (édd.), Denkraum Spätantike. Reflexionen von Antiken im Umfeld des Koran, Wiesbaden(Harrassowitz), 2016, , le calendrier de La Mecque dérivait probablement de ses voisins, et sans doute de celui d'Himyar et ne dérivait pas par rapport à l'année solaire. Si le Mouharram de l'an 11, date traditionnelle du pèlerinage de l'Adieu et de la proclamation du nouveau calendrier, marque bien le début d'un cycle, alors le nouvel an préislamique devait tomber le , ce qui correspond approximativement à l'équinoxe de printemps et à la renaissance de la végétation. Pour l'auteur, "Non seulement l’Arabie des « rois » de Kindah était sous la tutelle de Ḥimyar, mais une tradition d’Ibn al-Kalbī rapporte explicitement que ces princes kindites avaient autorité sur le calendrier"Ch. Robin, F. Sa'id, "Inscriptions antiques récemment découvertes à Najrān (Arabie séoudite méridionale) : nouveaux jalons pour l'histoire de l'oasis et celle de l'écriture et de la langue arabes", CRAI 2014, III (juillet-octobre), .. Pour Déroche, l'Arabie du Sud, à l'inverse, utilisait un calendrier solaireFr. Déroche, "Calendrier", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, ..
Toujours selon Robin, "il apparaît que la tradition savante arabo-musulmane n’a rien retenu de la manière d’identifier les années chez les Arabes préislamiques, si on excepte quelques vagues réminiscences concernant MakkaChr.J.Robin, « L’Arabie à la veille de l’islam dans l’ouvrage de Aziz al-Azmeh, The emergence of Islam in Late Antiquity » TOpoi 21, 2017, ." Les traditionnistes attribuent les noms des mois al-mu᾿tami-burak à un calendrier de populations disparues depuis longtemps. Cette information a été modifiée dans une optique apologétique pour renvoyer celui-ci à un temps ancien. "En effet, aux premiers siècles de l’Islam, la conviction s’était installée que le temple de Makka rayonnait sur toute l’Arabie depuis des siècles et qu'en conséquence son calendrier était le seul qui était utilisé dans toute la péninsule". Basé sur un postulat faux, cette théorie d'un usage généralisé du calendrier de Makka "n'a rien d'historique".
Mise en place d'un nouveau calendrier Plusieurs termes sont utilisés dans le Coran pour évoquer des duréesLe mot yawm apparait ainsi environ dans le Coran : Fr. Déroche, Dictionnaire du Coran. ou la mesure du temps. Si la plupart appartiennent à des expressions particulières, comme "Jour du jugement", quelques-uns de ces passages évoquent un décompte du temps ou la fixation de célébrations religieuses. C'est le cas des évocations des mois qui se trouvent principalement dans des passages médinois. Le fondement lunaire du calendrier musulman est ainsi fixé par le verset 5 de la sourate 10 et le terme shahr ("mois") pourrait initialement avoir désigné la nouvelle lune. Se basant sur le système préislamique anwa''', l'exégése coranique identifie 28 phases et une révolution complete autour du zodiaque solaireA. Dallal, "Calendar", Encyclopedia of the Qur'an, vol.1, et suiv.. La sourate 2 (v. 185 et 189) rappelle le rôle particulier de l'observation directe dans la détermination du début du mois et des rites associés (jeunes, pèlerinage). La fixation du calendrier en se trouve dans la sourate 9, au verset 36 : .. Ces différents versets liés au temps posent des questions quant à leurs interprétationsN. SInaï, "Literary Growth and Editorial Expansion in Two Medinan Surahs", Islam and its past, 2017, et suiv..
Cette sourate évoque une autre quantité de temps, le nasīʾ, Les commentateurs y voit une référence au mois intercalaire des calendriers préislamiques, ce qui interroge quant à la sacralité de ce temps. Le Coran interdit expressément le mois intercalaire, pour se différencier de la pratique juive ou préislamique. Ainsi, le calendrier islamique est purement lunaire, ce qui cause un décalage annuel avec le calendrier solaire. La mise en place de ce calendrier peut correspondre à la volonté de revenir à un décompte primordial du temps mais peut-être aussi de séparer le calendrier des pèlerinages de celui des foires.
Le Coran ne donne aucune indication sur une date à partir de laquelle le décompte des années doit commencer. En Arabie préislamique, il est possible de dater une période à partir du début du règne d'un roi, du début d'une magistrature ou à partir d'un événement particulier. Ainsi, l'Arabie du Sud a utilisé des ères comme celle d'Himyar. L'Arabie du Nord a pu utiliser des systèmes des civilisations voisines. C'est le cas des inscriptions de Harrân fixées selon le calendrier de la province romaine d'Arabie. Cette ère, adoptée dans le Sinaï et le Hedjaz, commence en 106 avec l'annexion de la Nabatea par l'Empire romain.
L'adoption de ce calendrier, même si des sources plus tardives évoque une prescription plus ancienne, et la fixation du début de l'ère de l'Hégire au premier jour du mois de Mouharram de l'année de l'Hégire datent du califat d'Umar. Selon al-Birini, le choix de la date de l'Hégire pourrait correspondre au fait que ni celle de la naissance de Mahomet, ni celle du début de la Révélation ne font consensus. Il n'est pas non plus impossible que cela ne reprenne pas une coutume connue ailleurs, celle de dater en fonction d'un règne. Cette seconde option paraît plus plausible à Ch. Robin. Cela impliquerait que la volonté de marquer une nouvelle ère date d'Umar. Des attestations anciennes semblent soutenir une autre origine de cette modification calendaire. Ainsi, le papyrus PERF 558 évoque une année 22.
Quelle ère ?
« L'un des écueils réside dans le fait que si ces documents indiquent irréfutablement l'utilisation d'un nouveau calendrier, ils ne précisent nullement qu'il s'agisse du calendrier hégirien dans son acception définitive, même si le raccourci est tentant »Borrut, « De l'Arabie à l'Empire », Le Coran des Historiens, 2019, et suiv.. Ainsi, Imbert identifie les graffiti donnant une date sous la forme « en l'an 24 », comme étant le calendrier de l'HégireFrédéric Imbert, « Califes, princes et poètes dans les graffiti du début de l’Islam », Romano-arabica XV, Bucarest, 2015, et suiv.. Pourtant, cette ère musulmane est restée longtemps sans nom particulierYūsuf Rāġib, « Une ère inconnue d’Égypte musulmane : l’ère de la juridiction des croyants », AnIsl 41 (2007), .
Le terme hijra n'apparait que tardivement, en 977 pour la première attestation épigraphique et sa date d'apparition dans les colophons est inconnue. Un manuscrit achevé en 989 évoque « l'hégire des Arabes » (hiǧrat al-ʿarab) et un autre de 1314 « l’hégire arabe », ce qui créait une ambiguïté sur l'interprétation comme l'Hégire de Mahomet. Les inscriptions grecques des évoquent, par exemple, l'ère nouvelle selon le terme « année des Arabes ». De même, les sources syriaques ne rattachent pas l'ère arabe au déplacement de Mahomet.