Carignan (Carignano en italien, Carignan en piémontais) est une commune de la ville métropolitaine de Turin dans le Piémont en Italie. Autrefois tournée vers la corderie et la filature de laine, cette petite ville industrielle de la vallée du Pô conserve un patrimoine architectural de période baroque.

Toponymie en français : Carignan en piémontais : Carignan Géographie physique { "type": "ExternalData", "service": "geoline", "ids": "Q9182", "properties": { "fill": "#fc3", "stroke": "#000000" } } Carignan est une commune de la banlieue de Turin. Elle se trouve en rive gauche du Pô, à l'entrée sud de la métropole turinoise. Il s'agit de l'une des communes piémontaises les plus proches du fleuve et d'un port fluvial historique. Vers 1900, c'était l'une des plus grandes banlieues piémontaises, mais elle a connu un long déclin économique et démographique depuis la faillite des filatures Bona, qui faisaient vivre la ville.

Histoire vignette|left|L'église de la Miséricorde. Préhistoire Comme en témoignent les vestiges archéologiques du Garetìn, un îlot du Pô en aval du pont vers Carmagnole, on traversait déjà le fleuve entre les deux ponts de Carignan au Néolithique (les haches de pierre vertes du Piémont étaient exportées de la Grande-Bretagne à la HongrieCf. à ce sujet .). Selon toute probabilité, le fleuve a commencé d'être navigué dès l'âge du bronze (une hache de bronze de type CressierCf. . est exposée au musée de Carignan), et au cours des millénaires suivants, plusieurs pontons ont été jetés le long de son cours, soit comme quais, soit pour le passage à gué pour permettre les échanges commerciaux.

À l'emplacement du pont entre Racconigi depuis Lombriasco et Carmagnola (dans les prés de Casalgrasso), on a trouvé une épée votive du , d'un type déjà connu dans la vallée du Rhin : elle servait vraisemblablement de viatique pour le franchissement du gué. À partir du , la présence d'une communauté étrusque allochtone, se livrant au commerce transalpin, est documentéeD'après .

Époque romaine Sous le règne d'Auguste, à partir de 49 , la colonisation de la plaine se poursuit en amont de Turin, un territoire que les légions romaines n'avaient jusqu'alors que traversé, sans l'explorer, profitant d'une voie préexistante qui reliait les uns aux autres les habitats préhistoriques de Carmagnole et de Cavour, à travers un gué du Pô près de l'actuel Carignan.

Toujours au siècle d'Auguste, on construisit une deuxième voie romaine pour relier Turin à Carmagnole, passant selon toute probabilité par Carignan et traversant à gué le Po à cet endroit, ou peut-être près de Casalgrasso. Plus tard, plusieurs villages se formèrent autour de ce carrefour, comme en témoignent diverses trouvailles archéologiques : tombes romaines, vases, blocs de pavés et armes.

Forum Vibi Caburrum, chef-lieu de la Région augustéenne, l'« Italie Transpadane », limitrophe de la IX Région Taurinense selon le cours du Pô et du Chisola, est fondée sous le consulat de C. Vibius Pansa (43 av. J.-Chr.).

Les paroisses romanes

L'évangélisation du pays, attribuée selon l'hagiographie à Dalmas (), est mal connue. Il y a au moins trois églises romanes dans la région, aujourd'hui toutes rattachées au territoire communal de Carignan : Notre-Dame des Ormes, Saint-Rémi et Saint-Vit.

Leur emplacement, selon un alignement de repris aujourd'hui par une route, à vingt/trente mètres à l'écart du fleuve, recoupe fidèlement la voie romaine de Pollenzo et témoigne d'une certaine dispersion de l'habitat à l'époque. Aucune des églises ne peut être datée avec précision, mais les motifs permettent d'affirmer qu'on les a construites les unes après les autres, et qu'elles étaient sans doute déjà là au moment de la première occupation lombarde.

Période lombarde et carolingienne vignette|L'église Sainte-Marie-des-Grâces. De la période lombarde (568-774), on a retrouvé deux nécropoles et deux mausolées princiers près de Carignan. La plus petite nécropole se trouve à environ de Carignan, sur la route de Castagnole Piemonte ; la plus grande est près de la paroisse Saint Vit (cité Brüss ou Boatera). À ces deux sites sont annexées des maisons et encore reconnaissablesCf. ..

Les mausolées ont été retrouvés près des paroisses Saint-Rémi (hameau de Valdòc) et Saint-Vit (toujours la cité Brüss). Ces derniers, situés à seulement des nécropoles dont on a parlé, sont probablement d'origine plus ancienne et ont été récupérés par l'aristocratie lombarde ; ces sépultures semblent en fait constituer un exemple de continuité d'usage d'un site funéraire d'époque romaine et post-romaine plutôt rare dans le Piémont. Il pourrait s'agir du cimetière des membres de la nouvelle classe dirigeante militaire et politique ayant supplanté les propriétaires romains.

À l'époque carolingienne le pays passe sous la domination du Marquisat de Saluces et on parle alors de trois curtes (mottes fortifiées), une pour chaque paroisse : Saint-Rémi, Saint-Martin (nouveau nom de la paroisse de Saint-Vit) et Saint-Jean, apparues entretemps. Mais comme ailleurs dans le Piémont, le principal phénomène est le début du processus d'enchâtellement de la fin du premier millénaire.

Le château fort de Carignan Le château fort de Carignan avait été édifié au croisement de deux voies romaines, avec une aile prolongée vers le sud, pour y incorporer la paroisse Saint-Jean et la séparer de celle de Saint-Rémi. La "villa di Carignano" est mentionnée dès 1064 dans une donation (« trois entrepôts et un ponton ») de la marquise de Saluces, Adélaïde de Savoie, à Sainte-Marie de Pignerol. En 1159 l'empereur Frédéric Barberousse attribue la terre de Carnano à l'évêque de Turin.

Du château, il ne subsiste que l'enceinte extérieure, qui épouse les contours de la voie romaine longeant le port, qui se trouvait à plus au nord que l'actuelle. Les ponts franchissant les fossés

Au , un conflit opposa le comte Thomas de Savoie, allié aux villes de Carmagnole et d'Asti, aux marquis de Romagnano, alliés de Turin, Testona et Pignerol, à propos du gué de Carignano. Ces derniers firent construire la tour et le fortin appelés aujourd'hui « fort du Pô mortEn 2005, ce Po morto di Carignano a été classé « Site d'importance communautaire » (n°IT1110025). », pour protéger l'accès à un pont en bois (un peu plus au sud des quais) qui empêchait Carmagnole et Aste de construire à leur tour. Le pont reliait un îlot au centre du fleuve et se prolongeait par un pont-levis sur le bras de Villastellone, pour permettre le passage des barques qui approvisionnaient Turin avec le sel entreposé dans les magasins de Fortepasso. L'accord prévoyait que le château ne devait pas dépasser “i 500 fuochi”, mais en l'espace de 50 ans, le succès commercial du nouveau pont permit l'extension des remparts, occupant l'axe nord-sud et la porte de l'ouest d'un îlot et l'axe est-ouest au sud d'un autre îlot.

Au-delà de la porte du Pô, inaugurée peu de temps après la construction du nouveau pont, on perça de nouvelles portes : vers l'ouest, celle dite « porte du fossé » (rivellino) ; au nord, celle des Meinardi et au sud, la porte du Marché (porta del Mercato). Des manoirs s'établirent à cet endroit : il reste de ces hôtels particuliers une allée couverte sur la place Saint-Jean, et le couvent Sainte-Claire, qui avait quitté l'enceinte du châtelet de Saint-Rémi pour occuper le site d'une “certe case dei Provana” près de la porte des Meinardi, où l’église fut construite entre le et le .

Le , dans le contexte de la guerre de Succession de Mantoue, une armée française conduite par Henri II de Montmorency (1595-1632) s'empare de la ville et du château de Carignan (Piémont).

Les premiers rescindements du Pô

Les plus anciens travaux hydrauliques du cours du Pô remontent au , avec les ingénieurs Vitozzi et de Castellamonte. Ils n'ont laissé aucune trace visible sur le fleuve, tellement il a évolué depuis, à la fois naturellement et artificiellement : seuls restent les noms de certains lieux-dits, d'ailleurs presque oubliés.

Au cours du , l'avènement de l'artillerie avait rendus désuets les remparts médiévaux, rectilignes et de grande hauteur, qu'il fallait remplacer par des terre-pleins revêtus à l'épreuve des bombes, entrecoupés de fossés. À Carmagnole, avant-poste du Marquisat de Saluces, Gardezzana avait été remodelée en une citadelle à quatre bastions, sans ville à défendre (le château fort se trouvait entièrement à l'intérieur de la citadelle, étant donné sa taille fort modeste) couverte par trois châteaux extérieurs : ceux de Viurso, de San Giovanni et de la Moneta, à revers ; mais vers 1650, ces fortifications, trop vulnérables, furent laissées à l'abandon.

À Carignan, au contraire, on terrassa un simple terre-plein en arrière des remparts médiévaux, que l'on abattit pour fortifier les angles des oreillettes. Cette solution a favorisé par la suite l'expansion urbaine : on put établir à l'intérieur de l'enceinte des sièges conventuels et de nouveaux édifices sacrés, reprenant les anciens faubourgs résidentiels et permettant un transfert de la population vers la campagne.

C'est ainsi que l'on édifia la nouvelle église paroissiale de Saint-Jean, après avoir abattu la vieille église située entre les remparts ; que le couvent des Clarisses de Saint-Joseph, annexe de celui de Sainte-Claire, put s'étendre dans les années 1650. L'église du Suffrage ou de la Miséricorde (Battuti Neri), aménagée pour les votes de la communauté puis plus tard confiée à la confrérie, put reprendre le site de l'ancienne courtine à l'ouest du centre-ville, près de la porte du ravelin et le moulin des Rives.

L’édifice s’y substitue a deux maisons rachetées par la commune aux marges du cente-ville : de là, on voit l'ancien fossé, recoupé au nord et à l'ouest par le canal des Moulins. La confrérie du Saint-Esprit (celle des flagellants blancs) a trouvé son siège définitif au terme d'une série de déménagements qui l'ont menée de la périphérie vers le centre-ville, et qui ont mis en crise l'une des plus vieilles confréries de la ville. Le plus ancien monastère, celui des Augustins, fondé en 1476, se trouvait à la porte du Marché. À l'extérieur des remparts, Sainte-Marie-Madeleine, se dressait déjà près de l'actuelle chapelle de Notre-Dame de Lorette ; Saint-Martin d'Allodio (aujourd'hui Cascina San Martino), dont il reste l'abside romane de Saint-Vit. Sainte-Marie de Pogliano s'étendait, selon diverses sources, le long des remparts au bord du Pô.

Une proto-industrie : le travail du chanvre

La culture du chanvre à Carmagnole remonte au moins à l'année 1235, selon les archives de la commune. On le vendait tous les mercredis sous une halle adjacente au marché (qui était par ailleurs la garnison des Vigiles du Foyer et de la milice urbaine), comme le prouve l'interdiction du marquis Louis de Saluces d'arrêter les vendeurs du mardi soir à la fin de la journée du mercredi. La culture du “Gigante di Carmagnola”, semence de chanvre considérée comme la plus précieuse, se pratiquait sur la rive droite du Pô au-dessus du château Saint-Bernard. Les campagnes limitrophes se divisaient en une région de grandes exploitations (cascina) et une région de champs épars. Les limites, établies conformément à la juridiction de la paroisse Saint-Bernard, épousaient les contours des chemins ou des nombreux fossés. Le succès de cette culture venait d'une division du travail au sein des familles d'exploitants. La filature était confiée presque exclusivement aux femmes, tandis que les hommes s'occupaient du peignage, du brossage et du découpage.