vignette|redresse=1.1|Grande jarre. Grès biscuité à décor au bambou. Four de Suzu. , époque de Heian (musée national de Tokyo).

La , ou , est l'une des formes d'art les plus anciennes du Japon. Elle remonte à la période Jōmon (vers 15000 - ). La production s'est poursuivie sans discontinuer jusqu'à l'époque actuelle, donnant une large gamme de terres cuites brutes ou vernissées, poteries, grès et porcelaines selon des techniques de tradition japonaise mais aussi importées ou inspirées par les céramiques coréenne, chinoise et thaïlandaise.

Histoire Origines et préhistoire

L'apparition de la céramique pratiquée par des populations de chasseurs-cueilleurs à la période Jōmon (15000 - ) montre que la céramique n'est pas nécessairement le fait de cultures néolithiques. L'exemple japonais est particulièrement significatif sur ce point. Les premières poteries sont cuites sur feu ouvert, à basse température. Le décor est constitué, dans le Proto-Jomon, de bandes d'argiles appliquées ou de bandes en relief à motifs incisés. Parfois les décors sont limités à l'embouchure du vase, mais le plus souvent, ces décors vont de l'embouchure au milieu du corps. D'après les témoins archéologiques, ces poteries sont parmi les premières réalisées au monde.

Les poteries du Jōmon moyen sont bien plus élaborées que précédemment, elles atteignent même des sommets en tant que créations artistiques au Jōmon récent. Les bords des pots deviennent beaucoup plus complexes et décorés d'ornements graphiques Prudence M. Rice, On the Origins of Pottery, Journal of Archaeological Method and Theory, 6, , 1999, 1-54. Database on-line. Springerlink; consulté le .. Les ornements totalement exubérants des récipients du Jōmon récent, avec leurs motifs de « flammèches » en haut relief, les rendaient non fonctionnels, en tout cas pour un usage utilitaire.

L'art céramique du Jōmon moyen et surtout final se distingue par d'innombrables variantes sur des motifs de figurines essentiellement féminines (dogū) et des masques (domen) de terre cuite.. Les petites statuettes, d'une vingtaine de centimètres de hauteur, sont considérées comme des trésors nationaux au Japon. La stylisation très poussée de ces figurines donne lieu à des jeux formels complexes, mais chaque fois parfaitement cohérents du point de vue plastique : jeux de formes aux courbes tendues et couvertes de zones striées, aux grands yeux ronds ; jeux de formes rondes et couvertes d'arabesques proliférantes, contrastant avec de grands yeux immaculés, ouverts d'un unique trait horizontal.

Périodes Yayoi, Kofun et Asuka

Les émigrants continentaux, coréens, vers , au début de la période Yayoi, introduisent l'usage de la roue et la culture du riz. La céramique d'usage courant tout comme les céramiques funéraires sont toujours dans une terre cuite plus ou moins brun rougeâtre, obtenue par une cuisson en oxydation désignée sous le nom de hajiki (céramique haji).. Celle-ci continuera d'être produite jusqu'au pour les besoins de la vie quotidienne. Mais des formes nouvelles apparaissent au contact des nouveaux arrivants, dont la jarre globulaire, pour les réserves de riz, teinte en rouge.

thumb|Haniwa, sur un Kofun (reconstitution), . Terre cuite hajiki. Ōta, préfecture de Gunma, Kantō.

Entre, environ, 250 et la céramique haji (en particulier pour les haniwa) cuite à faibles températures () suit les techniques de l'époque Yayoi, reste poreuse, et est utilisée pour les jarres destinées à contenir des grains.

Au début du Kofun moyen, à la suite d'un nouveau flux de migrants coréens, à la fin ou au début du , on commence à cuire à une température supérieure à et en réduction.. Ainsi apparait une céramique, appelée sue-ki (poterie sue)., plus fine que précédemment, cuite à une température située entre et qui prend une couleur gris bleuté à gris foncé. En général mat, sans glaçure ce grès peut recevoir, par projection involontaire de cendre au cours de la cuisson, une glaçure partielle à la cendre de bois. Ces grès peuvent contenir des liquides, des boissons. Selon les « Chroniques du Japon » rédigées au , la nouvelle technique est introduite au Japon par des potiers coréens.. De fait, elle dérive directement de la céramique coréenne à l'époque des Trois RoyaumesNotice du Musée Guimet, 2016.. Les objets produits sont associés à des cérémonies rituelles et aux pratiques funéraires.

Les potiers emploient des fours tunnels (anagama) qui leur permettent d'atteindre . Des coulées vitrifiées brunâtres à verdâtres, causées par des cendres de bois déposées en fin de cuisson, donnent, parfois, à ces céramiques un revêtement partiel. Montées au colombin, leur aspect de surface montre aussi le travail d'égalisation approximatif réalisé au battoir sur la tournette. Un enfumage en fin de cuisson fait pénétrer du carbone qui lui donne cette couleur. Les premiers fours tunnels (fours couchés à une chambre, anagama) se situent, au début, près de la péninsule coréenne (au nord de l'île de Kyushu, face à la Corée), puis se concentrent dans la région centrale, où siègent le gouvernement et la cour impériale, en particulier dans la préfecture d'Osaka.

Du

Cette technique continue à être en usage jusqu'au et est à l'origine de plusieurs productions médiévales. Les fours médiévaux permirent, ensuite, d'affiner la production de grèsCéramique montée au colombin et au tour : . qui était encore produite à la fin du , particulièrement dans le centre de Honshu près de la ville de Seto dans la préfecture d'Aichi. Les articles issus de cette production étaient si couramment utilisés que seto-mono devint le terme générique pour la céramique au Japon. Les « grands fours », ōgama, restent des fours piriformes (en forme de poire) à chambre unique..

À l'époque de Nara, la culture chinoise est largement importée et assimilée. Ainsi la couverte aux trois couleurs, sancai, provient directement de la technique en faveur sous la dynastie Tang.

L'âge d'or des grès japonais,

Beauté de l'imparfait

Dans les temples zen et à la cour. du shogun Ashikaga Yoshimasa (1435-1490) un climat de liberté favorise l'émergence de nouvelles valeurs qui remettent en cause l'ancienne suprématie de la culture chinoise. Cette révolution esthétique conduit au style de préparation du thé dit wabi-cha.

À la demande des maîtres de thé, de nombreux articles, réalisés à la main, comportent une couverte répandue de manière aléatoire, parfois sous forme de taches qui s'écoulent, et, lorsqu'il y en a, la peinture manifeste la trace des gestes ; enfin certains articles sont volontairement déformés avant cuisson. Toutes ces « imperfections » soulignent ainsi l'originalité de chaque pièce.. Le contexte de l'apparition de ces ustensiles et des valeurs qu'elles incarnent est ici essentiel. La mode s'en répand dans le contexte violent de la fin du (Guerre d'Ōnin), dans le cadre de la cérémonie du thé.. Les valeurs qu'incarnent ces céramiques évoquent la noblesse de la simplicité, en relation avec les critères esthétiques et poétiques anciens du Japon (et en se détachant de la suprématie de la Chine en matière d'art). Ces critères prônent des qualités « froides, desséchées, solitaires ». Par ailleurs, le lieu lui-même, le pavillon de thé, évoque une simple chaumière. Les ustensiles dédiés au thé sont adaptés à cet espace exigu. Ils sont posés à même la natte de paille, face aux personnes assises sur le sol. Ils forcent le respect et sont exaltés par la couleur de la natte et par la lumière naturelle. À la place des ustensiles luxueux d'importation chinoise, ces objets qui se réfèrent à des critères esthétiques propres à la culture japonaise deviennent l'objet de commentaires esthétiques, après la consommation du thé.

Les fours anciens de Mino

L'ancienne province de Mino est située dans la partie sud de l'actuelle préfecture de Gifu. À l'origine c'est un grand « pays », divisé en trois régions, Seino, Chuno et Tono. D'Ouest (Tono) en Est (Chuno) on rencontre les municipalités de Tajimi et Kasahara, Toki, Mizunami et Kani qui constituent l'espace où étaient situés les anciens fours de Mino..

Les céramiques de Mino, en japonais , ont fait la richesse de cette région du Japon, à l'époque Momoyama et ensuite, plus précisément à partir de 1570-1580 lorsqu'elle devient, grâce à la mode de la cérémonie du thé, le centre de la céramique à couverte appliquée.. Dans les grands fours (ōgama) les potiers ont, alors, mis au point trois types de nouvelles couvertes : « seto noir », « seto jaune » et « shino ». La référence aux fours de Seto pour des productions de Mino tient au fait que l'on a longtemps cru qu'il s'agissait de productions des fours de Seto, au moins jusqu'à la découverte en 1930 de tessons de ces trois types sur le site d'un ancien four de Tajimi.

La couverte « seto noir » est obtenue avec une épaisse couche d'oxyde de fer exclusivement sur des bols d'une forme nouvelle, cylindrique. Lèvres et parois étant souvent reprises au couteau. Par un refroidissement rapide au défournement le potier tente d'obtenir un effet proche du brillant des laques. La couverte « seto jaune » est composée de cendres et d'argiles légèrement ferreux, et cuite en oxydation. Le décor est incisé et ponctué de taches brunes ou vertes, diffuses. Les céramiques « shino » sont réalisées dans une argile qui, après cuisson, prend une teinte qui va du beige au gris rosé.. La couverte est blanche mais présente des reflets. Certains sont de couleur unie (muji shino), d'autres peints (e.shino) : « premières céramiques à décor peint en oxyde de fer sous couverte ».

Les nouveaux fours de Karatsu et la céramique du thé

Les grès de Karatsu, produits essentiellement entre 1597 et les années 1630. ont initialement bénéficié du savoir faire des potiers coréens déplacés après 1597Ces déplacement suivent les invasions japonaises de 1592-1597 (Guerre Imjin), au cours desquelles bien des fours furent détruits et les potiers déportés au Japon. : .. Les potiers ont fait preuve d'une remarquable créativité en matière de formes et de couvertes. Ils ont bénéficié de la nouvelle mode de la cérémonie du thé. À cette époque les grès de Karatsu sont classés, par les amateurs, en troisième place, juste après ceux de Hagi (Hagi-yaki) et les bols raku..

Du : grès et porcelaines

La période qui s'étend de 1580 à 1600 est marqué par l'importation des fours à chambres successives (renbōshikigama) de type « grimpant » (noborigama) dont le volume utile est sans commune mesure avec celui des fours précédents. Les campagnes coréennes de Toyotomi Hideyoshi à la fin du (1592-1598) furent surnommées « guerres de la céramique » en raison du grand nombre de potiers déportés au Japon, après que les fours coréens eurent été détruits.. Ces potiers introduisent alors une grande variété de techniques nouvelles et de styles qui sont, alors, particulièrement appréciés pour la cérémonie du thé. Au nord de l'île de Kyushu un potier coréen, Ri Sampei (Yi-Sam-p'yong), fait la découverte, en 1616, d'un gisement de kaolin au voisinage d'Arita, au sud-ouest de Karatsu. Rapidement sont rassemblés les ingrédients nécessaires à la production de porcelaine. On est dans la période d'Edo, avec la paix à l'extérieur comme à l'intérieur et avec le développement d'une nouvelle aristocratie qui favorise le commerce des produits de l'artisanat de luxe. Ce sont en particulier le travail de la laque et la confection de tissus. Et bientôt, le shogun et les daimyo peuvent aussi recevoir les invités de leurs banquets avec de la porcelaine japonaise et non plus chinoise. Il sera, alors, devenu possible de concurrencer les fabrications chinoises.