Nathalie Sarraute, née Natalia Ilinitchna Tcherniak le à Ivanovo-Voznessensk (Russie) et morte le à (France), est une femme de lettres russe. Naturalisée française et d'expression française, elle est l'une des figures du Nouveau roman à partir de la publication de L'Ère du soupçon en 1956.
Biographie Origines Natalia Ilinitchna Tcherniak naît le D'après la Bibliothèque nationale de France, catalogue BN-Opale-plus, fiche FRBNF11923722 créée le 3 novembre 1976, dans sa mise à jour du 15 février 2006. à Ivanovo-Voznessensk, près de Moscou, dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée, aisée et cultivée. Ses parents, Ilya Tcherniak et Pauline Chatounowski, divorcent alors qu'elle est âgée de deux ans.
Jeunesse Sa mère l'emmène vivre avec elle à Genève, puis à Paris, où elles habitent rue Flatters, dans le cinquième arrondissement. Natalia va à l'école maternelle de la rue des Feuillantines.
Chaque année, elle passe deux moisSelon la chronologie donnée dans Pour un oui ou pour un non, . avec son père, soit en Russie, soit en Suisse. Ensuite elle ira de nouveau vivre en Russie, à Saint-Pétersbourg, avec sa mère et le nouveau mari de celle-ci, Nicolas Boretzki.
Ilya Tcherniak, le père de Nathalie, qui connaît des difficultés en Russie du fait de ses opinions politiques, sera quant à lui contraint d'émigrer à Paris. Il crée une usine de matières colorantes à Vanves. La jeune fille grandit ainsi près de son père à Paris et avec Véra, la seconde femme de son père, et bientôt avec sa demi-sœur Hélène, dite Lili. Cette période, entre 1909 et 1917, sera difficilement vécue par elle.
Études Elle reçoit une éducation cosmopolite et, avant de trouver sa voie, poursuit des études diverses : elle étudie parallèlement l'anglais et l'histoire à Oxford, ensuite la sociologie à Berlin, puis fait des études de droit à Paris. Elle devient avocate, et s'inscrit au barreau de Paris.
Carrière Le à , elle épouse Raymond Sarraute, avocat.
Parallèlement, Nathalie Sarraute découvre la littérature du , spécialement avec Marcel Proust, James Joyce et Virginia Woolf, qui bouleversent sa conception du roman. En 1932, elle écrit les premiers textes de ce qui deviendra le recueil de courts textes Tropismes dans lequel elle analyse les réactions physiques spontanées imperceptibles, très ténues, en réponse à une stimulation : . Tropismes sera publié en 1939 et salué par Jean-Paul Sartre et Max Jacob.
En 1940, elle est radiée du barreau à la suite des lois anti-juives et décide de se consacrer à la littérature. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle héberge un temps Samuel Beckett, dramaturge du théâtre de recherché par la Gestapo pour ses activités de résistance. Elle réussira à rester en Île-de-France non sans se plier à plusieurs changements d'adresse et à l'usage de faux papiers ; elle est contrainte de divorcer en 1941 pour protéger son mari d'une radiation du barreau.
En 1947, Jean-Paul Sartre écrit la préface de Portrait d'un inconnu, qui sera publié un an après par Robert Marin. Il lui faudra attendre la publication de Martereau (1953) pour commencer à connaître le succès. Le livre paraît chez Gallimard et elle restera désormais fidèle à cette maison d'édition.
En 1960, elle compte au nombre des signataires du Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ».
En 1964, elle reçoit le prix international de littérature pour son roman Les Fruits d'or.
Parallèlement à son œuvre romanesque, elle commence à écrire pour le théâtre, répondant à une proposition de Werner Spies d’écrire une pièce radiophonique pour la Süddeutscher RundfunkJoëlle Chambon, « Nathalie Sarraute : du roman au théâtre en passant par la radio », doit.org.. Le Silence paraîtra en 1964, Le Mensonge deux ans plus tard. Suivront Isma, C'est beau, Elle est là et Pour un oui ou pour un non. Ces pièces suscitent rapidement l'intérêt des metteurs en scène.
Ainsi, Claude Régy crée Isma en 1970, puis C'est beau en 1975 et Elle est là en 1980 ; Jean-Louis Barrault crée en 1967 Le Silence et Le Mensonge à l'Odéon., pièces que montera plus tard Jacques Lassalle (1993) pour l'inauguration du Vieux Colombier en tant que deuxième salle de la Comédie-Française.
Simone Benmussa adapte son autobiographie Enfance pour la scène (1984), à Paris (théâtre du Rond-Point), puis à New York sous le titre Childhood (1985) et crée ensuite Pour un oui ou pour un nonCréation mondiale à New York par Simone Benmussa sous le titre For no good reason en 1985 ; création en France au théâtre du Rond-Point en 1986.. Benmussa réalise aussi le film Portrait de Nathalie Sarraute, avec l'auteureProduction Centre Georges-Pompidou et Éditions Gallimard., sélectionné dans Perspectives du cinéma français pour le festival de Cannes de 1978.
En 1989 paraît Tu ne t’aimes pas, roman dans lequel certains critiques voient la quintessence de la démarche romanesque élaborée par l’autrice au fil de ses œuvres. Elle y porte à leur degré extrême un certain nombre de procédés formels mis en œuvre dans ses romans antérieurs, tels que la , la fragmentation du discours, et la ..
Décès Nathalie Sarraute meurt dans le arrondissement de Paris. le alors qu'elle dit travailler à une septième pièce. Elle est inhumée à Chérence, dans le Val-d'Oise.
Descendance et vie privée De son union avec Raymond Sarraute naissent trois enfants : Claude (1927-2023), journaliste, romancière et comédienne, Anne (1930-2008), assistante de réalisation, chef monteuse et secrétaire de rédaction de La Quinzaine littéraire, et Dominique (née en 1933), photographe.
Elle fut la belle-mère du journaliste américain Stanley Karnow, de Christophe Tzara (fils de l'écrivain Tristan Tzara) et la belle-mère de l'académicien Jean-François Revel.
Elle est la grand-mère du haut fonctionnaire Nicolas Revel.
Elle a longtemps vécu 12 avenue Pierre--de-Serbie, dans un appartement situé au premier étage John Taylor, Paths to Contemporary French Literature, volume 2, Transaction Publishers, 2009 ..
Les enjeux de l'écriture En 1956, Nathalie Sarraute publie l'Ère du soupçon, essai sur la littérature qui récuse les conventions traditionnelles du roman. Elle y décrit notamment la nature novatrice des œuvres de Woolf, de Kafka, de Proust, de Joyce et de Dostoïevski. Elle devient alors, avec Alain Robbe-Grillet, Michel Butor ou encore Claude Simon, une figure de proue du courant du Nouveau Roman, courant assez hétérogène où les seules positions communes sont le rejet du récit moderne hérité du et le souci de la recherche formelle.
Sarraute ambitionne d'atteindre une Il [le lecteur] est plongé et maintenu jusqu’au bout dans une matière anonyme comme le sang, dans un magma sans nom, sans contour. dans L'Ère du soupçon., veut révéler , tout l'univers de la Nathalie Sarraute appelle « sous-conversation » les phénomènes sensibles et fluctuants issus des dialogues : Emotion et sous-conversation: des tropismes sarrautiens à la sémiotique dialogique.. Les mots, le temps de leur énonciation, figent ce qu'ils nomment, et installent une conversation dans une routine inauthentique. Nathalie Sarraute veut défaire ces constructions mensongères et illusoiresPréface de Arnaud Rykner de Pour un oui ou pour un non en Folio Théâtre.. Elle veut mettre en jeu les « innombrables petits crimes » que provoquent sur nous les paroles d'autrui. Il ne s'agit pas vraiment de mensonges, mais ils sont imposés par le langage lui-même.
Le terme « tropisme », emprunté au langage scientifique, désigne l'orientation des plantes en fonction de leur milieu. Chez Sarraute, qui a intitulé sa première publication Tropismes, ce vocable renvoie à des mouvements intérieurs presque insensibles dus à des causes extérieures : phrases stéréotypées, conventions sociales. Sous la banalité apparente de ces conventions langagières, il existe en effet des rapports humains complexes, des sentiments intenses, voire violents (sensations d'enfermement, d'angoisse, de panique). Sarraute les décrit comme des mouvements instinctifs, déclenchés par la présence d'autrui ou par les paroles des autres. Tropismes, refusé par Gallimard et par Grasset, ne sera reconnu par la critique qu'une quinzaine d'années après sa parution.
En 1983, Sarraute publie Enfance, qui fait revivre le monde disparu des émigrés russes à Paris au début du . Dans ce recueil de scènes isolées, l'auteure s'efforce de retrouver ce qui constitue sa personnalité, s'attachant en particulier à reconstituer ses premières rencontres avec les mots, le plaisir de la lecture et l'activité introspective de l'écriture. Écriture à deux voix, ce texte se présente sous la forme d'un dialogue entre l'écrivain et son double, qui soumet l'entreprise autobiographique à un contrôle à la fois constant et rigoureux.
Filiation flaubertienne L’article que Sarraute consacre à Flaubert en 1965, et qu’elle intitule significativement « Flaubert le précurseur », contient une revendication explicite de filiation, étayée sur une analyse aiguë de l’œuvre. Évoquant essentiellement Madame Bovary, qui synthétise à ses yeux la poétique flaubertienne, Sarraute déclare que
Le romanesque tend alors à s’identifier non seulement à l’extraordinaire, au merveilleux et à l’extravagant, mais à l’illusoire, au factice, à ce que Nathalie Sarraute appelle, à propos de Flaubert, l’inauthentique, cet imaginaire en trompe-l’œil qui caractérise par exemple le rapport au monde d’Emma ou de Frédéric. C’est cette tradition du désenchantement romantique qui met en avant la part de mensonge et de fausseté du romanesque. Tout le sérieux du roman, à l’âge d’or du réalisme au , résiderait dans ce qui échappe au romanesque, dans l’ambition de représenter la société telle qu’elle est et de se faire porteur d’un savoir sur le monde et sur l’hommeBalzac, dans l’avant-propos de la Comédie humaine, Zola et le projet des Rougon-Macquart..
Œuvres Romans Tropismes, Paris, Denoël, 1939 Portrait d'un inconnu, Robert Marin, 1948 ; réédition, Paris, Gallimard, 1956 Martereau, Paris, Gallimard, Tropismes, Paris, Les Éditions de Minuit, 1957 (suppression d'un texte de l'édition originale de 1939 et ajout de six nouveaux) Le Planétarium, Paris, Gallimard, Les Fruits d'or, Paris, Gallimard, 1963 - Prix international de littérature Entre la vie et la mort, Paris, Gallimard, Vous les entendez ?, Paris, Gallimard, , « disent les imbéciles », Paris, Gallimard, L'Usage de la parole, Paris, Gallimard, Tu ne t'aimes pas, Paris, Gallimard, 1989 Ici, Paris, Gallimard, 1995 Œuvres complètes, Paris, Gallimard, , 1996 Ouvrez, Paris, Gallimard, 1997
Théâtre Le Silence, suivi du Mensonge (1966), Paris, Gallimard, 1967 Isma ou Ce qui s'appelle rien suivi du Silence et du Mensonge, Paris, Gallimard, , 1970 Théâtre contenant Elle est là (E.O.) (représenté en 1980), Le Mensonge, Isma, C'est beau (1975), Paris, Gallimard, Pour un oui ou pour un non, Paris, Gallimard,
Essais L'Ère du soupçon, Paris, Gallimard, LXXX, 1956 Paul Valéry et l'enfant d'éléphant paru en 1947 dans la revue Les Temps modernes, suivi de Flaubert le précurseur, Paris, Gallimard, 1986 Lettres d'Amérique, Paris, Gallimard, 2017 Une réalité inconnue. Essais et entretiens, 1956-1986, Paris, Gallimard, 2023
Récit autobiographique Enfance, Paris, Folio, 1983
Livres audio Lus par l'autrice Tropismes, L'Usage de la parole, 1h10 (CD), lu avec Madeleine Renaud, « La Bibliothèque des voix », des femmes-Antoinette Fouque, Paris, 1981 (2004). Coffret hommage à Nathalie Sarraute : Tropismes, Entre la vie et la mort, L’Usage de la parole, Tu ne t’aimes pas, Ici (CD MP3), 15h18, « La Bibliothèque des voix », des femmes-Antoinette Fouque, Paris, 2009. Tropismes,1h09 (livre audio numérique), lu avec Isabelle Huppert et Madeleine Renaud, « La Bibliothèque des voix », des femmes-Antoinette Fouque, Paris, 2020.