thumb|Une caricature de 1896 dans laquelle William Jennings Bryan, un fervent partisan du populisme, avale le symbole du Parti démocrate d'Amérique.

Le populisme désigne toute approche politique ou stratégie électorale qui se fonde sur une opposition dichotomique entre le peuple et les élites politiques, économiques, médiatiques, culturelles et/ou intellectuelles, en se réclamant du premier.

La recherche en science politique a identifié des populismes de gauche comme des populismes de droite, qui tous deux mobilisent le sentiment que le peuple serait exclu de l'exercice d'un pouvoir par ailleurs coupé des réalités, même dans une démocratie représentative et notamment parlementaire émanant d'élections dites démocratiques.

Souvent utilisé, à partir des années 1980, dans un sens péjoratif, de façon à discréditer les adversaires politiques en les faisant soupçonner d'être activistes, démagogiques ou de préconiser des solutions simplistes sans être en faveur de la démocratie, libérale et parlementaire, le populisme avait pris des formes variées dès le , en Europe comme aux États-Unis, puis a été relancé à la fin du siècle suivant par un contexte de mondialisation et de libéralisme de diverses natures, dont les élites se voient attribuer la responsabilité, en étant parfois accusées de mépris de classe. Ainsi, un illibéralisme est souvent présent ou du moins affecté sur divers plans et de façon polysémique, qui peut se réclamer du socialisme conservateur. Souvent, démocrate, dit illibéral, ou antidémocrate, le populisme a ou prétend avoir une opposition à la mondialisation notamment économique ou culturelle au moins sous ses formes contemporaines dominantes et éventuellement à certaines valeurs modernes et occidentales s'y rattachant ou à leurs manifestations jugées excessives, mais ce n'est pas toujours vrai.

La pertinence objective de l’utilisation du mot « populisme », sa précision et sa définition sont toujours sources de débats parmi les chercheurs en science politique.. Les positionnements idéologiques peuvent varier en matière environnementale, sociétale, socio-économique et fiscale. Il peut s'agir de se réclamer d'un peuple ethnocentrique et identitaire opposé à l'immigration comme aux élites qui profiteraient de sa marginalisation (notamment par tendance au producérisme). Il peut s'agir aussi de se réclamer de la défense libérale ou illibérale des classes moyennes défavorisées et dévalorisées sans néanmoins forcément agir en conséquence.

Histoire du mot Origine étymologie Le mot vient du radical latin « populus », qui signifie « peuple », et du suffixe -isme (ou -iste pour l’adjectif « populiste »). Le substantif « populisme » est apparu, en français, en 1912, sous la plume de Grégoire Alexinsky, dans sa Russie moderneG. Alexinsky, La Russie moderne, et sqq. ds Quem. DDL .Flammarion, 1912, cité dans le .. Il dérive du mot « populiste » auquel le Larousse mensuel illustré donnait le sens de ..

Le mot « populiste » est utilisé pour désigner des mouvements politiques apparus à la fin du , qui ont ouvertement revendiqué le label « populiste ». Ces partis ont été très divers et ils ont pu être promus aussi bien par des intellectuels russes que par les petits fermiers et ouvriers agricoles américains qui en Utah fondent en 1890 le Parti populiste. (Populist Party). en Russie depuis les années 1860 : aux États-Unis dans les années 1890., . Il était question pour le Parti populiste américain (le People’s Party) que le peuple puisse se réapproprier ce que lui avaient volé Wall Street et le capitalisme.

Dans la Russie des années 1870, le populisme politique s'est conjugué avec un populisme littéraire teinté d'ouvriérisme, né de la volonté de jeunes étudiants qui choisissaient d'abandonner leurs universités pour aller partager leurs connaissances avec les paysans et les artisans. Ce mouvement a ensuite gagné la Hongrie et la Roumanie, puis la France, où il sera impulsé par Léon Lemonnier et son Manifeste du roman populiste paru dans L'Œuvre du , et par André Thérive. Comme en Russie, populisme politique et littéraire sont alors liés : le manifeste de 1929 est écrit en réaction contre une littérature bourgeoise prenant pour cadre unique les sphères les plus fortunées de la société française, privilégiant l'analyse psychologique et les élans nombrilistes au détriment de la subtile relation des faits les plus quotidiens, les plus concrets, ceux d'une vie réelle, drue et vigoureuse, dans le sillage de la tradition du grand roman populaire mis à l'honneur à la fin du siècle précédent par Emile Zola et loin de la dérive sémantique que le terme connaitra à la fin du .

L'école littéraire de 1929 Léon Lemonnier réutilise en 1929 le terme pour désigner une nouvelle école littéraire dont il a écrit le manifeste. À une époque où l'Église catholique se préoccupe de définir une doctrine sociale conservatrice, cette doctrine littéraire se veut, elle, inspirée par le naturalisme, et souhaite ramener la littérature à l'humble niveau des vies , débarrassée de toutes ..

Le prix du roman populiste fondé en 1931 Un prix littéraire français se voulant populiste est fondé en 1931 par Antonine Coullet-Tessier. pour récompenser une œuvre romanesque qui .. Sa devise se veut aussi lapidaire qu'essentielle : .

Il sera rebaptisé en Prix Eugène-Dabit du roman populiste, le premier lauréat, auteur du célèbre L'Hôtel du Nord, après avoir entre-temps récompensé d'autres auteurs aussi prestigieux que Jules Romains (1932), Henri Troyat (1935), Jean-Paul Sartre (1940), Louis Guilloux (1942), René Fallet (1950) puis, Jean-Pierre Chabrol, Bernard Clavel, Clément Lépidis, Raymond Jean, Leïla Sebbar, Louis Nucéra ou encore Olivier Adam ou Dominique Fabre, dont une bonne part engagés en politique ou en journalisme, le fondateur expliquant dès 1929 la démarche :

Amérique latine dans l'après-guerre Le terme entre dans le lexique politique de l’Amérique latine au cours de la période d’après-guerre, devenant une caractéristique majeure du paysage politique régional. Il est d’abord associé, dans les médias, à des leaders charismatiques capables de mobiliser des populations récemment urbanisées, notamment celles issues de l’exode rural. Ces nouveaux groupes urbains, de plus en plus intégrés à la politique électorale, apparaissent comme s’émancipant des anciens systèmes de contrôle clientéliste, tels que le « vote au licou » (voto de cabresto ou voto cantado), et participent à la redéfinition de la vie politique nationale. Bien que souvent perçu avec suspicion et lié à la manipulation ou à la démagogie, le populisme revêt alors une connotation fréquemment positive, assumée ouvertement par de nombreux acteurs politiques.

À cette époque, des intellectuels latino-américains tels que Hélio Jaguaribe et Gino Germani sont parmi les premiers à interpréter le populisme comme un phénomène de mobilisation politique de masse, caractéristique de sociétés en voie de modernisation rapide. D’autres, comme Francisco Weffort et Fernando Henrique Cardoso, influencés par le marxisme, développent une lecture davantage centrée sur les rapports de classe. Rompant avec la vision plus bienveillante du populisme russe que l’on retrouve dans les derniers écrits de Karl Marx, ces penseurs s’inspirent plutôt des réflexions de Marx sur le bonapartisme et du concept de césarisme chez Antonio Gramsci. Selon cette perspective, le populisme émerge dans des moments d’équilibre entre des classes sociales antagonistes—lorsque la bourgeoisie a perdu sa capacité hégémonique, mais que le prolétariat n’a pas encore pris le pouvoir. Dans de telles conditions, le pouvoir politique acquiert une certaine autonomie par rapport aux classes dominantes, se présentant comme arbitre et s’appuyant sur ce que Marx appelait la « masse » : un groupe désorganisé, sans conscience de classe, et réceptif au leadership charismatique.

Les critiques marxistes en Amérique latine reconnaissent le rôle du populisme dans l’intégration des masses populaires à la vie politique ainsi que dans le développement social et économique. Toutefois, ils estiment que cette intégration reste limitée—proto-démocratique dans sa forme, car enfermée dans un cadre bourgeois. Selon eux, les régimes populistes tendent à démobiliser les formes d’organisation collective en substituant aux luttes de classes des politiques sociales et des réformes du travail, tout en subordonnant les syndicats à l’État et aux intérêts électoraux. Ces critiques ont été remises en question par certains historiens, qui soutiennent que la période dite populiste dans l’histoire latino-américaine fut en réalité marquée par une politisation croissante des travailleurs—susceptible, peut-être, de remettre en cause les intérêts politiques et économiques établis.

Années 1960 : du populisme à l'ouvriérisme Le populisme littéraire de la Russie des années 1870, teinté d'ouvriérisme, est repris par des étudiants marxistes à partir du milieu des années 1960, influencés par les premiers livres du sociologue Pierre Bourdieu dénonçant l'inégalité des chances dans l'éducation, qui vont cette fois moins à la rencontre des paysans et artisans que des ouvriers de la grande industrie. C'est le mouvement des « établis », à l'image de Robert Linhart, un étudiant maoïste qui entre en comme ouvrier spécialisé dans l'usine Citroën de la porte de Choisy à Paris, et le racontera dans son ouvrage le plus célèbre, L'Établi, paru en 1978 aux Éditions de Minuit., tandis que sa fille Virginie Linhart s'intéressera aux milliers d'autres qui ont fait comme lui"Volontaires pour l'usine : vies d'établis", par Virginie Linhart, Paris, Le Seuil, 1994 ; rééd. 2010..

François Duprat en 1975 Le premier usage au même sens qu'au viendrait de l'homme politique d'extrême-droite François DupratFrancois Duprat, Le Néofascisme en Occident, II, Amérique latine, supplément à La Revue d'histoire du fascisme, 13, , , cité par Jean- Yves Camus et Nicolas Lebourg in Les droites extrêmes en Europe, Seuil, 2015 , . en 1975, reprenant l'autodéfinition du Front National par Jean-Marie Le Pen, vantant une , selon le politologue Jean-Yves Camus et l'historien Nicolas Lebourg, lCamus et Lebourg, Ibid., ..

Turquie et Autriche des années 1990