Jean Bauhin (ou Johann Bauhin), né à Paris, le et mort à Montbéliard le , est un médecin et botaniste franco-suisseLes sources anciennes utilisent parfois l’année 1612 (année liturgique ou style “ancien”), mais le décès correspond avec le calendrier moderne à 1613. Hans Peter Fuchs-Eckert, dans Die Familie Bauhin in Basel, 1977, utilise le style ancien (Julien) et le mode de calcul d’âge traditionnel luthérien, qui comptait parfois l’année civile à partir du 1ᵉʳ novembre (style “de la Toussaint”), système encore utilisé localement en pays germaniques au début du XVIIᵉ siècle. .

Il est le fils de Jean Bauhin (1511-1582) et de Jeanne Fontaine et le frère de Gaspard Bauhin, lui aussi médecin et botaniste, avec lequel il a collaboré.

Élevé dans une famille réformée, francophone de Bâle, Jean Bauhin (fils) parcourt l’Europe pour suivre les cours des meilleurs anatomistes et botanistes le l’époque qui basent leur approches sur l’observation méticuleuse du monde. Il exercera un temps la médecine à Bâle tout en continuant à pratiquer des herborisations sous la direction attentive du naturaliste suisse Conrad Gessner.

Il part ensuite en France, et s’installe d’abord à Lyon où il exerce la métier de médecin de ville. Lors de l’épidémie de peste de 1564, il est nommé médecin officiel de la peste et commence à noter les expériences acquises lors dans la lutte contre la maladie. En raison des tensions religieuses, il doit retourner en Suisse. Mais il n’arrive pas à se fixer tant à Genève qu’à Bâle. Il trouve enfin à Montbéliard un havre de paix, en raison d’une grande ouverture à toutes les formes de protestantisme – calviniste et luthérien – et de la possibilité d’y vivre et d’y travailler en parlant français tout en restant proche de Bâle.

En collaboration avec le médecin Jacques Dalechamps, Jean Bauhin entreprend une compilation de tout ce qui était connu de son temps en botanique. L’ouvrage sera publié à titre posthume en 1650-1651 (soit 37 ans après sa mort en 1613), sous le titre de Historia plantarum universalis. C’est le premier grand projet encyclopédique universel sur les plantes, avec des illustrations abondantes ( avec illustrations). Ce travail sera poursuivi par son frère Gaspard Bauhin qui fut un précurseur de la systématique moderne. C’est l’un des plus ambitieux projets scientifiques du XVIIᵉ siècle qui témoigne de la volonté de transformer la botanique en une discipline universelle et méthodique, en reliant les savoirs antiques, médiévaux et de la Renaissance dans une synthèse monumentale. Même si incomplet et parfois confus, il reste une pierre angulaire dans l’histoire de la classification des plantes.

Biographie Cet article s'appuie essentiellement sur les recherches historiques remarquables du botanistes suisse Hans Peter Fuchs-Eckert, Die Familie Bauhin in Basel, Bauhinia, 6, 1, 1977.

Jean Bauhin est le fils d'un médecin nommé lui aussi Jean Bauhin (1511-1582) qui fut obligé de quitter la France pour avoir embrassé la religion réformée. Il vit le jour le à ParisLe Dictionnaire historique de la Suisse confirme qu’il quitta la France «avec sa femme et son fils Jean» pour Anvers puis Bâle (1543/1544), sans nommer l’épouse. La Deutsche Biographie (NDB/ADB en ligne) corrobore l’identité et la chronologie du père., alors que son père était incarcéré pour hérésie. Ce dernier échappera au bûcher grâce à l’intervention de Marguerite d’Angoulême sœur du roi François Ier. La famille doit fuir à Anvers aux Pays-Bas espagnols mais là aussi l’Inquisition s’intéresse à lui et il doit s’échapper et se réfugier à Bâle en Suisse. Âgé de trois ans, Jean Bauhin fils arrivera en à Bâle pour rejoindre son père, accompagné de sa mère et de son oncle Hugo Bauhin, en remontant le Rhin (d'après la chronologie de Fuchs-Eckert). Formation naturaliste et humaniste Son père lui enseigne les rudiments des savoirs fondamentaux, posant très tôt les bases de l’intérêt qu’il manifestera plus tard pour les plantes. Par l’intermédiaire de Sébastien Castellion, un ami intime de son père et célèbre philologue, le jeune Bauhin reçoit également ses premières leçons de latin et de grec, ainsi qu’une initiation à la rhétorique.

Il recevra une formation botanique auprès des premiers créateurs de la pensée botanique moderne basée sur l’observation. Il étudie à l'université de Bâle sous l'autorité de Coelius Curio puis à l'université de Tübingen, approfondit ses connaissances de botanique, sous la direction de Leonhart Fuchs qui propose des illustrations de plantes faites avec autant de précisions que la technique de la gravure sur bois l’autorise. Fuchs s’intéresse particulièrement au jeune étudiant, le reçoit souvent chez lui et lui ouvre l’accès à son jardin botanique privé. Il ira aussi étudier à Zurich sous la direction de Conrad Gessner qui insiste sur l’importance les caractères floraux, pour classer les plantes, largement préférables pense-t-il à ceux des feuilles. Il lui prodiguera des conseils pendant de longues années et si bien que Jean Bauhin dira de Conrad Gessner qu'il est son « meilleur maitre ». Au début de , le jeune Bauhin a la chance d’accompagner Gessner dans un voyage aux bains de BormioBormio est en Lombardie italienne mais soumis à la suzeraineté des Trois Ligues grisonnes (III Ligues), une fédération alpine alliée à la Confédération suisse, dans le Valtellina, où ce dernier espère soulager ses douleurs sciatiques chroniques. Pendant huit jours, Gessner et Bauhin voyagent en herborisant. Durant le séjour de cure à Bormio d’environ un mois, ils collectent des plantes dans les environs. Lors de ce vaste périple alpin avec Conrad Gessner, le jeune Bauhin reçoit l’impulsion et les outils intellectuels qui nourriront sa future activité de botaniste.

Bauhin se rend ensuite à Montpellier pour suivre les cours du célèbre naturaliste Guillaume Rondelet.. De passage à Lyon, il rencontre Jacques Daléchamps qui l'aide dans ses recherches botaniques. Dans la région d’Avignon et d’Arles, Bauhin étudie la flore de la fin d’été et arrive à Montpellier à la fin de . Les connaissances exceptionnelles et l’autorité scientifique de Rondelet faisaient alors de Montpellier un centre de premier plan pour les médecins passionnés de botanique.

Durant le semestre d’hiver (du à Pâques suivant), Jean Bauhin suit les cours et démonstrations, notamment les quatre dissections anatomiques réglementaires instituées à Montpellier depuis 1550, et tenues par Rondelet dans le Theatrum anatomicum fondé en 1556. Il lie des relations avec Charles de l'Écluse, un médecin et botaniste flamand de langue française qui fut l’un des premier à fournir des descriptions réellement scientifiques des végétaux.

C’est à Montpellier que Bauhin acquiert ses connaissances fondamentales en anatomie pratique, qu’il mettra plus tard à profit lors de deux dissections publiques à Bâle. Pendant le semestre d’été suivant, Bauhin participe aux excursions botaniques organisées dans les environs proches et lointains de Montpellier. De telles excursions et démonstrations botaniques étaient, elles aussi, rendues obligatoires par le règlement depuis 1550.

Au début du , presque tous les botanistes importants avaient reçu leur formation à Montpellier ; c’est aussi de là que se répandit la technique de constitution des herbiers (Herbarien), déjà conforme aux méthodes modernes.

Jean Bauhin fils obtient son doctorat de médecine en 1562, sans qu’on sache véritablement quelle université lui a délivré (peut-être Valence (Drôme) selon Fuchs-Eckert).

Selon les sources contemporaines et les études modernes (Fuchs-Eckert, 1977), Jean Bauhin fils (1541–1613) n’a pas quitté Montpellier à cause de persécutions directes, mais par précaution et prudence dans un contexte devenu dangereux pour les étudiants protestants. Car en , a eu lieu le massacre de Wassy, commis par les troupes du duc de Guise contre les huguenots, marquant le début officiel de la première guerre de Religion.

De retour en Suisse, Jean Bauhin accompagne à nouveau Conrad Gessner dans ses herborisations en Suisse avant de s'installer à Bâle et d'y exercer la médecine. Il devient professeur de rhétorique en 1566. Gessner le tient en très haute estime. À Bâle, Bauhin s’occupe d’abord de la rédaction d’un lexique médical et du manuscrit du catalogue botanique de Montpellier. Parallèlement, il doit s’adonner à la pratique médicale et reprendre une partie des patients de son père, débordé de travail.

Renonçant assez vite à l’idée de s’établir comme médecin praticien, il décide de parfaire ses connaissances anatomiques, botaniques et médicales dans les grands centres italiens des nouvelles sciences descriptives.

Il franchit à pied le col du Saint-Gothard à 2 107 m d'altitude, où il trouve encore des rhododendrons en fleurs au mois de novembre, il gagne Milan, puis, début de , Padoue. Grâce à une lettre de recommandation chaleureuse de Conrad Gessner à Melchior Wieland, originaire de Marienbourg en Prusse occidentale, directeur du jardin botanique de Padoue, Bauhin peut s’inscrire à l’université de Padoue en . Le grand médecin et anatomiste Gabriele Falloppio, qui était vraisemblablement la principale raison de son choix de Padoue, était cependant mort peu avant l’arrivée de Bauhin, le , à l’âge de trente-neuf ans.

Après un séjour d’à peine quatre mois à Padoue, Bauhin part vers la fin mars ou début pour Ferrare puis pour Bologne où se trouve la plus ancienne université d’Europe (fondée en 1119), et qui possédait un jardin de plantes médicinales dès 1365, et, depuis 1568, un véritable jardin botanique. Il loge chez Ulisse Aldrovandi, alors considéré comme le plus grand zoologiste et italien au sud des Alpes, auquel il est présenté par une lettre de Gessner. Aldrovandi est le fondateur d’un vaste musée d’histoire naturelle et a constitué un herbier de 5065 espèces réparties en 17 volumes in-folio.

Installation comme médecin en France et Suisse Il est bien attesté par les sources contemporaines et critiques que Jean (Johann) Bauhin fils (1541–1613) avait le français pour langue maternelle et n’était pas très à l’aise en allemand, du moins dans les premières décennies de sa vie. Sa langue maternelle était le français et le foyer familial à Bâle était celui de réfugiés huguenots francophones : on y parlait donc le français, non l’allemand.

De retour à Bâle au cours de l’été 1563, Bauhin s’occupera d’abord de trier et d’ordonner les échantillons d’herbier qu’il a rapportés d’Italie. Parallèlement, il travaille à son catalogue des plantes de la région de Montpellier, que Gessner ne cesse de lui réclamer. Il parvient à lui envoyer à la fin mais on ignore ce qu’il est advenu de ce travail : aucun exemplaire n’en a été conservé. Lyon (1563-1568) Après ses voyages dans le sud de la France et en Italie, Bauhin semble ne plus se sentir vraiment chez lui à Bâle. Toujours est-il que dès , il se met en route pour Lyon, afin d’y accepter la charge de médecin de la ville. Lyon, ville francophone, après le coup de force des partisans de la “nouvelle foi” (réformés) en , était devenue une ville protestante.

En outre, c’était alors un grand centre de l’imprimerie européenne : au XVIᵉ siècle, plus d’une centaine d’imprimeurs y exerçaient leur art, et l’on y voyait affluer les meilleurs typographes d’Italie, d’Allemagne et de France. Grâce aux quatre grandes foires internationales annuelles, la ville, située au confluent du Rhône et de la Saône, jouissait d’une importance « mondiale ».

Au début d’, Bauhin est installé à Lyon comme médecin, et a déjà commencé à donner des cours sur la pharmacie.

À la fin de , la peste commence à sévir à Lyon. Elle avait été introduite depuis l’Allemagne, touchant Bâle à la fin de l’automne 1563, puis Zurich en . Cette épidémie aurait fait près de 50 000 morts à Lyon et dans les environs.