, né le à Ōmori et mort le ., est un intellectuel, homme d'affaires, et chef religieux japonais.
Président de l’organisation bouddhiste japonaise Sōka Gakkai, il l'a transformée en un mouvement international.
Daisaku Ikeda a fondé le Komeito en 1960, un parti devenu la troisième force politique au Japon.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages portant sur la spiritualité, le développement personnel, ou encore le bouddhisme de Nichiren. Il était docteur honoraire de plusieurs universités, et membre honoraire du Club de Rome Liste des membres honoraires du Club de Rome. Il était reconnu pour son implication concernant les droits humains et la paix.
Sa vie reste toutefois empreinte de nombreux épisodes polémiques. D'anciens membres de la Sôka Gakkai, des universitaires, des journalistes, ont ainsi pointé ses contradictions, son influence politique, ou sa richesse. Il reste aujourd'hui au Japon une figure largement controversée..
Biographie Enfance, origine sociale et jeunesse Né dans une famille de cultivateurs d’algues du quartier d’Ōmori, Daisaku Ikeda grandit dans un Japon marqué par les privations de guerre. Adolescent, il dit avoir été profondément marqué par les destructions des bombardements de Tokyo en 1945 et par les pertes subies par sa fratrie, événements qui nourriront, selon lui, son engagement pour la paix. Son frère Kiichi décède lors des derniers combats en Chine en , alors que ses trois autres frères sont également mobilisés dans l’armée japonaise.
Sa jeunesse est marquée par une santé fragile : plusieurs sources font état d’une tuberculose chronique qui l’affecte au sortir de la guerre, expérience souvent évoquée dans ses écrits comme un moteur de sa réflexion.
Premières années au sein de la Soka Gakkai En , à l’âge de 19 ans, Daisaku Ikeda assiste à une réunion d’étude bouddhique où il rencontre Josei Toda, éducateur et futur deuxième président de la Soka Gakkai. Il adopte alors la pratique du bouddhisme de Nichiren et voit en Toda son mentor, rejoignant ensuite l’organisation.
Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en , Daisaku Ikeda est employé par une imprimerie à Tokyo, la Shobundo Printing Co.. En , il obtient un diplôme de l’École de commerce de Toyo, avant de poursuivre des études du soir à la Taisei Gakuin, aujourd’hui l’université Fuji de Tokyo. À la même période, il entre au service de l’une des entreprises de Josei Toda, et poursuivit sa formation sous sa tutelle.
Le 3 mai 1960, il en devient le troisième président. La même année, il entame une série de voyages en Amérique, en Asie et en Europe pour faire connaître le bouddhisme de Nichiren hors du Japon et fonde dans les années 1960 un parti politique, le Komeito.
Principe de la « diplomatie citoyenne » À partir des années 1970, il décide d'entreprendre des voyages de « diplomatie citoyenne », au cours desquels il rencontre des personnalités universitaires, culturelles et politiques“The SGI’s Peace Movement” in Buddhist Peacework, Creating Cultures of Peace, Wisdom Publications, 1999, ., dont certains ont ensuite été publiés.
En 1967, puis en 1970, Ikeda rencontre l’homme politique et philosophe austro-japonais Richard Coudenhove-Kalergi, fondateur du mouvement paneuropéen. Leurs entretiens, centrés sur les relations entre l’Est et l’Ouest et sur les perspectives de paix mondiale, sont publiés en série dans le quotidien japonais Sankei Shimbun en 1971(en) Lukas Pokorny, ‘A Grand Stage for kōsen rufu in the Future’: Sōka Gakkai in Austria, 1961–1981 (lire en ligne https://rw-ktf.univie.ac.at/fileadmin/user_upload/i_religionswiss/_A_Grand_Stage_for_koosen_rufu_in_the_Future__-_Sooka_Gakkai_in_Austria__1961-1981__Lukas_Pokorny_2014_.pdf).
En 1972 puis en 1973, il rencontre l’historien britannique Arnold J. Toynbee, à Londres. Leur dialogue, mené sur un total de dix jours, paraît en 1975 sous le titre Choose Life (Choisis la vie)Arnold Toynbee et Daisaku Ikeda, Choose Life: A Dialogue, Oxford University Press, 1976. Choisis la vie – Un dialogue, Paris, 1981, Albin Michel ; puis Paris, 2009, L'Harmattan..
En 1974, Ikeda mène un dialogue avec André Malraux, alors ancien ministre français des Affaires culturelles, autour des rapports entre culture, humanisme et civilisation moderneAndré Malraux et Daisaku Ikeda, Ningen kakumei to ningen no joken (Changements intérieurs : révolution humaine contre condition humaine), Ushio Shuppansha, Tokyo, 2010..
En janvier 1975, il rencontre Henry Kissinger, alors secrétaire d’État des États-Unis, à qui il transmet un message en faveur de la désescalade nucléaire entre Washington et Moscou. La même année, il rencontre le fondateur du Club de Rome, Aurelio Peccei avec qui il publie un livre de dialogue en 1984, Before it is too late (paru en français sous le titre Cri d'alarme pour le XXIe siècle).
En 1990 et 1995, Ikeda rencontre Nelson Mandela à Tokyo. Leur échange donne lieu à une série de conférences et d’expositions itinérantes organisées, en coopération avec l’African National Congress et le Centre des Nations unies contre l’apartheid. Une exposition est inaugurée à Yokohama le 16 juin 1991, à l’occasion du quinzième anniversaire du soulèvement de Soweto(en) Persisting in the challenge of building peace through dialogue, article du Japan Times, 26/01/2025 (lire en ligne : https://www.japantimes.co.jp/2024/01/26/special-supplements/persisting-challenge-building-peace-dialogue/).
En juillet 1990, Ikeda fait sa première rencontre avec Mikhaïl Gorbatchev, alors président de l’Union soviétique, au Kremlin à Moscou. Leurs échanges, axés sur les thèmes de la perestroïka et de la place de l’humain dans la transformation sociopolitique, sont publiés sous le titre Moral Lessons of the Twentieth Century. Par la suite, ils continuent de dialoguer lors de rencontres ultérieures, la dixième ayant lieu à Tokyo en 2009(en) Daisaku Ikeda: Influential leader of Japan's Soka Gakkai Buddhist group dies, nécrologie de la BBC, 18/11/2023 (lire en ligne : https://www.bbc.com/news/world-asia-67461086).
En 1998, Ikeda rencontre la futurologue et militante écologiste Hazel Henderson pour une collaboration qui donnera lieu au livre Planetary CitizenshipPublié en 2004, et traduit sous le titre Pour une citoyenneté planétaire, Ed. L'Harmattan 2006..
Dernières années Daisaku Ikeda ne fait plus d'apparition en public à partir de , ce qui a alimenté plusieurs controverses sur le web quant à sa mort supposée.
Mort Daisaku Ikeda est mort le dans sa résidence de Shinjuku à Tokyo.
Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, a alors salué la mémoire d’un homme qui a « joué un rôle important dans la promotion de la paix, de la culture et de l’éducation au Japon et à l’étranger, et a laissé une trace significative dans l’Histoire ».
Le , la porte-parole du ministères des Affaires étrangères de Chine, Mao Ning, a déclaré : « Pendant des décennies, M. Ikeda, à la tête de la Soka Gakkai, est resté fidèle à l'amitié sino-japonaise et a contribué de manière significative à la reconstruction et au développement des relations entre nos deux pays. Il était un ami cher du peuple chinois et bénéficiait de notre confiance et de notre respect. »
Controverses
Sōka Gakkai Depuis son accession à la présidence du mouvement en 1960, Daisaku Ikeda a fait l'objet de plusieurs critiques et controverses Daniel Alfred Métraux, The Soka Gakkai Revolution, 1994, page 147, chapitre "Ikeda Daisaku: religious savior or diabolical dictator?" : "Ikeda, possibly one of the more controversial figures in Japan's modern history".
D'après l'universitaire Daniel Métraux, Ikeda serait même « l'une des figures les plus controversées de l'histoire moderne japonaise, le Dr. Jekyll et M. Hyde de la société japonaise », en raison des nombreuses attaques dont il a fait l'objet, des rumeurs, des polémiques et des scandales qui ont impliqué la Soka Gakkai. En 1996, le quotidien américain Los Angeles Times le décrivait comme "l'homme le plus puissant du Japon - et certainement l'un des plus énigmatiques (...), un ange et un démon, un despote comme un démocrate".
La Soka Gakkai a été classée comme sectaire dans plusieurs rapports parlementaires en France.
Gourou D'après la sociologue Florence Lacroix, qui a écrit une thèse sur la Soka Gakkai, Daisaku Ikeda est un gourou. Certains jugent excessive la vénération des membres envers Ikeda à l'intérieur de la Sōka Gakkai. De nombreux livres critiques sur Daisaku Ikeda ont été publiés au Japon. En 2013, d’anciens membres de l'organisation publient Adieu, mon Ikeda DaisakuTitre original: Ningen No Kagaku Shinsha, non traduit., dans lequel ils le décrivent comme et . A sa mort, la presse a aussi rappelé la réputation polémique de Daisaku Ikeda, "un personnage clivant, accusé d'être le dirigeant d'une secte et d'employer des méthodes dictatoriales", selon le quotidien américain New York Times.
Liens avec le Komeito D'après l’universitaire , le Komeito Cité dans « Le Komeito et la politique japonaise » in Citoyens du monde, le mouvement Soka Gakkai au Japon, sous la direction de David Machacek et Bryan Wilson, L’Harmattan, 2004, .. Mais journalistes et chercheurs pointent aujourd'hui les liens importants qui existent toujours entre l'organisation religieuse et le parti politique. "La secte continue néanmoins à fournir au parti ses argumentaires de campagne et ses cadres", écrivait l'universitaire Eric Seizelet en 2012. Le chercheur américain Levi McLaughlin indique que "des générations d'adhérents à la Gakkai se sont mobilisées pour les candidats du Komeito", comme lors de la victoire de la coalition entre le PLD et le Komeito en 2014, "largement due aux électeurs de la Sôka Gakkai".
En , le Komeito s'est opposé à une loi proposant d'interdire les dons à des organisations religieuses s'ils proviennent d'emprunts de particuliers, une mesure qui aurait été défavorable à la Sôka Gakkai.
Accusations de liens avec la mafia Dans sa biographie, parue en 2010, Tadamasa Goto, un ancien parrain du groupe criminel Yamaguchi-gumi, explique être devenu le garde du corps de Daisaku Ikeda : .. Tadamasa Goto avance également avoir fait fortune en exécutant des contrats pour la Soka Gakkai. Il écrit : "Le plus grand maux de tous est Daisaku Ikeda, un homme qui fait faire aux autres tout le sale boulot dans les coulisses pendant qu'il se prélasse sous les feux de la rampe comme un saint... Il a été aidé par tant de gens, et pourtant il n'hésiterait pas à vous couper les vivres une fois obtenu ce qu'il cherchait. Je trouve cela impardonnable. Il suffit de voir le nombre de ses fidèles subordonnés qu'il a fini par perdre. Cet homme est une blague"..
Déclarations critiquées , administrateur du Taiseki-ji, temple siège de la Nichiren Shoshu, lui reproche la trahison des liens qui unissait la Soka Gakkaï à sa propre organisation, et certaines de ses déclarations, parmi lesquelles :
Par ailleurs, au cours d'une interview avec le critique japonais Nakase Hiroi, D. Ikeda déclare : (ja)高瀬広居 『人間革命を目指す池田大作・その思想と生き方』(有紀書房 1965) [Takase Hiroi “ningenkawainochi o mezasu ikeda daisaku sono shisō to ikikata” (Yuki shobō 1965). Google traduction : Hiroi Takase «Daisaku Ikeda vise la révolution humaine: sa pensée et son mode de vie» (Yuki Shobo 1965)] : « 私は、日本の国主であり、大統領であり、精神界の王者であり、思想文化一切の指導者・最高権力者である » [Watashi wa, Nihon no kokushudeari, daitōryōdeari, seishin-kai no ōjadeari, shisō bunka issai no shidō-sha saikō kenryoku-shadearu. Google traduction : «Je suis le propriétaire du Japon, le président, le roi du monde spirituel, le chef de toute pensée et culture, et l'autorité suprême.»].
Vie universitaire Daisaku Ikeda a fondé des instituts éducatifs, culturels et de recherche : l’Institut de philosophie orientale (Tokyo) Institut de philosophie orientale(1962), centre de recherches sur le bouddhisme Nichiren (aucune activité depuis 2017) l’Association des concerts Min-On Association des concerts Min-On(1963)