Jean-Pierre Raffarin, né le à Poitiers (Vienne), est un homme d'État français, Premier ministre de 2002 à 2005.

Membre des Jeunes giscardiens et de l'UDF, il est président du conseil régional de Poitou-Charentes de 1988 à 2002 et ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce et de l'Artisanat dans les gouvernements d'Alain Juppé, entre 1995 et 1997.

Député européen puis sénateur, il est nommé Premier ministre par le président Jacques Chirac après l'élection présidentielle de 2002. À Matignon, il favorise notamment la décentralisation et une réforme des retraites est adoptée en 2003. Souffrant d'une importante impopularité, il démissionne après la victoire du « non » au référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution pour l'Europe.

En 2014, il assure l'intérim à la tête de l'UMP pendant quelques mois. À deux reprises, en 2008 et 2014, il se présente à la primaire de l'UMP pour devenir président du Sénat, mais il est battu par Gérard Larcher. Il démissionne de son mandat de sénateur en 2017, puis devient représentant spécial du gouvernement français en Chine. En 2022, il rejoint le parti Horizons d'Édouard Philippe.

Situation personnelle Origines et famille Fils benjamin de Jean Raffarin, propriétaire-exploitant agricole dans le Mirebalais, puis homme d'affaires qui fut le secrétaire d'État à l'Agriculture du Gouvernement Mendès France de 1954 à 1955, et de Renée Michaud (1917-2014), Jean-Pierre Raffarin a deux sœurs et un frère.

Le , il épouse Anne-Marie Perrier, née en 1952 à Chamalières, avec laquelle il a une fille : Fleur, responsable des ressources humaines chez Cartier.

Études et formation Après avoir fait ses études secondaires au lycée Henri-IV de Poitiers puis fréquenté la faculté de droit de Poitiers, il se rend à Paris pour étudier le droit à l'université Paris II Panthéon-Assas. Il entre ensuite à l'ESCP, dont il sort diplômé en 1972, dans la même promotion que Michel Barnier. Durant ses études, il fait un stage d'un an à la savonnerie Fébor, dans le département de l'Eure à Bernay. Lorsqu'il est étudiant à l'ESCP, Jean-Pierre Raffarin crée l'association Tribunes ESCP.

Cadre dans le secteur privé Contrairement à de nombreux hommes politiques de son époque, Jean-Pierre Raffarin effectue une carrière dans le secteur privé. Entre 1973 et 1976, il siège au sein de la direction marketing des cafés Jacques Vabre, avant d'être le directeur général de Bernard Krief Communication de 1981 à 1988, puis d'être délégué général de l'Institut Euro-92 entre 1988 et 1989.

En 1978, après la démission de son père, il devient président de la société anonyme de crédit immobilier rural de la Vienne, structure fondée en 1956 par Jean Raffarin, puis affiliée au Crédit immobilier de France. Il fait fructifier cet héritage tout au long des années 1980, et devient, de fusion en fusion avec d'autres sociétés de crédit immobilier, président du Crédit immobilier de Poitou-Charentes, puis du Crédit immobilier de France Centre-Ouest.

Conseiller technique de Lionel Stoléru, secrétaire d'État chargé des travailleurs manuels et immigrés, de 1976 à 1981, il est également maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris de 1979 à 1988.

Après avoir annoncé son retrait définitif de la vie politique, à l'été 2017, Jean-Pierre Raffarin devient en administrateur indépendant de la filiale chinoise du groupe Plastic Omnium.

Parcours politique Débuts chez les centristes Jean-Pierre Raffarin est membre des jeunes giscardiens et secrétaire général de Génération sociale et libérale (GSL), qui se fond dans le Parti républicain en 1977. En 1976, « poussé par Giscard », il visite la Chine. De ce périple, naît « un ouvrage collectif émerveillé », La vie en jaune (1977).

Il est successivement animateur, délégué national, secrétaire national adjoint et membre du bureau politique (1977), puis secrétaire national chargé des élus locaux de ce parti (1989-1995).

Il est ensuite secrétaire général adjoint et porte-parole (1993-1995), puis secrétaire général de l'Union pour la démocratie française (UDF).

Cofondateur du Parti populaire pour la démocratie française (PPDF), il en est le délégué général adjoint de 1995 à 1997. Membre du bureau politique de l'UDF (1996), il prend part à la création de Démocratie libérale, dont il est membre du bureau politique (1997), puis vice-président jusqu'à la fusion avec l'UMP en 2002.

Conseiller municipal de Poitiers Au niveau local, il est conseiller municipal d'opposition de Poitiers de 1978 à 1995, conseiller régional de la région Poitou-Charentes en 1986, puis président du conseil régional de 1988 à 2002, où il succède à Louis Fruchard, son mentor. En 1995, il quitte le conseil municipal de Poitiers pour devenir, jusqu'en 2001, adjoint au maire de Chasseneuil-du-Poitou. Il est ensuite vice-président UMP du conseil régional de Poitou-Charentes de 2002 à 2004.

Du Parlement européen au Sénat vignette|redresse|gauche|Portrait de Jean-Pierre Raffarin en tant que député européen (1994). Le , Jean-Pierre Raffarin est élu député européen sur la liste UDF-RPR. Il siège au Parlement européen jusqu'en 1995.

Le , il est nommé ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce et de l'Artisanat dans le gouvernement Juppé I, poste qu'il conservera en novembre dans le gouvernement Juppé II. En , il est élu sénateur de la Vienne, mais n'exerce pas ce mandat pour rester au gouvernement. Jean-Pierre Raffarin se fait surtout connaître à cette époque pour son action en faveur de la protection des artisans boulangers et pour la loi qui porte son nom du qui renforce la réglementation concernant la grande distribution prévue par la loi Royer de 1973 en abaissant à le seuil de la surface au-delà duquel une autorisation administrative d’implantation de surfaces commerciales est nécessaire.

Après la défaite de la droite aux législatives de 1997, il lance le club « Giscardisme et modernité », cultivant un positionnement qui fait alors de lui l'un des rares giscardiens « chiraco-compatibles ». Plus tard, en , il crée avec Dominique Perben, Jacques Barrot et Michel Barnier l'association « Dialogue & Initiatives » dont le but est de rassembler la droite et le centre et de proposer un « contrat d'alternance » pour 2002.

Réélu sénateur en lors d'une élection partielle provoquée par la démission de son suppléant Guy Robert, il le reste jusqu'au , démissionnant pour rejoindre Matignon. Il sera réélu au Sénat le , alors qu'il est chef du gouvernement.

Premier ministre sous la présidence Chirac vignette|Jean-Pierre Raffarin à la Commission européenne le 16 septembre 2002. thumb|Jean-Pierre Raffarin et son homologue italien, Silvio Berlusconi, le 4 décembre 2003. thumb|Jean-Pierre Raffarin à un congrès du PPE le 5 février 2004. thumb|redresse|Jean-Pierre Raffarin le 14 octobre 2004.

À la suite de la réélection du président Jacques Chirac, il est nommé Premier ministre le DÉCRET du 6 mai 2002 PORTANT NOMINATION DU PREMIER MINISTRE. Il est choisi pour son expérience d'élu local de province, censément consensuel et proche du terrain et des préoccupations des Français ordinaires (« la France d'en bas », comme le veut une expression qu'il répète). Il doit cependant se faire un nom, de nombreux électeurs n'ayant jamais entendu parler de lui jusque-là.

Jean-Pierre Raffarin est chef de trois gouvernements successifs du au Décret du 31 mai 2005 relatif à la cessation des fonctions du Gouvernement : Raffarin I, du au ; Raffarin II, du au ; Raffarin III, du au .

Il commence par gouverner par décrets, avant d'obtenir une large majorité pour le soutenir lors des élections législatives (363 députés UMP sur 577). Sa ligne de conduite politique, marquée d'un style personnel en matière de communicationSes « raffarinades » ont marqué un style d'expression qui lui est très personnel., s'attache aux réformes avec une certaine fermeté, tout en poursuivant la politique de baisse d'impôts de ses prédécesseurs.. Ses adversaires estiment qu'une conséquence de cette politique de baisse d'impôts sans diminution des dépenses de l'État est l'augmentation de la dette française. Cette « indiscipline budgétaire » se traduit par un taux de déficit annuel en dehors des critères de MaastrichtLe jour où la dette de la France a atteint un point de non-retour, Michel Ternisien et Michel Tudel, lemonde.fr, 30 novembre 2011.

En 2003, il conduit la réforme des retraites, celle de la décentralisation et de l'assurance maladie, en dépit de plusieurs grèves et manifestations. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, lui fait de l'ombre et l'importance prise par celui-ci, comme le grand investissement du président de la République dans les affaires de l'État, réduisent son champ d'action. L'importante baisse de sa popularitéJean-Pierre Raffarin : trois ans à Matignon et une popularité au plus bas, lemonde.fr, 6 mai 2005, notamment à la suite de l’importante défaite de la majorité aux élections régionales de 2004 (sa région, comme toutes les autres à l'exception de l'Alsace et de la Corse, passe à gauche), l'affaiblissent durablement. Un remaniement ministériel dans ce sens a lieu, offrant à Nicolas Sarkozy le ministère des Finances et à Jean-Louis Borloo le ministère des Affaires sociales. Jean-Pierre Raffarin est alors écartelé entre la politique de ce dernier (en particulier sa politique de construction de HLM et de développement des emplois aidés) soutenue par Jacques Chirac et sa volonté « en bon père de famille », avant que ce dernier ne quitte le gouvernement pour prendre la présidence de l'UMP.

Au rang des principaux textes législatifs qu'il a fait adopter, la loi relative à l'application du principe de laïcité à l'école l'a été en 2004. Il met également en place la journée de solidarité envers les personnes âgées (annonce faite le L'Année politique, économique et sociale 2003, Éditions Evénements & Tendances, avril 2004). Il fait autoriser la privatisation des autoroutes : du sud de la France (2002), du nord et de l'est de la France et Paris Rhin Rhône (2004), puis la vente des actions de l'État dans les sociétés concessionnaires (2005). Enfin, il fixe de nouvelles orientations dans le domaine de la lutte contre les dérives sectaires, notamment en demandant que « le recours à des listes de groupements [soit] évité au profit de l'utilisation de faisceaux de critères »Circulaire du 27 mai 2005, Journal officiel du juin 2005.

Après l'épidémie de SRAS de 2002-2004, Jean-Pierre Raffarin rencontre le docteur Chen Zhu, un Shanghaien francophile qui a été formé à l'hôpital Saint-Louis, dans les services d’un proche de Jacques Chirac. En , lors d'un voyage à Pékin, Jacques Chirac scelle une alliance avec son homologue chinois et les deux pays décident de s’associer pour lutter contre les maladies infectieuses émergentes. Ce partenariat aboutira à la construction d'un laboratoire de type P4 à l'institut de virologie de Wuhan en dépit des réticences des experts français en guerre bactériologique de la SGDSN (secrétariat général à la Défense et à la Sécurité nationale) qui redoutent qu'un P4 puisse se transformer en arsenal biologiquePhilippe Reltien, Covid-19 : enquête sur le P4 de Wuhan, ce laboratoire en partie financé par la France où a été identifié le virus, francetvinfo.fr, 17 avril 2020.

La victoire du « non » au référendum sur le projet de constitution européenne du , est fatale à Jean-Pierre Raffarin. L'échec de cette campagne l'amène à remettre sa démission de Premier ministre le au président Chirac. Il est aussitôt remplacé par Dominique de Villepin.

Figure de l'UMP et des Républicains thumb|Jean-Pierre Raffarin dans les salons du Sénat, le 14 février 2008.