Sant'Angelo Muxaro (Sant'Àngilu Muxaru en sicilien, S. Angelus de Muxaro en latin) est une commune italienne de la province d'Agrigente, en Sicile.

Toponymie

Le nombre et l'ancienneté des différentes sources ne peuvent conférer aucune certitude quant à l'origine et la provenance du nom de Muxaro. Celui-ci proviendrait de l'arabe Munsar, ou Minsar, qui signifierait approximativement « en dents de scie », et par extension : vallée, chaîne montagneuse. Mais d'autres sources indiquent encore : Mu-Assar, dont la traduction serait plutôt : « lieu de refuge ».

Par contre, Sant' Angelo fait référence à Ange de JérusalemStoria ed archeologia.

Géographie physique et hydrographie

À au-dessus du niveau de la mer, Sant'Angelo Muxaro est situé dans la partie sud-occidentale de la Sicile. Ancré au cœur de paysages naturels et longeant une partie de la rive gauche du fleuve Platani (environ de long, que les anciennes civilisations appelaient le fleuve Halykos), le village est à proximité d'une chaîne montagneuse appelée « monts Sicanes » (Monti Sicani), qui s'étend entre Agrigente et Palerme.

Elle est desservie par la route d’Agrigente à Palerme par Corleone.

La mesure des altitudes de la commune montre des variations altimétriques accentuées.

Le centre urbain a été construit sur une montagne à plate-forme relativement dégagée.

C'est une zone karstique de Sicile, avec un réseau hydrographique souterrain et cavités d'intérêt spéléologique. Ce territoire se prête à l'exploration du monde souterrain des zones calcaires.

La commune comprend une réserve naturelle protégée, dénommée « La Riserva naturale integrale Grotta di Sant'Angelo Muxaro ».

Sant'Angelo est également une zone majeure (quoique peu connue) en termes d'importance archéologique.

Le pourcentage des terres agricoles se montait en 2008 à 68 % de la superficie totale de la commune.

Climat

Climat méditerranéen.

Classification de Köppen : Csa, avec été et hiver bien définis, climat doux en hiver, saison chaude en été, caractérisée par de longues sécheresses, avec température minimale moyenne du mois le plus chaud largement supérieure à . Valeur moyenne maximale : 33° avec pics exceptionnels de au mois de juillet. Vents dominants : vent ponant et, en second lieu, vent du sud doux, qui se charge en humidité au-dessus de la Méditerranée. Pic pluviométrique en automne et en hiver.

Sur les côtes, en particulier au sud-ouest, (donc dans la zone géographique de Sant'Angelo Muxaro) et sur les côtes du sud-est, le climat est plus affecté par les courants africains, ce qui rend les étés torrides.

Histoire et archéologie

La zone correspondant à l'aire géographique de Sant'Angelo est habitée depuis des temps très anciens.

Les Sicanes, considérés comme les premiers habitants de l'île, sont réputés contemporains des périodes mégalithiques. Plusieurs siècles avant la naissance d'Agrigente (fondée en 582 av. J.-C.), ce territoire était déjà occupé, et au contact du monde grec. À l'image de la longue et complexe histoire de la Sicile, Sant'Angelo a subi les influences de nombreux peuples à travers les âges.

Au , le fleuve Halykos (ou Halycus, maintenant Platani) marquait la limite entre les territoires de ce qui était la zone de Carthage d'une part, et la Sicile grecque d'autre part.

Les zones d'influence grecque s'étendaient sur toute la partie est, jusqu'au centre de l'île et au-delà, depuis Syracuse et jusqu'au fleuve, à l'ouest d'Agrigente. Les Phéniciens étaient alors repoussés sur le dernier tiers ouest de l'île, en vertu d'un traité territorial conclu auparavant entre Agathocle de Syracuse et Carthage, mentionnant l'Halykos comme frontière orientale de la province Carthaginoise de Sicile.

Ainsi, à travers l'histoire, Phéniciens et Grecs d'abord; Romains, Arabes, Normands et d'autres ensuite, ont marqué de leur empreinte culturelle un large pan du territoire du centre-sud sicilien, et, de facto, de l'aire géographique de Sant' Angelo.

Les origines plus anciennes sont toutefois difficiles à définir avec précision. Les théories les plus vraisemblables laissent donc supposer que Sant'Angelo fut fondé par les Sicanes, l'un des premiers peuples de la Sicile.

Situé au sommet d'une colline, le village fut construit sur une montagne calcaire à d'altitude. Ces aires vallonnées étaient alors idéalement situées pour contrôler le commerce en transit entre l'une des plus importantes voies de pénétration de la Méditerranée, au sud de la Sicile, vers la côte nord de l'île, en partie grâce à la rivière Platani. Cette zone avait donc une importance stratégique pour les activités économiques et la stabilité politique d'alors. Les Sicanes y auraient ainsi établi leur capitale, Kamicos.

Entre mythes, légendes et réalités, Kamicos fut longtemps considérée comme une cité perdue et jamais retrouvée de l'âge du bronze. Elle est mentionnée dans la mythologie grecque (Dédale, Minos, Cocalos). La ville de Caltabellotta, à une soixantaine de kilomètres de Muxaro, semblait correspondre à cette capitale antique. Aujourd'hui, même s'il n'y a pas unanimité, un large consensus se dégage toutefois, selon lequel Kamicos coïncide bien avec Sant'Angelo. Ceci à cause des découvertes aux abords du village de tombes à tholos du soulignant les influences mycéniennes (les Sicanes semblent en effet avoir assimilé rapidement et facilement les influences culturelles grecques helladiques)Pierre Lévêque, « La Sicile préhistorique et protohistorique », Nous partons pour la Sicile, Presses universitaires de France, 1989, p. 39-58..

L'étude des traces matérielles laissées par les civilisations lointaines ainsi que la découverte d'objets archéologiques particuliers dans les grottes Santangelese font le lien entre la culture pré-grecque et Sant'Angelo. Il s'agit, entre autres, de bols, de fragments de porcelaine, de vases, de deux épées en bronze (dont une parfaitement conservée) arrondies aux extrémités, avec 3 fleurs à la base de la poignée. Ces objets montrent tous des caractéristiques du style et de la culture mycénienne, ou de la civilisation égéenne[Vallone del ponte di Sant'Angelo Muxaro tra scienza, cultura e natura].

Des fouilles archéologiques ont révélé dans les alentours d'Agrigente, de la documentation mycénienne, chypriote et crétoise.

La zone est d'un intérêt notable, avec des nécropoles protohistoriques qui en font l'un des lieux les plus intéressants de la Sicile, d'un point de vue archéologique. Sur les abords de la colline, la plupart des tombes découvertes sont en forme de cône, et rappellent, de par leur architecture, les constructions funèbres royales de la Grèce mycénienne. Dans l'une d'entre elles, jusqu'à 35 crânes ont été mis au jour, ce qui laisse penser que ces tombes étaient utilisées par une dynastie. La plus grande est « la grotte du prince » qui est formée de deux chambres circulaires et communes. Une de ces chambres fait de diamètre et l'autre chambre, de dimension plus modeste, est appelée aussi la « grotte de Sant'Angelo ». Certains objets protohistoriques relatifs à la culture de l'âge du fer se trouvent au musée archéologique régional d'Agrigente. Une autre pièce est exposée au British Museum de Londres. Il s'agit d'un bol d'or, peu profond et orné de six taureaux en relief. Ce bol servait lors de rituels religieux (libation). On suppose que cet objet retrouvé dans une tombe de Muxaro est originaire de l'ouest grec, bien que présentant des influences phéniciennes.

Le village abrite une communauté d'origine Arbëresh, Albanais qui s'était installée au , pour fuir l’avance ottomane. Ces Albanais ont gardé une forte identité, mais ne parlent plus leur langue, l’arbërisht. À la même époque, les historiens renseignent l'arrivée d'une importante population grecque.

C'est donc essentiellement un groupe gréco-albanais qui a fondé l'actuel centre urbain, au début du (1506 est la date avancée par certains philologues).

On considère que l'une des familles fondatrices fut la famille Aragona-Pignatelli, famille de la noblesse italienne, originaires de Naples, qui, au , s’occupèrent du développement économique et artistique.

La famille Pignatelli a joué un rôle important pour Sant'Angelo Muxaro, jusqu'en 1812, lorsque le système féodal fut aboli.

Génétique des populations

Dans le contexte plus large de la Sicile, une étude datant de 1998 laissait erronément apparaître la Sicile comme une unité panmictique .

Depuis, l'hypothèse des migrations grecques et nord-africaines vers l'île est largement confortée par une étude (effectuée en 2012) portant sur la similarité génétique entre Siciliens, Grecs et Nord-Africains.

Ainsi, en termes de génétique des populations, on considère aujourd'hui que l'apport grec dans le patrimoine génétique des Siciliens est de l'ordre de 37 %, tandis que la contribution de l'Afrique du Nord est estimée à 6 %. Par ailleurs, cette recherche met en évidence des points communs génétiques avec les autres îles de la Méditerranée.

L'Italie et la Sicile occupent une position centrale en Méditerranée, ces territoires ont accueilli des groupements humains variés, à la croisée des chemins entre l'Afrique, l'Europe et l'Orient.

Les évènements migratoires des temps historiques ayant laissé leurs empreintes sur la structure génétique de ces populations peuvent ainsi être résumées : l'occupation grecque du ; la colonisation des Phéniciens et des Carthaginois de l'ouest de la Sicile au cours du premier millénaire ; les Romains venus de la péninsule italienne ; les conquêtes islamiques, puis normandes.

Toujours dans ce large cadre étendu à la Sicile, on pense qu'au moins 7 % des gènes de la population sont d'origine normande . À l'extrême sud-ouest de l'île, une analyse génétique réalisée à Mazara del Vallo (un village fondé par les Phéniciens, situé à environ à l'ouest de Muxaro) montre qu'environ 5 % des personnes testées possèdent des traits communs avec les populations issues de la péninsule arabique . . Cette étude confirme que l'halogroupe arabique est plus fréquent dans le dernier tiers ouest de l'île, et que l'halogroupe grec est plus fréquent à l'est.

Les conclusions de ces études sont doubles. D'une part, elles démontrent une large concordance avec les théories issues des recherches archéologiques, historiques et linguistiques, qui s'unissent pour raconter une seule et même histoire. Et d'autre part, elles soulignent la complexité de l'histoire coloniale de la Sicile en confirmant l'hétérogénéité génétique des Siciliens.

Démographie Le premier recensement de la population a été effectué au 31 décembre 1861, l'année de l'unité italienne. Muxaro comptait alors habitants.

Sant'Angelo Muxaro contenait 1512 habitants au 31/12/2010 (environ 48 % d'hommes et 52 % de femmes). Toutefois, ce recensement administratif prend également en considération les habitants ne possédant à Sant'Angelo qu'une résidence secondaire et payant, par voie de conséquence, les impôts locaux selon un certain prorata. Les résidents permanents peuplant le village tout au long de l'année sont donc moins nombreux que ne l'indique le recensement administratif. Selon l'institut national de statistique italien (ISTAT), les résidences secondaires ou inoccupées atteignaient 46,4 % des habitations totales, en 2008. Pour la période allant de 1977 à 2006, la variation du pourcentage de la population de la commune est négatif de 30,2 %. La décennie 1991-2001 a vu une décroissance de la population de 13,8 %. La décroissance reste continue pour la période 2001 - 2010. Les jeunes de moins de 14 ans représentaient 12,6 % de la population en 2008. L'âge moyen des Santangelese était de 47,6 ans en 2010. Le record absolu du nombre d'habitants à Sant'Angelo fut de 2652 personnes inscrites au registre de population, chiffre atteint à la fin de la première moitié du . Sur les 43 communes que compte la province d'Agrigente, Sant' Angelo Muxaro était classée en termes de population, au . La population étrangère en 2007 était de 24 unités.