Le bombardement de Zanzibar est le seul événement militaire de la guerre anglo-zanzibarite, qui oppose le Royaume-Uni à Zanzibar le . Avec une durée de , ce conflit détient le record de la guerre la plus courte de l'histoire. La cause immédiate de la guerre est la mort du sultan pro-britannique Hamad ibn Thuwaïni le et l'accession au trône de son cousin germain et beau-frère - dont il avait épousé la sœur Nounou - Khalid ibn Bargach. Les autorités britanniques préfèrent Hamoud ibn Mohammed, plus proche de leurs intérêts. Selon un traité signé en 1886, le sultan doit obtenir la permission du consul britannique avant d'être intronisé et Khalid n'a pas respecté cette obligation. Les Britanniques considèrent qu'il s'agit d'un casus belli et envoient un ultimatum à Khalid lui demandant de quitter le palais et de replier ses forces. En réponse, Khalid se barricade dans le palais.
L'ultimatum expire à le alors que les Britanniques ont rassemblé trois croiseurs, deux canonnières, et dans le port. L'escadre de la Royal Navy est commandée par le contre-amiral Harry Rawson alors que les soldats zanzibariens sont menés par le brigadier-général . Environ zanzibariens défendent le palais ; la majorité a été recrutée parmi la population civile mais il y a également les gardes du palais et plusieurs centaines de serviteurs et d'esclaves. Les défenseurs possédent plusieurs pièces d'artillerie pointées sur les navires britanniques. Le bombardement qui commence à incendie le palais et détruit les canons zanzibariens. Durant un bref affrontement naval, les Britanniques coulent plusieurs navires zanzibariens. Le drapeau du palais est arraché par un obus et les tirs cessent à .
Il y a du côté des forces du sultan alors qu'un seul marin est blessé du côté britannique. Khalid se réfugie dans le consulat allemand avant de s'échapper en Afrique orientale allemande et les Britanniques placent Hamoud ibn Mohammed à la tête d'un gouvernement fantoche. La guerre marque la fin de Zanzibar en tant qu'État souverain et le début d'une forte influence britannique.
Contexte thumb|L'archipel de Zanzibar au large de l'Afrique de l'Est.
Zanzibar était un état insulaire de l'océan Indien situé au large des côtes du Tanganyika ; l'île fait partie aujourd'hui de la Tanzanie. L'île principale de l'archipel, Unguja, était sous le contrôle nominal des sultans d'Oman depuis 1698, depuis qu'ils en avaient chassé les Portugais qui s'y étaient installés en 1499.. Le sultan Majid ben Saïd déclara l'indépendance de l'île en 1858 et celle-ci fut reconnue par le Royaume-Uni. Les sultans suivants établirent leur capitale et le siège de leur gouvernement dans la ville de Zanzibar et un palais fut construit sur le front de mer. En 1896, il était composé du palais appelé Beit al-Hukm, un harem et le Beit al-Ajaïb (« maison des merveilles »), un lieu de cérémonie considéré comme le premier bâtiment d'Afrique de l'Est à avoir l'électricité. Le complexe était principalement construit en bois local et n'était pas conçu comme une structure défensive.. Les trois bâtiments étaient alignés sur le front de mer et reliés par des ponts couverts en bois au-dessus du niveau du sol..
La Grande-Bretagne reconnut la souveraineté de Zanzibar et de son sultanat en 1886 après une longue période de relations amicales. L'Allemagne était cependant également intéressée par la région et les deux puissances s'opposèrent pour le contrôle du commerce et des territoires dans la région tout au long de la fin du . En 1888, le sultan céda le contrôle du Kenya à la Grande-Bretagne et du Tanganyika à l'Allemagne et cela entraîna l'abolition de l'esclavage dans ces territoires. Les populations arabes s'opposèrent à cette interruption d'un commerce lucratif et certains se révoltèrent. Les autorités allemandes du Tanganyika refusèrent également d'arborer le drapeau de Zanzibar et cela entraîna des affrontements armés entre les troupes allemandes et la population locale.. Des combats dans la ville de Tanga coûtèrent la vie à 20 Arabes.
Le sultan Khalifah détacha des troupes zanzibarites menée par le général , ancien lieutenant de la Royal Navy, pour rétablir l'ordre au Tanganyika.. L'opération fut un succès mais les sentiments antigermaniques restèrent forts parmi la population zanzibarite. D'autres affrontements eurent lieu à Bagamoyo où 150 locaux furent tués par les soldats allemands et à Ketwa où des représentants allemands et leurs serviteurs furent assassinés. Khalifah accorda ensuite des droits commerciaux à la Compagnie britannique impériale d'Afrique de l'Est qui, avec l'aide allemande, organisa un blocus naval pour mettre un terme au commerce local des esclaves. À la mort de Khalifah en 1890, Ali bin Saïd lui succéda. Il abolit le commerce local des esclaves (mais pas leur possession), fit de Zanzibar un protectorat britannique et nomma un premier ministre britannique pour diriger son Cabinet. Les Britanniques reçurent également un droit de veto sur la nomination des futurs sultans..
L'année de l'accession au trône d'Ali vit également la signature du traité Heligoland-Zanzibar entre le Royaume-Uni et l'Allemagne. Cet accord établissait officiellement la frontière entre leurs sphères d'influence en Afrique de l'Est et l'Allemagne promettait de ne pas intervenir dans la politique britannique concernant le Zanzibar.. Le gouvernement du Royaume-Uni disposait ainsi d'une plus grande influence sur place pour éradiquer l'esclavage dans la région, un objectif qu'il avait depuis 1804...
Le successeur d'Ali, Hamad ibn Thuwaïni, devint sultan en 1893. Hamad conserva des relations étroites avec le Royaume-Uni mais la population locale était de plus en plus opposée à l'influence grandissante des Britanniques et à l'abolition du commerce profitable des esclaves. Pour contrôler cette dissidence, les autorités britanniques autorisèrent le sultan à lever une unité de protection rapprochée de pour protéger le palais mais ces troupes furent rapidement impliquées dans des accrochages avec la police commandée par les Britanniques... Les résidents européens à Zanzibar se plaignirent également des activités de cette protection rapprochée.
25 août vignette|La canonnière HMS Sparrow vers 1900.
Le sultan Hamad mourut soudainement à EAT () le . Son neveu de 29 ans, Khalid ibn Bargach, soupçonné par certains de l'avoir assassiné entra dans le palais de Zanzibar sans l'autorisation britannique, en violation du traité signé avec Ali. Le gouvernement britannique préférait un autre candidat, Hamoud ibn Mohammed, plus disposé à satisfaire ses exigences. Khalid fut averti par le consul et le représentant britannique à Zanzibar, Basil Cave, et le général Mathews de réfléchir sérieusement à ses décisions.. Cette situation s'était déjà produite trois années auparavant quand Khalid avait tenté de devenir sultan après la mort d'Ali et le consul-général britannique, Rennell Rodd, l'avait persuadé de renoncer..
Khalid ignora les mises en garde et ses troupes commencèrent à se rassembler sur la place du palais sous le commandement du capitaine Saleh, de la force de protection rapprochée. À la fin de la journée, Khalid disposait de hommes armés de fusils et de mousquets. La majorité des forces se composait de civils mais également de 700 askaris zanzibarites qui avaient rejoint Khalid.. L'artillerie du sultan, plusieurs mitrailleuses Maxim et Gatling, un canon de bronze du et deux canons de 12 livres était dirigée contre les navires britanniques situés dans le port.. Les canons de 12 livres avaient été offerts au sultan par l'empereur allemand, Guillaume II. Les troupes du sultan prirent également possession de la marine zanzibarite composée d'un sloop en bois, le HHS Glasgow construit pour le sultan en 1878 en tant que yacht royal sur le modèle d'une frégate britannique..
Mathews et Cave commencèrent aussi à rassembler leurs forces, 900 askaris zanzibarites du lieutenant Arthur Raikes qui appartenaient également à l'armée zanzibarite où il avait le grade de brigadier-général. 150 marins et fusiliers furent débarqués par le croiseur protégé de la classe Pearl (, 8 canons de 4,7 pouces (120 mm), 8 de canons de 47 mm) et la canonnière HMS Thrush de la classe Redbreast (805 tonnes, 6 canons de 4 pouces (101 mm) qui étaient ancrés dans le port. Le contingent britannique, commandé par le capitaine O'Callaghan, arriva sur la côte quinze minutes après en avoir reçu l'ordre pour s'opposer à de possibles émeutes.. Des marins du HMS Thrush menés par le lieutenant Watson furent débarqués pour protéger le consulat britannique où les citoyens britanniques devaient se réfugier. Le HMS Sparrow, une autre canonnière de la classe Redbreast, entra dans le port et s'ancra devant le palais à côté du HMS Thrush.
Les diplomates britanniques s'inquiétèrent de la possible déloyauté des askaris de Raikes mais ils se révélèrent être des troupes professionnelles et efficaces endurcies par l'entraînement et plusieurs expéditions en Afrique de l'Est. Elles furent par la suite les seules troupes à avoir été prises pour cible par les défenseurs. Les soldats de Raikes disposaient de deux mitrailleuses Maxim et d'un canon de 9 livres et étaient stationnés dans le bâtiment des douanes à proximité.. Le sultan chercha à convaincre le consul américain, , de reconnaître sa prise de pouvoir mais ce dernier répondit que .
Cave continua d'envoyer des messages à Khalid pour lui demander de disperser ses troupes, d'abaisser son drapeau, d'abandonner le palais et de retourner chez lui mais ces conditions furent ignorées et Khalid répondit qu'il se proclamerait lui-même sultan à . Cave l'avertit que cela constituerait un acte de sédition et que la prise de pouvoir de Khalid ne serait pas reconnue par le gouvernement britannique. À , le sultan Hamad fut enterré et exactement 30 minutes plus tard, une salve de canon proclama la prise de pouvoir de Khalid. Cave ne pouvait pas ouvrir les hostilités sans l'autorisation de son gouvernement et télégraphia le message suivant au secrétaire d'État des Affaires étrangères, Lord Salisbury, à Londres : . Dans le même temps, Cave demanda à tous les consuls étrangers de mettre leurs drapeaux en berne en honneur du sultan décédé et de ne pas reconnaître la prise de pouvoir de Khalid, ce qu'ils acceptèrent..
26 août vignette|redresse|Les et dans le port de Zanzibar.
À le , le croiseur protégé HMS Racoon arriva à Zanzibar et s'ancra pour former une ligne avec les HMS Thrush et Sparrow. À , le croiseur protégé de la classe Edgar, le navire-amiral de la flottille du cap de Bonne-Espérance, entra dans le port. À bord se trouvaient le contre-amiral Harry Rawson et de nouvelles troupes et marins britanniques. Au même moment, l'escadre reçut la réponse de Lord Salisbury l'autorisant à user des moyens à sa disposition pour chasser Khalid.. Le message était .
Cave tenta à nouveau de négocier avec Khalid mais après l'échec des discussions, Rawson lui envoya un ultimatum lui demandant de quitter le palais avant le lendemain ou il ouvrirait le feu. Dans l'après-midi, tous les navires marchands furent évacués du port et les femmes et les enfants britanniques furent emmenés à bord du HMS St George et d'un navire de la British-India Steam Navigation Company pour leur protection. Pendant la nuit, le consul Mohun commenta : .
27 août vignette|Disposition des navires à .
À le , un messager de Khalid demanda l'ouverture de pourparlers mais Cave répondit que le sultan devait d'abord accepter les termes de l'ultimatum.. À , un autre messager de Khalid déclara que ; Cave répondit . À et sans nouvelles du palais, Rawson, qui se trouvait à bord du HMS St George, leva le pavillon « préparez-vous au combat. ».