« Organisation spéciale » (OS) est une dénomination qui recouvre différentes structures clandestines au sein du Parti communiste français (PCF) au cours de la période 1940-1944. C'est la plus ancienne d'entre elles.

Elle fait d'abord partie des trois organisations armées communistes, indépendantes l'une de l'autre jusqu'en , avec les « Bataillons de la jeunesse » et les de la Main-d'œuvre immigrée (MOI)"Danielle Casanova. L'indomptable" par Pierre Durand aux Editions Messidor en 1990.

L'OS est présente dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, via des militants polonais, pour la plupart ouvriers, furent les inspirateurs de cette résistance parmi les personnels miniers, auteurs de l'attaque des véhicules allemands de Vimy en septembre 1940, prélude à la grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941.

Par la suite, chacune des trois est intégrée aux Francs-tireurs et partisans (FTPF), mouvement de résistance intérieure française créé à la fin de 1941 et officiellement fondé en 1942 par la direction du Parti communiste français, chapeautés par un comité militaire dirigé par Charles Tillon et placés sous la direction du "Front national" fondé par le PCF par un appel publié le dans son quotidien L'Humanité en vue d'un vaste rassemblement patriotique ouvert aux non-communistes pour rallier les différentes composantes de la société française. Les FTP comportent alors une section FTP-MOI.

Contexte En 1938, la Tchécoslovaquie est envahie par le Troisième Reich. La Pologne et la Roumanie refusent la proposition de Staline d'y envoyer des troupes. Le , elle est démembrée par les accords de Munich, signés par Édouard Daladier, pour la France, et Arthur Neville Chamberlain pour l'Angleterre. Onze mois après, ils déclarent au contraire la guerre le à l'Allemagne qui a envahi aussi la Pologne. La proposition de Staline d'envoyer des troupes aider la Tchécoslovaquie se heurte au refus de la Pologne du colonel Beck et de la Roumanie du roi Carol II.

Entre-temps, un « pacte germano-soviétique de non-agression » a été signé le à Moscou entre Hitler et l'Union soviétique: Il prévoit, entre autres, la neutralité de l'un au cas où l'autre est attaqué.

Le gouvernement Daladier interdit la presse communiste dès le P. Smirnov, « Le Komintern et le Parti communiste français pendant la « drôle de guerre », 1939-1940. (D'après les archives du Komintern) », Traductrice : Marie Tournié, Revue des Études Slaves, année 1993, 65-4, pp. 671-690. puis dissout le Parti communiste le contre l'avis de Léon Blum, ce qui en fait un parti clandestin, divisé et désorienté pendant la drôle de guerre, une partie de la direction nationale se réfugiant à Bruxelles

Première période juin 1940 - juin 1941 Débuts Faits Les ouvrages consacrés à la Résistance par Roger Pannequin, Albert Ouzoulias, Auguste Lecœur et Charles Tillon, témoins oculaires et chacun en charge d'un réseau de résistance important, citent de nombreux exemples de résistance dirigée contre l'appareil militaire allemand dès 1940. C'est aussi le cas de nombreux ouvrages d'universitaires consacrés à la Résistance communiste écrits postérieurement, notamment celui de Pierre Maury, publié aux éditions Le Temps des cerisesPierre Maury, La résistance communiste en France, 1940-1945 : Mémorial aux martyrs communistes, Pantin, le Temps des cerises, 2006, 567 ..

L'historien Alain Guérin a relaté les sabotages anti-allemands de lignes téléphoniques et voies ferrées dès 1940Alain Guérin, Chronique de la Résistance, éditions Omnibus, 2000 (également éditée en 1972-1976 par le Livre-Club Diderot).. En , la direction du PCF déploie les « groupes spéciaux » appelés aussi « groupes OS » avec des éléments aguerris chargés d'actions militaires : récupération d'armes, d'explosifs, sabotage des installations militaires allemandes, intimidation des traîtres, protection des militants qui prennent la parole sur les marchés, ou diffusent tracts, affiches, papillons, participent à des manifestations patriotiques.

Analyse Selon l'historien Franck Liaigre, la : si de nombreux militants provinciaux sont entrés en résistance dès 1940 malgré les consignes attentistes du « Centre » parisien, "Au commencement de la lutte armée : l’Organisation spéciale (OS), été 1941-mars 1942" par Franck Liaigre, dans "Les FTP " en 2015 , dans une région où les combats menés par l'armée allemande en ont laissé des armes et des munitions, tandis que les compagnies minières ont des stocks de dynamite. L'OSC est ainsi au départ un groupe spécifique à cette région"Les polonais et la Pologne dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale" par Edmond Gogolewski, aux Editions Septentrion en 1996" . Comme les dirigeants du PCF, ceux de la France libre avaient aussi , craignant qu'elle serve de , leur consigne étant de ne "Le mouvement F.T. P.F. dans le Valenciennois" par Annie Defromont-Leschevin dans la Revue du Nord en 1969 . "Ami, entends-tu...: La Résistance populaire dans le Nord-Pas-de-Calais" par Jacques Estager aux Editions Messidor . Ils sont recherchés les premiers par la police, qui les a souvent fichés avant la guerre. La plus grande partie de la famille Olejniczak est par exemple victime d'une vague d’arrestations, touchant aussi le frère de Paul Hencke. Ce dernier, élève-instituteur à Lourches, recruté début 1941 par Félicien Joly, pour le groupe OSC de Lourches-Escaudain, mourut le avec Bena Olejniczak lors du sabotage de quatre cuves de benzol à l’usine Disticoke de Lourches"Eusebio Ferrari: À l'aube de la résistance armée" par André Pierrard et Michel Rousseau aux Editions Syros en 1980Biographie Le Maitron de Paul Hencke .

Département du Nord Martha Desrumeaux est chargée de ramener du matériel de propagande de Bruxelles, où la direction nationale du PCF s'est réfugiée, vers Lille et le bassin minier du Nord-Pas-de-CalaisBiographie Le Maitron de Martha Desrumaux . Revenue à Lille, elle négocie la reparution légale du journal régional L'Enchaîné du Nord. Les numéros publiés au tout début de l’occupation allemande sont sans dimension anti-allemande accentuée. Fin , elle réunit à Dechy, dans le Douaisis, une dizaine de mineurs, pour rédiger un cahier de revendications imprimé par un petit imprimeur, démarche jugée trop peu clandestine par les communistes du département voisin du Pas-de-Calais, où la famille Camphin s'étonne qu'on lui demande de faire reparaitre publiquementLes résistants : de la guerre de l'ombre aux allées du pouvoir 1944-1989 aux Editions Fayard en 1989, par Rémi Kauffer et Roger Faligot leur journal clandestin, L'Enchainé du Pas-de-Calais, où les articles de René Camphin (« Défendons la terre française ! ») avaient pris malgré le pacte germano-soviétique« Les communistes du Nord et du Pas-de-Calais de l'agonie du Front Populaire à la guerre (1938-1939). Seconde partie : Forces et faiblesses du communisme du Nord à la veille de la guerre » par l'historien Yves Le Maner, dans la Revue du Nord en 1988 . Leur leader Auguste Lecœur rencontre Martha Desrumaux dans la clandestinité à Lille dans un climat de défiance.

En , cette dernière opère un virage : aidée de Jules Domisse et de Germinal Martel, futurs fusillés, elle fonde les premiers groupes clandestins de lutte armée, dits OS (organisation spéciale). Elle convoque 11 communistes à Lille le pour une réunion qui décide ce créer « l'organisation spéciale de combat — secteur Nord - disposant de 28 bases d'action dans le Valenciennois et de 88 hommes. À partir du milieu de l'année 1940, les premiers « groupes francs » de 3 se mettent en place : ceux d'Edmond Devos à Valenciennes, relâché après trois mois de détention en Biographie Le Maitron de Edmond Devos , d'Eusebio Ferrari à Fenain, et de René Joly à Escaudain, qui tous trois se livreront à des vols d'explosifs. En , le département du Nord comptait ainsi déjà 3 groupes de combattants, à Denain, Valenciennes, et Douai. La plupart sont très jeunes: à la Libération, la moitié des groupes OS du Nord étaient toujours composés de moins de 25 ans

À la mi-, avec l'aide de jeunes communistes, Martha Desrumaux saccage l’office de la propagande nazie et devient dans la foulée l'une des principales organisatrices de la Résistance"Panthéon : qui a peur de Martha Desrumaux ?" par Frantz Vaillant le 7 février 208 sur TV5 Monde puis, en , la lutte contre l'occupant allemand devient plus manifeste dans les colonnes de son journal. Elle sera arrêtée dès le , à l’issue d’une opération conjointe de la police française et de la Feldgendarmerie.

Département du Pas-de-Calais Le mineur Charles Debarge, correspondant du journal communiste L'Enchainé du Pas-de-Calais à Courrières., collecte des armes abandonnées dès la débâcle du printemps 1940Lucien Wasselin, « Aragon et la grève des mineurs de mai-juin 1941 », dans Faites entrer l'Infini, juin 2011. et devient un pilier de la guérilla, menée par l'OS, avec de jeunes mineurs français et polonais« en grève contre l'occupant », sur Le Monde, 9 juin 2001..

La collecte, depuis 1940, des armes confiées aux groupes de protection armés du PCF, a permis aux meneurs de la grève de la diffuser et l'étendre très rapidement à tout le Pas-de-Calais, via l'envoi de 35 agents de liaison le , lorsque pour la première fois ces groupes de protection armés du PCF sont autorisés à agir lors d'une réunion à laquelle participent à Lens Julien Hapiot, Nestor Calonne, Auguste Lecœur et Maurice Deloison , qui devra après la grève se cacher dans les ArdennesBiographie Le Maitron .

depuis "Les F. T. P.: la guérilla en France" par Charles Tillon, Editions Julliard, en 1967 , il a pris dès de constituer des dépôts d’armes en prévision des futurs combats. C'est aussi le cas de Julien Hapiot, revenu des Brigades internationales et chargé de superviser l'Organisation spéciale dans le département à l'été 1940« Julien Hapiot, l'historique », par Hervé Poly, www.hervepolypcf62.com, 8 août 2011, qui stocke dans des tranchées les munitions qui serviront à l'Attaque des véhicules allemands de Vimy en septembre 1940. Auguste Lecœur, revenu aussi d'Espagne, récupère son ex-collègue André Lestienne, qui avait fondé le syndicat CGTU de la tréfilerie Gaillard-Stievenart à Lens, mais romptu avec le PCF en en raison du Pacte germano-soviétique et lui demande de former le premier groupe OS du Pas-de-Calais en pour assurer la sécurité des communistes clandestinsBiographie Le Maitron de André Lestienne . Ces groupes seront aussi appelés « TP » (travail particulier).

Au début, connaissant le risque de ces arrestations, l'OS agit de manière extrêmement cloisonnée, par souci essentiel de sécurité, et limite les recrutements: les candidats ne sont pas intégrés et laissés en réserve, par prudence. En , elle ne comptait que 4 militants dans le Nord et 7 à 8 dans le Pas-de-Calais, selon Sébastien Albertelli « Le sabotage devenait chaque jour plus nécessaire » : sabotage et Résistance (1940-1942)", par Sébastien Albertelli, dans "Histoire du sabotage", Place des éditeurs, en 2016 mais selon d'autres sources, elle compte une trentaine de militants dès la fin 1940. Le Biographie Le Maitron de André Lefèbvre par Christian Lescureux, auteur avec Claude Lecomte, journaliste à L'Humanité, de "Communistes en Pas-de-Calais", ouvrage retraçant les cinquante premières années de la fédération communiste. . André Lefebvre tente de miner un pont puis en collecte armes et munitions avec Charles Debarge, Marcel Delfly, Léon Brun et Alfred Delattre, diffuseur des journaux clandestins La vérité et La Vie ouvrièreBiographie Le Maitron de Alfred Delattre , réunissant sept fusils, des milliers de cartouches, des grenades et des revolversBiographie Le Maitron de Léon Brun

Alfred Delattre et André Lefèbvre, repérés à Lille en train de bloquer des pylônes électriquesComité d’Histoire du Haut-Pays – seront fusillés à la citadelle d'Arras dès le , Delfy et Debarge tués un peu plus tard et Léon Brun mourut d’épuisement le .