Pierre Le Baud ou Pierre Lebaud, né en 1458, peut-être à Saint-Ouën-des-ToitsLouis Moréri assigne la Bretagne pour lieu de naissance à P. Lebaud, mais il ne fournit pas de preuves à l'appui de cette opinion, et Hauréau pense qu'il y a lieu de croire qu'elle est purement hypothétique. Ansart, et avec lui plusieurs historiens, font naître P. Lebaud dans le Maine ; André René Le Paige le compte parmi les auteurs nés à Laval ; enfin, Pierre Renouard prétend que P. Lebaud vit le jour à Saint-Ouen, sur les frontières du Maine et de la Bretagne. D'après du Paz, qu'une seigneurie de Saint-Ouen, au Maine, appartenait au père de Lebaud, et non loin de l'extrême limite du diocèse de Rennes, dans le doyenné de Laval, on peut supposer la paroisse de Saint-Ouën-des-Toits comme lieu de naissance. (actuel département de la Mayenne) et mort le à Laval, est un homme d'Église et un historien français de l'époque de la Renaissance, spécialiste de l'histoire de la Bretagne.
Aumônier de l'Hôtel-Dieu Saint-Julien de Laval de 1481 à sa mort, il rédige une première synthèse d'histoire de la Bretagne à la demande de Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron. Il devient ensuite aumônier de la duchesse Anne de Bretagne, reine de France à partir de 1491, à la demande de qui il rédige une deuxième version de son histoire de la Bretagne.
Biographie
Origines familiales
D'après Augustin du Paz, Pierre le Baud est rattaché par sa mère à la lignée des seigneurs de Châteaugiron., sa mère, étant la fille naturelle de Patry, seigneur de Châteaugiron. (actuel département de l'Ille-et-Vilaine, donc dans le duché de Bretagne au ). Cette parenté le relie à la famille de Jean, seigneur de Derval (actuelle Loire-Atlantique, aussi en Bretagne au ), époux d'Hélène de Laval, fille de Guy XIV, ce qui donne à Pierre Le Baud l'accès à des fonctions ecclésiastiques à Laval, .
Son père, Pierre Le Baud, chevalier et seigneur de Saint-Ouen au Maine (actuelle Mayenne), est mentionné dans le nobiliaire et armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy. Les armoiries de la famille Le Baud sont de sinople à trois fasces d’argent.
Pierre Le Baud a une sœur, Perrine, épouse de et grand-mère de l'historiographe breton de la Renaissance Bertrand d'Argentré, sénéchal de Rennes, qui ra une traduction en latin des travaux de Pierre Le Baud, auxquels il ajoutera des compléments.
Carrière dans le comté de Laval Au cours de sa vie, Pierre le Baud occupe plusieurs charges ecclésiastiques dans le comté de Laval, ainsi qu'à la cour ducale de Bretagne sous les règnes de François II et d'Anne de Bretagne.
Il a occupé les fonctions de chantre et chanoine de l'église de la Trinité de Laval, chantre et cinquième doyen de la collégiale Saint-Tugal de LavalIl est nommé doyen le , alors qu'il se trouvait en Bretagne, attaché au comte de Laval. À cause des services qu'il pouvait y rendre au chapitre, il lui fut accordé, par grâce, pendant son absence, de ne point interrompre sa rigoureuse ; mais, il fut dit qu'il ne gagnerait rien des assistances au chœur. C'était sa troisième rigoureuse., puis chanoine de la collégiale Sainte-Madeleine de Vitré.
Apparenté à la famille de Laval, il devient trésorier de l'Hôtel-Dieu Saint-Julien de Laval dès 1481, bénéfice qu'il reçoit par sa famille maternelle. Son rôle consiste, entre autres, à vérifier les comptes, à distribuer des secours aux malades et aux passants, à veiller au bon entretien du temporel. Il garde ce bénéfice jusqu'à sa mort.
Il a aussi été aumônier de Guy XV de Laval et orateur et historiographe de Jeanne de Laval, veuve de René d'Anjou. Il est également auteur d'une histoire de la baronnie de Vitré.
Il participe en 1480 au transfert d'une partie des reliques de saint Vénérand à LavalLe comte de Laval était possesseur du château et de la terre d'Acquigny. Jean, abbé de Conches, lui avait fait don d'une notable portion de la partie antérieure du chef de Saint Vénérand, qu'il conservait dans son château d'Acquigny. La remise en avait été faite le , entre les mains d'hommes honorables auxquels il avait confié la mission d'aller recevoir ces reliques. C'étaient Pierre Chalot, prêtre, docteur en médecine, chanoine de Saint-Tugal ; Pierre Le Bauld, secrétaire du comte ; Jehan Philippe, prêtre ; Noël Guérin, prêtre ; François du Pontavice, écuyer ; Jacob de Lambertye, écuyer ; Antoine Coulonneau, écuyer ; Guillaume de Vendel, écuyer ; Jean Callenge, écuyer, bailly d'Acquiny ; Jacob Callenge, verdier (vlridarius) d'Acquigny ; Guillaume Callenge, bailli d'Acquigny ; Cosme Roussel, procureur et écuyer. Guy avait fait la demande de ces reliques pour enrichir le chapitre de Saint-Tugal ou toute autre église..
Le , Pierre Le Baud est chargé en tant que chanoine de trouver un maître plus capable que Robert Corbusson pour diriger le collège de Laval, qui attirait les critiquesOn se détermine à lui associer Barthélémy Duperrier, et il est décidé qu'ils partageraient les revenus de l'emploi..
Le , il est pourvu de la dignité de chantre du chapitre de Saint—Tugal de Laval, et paie en cette qualité pour la chape, un gros d’or pour la sacristie, et pour le pain du chapitre, sommes qui furent employées à l'acquisition d'un calice pour l'usage des chanoines. Il fait aveu comme aumônierGuillaume Le Doyen, Annales et chroniques du pays de Laval (1480-1537). de l'hôpital Saint-Julien de Laval le à la seigneurie de Chantelou, . Pierre Le Baud devient doyen du chapitre le , en remplacement de Jean Bouchet. Il obtint par grâce que sa rigoureuse (stage) ne serait point interrompue pendant qu’il était en Bretagne auprès du comte de Laval, à cause des services qu’il y rendait au chapitre.
Chanoine et doyen du chapitre de la collégiale Saint-Tugal de Laval en 1504, il donne par son testament du , deux clos de terre, maisons et jardins près la Chifollière, au fief du prieuré Saint-Martin de LavalPlus tard les chanoines cédèrent une partie de ces jardins pour l’établissement des religieux capucins à Laval.. On lui faisait, le de chaque année, un obit à cinq chapes à la collégiale.
Carrière à la cour de Bretagne Il entre au service des ducs de Bretagne comme prédicateur et aumônier de Marguerite de Foix, épouse du duc François II, qui règne de 1458 à sa mort en après sa défaite de Saint-Aubin-du-Cormier face à l'armée du roi de France Charles VIII. Le Baud devient alors aumônier et confesseur d'Anne de Bretagne, qui succède à son père à l'âge de 11 ans. de la duchesse, il semble avoir été partisan de son mariage avec Charles VIII, mariage finalement imposé par contrainte militaire à la duchesse en , au détriment de son mariage (par procuration) de 1490 avec Maximilien d'Autriche, alors régent des Pays-Bas bourguignons.
Travaux historiques Son travail d'historien l'amène à élaborer une chronologie de l'histoire de la Bretagne, en synthétisant plusieurs sources et chroniques. Pierre Le Baud joue à ce titre un rôle important dans l'historiographie bretonne. Avant son travail de synthèse, il existait quelques récits historiques, en particulier trois récits biographiques, rédigés par trois historiens différents, qui lui ont apporté une base solide : Guillaume de Saint-André, Guillaume de La Penne et Guillaume Gruel. D'autres textes existaient tels que des chroniques en latin (la Chronique de Nantes), la Chronique de Bretagne de Jean de Saint-Paul (en français), racontant l’histoire des rois de la Bretagne depuis Conan Mériadec et des ducs de la maison de Montfort de 1341 à 1458.
Dans la première version rédigée à la demande de Jean, seigneur de Derval, le récit commence avec le déluge de l’Ancien Testament.
Dans la seconde version, rédigée à la demande de la duchesse Anne, il commence plus tard par l’établissement de la Petite Bretagne, supprimant certains passages précédents. En effet, les lettres patentes d’Anne de Bretagne datées du , lui octroient un accès à toutes les salles d’archives du duché, ce qui lui permet de consulter des documents plus fiables pour rédiger son ouvrage.
Les deux ouvrages sont des manuscrits, ce qui explique qu'ils soient tombés en désuétude, puisqu'ils sont parus à l'époque des débuts de l'imprimerie.
Son travail répondait à des commandes. Par exemple, dans la Généalogie des Roys, Ducz et Princes royaulx de Bretaigne, ouvrage réalisé à la demande de la duchesse Marguerite de Foix, il établit une généalogie qui montre au fil de l'Histoire, toutes les reines ou duchesses qui ont accédé au trône de Bretagne, cela dans le but de légitimer l'accession au trône d'Anne, fille de Marguerite de Foix.
Mort et funérailles Pierre Le Baud meurt le à Laval. La date de sa mort nous est connue par une note de Bertrand d'Argentré au début de sa traduction de la première Histoire de Bretagne.
Augustin du Paz raconte qu'Anne de Bretagne avait obtenu pour lui l'évêché de Rennes, mais qu'il est mort avant que ses lettres de provision arrivent de Rome. On peut remarquer que dans la liste des évêques de Rennes de l'historien Claude Robert, il y a une lacune entre la mort de Michel Guibé en 1501 et l'installation de son frère Robert Guibé en 1506.
Deux ouvrages de synthèse sur l'histoire de la Bretagne La Compillation des cronicques et ystoires des Bretons (1480) thumb|Bataille d'Auray (1364) enluminure du manuscrit de Pierre Le Baud, Compillation des cronicques et ystoires des Bretons, , Bibliothèque nationale de France. Une commande de Jean de Derval À la demande de Jean, seigneur de Châteaugiron, dont Pierre le Baud est parent par sa branche maternelle, il entreprend un premier travail d'écriture sur l'histoire de la Bretagne qu'il achève en 1480 sous le nom de Compillation des cronicques et ystoires de Bretons, aussi appelé, Cronicques et ystoires de Bretons. La Compillation est donc dédiée à Jean de Châteaugiron, seigneur de Derval, et à Hélène de Laval. Leurs portraits ainsi que leur château de Derval (parfois confondu avec celui de Châteaugiron) ont été peints sur des enluminures du manuscrit de Pierre le Baud.
Contenu de l'ouvrage Cette chronique est encadrée d'un prologue et d'un épilogue et est divisée en trois livres de longueurs variables. Le premier livre est consacré à l'origine mythique du peuple breton. Suivant le canon médiéval des chroniques universelles, il commence par Noé, puis se déploie jusqu'à la Guerre de Troie. Le deuxième relate l'installation des Bretons en Bretagne insulaire en mettant en avant le héros Brutus, ancêtre des Bretons jusqu'à l'empereur Maxime. Le troisième et dernier livre commence par le récit de la fondation de la monarchie bretonne, avec la conquête de l'Armorique par Conan Mériadec, et s'achève à la mort du duc Arthur III en 1458. À cette date, la Bretagne est depuis plus d'un siècle prospère et en paix. D'après l'étude menée par Karine Abélard, il semblerait que Le Baud ait intentionnellement voulu éviter d'évoquer le règne de François II sous lequel les tensions entre le duché de Bretagne et le royaume de France dirigé alors par Louis XI réapparaissent.
Versions La première, en 1480, date du règne du duc François II. Il existe deux versions manuscrites de cet ouvrage.
L'une est conservée à la Bibliothèque nationale de France sous la cote : Français 8266. L'ouvrage est composée de 395 feuillets. . Elle a été éditée et publiée en 1907 avec des éclaircissements, des observations et des notes par le Vicomte Charles de la Lande de Calan. .